THE VOID

A STAR WARS STORY

Elle n'avait pas pris sa main. Il ne l'avait pas suivi. Ils étaient les leaders de deux camps opposés, les protagonistes de deux forces contraires. Elle était la Lumière et il était les Ténèbres. Tout cela était très simple, figé. Tout cela était très simple, avant qu'ils ne décident d'être bien plus que cela, ensemble.


Je vous remercie pour votre enthousiasme face à ce 1er chapitre ! Je vous avoue avoir très peu reçu autant de reviews dès une 1ère parution, et c'est très enthousiasmant. Je vais donc tâcher de répondre au mieux à tous vos commentaires et questions en début de chaque chapitre, ainsi que vous indiquer d'éventuelles choses à savoir avant la lecture.

Mistyarrow : Merci beaucoup ! Je suis très heureuse que tu aies trouvé ce premier chapitre cohérent et bien développé. C'est, en effet, une chose dont j'avais peur : le but n'est pas de tomber dans la romance exagérée. Je ne voulais pas faire de leur relation quelque chose d'acquis, comme je ne souhaite pas qu'ils se tournent autour pendant des mois « fictifs ». The Last Jedi nous a prouvé que tout va assez vite, entre eux, grâce, et merci, à leur impulsivité respective. Les amitiés Rey-Finn et Rey-Poe seront développées peu à peu, de même que les traits et histoires des Chevaliers de Ren, qui auront une place dans le récit. J'espère que tu apprécieras autant la suite ! En tout cas, n'hésite pas à me donner ton avis !

Manon : Merci beaucoup ! J'espère que cette suite te plaira !

SayoriHime : Merci pour ta review ! Oui, cette fic peut être considérée comme un épisode 9 potentiel (même si je me concentre beaucoup sur Rey et Kylo, chose qui ne sera peut-être pas fait dans le prochain film). J'espère de balancer les moments entre Rey et Kylo, de les mettre autant en avant l'un que l'autre, mais il est vrai que Rey prédominera dans les premiers chapitres, avant tout car elle est celle qui a le plus à apprendre et qui doit parcourir un chemin un peu plus long, par rapport à Kylo qui est plus âgé et plus sûr de lui et de ses actes (cela semble bizarre, dit ainsi, mais cela sera plus simple dans les chapitres à venir ^^ Rey doit avant tout se découvrir avant de penser à Kylo et au futur). J'espère que ce chapitre te plaira tout autant, et j'espère te relire très vite !

Elianna49 : Merci beaucoup ! Je suis heureuse d'avoir su coller aux personnages, de ton point de vue, c'était mon objectif premier ^^ J'espère que ce nouveau chapitre te plaira !

Ilonab38 : Merci ! J'espère que cette suite te plaira tout autant !

Sasa875 : Merci beaucoup ! J'espère que l'intrigue continuera à te plaire et à te tenir en haleine ! ^^

Nesple : Merci beaucoup ! J'espère que tu adoreras tout autant cette suite !


« Nous voulons tous être aimés,

À défaut, être admirés,

À défaut, être redoutés,

À défaut, être haïs et méprisés.

Nous voulons éveiller une émotion chez autrui quelle qu'elle soit.

L'âme frissonne devant le vide et recherche le contact à n'importe quel prix. »

Hjalmar Sôderberg.

X

CHAPITRE II – Lacuna

Agnes Obel ; Familiar


Rey repoussait le peu de nourriture de son assiette à l'aide de sa fourchette, avec dédain. La viande mal cuite lui retournait l'estomac, les légumes étaient toujours les mêmes, depuis cinq semaines. Les portions étaient de plus en plus restreintes.

- Tu vas manger le reste, ou simplement t'amuser jusqu'à ces pousses se changent en quelque chose de plus appétissant ?

Rey détestait faire ainsi la fine bouche : elle avait connu la faim, sur Jakku, une faim mordante et terrible, qui parvenait à plier l'estomac si fortement qu'elle avait été incapable, certains jours, de quitter son lit. Refuser une portion, si petite et si indigeste soit-elle, n'était pas dans ses habitudes, et n'était pas acceptable.

Sans un mot, elle reposa sa fourchette, et fit glisser son plateau jusqu'à Finn, assis face à elle dans ce qui leur tenait lieu de réfectoire, l'observant avec détachement se jeter sur la nourriture intouchée. Son ami avait cessé de lui demander si elle allait bien et, comme à peu près la majorité des rebelles, se contentait de lui jeter ce petit regard inquiet, en coin, quand il pensait qu'elle ne pouvait pas le voir. Rey ne s'en offusquait pas.

Elle posa une main sous son menton, observant avec distance et lassitude les autres personnes attablées, silencieuses devant leurs assiettes, ou murmurant doucement entre eux, sans gêner le silence quasi-religieux qui s'étirait sur la salle bien vide. Elle était entourée de la cape grise et chaude de Leia, et profita d'avoir à nouveau les mains libres pour passer ses mains sous l'étoffe, profitant de la chaleur de son propre corps face au froid mordant et aux courants d'air qui passaient et gelaient les attablés. Elle avait passé des jours sur Ahch-To, une planète aussi peu accueillante que celle-ci, dormant dans le froid, à la porte de Luke, affrontant le vent et la pluie, mais jamais le climat ne lui avait semblé si hostile, si instable, que sur Dantooine.

