HOLÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ !

J'ai la pêche, et vous ? La Mère Noël est en forme cette année vu qu'elle m'a livré tout juste hier soir (vers les 2h du mat') la toute fin de ce chapitre ! Elle a un peu galéré pour le rendre en temps et en heure mais elle était toute contente de vous l'offrir en ce jour de fête. D'ailleurs, elle tenait à vous dire que ce second chapitre vous surprendra sûrement mais qu'il n'en perdra pas pour autant de sa teneur « chaude » ; installez-vous donc confortablement et appréciez votre cadeau !

Remarque : les réponses aux reviews anonymes de ce chapitre sont écrites dans mon profil.

Joyeux Noël à tous et surtout, bonne lecture à vous !


Le farceur

En vrai rustre, il claque la porte.

Le corps trace, sans quelconque œillade lancée à l'arrière ; foulée du courroucé. Se casser de là, sans se retourner, sans attendre un geste ou un quelconque mouvement de leur part — il n'y en aurait eu aucun, de toute façon. Trop satisfaits qu'ils sont de le voir réagir ainsi. Trop ravis d'avoir réussi ce que depuis le début ils ont voulu. Être dehors ne l'empêche pas pour autant de deviner leurs sourires malséants, encore moins leurs fourbes rires en train de parader comme de normal dans la piaule. Ô que oui leur régal s'exhibe et ça l'énerve encore plus, eux qui sont censés être des compagnons solidaires !

« Amis mon cul ! », vitupère le malade des transports, le visage froissé dans la grimace laide du (très) mauvais.

Même son frère de cœur l'a abandonné au profit de la goguenardise. De leur côté son chat volant s'est rangé, en vrai chineur qu'il est. Remarque, lui non plus ne se prive guère lorsque l'occasion se présente ; un sport que c'est de charrier l'autre n'importe quand et n'importe où — dès que cela leur est possible, en fait. Opportuniste le Happy ? Un peu beaucoup ouais. Faiblard, aussi, que de n'avoir pas su se soustraire à l'emprise féminine, elles qui avec leur voix de crécelles font abdiquer sous le coup de la menace, ou du chantage… Surtout Erza, avec ses yeux perçants de dissuasion et son aura de boxeuse monstrueuse. Lucy aussi n'est pas en reste et sait comment amadouer le matou pour le mettre dans sa poche — lui qui pour une poiscaille de pacotille ou un rancart avec l'autre rigide est prêt à retourner sa veste ; fayot va !

Tout ça parce qu'en douce il s'est introduit chez sa comparse, histoire de piquer un somme comme tant d'autres fois ; pourquoi donc chier une quille pour ça, franchement !?

De tout temps à jamais lui et son acolyte poilu ont fait ça et recommenceront — pour l'infini et l'au-delà ! Par cœur l'héritière Heartfilia connaît la chanson mais non, faut toujours qu'elle pique sa crise d'hystérique pour finir par les envoyer bouler dehors. Sauf que, cette fois, à peine leur a-t-elle gueulé dessus que les deux autres zigotos ont ramené vite fait bien fait leur fraise ; et ne voilà-t-il pas qu'ils s'installent tranquilles, l'air de rien, pendant qu'Happy et lui se font botter le cul par une blonde en furie ? Cela a au moins eu le mérite de la distraire, son attention accaparée toute entière par les nouveaux intrus — casse-burnes plutôt, à en juger par le ton agacé employé pour les tancer. Ainsi le duo inséparable a commencé à prendre ses aises, normal, mais cela compter sans les deux autres qui finalement ont tapé l'incruste.

En parfait naïf, il a cru que la constellationniste les virerait, comme elle s'apprêtait à le faire avec eux mais, pas du tout, pardi ! Que dalle ouais qu'ils ont été foutus à la porte ; non, ces nases sont restés, le privant ainsi de pioncer pénard. Encore, si il n'y aurait eu que la mère des corrections, ça ne l'aurait pas autant contrarié mais il a fallu que l'autre gland soit là. Il a dû se coltiner cette tronche de cake, et ça, pour sûr que ça n'a rien d'une partie de plaisir.

Au départ pourtant ils ont eu dans l'idée de passer une bonne soirée chez la maître des clés, à dévaliser son frigo et en digérant sur le divan — comme toujours quoi ! Mais faut croire que la veillée n'était propice à pareil agrément. À la place il a eu droit à des cancans ô combien barbants, aux diatribes du Mister Freeze engendrant l'irrépressible pulsion de rabattre son caquet de con, à des boulets de sacres envoyés pour s'empêcher de cogner, aux coups furibards de la reine fée qui ont tu sa verve tapageuse, à la ricanerie du trio y compris de son partenaire des mille saisons, et pour finir à la montée inexorable de la moutarde jusqu'au nez. Juste ça, pour que ça lui les brise et qu'il décide de se tirer, furibond, de cette casbah.

