Premier chapitre ! Le démarrage est un peu long, mais en même temps il faut bien introduire les choses si on ne veut pas que ça tombe comme un cheveux sur la soupe. L'histoire sera actualisée... Comme je pourrais, selon le degré de temps et de motivation. N'hésitez pas à me sonner les cloches si je mets trop de temps à votre goût, et bonne lecture !
-Kenny, on va être en retard ! Sérieux, dépêche-toi !
-Deux minutes, j'essaie de le faire démarrer. Faut que je me concentre.
Karen lança un regard dubitatif à son frère depuis le siège passager. Vraiment, elle avait beau retourner la question dans tous les sens, elle ne voyait pas en quoi il fallait se concentrer pour faire démarrer une voiture –si elle méritait ce nom, ce dont la gamine n'était pas sûre à cent pourcent. Elle boucla malgré tout sa ceinture et pria pour que le moteur se mette en marche. Si elle devait y aller à pieds, c'était fini, mort de chez mort, elle serait à la bourre. Pas que ce soit un problème en soi, les profs étaient assez compréhensifs et ses absences rares, mais l'idée d'entrer en classe à bout de souffle et d'attirer toute l'attention sur elle la révulsait. Rien que d'y penser. Peut-être qu'il vaudrait mieux sécher carrément le cours. Peut-être que madame Brood allait être encore plus en retard qu'elle. Peut-être que le collège aurait disparu dans une immense explosion de gaz durant la nuit.
Ou que Kenny allait réussir à faire démarrer cette fichue voiture.
Elle toussota, commença à s'agiter sur son siège et à lorgner la poignée à chaque coup de clef infructueux. Si elle partait maintenant, elle limitait la casse, avantage non néglig-
-Ah, ça y est !
-Eh ben, heureusement que t'es un pro de la mécanique, dix minutes, tu t'améliores, lança-t-elle d'un ton sarcastique qu'un large sourire adoucissait largement.
-A qui le dis-tu, répondit son frère avec le même visage, les yeux rieurs et des fossettes au coin des joues. Ça t'embête si on passe chercher un pote vite fait ? Non, parce qu'il vient de m'envoyer un message et tu vois, il est dans la mouise.
Karen recula bon gré mal gré pour distinguer, ne serait-ce qu'un peu moins flou, l'image qui brillait sur l'écran du portable de Kenny. Il n'était jamais sorti de cette phase où les enfants se sentent obligés de tout agiter devant le nez des autres pour être bien certains qu'ils aient tout bien vu. Elle haussa les épaules sans regarder le nom, tout en espérant secrètement, par pitié, que ce ne soit pas Tweek. Il fallait toujours rouler à deux à l'heure avec lui, sans ça, on était bon pour un nettoyage de printemps de la moquette et de tous les sièges. Pas top.
Kenny exécuta un demi-tour approximatif et se lança à l'assaut de la route qui les mènerait glorieusement vers l'école. Le collège, pour tous les deux : elle en première année, lui en dernière parce qu'il l'avait redoublée. A plusieurs reprises, il avait déclaré ne pas ambitionner de continuer jusqu'au lycée. « De toute façon, j'irais pas à la fac », comme il le disait si bien. C'était bête. Il aurait pu demander de l'aide à Kyle, Wendy ou Bebe. Ils l'auraient aidé. Avec une bourse d'étude, il aurait pu finir à l'université comme n'importe qui qui en avait dans le crâne. Le filtre fraternel l'empêchait de dire si, oui ou non, c'était vrai pour lui enfin, il ne devait pas être aussi stupide qu'il le clamait à qui voulait l'entendre.
-Ah putain de merde ! J'ai loupé la route. Yioup-là, personne regarde, Karen t'as rien vu, c'est fait !
-Tu sais pas conduire ou tu le fais exprès ?!
Plutôt que d'attendre sagement la prochaine allée, Monsieur l'Inconscient avait décidé de les tuer –potentiellement- et de recopier sa sorte-de-demi-tour au beau milieu de la tour, d'écraser la chaussée et un passant-potentiel. De tourner à droite, enfin. Et de s'arrêter devant la maison des Tucker, un sourire désolé aux lèvres. Le pire c'était sûrement qu'il l'était pour de vrai.