Poe avait dit que c'était le contrecoup, l'adrénaline qui rechutait après des semaines passées dans l'action, de sa rencontre avec Finn et BB-8 sur Jakku jusqu'à la Bataille sur Crait, qu'elle retrouvait désormais la normalité ou, du moins, un possible sentiment d'inaction. Lui aussi, lui avait-il confié, était souvent sujet à ce type de baisse de moral, notamment après un combat où il y avait eu des pertes : le sentiment de victoire venait toujours par être remplacé par celui de l'échec, de la désillusion. Cela passait, selon lui. Avec le temps, tout passait.

Elle avait froid. Elle n'avait pas faim. Elle dormait peu. Elle se sentait inutile, idiote et faible. Elle n'avait ni les connaissances de Poe, ni sa bravoure. Elle n'avait pas les informations de Finn, et ne possédait pas son empathie, sa sympathie. Elle n'avait rien d'une héroïne.

Elle crevait d'envie de revoir Ben.

- Rey ! Hey, salut, ça faisait un moment que tu n'étais pas sortie de ta chambre !

Elle sursauta, pas assez concentrée pour avoir senti l'approche de Poe, levant son regard cerné et terni vers son visage souriant, qui se figea un instant lorsque ses yeux la dévisagèrent.

- Oh, ça n'a pas l'air d'aller mieux, toi.

Elle leva les yeux au ciel, sans répondre. La jeune femme resserra ses jambes en tailleur, posant ses mains réchauffées sur ses mollets découverts, les réchauffant à leur tour. Il fallait qu'elle apprenne à se confectionner des vêtements plus chauds, plus adaptés à cette planète, notamment s'ils continuaient de s'y attarder. Encore fallait-il en avoir le courage et l'envie.

- J'ai passé la nuit à lire.

Poe et Finn échangèrent un regard, sans dire un mot, ce qui irrita davantage la jeune femme. Ils n'avaient de cesse de faire ce genre de choses, se regarder sans rien dire, se pencher l'un vers l'autre pour échanger quelques messes basses, rire sans que personne ne puisse comprendre pourquoi. C'était très clivant, notamment pour elle, qui n'avait su lier d'autre amitié avec les rebelles.

La fatigue, la honte, le froid, la tristesse, la rendaient irritable. Un trait de caractère, un effet qu'elle n'avait jamais montré, jamais voulu faire voir, elle qui avait été seule si longtemps, et mourrait désormais d'être entourée et aimée.

- Tu peux nous parler, tu sais. Avec tout ce qui s'est passé, la mort de Han, celle de Luke-

- Merci, mais je vais bien. Je n'ai pas besoin d'aide.

Elle put assister, impuissante, à leur repli, à la fermeture totale de leurs visages. Une lueur heurtée passa dans les yeux de Poe, et le visage de Finn exprima tout son désarroi, toute son impuissance face à son ton polaire, à sa retraite presque agressive. Cela lui fit mal, à elle aussi, d'avoir à les repousser de cette façon, d'avoir à réagir de cette manière. Mais, elle ne voulait pas parler des morts, elle ne souhaitait pas en souffrir, encore. Elle ne voulait pas parler. Elle savait que si elle commençait à leur expliquer, elle ne parviendrait jamais totalement à s'arrêter et à leur cacher tout ce qui se passait dans sa tête et dans son cœur, en cet instant.

S'éloigner était mieux. S'éloigner faisait mal.

Elle se leva et disparue dans les couloirs, vérifiant après un court instant qu'ils ne la suivaient pas.

Rey regretta immédiatement son geste. Elle qui avait été si longtemps seule, qui avait mis tant de temps à s'attirer la sympathie de ses compagnons, à construire des amitiés solides avec eux … Finn et Poe étaient deux piliers sur lesquels elle pouvait se reposer, deux images concrètes et tangibles auxquelles elle pouvait se raccrocher. Mais, seulement, pourraient-ils simplement comprendre ce qu'elle vivait, à l'heure actuelle ? Pourraient-ils accepter ? Rey ne souhaitait pas leur mentir, elle ne souhaitait pas leur cacher tant de vérités, tant de faits. Elle n'était pas bonne à cela, à cacher des choses, à se cacher. Un mot de travers, et la vérité sortirait de sa bouche sans qu'elle n'y prenne garde. Or, la vérité était dangereuse, cela elle le savait bien.

Elle le devinait de plus en plus : la vérité était sur le point de lui exploser au visage.

Ce qu'elle avait vu, lors de sa dernière rencontre avec Kylo Ren, lorsque ses doigts avaient touchés sa joue … Les images qui s'étaient imprimés dans son esprit, le temps qui refaisait des siennes et qui leur avait permis, un court instant, de visualiser un futur possible, alors que leur peau rentrait en contact.

Elle s'était vue dans une belle tour, une bâtisse faite de pierres, surplombant une région vallonnée de lacs et de champs. Une ville s'étendait plus bas, bruyante, grouillante, mais vive et joyeuse. Rey se tenait sur un grand balcon, les doigts perdus sur la pierre. Elle avait chaud, le vent était ardent, le soleil était au zénith. Elle portait une robe au dos nu, d'une matière qu'elle ne connaissait pas, une étoffe qu'elle n'aurait jamais pu, un jour, rêver de porter. Elle n'était pas seule.