Soirée pourrie, chiante, bruyante, gâchée !

Natsu soupire.

Pour une fois que le dragon slayer a eu envie de se la couler pépère, sans que tout ne finisse en tohu-bohu ou en pugilat… non, faut qu'on vienne l'emmerder !

Un autre soupire.

Et avec lui la brise, légère et dansante qui balaye dans son fringuant mouvement ces mèches roses. Le déclin pose sur le globe ses rayons orangés, réchauffant une dernière fois le paysage avant que ce dernier ne soit bercé par la fraîcheur du crépuscule. Les lanternes n'ont pas encore revêtu leur parure lunaire ; les chaudes couleurs, seulement, qui couvrent l'atmosphère de brillance, en plus de faire ressortir l'éclat des multiples teintes.

L'élysée est cajolée par la douceur du couchant alors que l'alizé se fait ballotter par le son du vivre, celui guère de repos ou endormi. En effet, le bruit citadin résonne encore dans cette bulle du soir avec ses passants qui piaillent à droite et à gauche, avec ces commerçants qui ferment boutiques, avec ces bambins rieurs et chamailleurs. L'animation est sur son départ mais jusqu'à sa complète finitude celle-ci se fait très clairement sentir.

De même il en va pour les dernières senteurs du marché, elles qui arpentent chaque rue pour débusquer les narines. Le nez tenté il serait de se laisser envahir si il n'y avait pas ces autres arômes forts de la ville, eux qui à contrario ne se veulent guère inhalés car agressent, voire infestent l'antre olfactif. Le flair du fauteur de trouble se fait d'ailleurs prendre dans cette toupie odorante : les effluves viennent de tous bords, entrent et bombardent mais lui s'en fout ; il ne les décortique guère ni ne s'arrête sur leur parfum si singulier dans leur combinaison. Il pourrait (un vrai jeu d'enfant que ce serait, de distinguer les ingrédients composant chaque fragrance) mais ne le fait aucunement. Non, l'intrépide chalumeau humain ne s'attarde sur cet environnement ni sur ses éléments perceptibles — chose que d'ordinaire il aurait fait.

Sur une chose, une seule, Natsu porte attention : son râle.

Depuis l'échappée du logis, l'esprit n'a cessé de maugréer comme un vieux ronchon ; pester à tout va et sur n'importe quoi, du moment que ça assouvit sa soif de mégère. Le courroux s'entretient au fil de la déambulation, voire grossit à mesure que la pensée s'entortille à une personne — ce sale bâtard congelé, lui le véritable responsable de sa mauvaise humeur actuelle. Quel enfoiré, ce mec ! Toujours là où on ne le veut pas, toujours là à tourner autour tel un vautour qui attend le moment propice pour frapper. Et d'abord, qu'est-ce qu'il foutait chez Lucy, hein !? Ce pervers n'a rien à faire là-bas, surtout pas lorsque lui, le presque colocataire du lieu se prépare à roupiller dans sa résidence secondaire — on peut l'envisager vu les fois innombrables où le fils d'Igneel a élu domicile dans cette bicoque.

Vacherie sans nom que d'ainsi le priver de son somme douillet et routinier ! Ne peut-il tout simplement pas s'exiler au pays des esquimaux !? Bien sûr que non car, après tout, c'est tellement plus fun de venir faire chier ce pauvre Natsu…

« Connard va ! », peste haut et fort le micro-onde vivant en shootant dans une pierre — assurément maudite par les Dieux, pour ainsi se mettre en travers du chemin du grognard.

Mains enfouies dans les poches, le gobeur de flammes marche droit, d'une allure certes guère empressée mais non des moins révélatrice de sa bile jaune.

Et dire que la soirée avait si bien commencée…

Avec cette récompense de mission, certes guère colossale mais dont le montant a demeuré suffisant pour assurer les dommages occasionnées. Le montant était tel que d'ici plusieurs jours ils pourront s'offrir un repas de roi dans leur restaurant fétiche : Le Casse-croûte des Ogres. D'ailleurs, avant que lui et son frère le félon n'arriment chez l'écrivain en herbe, une halte dans une brasserie fraîchement ouverte ils ont opéré. Juste une mise en bouche que ça a été, ces cinq entrées englouties — le plat de résistance se trouvant quant à lui dans le frigo vénéré de la maître des clés ; garder le meilleur pour la fin, ou pas… Car en réalité, c'est le pire qui a été gobé et subi sans quelconque recours pour arrêter ça. Il aurait tant voulu geler cette situation des plus rasoirs pour aussi sec l'abattre mais rien de tel n'a pu se faire : l'autre casse-couilles était là, a joué le con de service et au final, c'est lui qui a tout fait foiré.