-Je voulais pas m'emporter. Mais si tu recommences ça, je t'attache à la maison. Il te resteras quoi quand tu seras mort, hein ?
Il eut l'air de réfléchir une seconde, pas convaincant du tout :
-Tes jolies fleurs, un sourire glorieux et une jolie thanatopractrice pour prendre soin de moi ?
-Tu crains.
-C'est de famille.
-Je t'ai dit qu'on raconte que tu serais adopté ?
-J'ai toujours su que j'étais trop beau pour cette famille.
-Je dérange ?
Karen se retourna vaille que vaille et se tut immédiatement tandis que Craig balançait son sac et ses fesses à l'arrière, lui adressait un vague signe de tête et serrait la main de Kenny. Maman plaisantait souvent là-dessus : un bouton « mute » caché quelque part. Papa sautait sur l'occasion à chaque fois : pourquoi sa fichue mère avait pas le même pour voir, qu'elle ferme sa grande gueule ? Et ladite bourgeoise à la con partait au quart de tour. C'était reparti. Ce qui n'empêchait pas la comparaison d'être assez amusante en elle-même.
Kenny redémarra, du premier coup cette fois, et ils repartirent. Coup d'œil à sa montre : moins dix. Ils allaient être tout juste, mais à l'heure quand même, petit exploit ce matin-ci. Ken avait toujours le temps, et quand il n'y en avait plus, horloge à l'appui, il le trouvait malgré tout. Coup d'œil dans le rétroviseur : Craig avait l'air à moitié réveillé, ses yeux gris lançaient des appels à l'aide et à voir son allure en général, il avait dormi dans un cercueil. Jean enfilé à la va-vite, cheveux gras, yeux pochés, coupure au menton, le sacrosaint uniforme de la jeunesse fauchée du coin. Elle le savait parce que son frère avait le même et qu'elle en possédait la variante féminine –moins de je-m'en-foutisme, un vague souci des couleurs, les cheveux clean et une nuit qui avait laissé moins de traces. Ou plus, selon le point de vue dont on le prenait. Ou de meilleures. Enfin. Vous saisissez.
-Alors, plus d'essence ?
-Nan. Ruby a chouré les clefs.
Silence éloquent. Karen se retint de rire c'était du Ruby tout craché. Elles n'étaient pas amies, pas dans la même classe, presque pas dans le même monde, mais Ruby, c'était tout un Univers à elle toute seule. On avait du mal à la louper. Craig, de son côté, avait plutôt l'air du genre à passer inaperçu. Magnat de l'incognito, ou simple garçon qui collait trop au décor. Pas méchant ? Pas méchant, décida la petite. Mignon ?
Coup d'œil dehors : ils étaient arrivés. Vraiment pas long. Elle sourit, se détacha, ouvrit la portière et grimaça lorsque le vent froid lui claqua une bise enthousiaste sur chaque joue. Karen s'enfonça encore un peu plus dans son manteau épais mais peu chaud. Janvier était décidément un sale mois pour respirer.
-A ce soir, Kenny, dit-elle avec un baiser rapide sur la joue de son frère et un demi-sourire pour le brun. Bonne journée !
-Bah, elle va où ? Elle est pas au collège, ta sœur ?
-Si, répondit Kenny.
Le reste de leur discussion se perdit derrière eux, d'autant plus qu'ils avaient le vent de face. Elle ne pouvait pas les entendre. Elle ne voulait pas les déranger, surtout. Ils avaient beau être dans le même établissement qu'elle, ils avaient l'âge d'être des lycéens. Ils étaient plus vieux en plus d'être des garçons. Les bâtiments de brique rouge se succédaient dans un défilé monotone. Comme il n'y avait pas de parking pour le collège, ils devaient marcher sur une centaine de mètres avant d'arriver dans l'enceinte du bâtiment à proprement parler. Ça ne la dérangeait pas. Sauf en janvier. Coup d'œil derrière –Karen, the spécialiste des coup d'œil furtifs. Ils discutaient bêtement, l'air hagard et ennuyé, sauf quand ils riaient. Dur de faire de grands gestes les mains dans les poches. Karen attrapa un sourire au vol, consciente qu'il ne lui était pas destiné mais, au diable tout ça, et se retourna aussi vite. Laura était juste devant elle, et elle accéléra le pas pour la rattraper.
-Laurie-Laura, attends-moi !