Kylo se tenait à ses côtés, droit dans sa sempiternelle tenue sombre. Lui aussi observait le paysage. Il semblait plus jeune, plus détendu que jamais. Il avait tourné la tête vers elle, et elle avait été transportée par ce qu'elle avait vu sur son visage : son humanité, son sourire, la lueur chaleureuse dans ses yeux. Il avait posé une main dans son dos, à la limite de ses reins, et le geste avait provoqué une euphorie, un sentiment qui lui avait fait tourner la tête, un instant, et qui avait réchauffé ses sens.

Des bribes d'images saccadées, des halos lumineux, incandescents, qui tournaient et tournaient et tournaient dans sa tête. Kylo avait dû percevoir la vision, également, et Rey se demandait ce qu'il pouvait en penser. Elle n'avait pas senti de colère, de rage, de rancœur face à ces images. Elle n'avait pas sentie s'il s'agissait là d'une vision d'elle-même tournée vers le Côté Obscur, ou celle de Kylo venu les rejoindre. Elle ne savait pas où était cette planète, cet endroit, et pourquoi les choses s'étaient passées ainsi.

Encore une fois, la Force avait soulevé plus de questions que de réponses, et cela la laissait dans une détresse profonde.

La jeune femme passa une main sur sa joue, détournant un instant la tête alors qu'elle croisait un groupe dans les couloirs, ne souhaitant pas montrer ses larmes et sa détresse à toute la Rébellion réunie. La situation s'envenimait, se compliquait. Le coup au cœur devenait plus fort, le manque aussi, et la Force n'aidait pas, le lien n'aidait pas. La situation n'aidait pas. Ils étaient voués à se haïr, pas à passer leur temps à se voir l'un l'autre au travers d'un lien créé par elle ne savait qui, par elle ne savait quoi. Ils étaient voués à rester deux ennemis, pas à partager des visions et des images telles que celles-ci, où les sentiments entraient en jeu, où le contexte n'avait plus rien de réel et tangible.

Et, personne ne pouvait l'aider. Elle se sentait abandonnée, seule, démunie. Finn et Poe ne pouvaient pas comprendre, pas plus que le reste de la Rébellion. Lui non plus, Kylo, Ben, qu'importe, il ne pouvait pas comprendre : elle ne savait, au fond, que bien peu de choses sur ses sentiments, sur ses ressentis, elle ne pouvait pas lui faire confiance. Luke était mort. Han était mort. Il n'y avait plus de Jedis pour l'aider, plus de prétendue figure paternelle pour la sortir de l'Enfer qu'elle semblait vivre. Plus personne pour lui dire ce qu'elle devait faire.

- Tu n'as pas l'air d'aller bien.

Oh, bien sûr. Il se manifestait toujours à l'instant le plus opportun, bien entendu.

Rey soupira, lasse, passant ses mains sur ses joues pour en effacer les dernières traces de larmes, vérifiant autour d'elle que plus personne ne se trouvait dans les couloirs et ne pourrait la surprendre en train de se parler à elle-même. Elle devait avoir une mine affreuse, et elle fut gênée de paraitre ainsi devant Kylo, qui l'observait avec un peu d'inquiétude dans le regard, la silhouette perdue au milieu de ce qui semblait être ses appartement privés – cela n'aidait pas -, délesté de sa cape et de ses gants, et de sa foutue froideur.

- Va-t'en.

Ce n'était pas le moment pour une apparition surprise. Pas quand elle ne rêvait que de se rouler en boule au fond de son lit, la tête plongée dans l'oreiller pour pleurer de tout son saoul sur le pathétique de sa situation. Elle n'avait pas besoin de lui, qu'il apparaisse maintenant, elle n'avait pas besoin de son venin, de ses véhémences, de ses inactions.

Elle n'avait pas envie de lui. Elle ne voulait pas de lui.

Le rejet se peignit sur les traits du jeune homme mais, contrairement à ce que Rey pu croire, il ne se mit pas en colère. Elle imagina qu'il se fichait bien de savoir ce qui la tourmentait, qu'il ne tenait pas tant à leur lien que cela, qu'il vivait sa colère comme un nouveau caprice.

Elle coupa leur lien dans un cri de rage mal contenu.

L'image de Kylo s'effrita, se stoppa, et elle se retrouva à nouveau seule dans le couloir balayé par les courants d'air, le souffle coupé par la violence du choc exercé sur son cœur, sur son esprit, alors que la vision se déchirait, s'éloignait. Elle sentit, au loin, un écho de cette souffrance se répercuter, et comprit que la Force lui rendait les sensations ressenties au même instant par Kylo.

Les larmes se remirent à couler sur ses joues. Inconsolable, perdue, elle se détourna, les mains pressées sur ses yeux débordant de larmes.

Sur le balcon, dans la belle maison de pierres chauffées au soleil, dans leur solitude commune et apaisante, dans leurs rêves et peut-être dans un plausible futur, ils s'étaient embrassés.

X

Kylo ressentit la fin de la vision comme une déchirure.

Cela n'avait rien à voir avec la sensation douloureuse éprouvée sur Caith, lorsqu'elle avait mis fin au lien de manière abrupte, à la fois déçue et en colère contre lui. Leur lien n'était alors pas si fort, les ressentiments et les émotions étaient plus confus, plus épars. Aujourd'hui, cela n'avait plus rien à voir avec cet instant.

Il revint à la réalité dans un vacillement et, de l'autre côté de la passerelle – déserte une minute auparavant -, le Général Hux haussa un sourcil, surpris par son geste incontrôlé.