Ouais, c'est entièrement de sa faute, à ce gros nase des glaces si sa soirée a tourné au vinaigre ! Ô combien il mérite de payer, pour ça…

L'injurier de tous les noms orduriers possibles ? Non, tous les jours il le fait.

Lui foutre une sacrée branlée ? Non, trop simple.

Lui faucher ses futures missions ? Non, trop chiant.

Le provoquer jusqu'à ce qu'il pète une durite ? Non, trop banal.

Lui foutre la honte de sa vie ? Non, ça demande trop de réflexion.

Le tourner en ridicule devant toute la guilde ? Non, trop facile.

Alors quoi !?

Il ne va tout de même pas le laisser s'en sortir indemne, tout heureux et sans rien de crasseux pour flétrir cet air terriblement supérieur d'exhibitionniste de mes deux ! Un foutu nudiste, qui à tout bout de champ se trimballe à moitié à poil — manque plus que d'avoir le cul nu en permanence pour qu'il soit un pervers invétéré…

Natsu s'immobilise.

Les secondes s'alourdissent.

L'ampoule clignote.

Eurêka détonne.

Ou plutôt, la flamme de l'inspiration rayonne.

« C'est ça ! s'écrie-t-il au beau milieu de la rue, la révélation l'empalant de plein fouet. J'le vois déjà, cet espèce de gland surgelé, en train de foutre en bordel sa baraque pour retrouver ses fringues de merde… HA HA, s'esclaffe le cracheur de feu en exemplaire dément. Oh ouais que j'vais fissa me pointer chez lui et cramer tous ces vêtements ; la haine qu'il aura… »

Un sourire gargantuesque éclos sur le minois à présent éclatant. La malice orne les pupilles tandis que le visage tout entier irradie d'une vitalité retrouvée.

Détale, la hargne. S'estompe, sa tendance masochiste. Adios, le râle.

Bonjour et bienvenu à toi, doucereuse vengeance qui promet d'être salée — cramoisie, plus exactement.

Un soudain entrain, qui vient de renaître. Tout à coup, la soirée pourtant ratée prend un tournant inattendu puisque reprend des couleurs. La suite à venir s'annonce des plus fleurissantes, pour la tête brûlée. Rien qu'imaginer la tronche que va tirer ce dégivré du bulbe, c'est juste mortel — ça ravie et émoustille comme jamais !

C'est donc avec une pêche toute neuve que le briquet sur pattes pointe en direction de sa nouvelle destination : l'habitat de son rival incontesté.

Il y a peu, le pas s'est voulu emporté or pour l'heure celui-ci se veut moins vif, plus modéré sans pour autant adopter l'allure d'une limace. Un châtiment doit être rendu et pour se faire, guère musarder il ne faut. Ainsi le dragon slayer opte pour une démarche tranquille mais non active pendant que ses sens s'ouvrent enfin à l'au-dehors ; capter ce grain coloré du panorama, sentir ce vent cajoler, laisser les yeux s'accrocher aux branches habillées par la saison — avec ces bourgeons devenus les fleurs épanouies de l'été —, humer le nectar du vivre qui à lui seul avive la pulpe et l'esprit.

Il n'a jamais été terre-à-terre ou un insensible du mouvement. Incessamment sa coque individuelle se tourne, voire s'abreuve de l'instant qui se passe, de ce tourbillon des stimuli car c'est en eux, véritablement, qu'il puise sa force ; l'énergie s'y recharge et celui à l'intrépidité acérée peut tout à fait le percevoir. Il sent ce regain infusé dans sa fibre, il sent comme à nouveau la psyché pétille.

Une profonde inspiration se prend ; l'O2 pénètre les poumons avec la puissance d'une vague venant se fracasser sur les rochers de la côte. Et tandis que les organes respiratoires dose l'oxygène affluant, l'iris s'égare au devant sans savoir réellement où se poser ni quoi observer ; vue vagabonde dont les prunelles subitement chopent une silhouette du lointain. Les cils alors se plissent, comme si friper la rétine ferait de l'œil des jumelles au zoom remarquable. Peu à peu la distance se réduit, le flou avec ; se découvrent les indices qui une fois attrapés par la rétine font tilt pour le cerveau.

Gajeel Redfox est dans place, juste en face, de l'autre côté, à plusieurs mètres, son chat pincé du cul posé sur ses épaules ; tous deux sourient, l'air détendu et jovial.