- Tout va bien, Suprême Leader ?

Kylo mit quelques secondes à reprendre ses esprits, enfermé dans les sensations et émotions violentes que le lien lui envoyait. Rey était bouleversée, perdue, enfermée dans un ressentiment et un questionnement dont elle ne parvenait pas à voir la fin. Elle repensait à leurs échanges, aux morts qu'il avait provoqué, à leurs doigts se touchant, aux visions qui les avaient assaillies lorsque leurs peaux s'étaient rencontrées. Elle s'emmêlait dans ses sentiments. Elle hésitait.

Cela aurait dû le satisfaire : la jeune femme se questionnait bien assez pour le considérer, pour penser au Côté Obscur comme une plausible réponse. Cependant, cela ne lui tira qu'une déception étrange, comme si les choses avaient été trop simples. Comme si, au fond, il n'avait jamais pensé que la balance tanguerait si facilement.

- Suprême Leader ?

Elle pensait à leur dernière vision, à la lande de Naboo – c'était cela, n'est-ce pas ? Ce paysage, ces lacs, ces montagnes … -, à leur sérénité, une fois ensemble. A leur baiser.

Oh, comme lui aussi ne cessait d'y penser …

C'était pourtant un futur impossible : si le désir pouvait avoir raison de son combat contre le Côté Obscur, le simple fait de l'embrasser, de la faire sienne, lui semblait incroyable et impensable. Rey avait été claire là-dessus : elle appartenait à la Lumière. Elle n'accepterait jamais d'y croire, de se laisser aller, de simplement le rejoindre par affection. Il devait y avoir autre chose, une raison plus noble. Comment pourrait-elle un jour éprouver quoi que ce soit pour lui, alors qu'elle ne le considérait que comme le monstre qui avait tué son propre père et aidé au massacre de milliers d'innocents à travers la Galaxie ?

L'espoir … Kylo n'était pas le genre de personne à croire en l'espoir. C'était une chose flétrie, impensable, instable. L'espoir amenait le doute, et le doute amenait la zizanie et le chaos. Kylo n'avait pas besoin d'un surplus de chaos, pas en ce moment. La situation lui semblait déjà bien assez désespérée.

- Sup-

- Je vous entends, Général Hux, nul besoin de crier.

Le Conseil entier doutait de ses agissements. Hux le premier, bien sûr. Depuis la disparition de Phasma, Hux avait pris en main la gestion des troupes, et Kylo n'était pas dupe : il rassemblait ses alliés, ses forces, et possédait plus de pouvoir sur le Premier Ordre que lui. Il se faisait plus irascible et menaçant, plus suspicieux. Il n'avait, bien sûr, pas avalé ses mensonges sur la mort de Snoke, cru que Rey avait été la seule responsable de la disparition de tous ses disciples si bien entrainés et si fidèles à leur Suprême Leader. Il ne pouvait pas être si bête. Cela n'arrangeait en rien les affaires de Kylo.

Hux se tenait si droit que Kylo se demanda s'il n'allait pas se briser à la moindre bourrasque de vent, ou au moindre cri. Son attitude hautaine, supérieure, était écœurante et mielleuse, feinte et profondément hostile. Kylo n'avait pas besoin d'entrer dans sa tête pour connaitre ses pensées, pas besoin de poser sa main sur lui pour connaitre la moindre chose de sa personne. Comme tous les autres, il était un ambitieux et, comme tous les autres, il avait écrasé et écraserait quiconque se mettrait au travers du chemin qu'il s'était écrit, et auquel il se savait prédestiné. Comme tous les autres, il avait ses propres idéaux, ses propres croyances, sa propre foi. Comme tous les autres. Au fond, il n'avait rien de très original, rien de très surprenant : il était un bureaucrate de plus, un homme de plus.

- Que voulez-vous, Hux ?

Immédiatement, Kylo pu sentir l'agacement, la colère, émaner du Général, hors de lui de se voir ainsi humilié, d'entendre l'absence de son titre dans ses mots, le mépris que le Jedi Noir utilisa dans l'élocution de son patronyme. Kylo savait qu'en l'absence de quiconque sur la plateforme, Hux aurait certainement rétorqué, quitté sa peur et sa torpeur pour lui répondre vertement, mais, aujourd'hui, la plateforme était pleine à craquer d'hommes et de femmes qui les écoutaient d'une oreille tout en s'affairant, alors il se retint. Avec satisfaction, Kylo se dit qu'il devait s'en mordre la langue à sang, à la fois de rage et de désespoir.

Cela lui remontait un peu le moral. Après la façon dont Rey venait de couper court à leur échange, il en avait bien besoin, et Hux était toujours un catalyseur très efficace, en ces circonstances.

- Nous avons repérés les rebelles, Suprême Leader. Ils ont envoyés des messages dans toute la Galaxie pour s'attirer la sympathie de nouveaux et potentiels alliés. Nous avons pu intercepter un de ces messages et remonter jusqu'à eux.

Le sang de Kylo sembla se glacer dans ses veines.

-Ils sont sur Dantooine. Nous en sommes fortement éloignés, mais le voyage ne devrait pas nous prendre plus de quelques heures. Une patrouille, fort heureusement, est plus proche de leur position, et y sera dans quelques minutes à peine. Ils pourront nous préciser et confirmer- … Suprême Leader, est-ce que tout va bien ?

Dantooine. Une planète emplie d'eau, de champs et d'herbes folles. Une planète dont il avait tout lu, tout découvert dans les livres, un ancien bastion de l'Alliance Rebelle, oublié et abandonné de tous, avant aujourd'hui.

Rey s'était tenue face à la lune, le corps battant les herbes sauvages, son sabre éclairant la nuit, réchauffant le soir, et c'était Dantooine, en fait, qu'il avait vu dans ces maigres évidences.

Ils allaient plonger sur eux, eux qui ignoraient qu'ils arrivaient, avec toute leur flotte, directement sur leur position. Anéantir ce qui restait d'eux, les maigres et dernières pièces de la Résistance, faire de la bataille une victoire, et de la victoire un triomphe, une apothéose.

Kylo aurait dû s'en sentir aussi heureux, aussi enthousiaste qu'Hux. Il aurait dû partager son attente, mais, inexplicablement, tout ce qu'il put ressentir fut terni par un maelström d'incertitude et de torpeur glacée, de panique et de doute.

Il ne devait pas penser à sa mère, mais il y pensait. Il ne devait pas penser à Rey, mais il y pensait. Il ne devait pas penser à la vision. Il ne devait pas penser au baiser. Il ne devait pas penser à quel point il souhaitait plus, toujours plus, encore plus

- Sup-

-Avertissez-moi de notre approche. Je serai dans mes appartements.

Hux le salua d'un mouvement de la tête, apparemment satisfait, apparemment bien heureux de le voir s'enfuir, le laissant seul maitre à bord. Kylo ne s'en formalisa pas. Il avait quelques heures pour réfléchir, pour laisser pencher la balance, pour se résoudre au pire, ou au meilleur.

Hux pouvait bien s'attitrer la victoire, se lancer des fleurs, s'approprier tout ce qu'il voulait. Il pouvait bien devenir Suprême Leader, si ça l'enchantait. Kylo avait mieux à penser. Kylo avait mieux à trancher.

Le sort de la Rébellion se tenait désormais entre ses deux poings serrés.

X

Rey écoutait sans réagir, le regard tourné vers le vide. La réunion les avaient tous réunis dans une salle centrale du bunker, assis dans des gradins de fortune face à la Générale Organa et à l'écran de surveillance qui marquait leur position et celles des bastions ennemis supposés.

Le moral des troupes n'était pas au beau fixe : Rey pouvait sentir la peur, le découragement, le scepticisme gagner les esprits. C'était une sorte de pâte, de matière gluante qui venait se coller à ses sens, imprégner ses propres émotions. Luke avait dit que l'empathie était un enseignement important des Jedis, mais que ce don se devait d'être maitrisé, que les Jedis devaient apprendre à balancer cette notion, la contrôler, pour éviter de s'y embourber. L'optimisme n'ayant jamais été une ressource facilement tarie, chez elle, elle se força à respirer, à se dissocier de l'inertie ambiante, à se redresser sur son siège.

La fatigue s'accumulait. L'impuissance. Elle se sentait gênée et honteuse d'avoir rejeté ainsi Finn et Poe, et avait passé les premières minutes de la réunion à s'excuser piteusement, pour se voir facilement et rapidement pardonner. Les deux hommes l'encadraient, l'un penché au bord de sa chaise, buvant les paroles de la Générale, le second plus réservé dans ses émotions, les sourcils froncés et les bras croisés.

Leia parlait du temps qu'ils allaient encore passer sur cette base, de la façon dont ils devaient poursuivre leurs efforts, recontacter leurs anciens alliés. Il fallait envoyer des émissaires dans la Galaxie, procéder à des collectes de ressources, mettre en place une logistique plus drastique.

Le nombre de leurs membres augmentait, certes, lentement, mais les ressources vitales n'étaient, elles, pas éternelles et illimitées : leurs vivres s'amenuisaient, et le but n'étant pas de voler les paysans qui étaient légions dans les plaines de Dantooine – chacun refusant de leur vendre la moindre chose, de peur de subir des représailles du Premier Ordre -, de nouvelles pistes devaient être explorées, de nouvelles idées devaient être trouvées.

Poe, bien entendu, se proposa immédiatement, son enthousiasme se répercutant sur son équipe et les nouveaux pilotes, qui mourraient d'envie de se joindre pour de vrai à la bataille. Au final, l'affaire fut vite conclue et, avant que Rey n'ai pu comprendre comment, la réunion était close et les rebelles repartis à leurs occupations habituelles.

- Je vais passer voir Rose. Est-ce que tu- ?

- Vas-y, Finn. On se voit tout à l'heure.

Le jeune homme hocha la tête, et Rey répondit à son sourire avec franchise, soulagée que son emportement n'ait pas terni leurs rapports. Finn passa près de Poe, qui parla encore quelques secondes avec la Générale, avant de s'éclipser à son tour, rattrapant avec empressement son ami dans le couloir.

Leia finit par tourner la tête vers elle, elle qui attendait, immobile, toujours assise sur son siège, le regard un peu perdu dans le vide. Rey put la voir hausser un sourcil, attendant peut-être qu'elle immisce un geste, se lève, parle. La jeune femme se força à respirer, à dénouer la boule qui avait pris forme dans ses intestins.

- Tu voulais me parler, Rey ?