Ce dernier remonte l'avenue, à l'inverse de son compère des rixes qui lui accélère dare-dare en essayant de ne pas se faire griller. La dernière chose que le flamant rose souhaite, c'est de se retrouver (em)mêler dans une baston enflammée — comme il sait si bien les faire ; adieu revanche, adieu jubilation, adieu Grey-le-vicieux-qui-l'a-mauvaise-et-qui-se-promène-à-tout-heure-et-en-tout-lieu-le-derche-à-l'air.

Non, ce cloué de la peau ne doit pas l'entraîner dans son art pugilistique. Heureusement que l'allée principale de Magnoria est assez peuplée en cette heure car ainsi il peut se glisser en vrai anguille entre les gens ; filer rapido-presto avant d'être découvert, chose pas trop mal réussie puisque l'homme à éviter n'a pas réagi. Si repérage il y a eu alors la conduite de ce dernier n'en a rien montré — un grand merci, surtout, à l'espace notable entre les deux trottoirs car sans ça, l'allumette humaine aurait eu beau user des meilleurs méthodes de camouflage ou de furtivité que ça n'aurait rien changé. Mais à la grande joie de l'apprenti ninja, sa route tranquille il a pu poursuivre sans autre encombre.

Sur le chemin s'écoute et se voit la Terre remuer. La marche trace, toute relaxée qu'elle est. La précipitation part mettre son grain de sel ailleurs, loin d'ici et de lui. Plutôt le tempéré qui imprègne, et une pensée ralentie. La démesure taille la route un instant ; le cœur bat sans excès. Ces moments sont rares, ils ne se découvrent que lorsque son être se retrouve seul. Sa fidèle bonne humeur gît souvent à ses côtés dans ces instants où le globe se délaisse de quelconque présence humaine, hormis la sienne — toute surchauffée qu'est cette dernière. Autre manière de se régénérer, en plus d'entretenir la flamme du reposé. Y a pas à dire, il faut ces temps qui se suspendent car la toupie, durant quelques minutes, se fige pour ne laisser voir et entendre que l'alentour, que ce corps qui vit et qui marche.

La pensée peut malgré tout revenir et frapper de plusieurs coups, sans se précipiter ou s'embrouiller toutefois.

Comme maintenant.

S'enroulent dans les pas les souvenirs accrochés à cette machination, assez rocambolesque faut l'avouer quant à dénicher cette fameuse habitation. Une sacrée prise de choux que ça a été ; ce trou du cul a de toute façon toujours tout fait pour lui compliquer — non, lui pourrir — la vie. Est-ce si pénible que de loger à côté de la guilde, à dix pâtés de maisons tout au plus ? Ouais, il semblerait ; monsieur bâton-dans-le-fion ne veut pas se mêler à la masse, ne veut pas être repéré, ne veut pas être dérangé — ne veut pas qu'on le fasse chier, en somme. Sauf que lui, il ne se prive guère d'ainsi tanner avec ses sales manies de nudiste et son sal caractère de merde ! Pourquoi donc le dragon slayer devrait s'interdire de lui rendre la monnaie de sa pièce ? Et l'un des meilleurs moyens pour ça, outre de le saouler au quotidien, a été de s'incruster dans son espace intime — ce domaine si éloigné pour que personne n'y fourre son nez.

Un jour, comme ça, lui et Happy ont décidé de trouver sa baraque au cas où que ce constipé du neurone en viendrait, de sa connerie narcissique, à les barber de trop ; une carte dans la manche, celle permettant d'opérer une réelle chierie à son encontre à défaut d'exercer un chantage des plus délicieux. Pour sûr que pénétrer dans cette grotte secrète aura de quoi le faire rager. Ainsi, par un soleil aux aguets et daté de plusieurs mois, le cracheur de feu a demandé au maître du trajet aérien de suivre en douce son antagoniste. Tâche ardue mais non échouée. Bien sûr, quand par la suite le félin a joué les guides ils n'ont pas (du tout) ri — Happy a un sens de l'orientation qui laisse franchement à désirer, parfois. Plus d'une heure, au moins, avant d'arriver à bon port et nul doute que le râle a persiflé haut et fort… Du reste, plusieurs autres « entraînements » ont dû se faire avant d'arriver sans plus s'égarer n'importe où au lieu-dit. Foutue merdier qui a fait suer plus d'une goutte et qui sans conteste lui a décroché une pelée de sacres.

Mais aujourd'hui, tout ça, tout cet emmouscaillement est loin derrière lui. Ne siègent dès lors que cette démarche et ce sourire à la fière allure.

Il sait où il va.

Aujourd'hui, le chemin s'ouvre à lui.

Non plus dix plombes pour arriver à destination, mais un tracé pédestre maîtrisé.

Aujourd'hui, il marche droit.

La route s'étale en totale simplicité.

Aujourd'hui déambule la némésis.

Plusieurs minutes, encore, à fouler le sol avant que ne se déploient les coins du logis ; l'effervescence picote.

Il y arrive ; le silence chante pendant que la brise fait le choriste.

Personne aux alentours, la voie est libre ; le sourire s'élève jusqu'aux portes du Mont Olympe.

Natsu avance sans fuser, se retrouve sur le seuil et n'attend guère l'éternité pour tourner la poignée — qui sait, ce fétichiste du non-slip oublie peut-être comme lui de verrouiller sa bicoque. Oh surprise (vraiment ?) ! La négligence de son rival est semblable à la sienne : la porte s'ouvre comme un rien, avec juste un léger mouvement vers l'avant. Tandis que se livre le salon tout de gris tapissé aux prunelles, un soupçon de déception vient pincer la corde émotionnelle ; tant ça lui aurait plu de défoncer cette porte… Il se voyait déjà en train d'envoyer en véritable dément son pied ; BAM ! Une entrée explosée, un brun en pétard et un mage à l'haleine de souffre aux anges… Promesse il se fait de récupérer cette satisfaction roublarde dont lui a privée ce glaçon sur pattes.

En attendant, le malade des transports s'engouffre dans la première pièce.

De suite les orbes sont dérangés par ces couleurs effacées, ce désordre à moitié assumé, ce froid puant, cet espace… trop grand ! À quoi ça sert d'avoir autant de vide si rien ne vient le combler ? Pauvre idiot ; de la place il croit faire mais en réalité, c'est « du vent » qui s'entasse. Faisant des tours à cent quatre-vingt degré ou à quatre-vingt dix, les pupilles exécutent de rapides ricochets entre les objets. Rien de bien intéressant ne se lorgne ; monotone, inexpressive et absente décoration. Ah si, y a ces quelques sculptures de glaces éparpillées ça et là — ça reste rasoir.

Une chose en revanche capte l'intérêt tout envolé du jeune à la coupe rosie : le frigidaire. Enfin quelque chose qui vaut la peine d'être regardée. Plus que ça, l'équipement suscite le contact ; s'écarte et se révèle la précieuse caverne de la bouffe ! Or le regain chute à pic. Le présage d'un potentiel régal s'est recta écroulé dès l'ouverture des portes contrefaites d'Ali baba ; que dalle, à grailler !

Revient et fourche la contrariété ; visage fripé, porte claquée, entrain empalé.

Et une autre complaisance qui lui passe sous le nez.

Même quand ce dégivré n'est pas là faut que d'une manière ou d'une autre il le taraude, le contraigne, l'emmerde !

Quelle plaie ce mec, y a pas à dire.

« Crois-moi Grey, ce soir, tu vas l'avoir mauvaise, très mauvaise… », grince-t-il entre ses dents.

Oui, Grey Fullbuster sera ce soir et quelques jours encore contrariété comme rarement il a pu l'être. Seulement, ce que ne sait pas Natsu Dragneel c'est qu'il accomplira son hostile dessein d'une façon totalement autre de ce qu'il présume. Mais ceci, le flamant rose ne s'en rendra compte que dans plusieurs minutes.

Pour l'heure, le malicieux fouille en quête de tomber sur ce qui est prisé : la chambre, celle-là même où gît son trophée — ces fringues qui d'ici peu ne seront plus qu'un tas de cendres, hé hé. Quelques unes se font chiper ci et là dans ce bordel qui se veut plus que n'est. En revanche, une fois à l'intérieur de la pièce recherchée, un souk digne de ce nom se dévoile ; enfin il a l'impression d'être chez un mec, un vrai.

Le sourire revient ; les vêtements s'étalent comme des phoques, comme si chacun attendait d'être pris puis carbonisé tout entier — ils s'offrent à lui. Pour autant, le gobeur de flammes ne se rue auprès d'eux ; il préfère déposer ses prunes oculaires un peu partout tout en traînant des pieds.

Murs et sol sont beaucoup plus marqués par la présence matérielle. Le vide tant dénigré est ici grignoté par le foutoir, l'authentique et non celui faux des autres salles. Ça lui parle, voire rend à ses yeux le tout tellement plus vivant — il y voit presque son propre taudis, à travers ce mélange anarchique de couleurs et de matières. L'ordre apparaît si plat, si ennuyant à côté… Y a pas de place à la fougue, à cette jeunesse qui palpite et qui déborde dans tous les coins. Qu'est-ce qui s'exprime, dans cette cage du « bien rangé » ? Pas grand-chose. Et ça le rassure, d'une certaine façon, de voir chez son compère ces mêmes empreintes impétueuses — après tout, le glaçon a ses fondues… Et pas n'importe lesquelles : l'œil de son rebord capte des revues pour le moins curieuses. Intrigué, Natsu s'en approche, se munie d'un exemplaire ; accoure le chaud dans le sang veineux ! Le Fairy Pin-up ; le pervers a de quoi se « relaxer » le soir… Une pensée qui lui brûle ses pommettes en plus de fissa lui faire reposer le magasine.