La jeune femme se redressa, se levant de son siège, avant tout pour se donner une contenance. Elle avança d'un pas, hochant la tête, et Leia dû voir quelque chose dans ses yeux, car elle se retourna un instant pour fermer la porte les séparant du reste du monde, les enfermant dans une certaine confidence.

- Je … Cela ne va pas vous plaire.

- Je t'écoute.

Rey croisa les bras, passant d'un pied à l'autre, ouvrant et fermant la bouche.

Lui expliquer lui semblait désormais une tâche ardue, impossible. Le regard de Leia était tranchant, incisif, et Rey se sentit redevenir une petite fille devant elle, sentit ses joues brûler de gêne et de honte.

Mais, en même temps, le secret la rongeait. L'ignorance, le doute, étaient des poisons, et elle n'imaginait pas vivre plus longtemps avec ce fardeau, continuer à vivre ainsi dans le mensonge et le secret. Il fallait qu'elle en parle, qu'elle soit conseillée. Leia semblait être la seule personne à qui elle pouvait se confier, maintenant que Han et Luke étaient morts.

- Kylo Ren et moi-même avons … Nous sommes …

Elle vit les sourcils de Leia se hausser, l'incrédulité venir doucement figer ses traits. Rey se sentit elle-même rougir de honte. Elle décroisa ses bras et jeta son regard dans celui de la Générale, se lançant une fois pour toute.

- Nous avons un lien. Dans la Force. Je peux lui parler. Je peux le voir.

Elle vit Leia cligner plusieurs fois des yeux, assimilant apparemment l'information. Elle ne réagit pourtant pas, les traits de son visage restant figés, sa posture similaire. Rey, ne sachant pas si c'était là une bonne ou une mauvaise réaction, s'empressa de continuer.

- Ce n'est pas récent … Cela a débuté sur Ahch-Toh.

Un sentiment de panique, de dérision, s'empara d'elle alors qu'elle ne percevait toujours pas de réaction dans le regard de son ainée. Elle avait imaginé de la colère, de la déception. Elle avait imaginé de la curiosité, de l'espoir. Cette incertitude figée, cette inertie choquée, lui renvoyait l'aberration de sa situation, l'horreur de son comportement. Rey repoussa ses cheveux vers l'arrière, plus pour occuper ses mains et empêcher ses doigts de trembler que dans un réel soucis de confort, passant toujours d'un pied sur l'autre, laissant le stress et la panique faire trembler sa voix, craqueler son ton.

- Je suis désolée, j'aurai dû vous le dire. C'est de la trahison, et-

- Lui parles-tu de la Résistance, de nos actions ?

Le regard de Rey remonta immédiatement vers celui de Leia. Elle avait murmuré ces mots, doucement, et, si la jeune femme n'entendit aucun reproche dans sa voix, elle fut légèrement désemparée par la dureté de son regard.

Leia n'était pas comme Han : à la tête de la Résistance, elle semblait inaccessible, froide et mesurée. Han avait été chaleureux, humain, tragiquement humain. Il lui avait tendu la main, l'avait sorti de son désert, de sa fin imminente, de sa misère. Il l'avait secouru. Il était mort. Et, Leia, sa femme, n'était pas lui. Elle avait légué la couleur sombre de ses yeux à son fils. Peut-être un peu de l'orage qui y régnait, également.

La douleur de ce rejet, cette absence de communication, la prirent à la gorge. Rey sentit un peu de colère affluer, sachant déjà que la partie était mal engagée, et qu'elle allait devoir se battre pour susciter de la confiance chez son ainée. Faire ses preuves. Révéler ses cartes. La fatigue s'abattit une nouvelle fois sur ses épaules.

- Non ! Bien sûr que non, je ne sers pas son parti ! Cette connexion est arrivée soudainement, je ne l'ai pas initiée. Je ne m'en sers pas pour trahir la Rébellion, comme lui-même ne l'utilise pas pour nous piéger … ou nous aider.

Elle souffla les derniers mots, se demandant un instant si elle devait tout dire, si elle devait vraiment expliquer tout ce qui s'était passé, tout ce qu'elle ressentait. Le sabre brisé, la main qu'il lui avait tendue, le doute qui s'imprimait … La vision. Rey se sentait au bord de l'implosion, noyée parmi ses émotions, ses secrets, ses actions. S'en libérer, se confier, lui avait paru, sur l'instant, être une bonne idée. Désormais, face au regard dur et inflexible de Leia, elle n'en était plus si certaine.

- Générale, je suis-

- Les liens de Force existent depuis toujours. Ils ne peuvent être initiés qu'entre deux personnes assez puissantes, assez liées par leurs personnalités, leurs sentiments, leurs destinées.

Leia se détourna un instant, lâchant son regard, et Rey s'en sentit étrangement soulagée. La Générale fit quelques pas, lui tournant le dos, avant de s'asseoir dans un des sièges laissés à l'abandon à l'issue de la réunion, invitant d'un geste de la main la jeune femme, laissée derrière, à venir s'installer près d'elle.

Rey fit ce qui lui était dicté, curieuse et tiraillée par ce qu'elle entendait, les sens figés.

Sentiments ? Avait-elle bien entendu ?

- Snoke a initié ce lien. Je n'en ai jamais voulu.

Par habitude, Rey replia ses jambes en tailleur, enroulant sa silhouette dans la cape grise qu'elle ne quittait plus, le cuir froid de son siège lui tirant un frisson. Elle remarqua les sourcils de Leia se froncer, son regard s'adoucir, se perdre au-dessus de son épaule.