Une fois tout perçu et scruté, le turbulent mâle pointe droit devant en direction du plumard ; il l'effleure de ses doigts.

Un bruit claque ; le rythme cardiaque bondit.

Tout à coup des liens surgissent, le chopent puis le plaquent d'une violence sans égal. Pas une microseconde d'anticipation ou de riposte n'est concédée : un vrai jambon ficelé au lit, pieds, mains et bouches ligotés !

Aucun moyen de réagir, de se défendre ; juste la peur qui perfore, résonne et détonne dans toute la fibre cellulaire.

Il est pris en otage, désorienté, affolé.

De suite l'automatisme comportemental s'enclenche : les muscles se contractent en quête de le défaire de ce guet-apens insoupçonné. L'émotion, brutale, écrase la réflexion pour ne laisser agir que le corps — lui le premier qui amorce l'action lors d'imprévus aussi déroutants. Réfléchir ne sert pas car le temps n'est pas suffisant pour ; « l'instinct » de préservation supplante tout le reste, et n'a dès lors que des réflexes. Très vite pourtant la pensée se réactive dans sa forme ordurière avec à ses côtés un émoi de plus en plus envahissant.

L'agitation monte, monte, monte ; se bloque subitement.

La porte s'ouvre — grince.

Se fige, la psyché.

Une enveloppe corporelle, indolente et si déstabilisante, avance.

Tambourine haut et fort, le cœur.

Un nom explose alors dans l'esprit.

Jubia.

D'abord ça, qui le désarçonne. De piètres secondes le cerveau bugge ; la touche « pause » est enclenchée, la transmission de l'influx nerveux comme geler dans ses synapses. Puis l'incompréhension déboule et relance tout aussi brutalement le système avec en guise d'idée fixe le pourquoi de sa présence.

Le captif ne comprend pas, absolument pas, ce qu'elle fout ici ; pourquoi est-elle là !? Ce n'est pas sa baraque à ce qu'il sache ! Et alors que les mirettes — victimes du sortilège de l'ahurissement — suivent les déplacements de cette silhouette, un éclair de lucidité traverse l'esprit. Mieux : la révélation, propre à un électrochoc, se plante en lui.

Et si c'était elle, la responsable de son ligotage !?

L'hypothèse, loin du farfelu ou du faux, de suite le fait remuer comme un forcené, chose qui aussitôt suscite la réplique de la prétendue « coupable ».

« Ça ne sert à rien de s'agiter, les liens sont solidement attachés par un sort magique. Il n'y a pas d'échappatoire ; Grey-sama est le prisonnier de Jubia. »

Plus qu'une réjouissance, un fait avéré et entier. Seulement, y a un os et pas des moindres — accroc sautant ex abrupto aux yeux ou plus exactement dans l'ouïe du dragon slayer : Y A ERREUR SUR LA PERSONNE ! Être garrotté par tous les bouts ça passe encore (une fois la surprise décampée) mais le confondre avec ce fumier au bulbe rachidien congelé… NON, là, ça ne passe décidément pas ! Plutôt subir moult châtiments sataniques que d'être pris pour ce demeuré des glaces et ce même durant un éphémère instant ; HORS DE QUESTION ! Une infamie intolérable, provoquant derechef un débattement beaucoup plus acharné que les précédents ; même la bouche y va de sa fureur, à tenter de défaire — de hurler — pareille bévue.

Ô oui il a gigoté comme un poisson en train de crever à l'air libre. Ô oui il s'est presque étranglé dans ses articulations étouffées. Ô oui il s'est tortillé comme un hystérique au point de brûler ses poignets. Ô oui il a tant voulu et essayé de faire rugir la vérité.

Mais rien n'y a fait.

Muselé il est, muselé il a demeuré.

Pire que ça : la magicienne en a rajouté une couche, l'enfonçant plus fortement encore dans sa frustration effrénée.

« Maître Grey ne peut pas plus parler que bouger. Y a juste à regarder et à apprécier le spectacle. Et Jubia assure que Grey-sama ne regrettera pas ce qui va suivre... »

Un ton épicurien, de quoi déconcerté quelques secondes. En un tour de main cependant les actions bizarroïdes de la femme pluie efface recta la conduite concupiscente — en plus de l'animosité passagère, soit dit en passant.