- Une tierce personne ne peut pas influer sur ce lien, Rey. Snoke, malgré ses pouvoirs, n'aurait jamais pu créer une telle chose. C'est la Force qui en est responsable.

Rey sentit sa bouche s'ouvrir, et manqua de rétorquer, de démentir ses paroles avec véhémence. Mais, la véracité des mots de Leia créa en elle comme une vague, un sentiment de quiétude et de vérité si profond qu'elle referma la bouche sans avoir parlé, ébranlée par le fait, figée dans la stupeur.

La Force était responsable de leur lien. Celle qui glissait dans les veines et les cellules de Kylo, celle qui se rassemblait en elle. La Force les avait unis. En quelque sorte, il lui sembla qu'elle l'avait toujours su, toujours pressenti. La révélation – qui n'en était pas vraiment une -, si elle la plongea dans la surprise, ne la paniqua pas.

- Quelle est sa puissance ? Tu dis que vous êtes capables de vous voir, de vous parler.

Rey gigota maladroitement sur son siège, mal à l'aise.

- Eh bien, ces « visions » sont sporadiques, plus ou moins longues, je suppose que cela dépend de notre état d'esprit. Nous pouvons nous voir, voir notre environnement proche, nous entendre. Lorsque la connexion s'établie – n'importe où, elle ne semble pas avoir de frontières -, nous ne semblons plus conscients que de l'un et de l'autre : nous n'entendons pas ce qui se passe autour, nous ne voyons rien d'autre. Et, nous pouvons nous toucher. Il semble que … le lien s'amplifie, au fil du temps.

Elle termina dans un souffle, peu rassurée par le blêmissement progressif des joues de Leia, alors qu'elle mettait des mots sur ce qu'elle pensait du lien qui les unissait.

- C'est … C'est incroyable.

Rey vit avec confusion le regard de Leia s'ourler de mélancolie, et d'une autre chose qu'elle ne parvint pas à comprendre, dans l'immédiat. Elle passa une main dans son cou, désormais plus lasse et fatiguée que réellement gênée.

- Je suis un peu perdue, je dois l'avouer. Le lien n'aide en rien, le voir n'aide en rien. Je suis …

- Tiraillée ?

La question avait été douce, sans jugement. Pourtant, Rey la dénigra très vite, secouant la tête comme pour en chasser l'idée.

- Non, je me sens plutôt … coupable. Coupable de partager une telle chose avec lui, coupable de ne pouvoir …

En faire plus. En dire plus.

Elle se mordit la lèvre.

Il ne fallait pas qu'elle parle de la vision, de la proposition de Kylo, du sabre laser brisé qui reposait sous son lit. Il ne fallait pas qu'elle parle de l'espoir, de ce qu'il lui avait fait faire – monter dans une navette, se rendre chez l'ennemi, tenter de le raisonner, participer aux meurtres de Snoke et de sa garde -, il ne fallait pas qu'elle dise un mot sur ce qu'elle en pensait, sur ce qu'elle ressentait. Non. Jamais.

Leia continua de la dévisager, fixement, une lueur étrange dans le regard. A nouveau, Rey se tortilla sur son siège, quelque peu gênée par son insistance.

- Je ne suis pas une Jedi. Je suis sensible à la Force, mais je n'ai jamais souhaité en apprendre plus que nécessaire et me former. J'en sais néanmoins assez. Je ne vais pas te mentir, Rey : ce que tu me décris n'est pas banal, ni commun. Un lien de Force de cette envergure me parait inédit, en-dehors de liens du sang. Les frères et les sœurs, les parents et leurs enfants, peuvent partager des liens si forts, mais je ne me souviens pas en avoir lu toute trace d'un échange aussi prégnant dans les archives des Jedis.

Rey fronça les sourcils, plus perdue par ce que Leia lui révélait que relativement aidée.

- Qu'est-ce que cela veut dire ? Que suis-je censé faire ?

- Que veux-tu faire, Rey ? Que te dicte ton esprit ? Que te dicte ton cœur ?

Son esprit ? Eh bien, de cesser de se prendre pour ce qu'elle n'était pas. D'arrêter de les faire espérer pour rien, de mettre fin à la comédie, à ce rang d'héroïne qu'elle ne souhaitait pas porter. Elle n'était rien, elle n'était personne. Ils ne pouvaient réellement croire qu'elle était la Dernière Jedi, qu'elle pouvait ramener la paix dans la Galaxie. Elle-même n'arrivait pas à y croire. Elle devait arrêter, et pour cela, elle devait quitter les rebelles, briser le lien qui l'unissait à Kylo.

Son cœur ? Il lui dictait tout autre. Il lui montrait la vision, il forgeait le lien, il lui donnait le courage de se lever, chaque jour, de s'entrainer, d'espérer. Il était gorgé de courage et de rébellion, de bravoure et d'ambition. Il battait fort dans sa poitrine et lui montrait la voie. Il s'ouvrait à la vision de Kylo, il se fermait à ce qui se disait autour d'elle, il s'abreuvait de la Force.

Elle sentit un élan de désespoir la traverser.

- Je … Je ne sais pas.

Leia ne releva pas, se contentant d'hocher la tête, prenant apparemment son absence de décision pour une réponse. Cela sembla suffisant pour elle, et Rey en fut soulagée.

- Comment va-t-il ?