Vient d'apparaître une espèce de tringle fixée au plafond, et une mage d'eau se dirigeant vers la chaîne hifi du proprio des lieux. Éclos alors des notes de guitares électriques, harmoniques (1) ; les cils se plissent.

Près de la tige elle revient.

Rythmique tonique, fébrile, alanguie.

En pleine lumière elle se met.

La mécompréhension, et la musique, le contamine.

De dos elle se tourne.

Mais qu'est-ce qu'elle branle !?

Confus et magnétisé, il la scrute.

Puis se paralyse.

La respiration s'arrête ; frisson qui remonte.

Son manteau l'orpheline jette ; s'expose sa chair de braise.

Le mouvement se tait, comme la pensée qui n'existe plus. Exclusivement le regard, qui pèse et se charge de stimulations. La lingerie capture l'œil mais n'obnubile guère, elle se perçoit seulement. Ce qui avale est l'ensemble, ce corps qui pour la première fois s'exhibe de la sorte. La lucarne a déjà eu l'occasion d'examiner, mieux, de toucher ce genre de sous-vêtements — Lucy possède une montagne de ces trucs — sauf que là, c'est radicalement différent.

Ça se porte.
Ça attise.
Ça révèle.
Ça ensorcelle.

Et c'est Jubia, une confrère jusque ici anodine, qui en est à l'origine.

Elle, qui tout à coup devient l'unique centre d'attention. Elle, l'unique chose qui en cet instant fait ressentir.

Les premiers gestes s'enclenchent, timides, lents. Délicatement les doigts descendent, cajolent avec une certaine réserve aguicheuse. L'enveloppe féminine se dandine sans vulgarité, commençant par de légers et indolents déhanchés. La marmite sanguine frétille ; boue brusquement lorsque c'est au tour de la poitrine d'être parcourue. Seins pressés, palpés, caressés en toute lascivité. Chaleur nouvelle, chaleur montante dans le bas-ventre. Les yeux sont aimantés, non, aspirés par ses mains trop douces, trop filles d'Ève, trop hors de son contact… À leur place il se sent vouloir être ; que sa peau à lui se fasse brûler par sa peau à elle. Suinte la paresse, celle-là qui s'en va calciner les cuisses, le bassin, la gorge. Vue hypnotique, antéchrist.

Au rythme d'une mandoline frénétique elle se touche et il s'incendie de partout.

Avec une sensualité juste dosée l'ex-Phantom s'allonge au sol, les paluches inlassablement entrelacées dans leur frottement du nu. Et tandis que son dos elle cambre, les pouces en profitent pour glisser en parfaits vicieux le long de la pulpe dégarnie. Un désir, redoutablement cuisant, d'à nouveau devenir ces instruments qui pelotent l'empoigne sauvagement ; être ce plancher, pour pouvoir sentir ses formes plantureuses presser — exciter — sa cavité pelvienne ; être ces escarpins, pour pouvoir saisir à pleines mains — bouche — cette jambonne de femme si appétissante ; être ce sur quoi elle s'appuie, pour pouvoir de ses doigts à lui arpenter ces zones du vice à elle…

Un pouls, déréglé.
Un cœur, qui palpite.
Un corps, en ébullition.
Une psyché, enfiévrée.

Pas de contrôle ni de frein ; ça perfore, se déverse et engloutie. La raison est démolie, broyée par cette pétulance irrépressible. Tout sur son passage flambe ; les organes se gavent de globules rouges, eux qui affluent en trombe et en particulier dans le service trois pièces. Terribles stimulus, écrasant quelconque régulation. N'a que des réactions somatiques ; l'interne qui se consume de part en part. Les sentiments toutefois n'intoxiquent, il ne les subit pas. Non, ce qui submerge et se délecte est sa soif primitive, seulement.

La mélopée attise la température, ses arcs du son imprégnant la pièce et les corps de débauche.

Jubia se redresse telle une boétienne, la braise de son coquillard inlassablement pointée vers lui. Le fils d'Igneel peut le voir, non, l'éprouver, ce feu luxurieux qu'elle lui implante et qui serre sa verge. Une raideur en proie à un durcissement incessant, si très vite la mage d'eau n'arrête pas de se balancer avec insistance, si très vite elle ne cesse de se malaxer avec tant de libertinage, si très vite sa dépravation n'assujettie l'attouchement frémissant de la culotte dentelée (et humide ?).