La jeune femme ne sut que dire. Le savait-elle seulement ? Voulait-elle seulement y penser ? Elle avait mis un terme à leur précédente entrevue, tenté de s'éloigner, de s'arracher à lui. Elle tentait d'ignorer tout ce que le lien lui renvoyait, toutes les émotions qui voyageaient et s'écrasaient contre elle sans qu'elle ne puisse les stopper, érodant ses pensées et ses gestes comme des vagues emplies d'une violence rare, intraitables, instoppables.

Kylo n'allait pas bien, elle n'allait pas bien, il était perdu, elle était perdue. Au fond, à qui appartenaient toutes ces pensées ? Au fond, qu'en pensait-elle vraiment ?

Leia se racla la gorge, prenant son silence pour de l'hésitation, pour son refus de lui annoncer quelque chose qui n'allait peut-être pas lui plaire.

- Tu peux me dire la vérité, Rey. C'est la vérité que je recherche.

La vérité. Quelque chose que Rey cherchait également, une vérité dissimulée dans les couches des mensonges et des faux-semblants, des attitudes et des rôles. Elle ressentait l'hésitation, le doute, le désespoir. Elle ressentait de l'attraction, de l'espérance. Elle se sentait mal et trop bien. Elle ne savait, au fond, pas très bien qui il était.

Voyant que Leia la regardait fixement, déchiffrant certainement son regard et interprétant les émotions qui se bousculaient sur son visage, Rey se contraint à lui répondre, lui offrant la réponse la plus franche possible.

- Je pense qu'il n'est pas totalement perdu.

Leurs échanges sur Ahch-To avaient été fondamentaux, assez pour qu'elle puisse apprendre à l'amadouer, à le connaitre, à le reconnaitre tel qu'il était. Si leurs affrontements passés s'étaient passés dans l'ignorance de leurs identités propres, de leurs personnalités propres, ce rapprochement soudain leur apportait la connaissance, le savoir, et c'était là bien assez pour qu'une connivence s'installe, qu'une complicité s'immisce. Rey y avait pensé, un temps, dans le froid et la pluie de cette planète solitaire : Kylo était là, il souriait, il parlait, il était intelligent, il était seul, il la comprenait et, bien qu'ils soient ennemis, dans un autre monde, un autre temps, cela n'avait eu, alors, aucune importance.

Oh, comme ces instants lui avaient paru si importants, si éternels … Quelque chose était passé, entre eux, et s'était accroché. Une chose dont Rey ignorait la nature, mais qui ne la lâchait pas, engorgeait son espoir vibrant et renforçait une conviction profonde : Kylo – Ben – n'était pas perdu. Il était là, hésitant, et il pouvait revenir. Elle était certaine qu'il pouvait être plus qu'un homme à l'autre bout d'un lien, qu'il pouvait être plus qu'un homme derrière un masque.

Voilà, peut-être, ce qui la rongeait, la croquait bout à bout, tel un venin dont la propagation ne pouvait être stoppée : elle espérait pour quelqu'un qui n'espérait plus depuis longtemps. Elle portait l'espoir pour eux deux, la vie pour eux deux, et cela semblait si éprouvant, si extraordinaire qu'elle ne pouvait totalement s'y laisser sombrer, s'y abandonner.

- Je possède encore certaines de ses affaires. Des livres, majoritairement, qui pourraient t'intéresser. Je les ferai porter dans ta chambre.

La jeune femme reprit ses esprits, touchant à nouveau terre, observant avec incrédulité le sourire revenu sur les lèvres de Leia, et l'émotion qui avait gagné ses yeux. Elle mit un instant à comprendre où elle venait en venir, ce qu'elle venait de dire, et la réalisation fit monter le sang à ses joues, et son visage se mit à chauffer sans qu'elle ne le veuille réellement.

- Je ne peux pas accepter-

- Je n'en ai pas l'utilité. Ces vieux grimoires pourront t'en apprendre plus que moi-même sur qui tu es, et qui il est. Ils pourront t'enseigner des traits de la Force et des Jedis que nul autre ne pourra t'apprendre. Tu pourras y découvrir une part de Ben.

Cela lui sembla si irréaliste, si incroyable … Rey ignorait quel trait, quel point de ce discours la faisait trembler le plus.

- Je … Je ne sais pas comment vous remercier … Je suis liée à l'ennemi, et-

Leia coupa ses mots d'un geste un peu agacé, et Rey s'interrompit, les joues toujours brûlantes, le regard voilé d'excitation et de gêne. Elle baissa légèrement le regard sous celui si pénétrant de la Générale, manquant son sourire, manquant l'éclat ravivé dans ses yeux vieillis. Elle parla soudainement d'une voix si douce que Rey en sentit son cœur en manquer un battement, puis d'un geste, l'invita à se retirer, ce qu'elle fit rapidement, sous ses derniers mots, qui lui réchauffèrent autant le cœur que le glacèrent :

- Tu es liée à mon fils. C'est la seule chose qui m'importe.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! Je suis ouverte à tous vos commentaires et questions, alors, n'hésitez pas !

Pas de Chevaliers de Ren dans cette partie, peu de place à Kylo, mais il reviendra de manière plus fréquente et conséquente dans les prochaines chapitres. Les choses doivent se mettre en place. Poe et Finn auront également plus de place dans les prochains chapitres.

Je reste à votre écoute, et je vous dis donc à très vite !

Votre serviteur,

AMAZINGmadness.