Tournée face au mur, la voilà en train de se baisser en une posture diamétralement indécente et pourtant outrageusement affriolante, sa croupe ainsi agitée de haut en bas ; de quoi dilater plus encore la pupille et étrécir le membre viril… Tellement ça chauffe, fermente de mille degré à l'intérieur ; les tissus cellulaires se compriment presque avec douleur. Véritable despote, la tension vénérienne grimpe toujours plus, lancée dans les hauteurs d'une montgolfière. Son ascension est telle que Natsu doit contracter poignets et muscles pour contenir du mieux possible cette libido impérieuse.

C'est une torture, démoniaque, aphrodisiaque.

Le dévergondage se stoppe : l'impératrice des mers se retourne, s'immobilise.

Peu à peu le morceau s'amenuise ; l'élan charnel diminue.

Il ne peut toucher, goûter, pétrir, sentir.

La respiration prend un brin d'ampleur, le chaud croquant chaque fibre organique.

Juste regarder, et subir.

Un silence, très bref, transpirant et rougeoyant, s'arrime.

Laisser faire cette pulsion d'éros qui le pulvérise — le domine.

Nouvelle et bestiale partition qui rugit (2).

Et une action tout aussi brutale s'exécutant : Jubia saisie la barre telle une tigresse affamée, y fait un demi-tour et y reste accrochée alors que le bras disponible s'occupe à cajoler, comme de normal, les autres parties corporelles. Cette pratique a beau être devenu partiellement familière, cela ne détériore en rien l'aspect libidineux du geste — même si le mage reconnaît volontiers que ça l'émoustille moins que la première fois. Pas grave, car le trémoussement du postérieur (si généreusement mis en valeur par cet espèce de fil entre les deux bosses potelées), ainsi que la pression incendiaire font dors et déjà perdre la raison, si ce n'est d'oppresser l'être dans un drap transpirant.

Et cette main, bordel, qui remonte jusqu'à cette gorge… Inévitablement, que ça (le) fait bander ; gonfle et s'allonge, le sexe tout durci. Si il le pouvait, de sa langue il hydraterait pareil cou asséché ! Ainsi la salive mouillera ce qui depuis trop longtemps est resté aride…

Le ballet sulfureux se poursuit, avec de fois et d'autres un mouvement de gymnaste : s'opère un tour complet, se colle en parfaite experte du lubrique l'enveloppe brûlante contre un métal froid — tringle qui jalouse —, ondule telle la danseuse du ventre l'anatomie, se relève et se balance ex abrupto de gauche à droite, se suspend puis termine en une rotation diablement suggestive.

Le chant pulse, ses mesures impétueuses trempant l'air de cette touffeur animale.

Voix du fringuant désir, comme (é)tirée en une corde raide — comme sa verge…

Volcanique et farouche.
Comme sa danse.

Qui le carbonise.

Pétillante et violente.
Comme son regard.

Qui le dévore.

À nouveau s'orchestre une acrobatie singulière. De main de maître celle-ci se réalise ; pas de faute, de dérapage ou de blocage. Les mouvements « coulent ». La contremaître des flots exerce une rigueur toute domestiquée ; son élan athlétique dégouline d'assurance — celle que lui, le fougueux dragon slayer exhale au quotidien. C'est pareil : même rutilance, même grandeur, même fascination. Se suspend durant un instant la turgescence tiraillant. À la place s'installe l'observation ; attentif et intéressé il admire sa méticulosité, son habilité, sa fermeté, sa grâce, son charme.

Feu de la conviction. Feu de la passion.

Elle, ses gestes, son être.

Tous deux brûlent, brûlent de la même flamme de vie.

Avec de son côté à elle une touche absolue de perversion, cependant. Preuve à l'appui : dos au bâton de fer l'invocatrice des océans se met, ses deux mains accrochées au sommet tandis que son fessier fait des va-et-vient foutrement avilis. D'une incomparable bassesse elle se frotte, l'excite et le martyrise à ainsi fomenter l'érection. Une dilatation insoutenable tant opprimée par le calbar, tant impossible à secouer ou à écouler. Une érection qui au final n'en peut plus de tenir ; ça éclate et se libère, enfin.

Jouissance, d'exaltation.

Se balance la tignasse cobalt pendant que les guiboles étreignent la barre d'acier, la colonne vertébrale arquée.

Noyade, dans la délivrance du liquide séminal.

Jane grimpe jusqu'à l'extrémité de sa liane, pirouette jusqu'en bas.

Fou dépravé, de prendre son pied ici et par elle, surtout.

Jubia se détache de l'arc-boutant puis s'allonge, une paluche sur le barreau et l'autre étendue en arrière.

Il entend, son souffle lourd signalant la décontraction de tout l'organisme.

Du rock électrique ; il écoute, la venue finale du morceau.

Un corps bouillonnant ; il s'y trempe, dans cette mare étourdissante.

Ne persistent alors plus que les vapeurs de luxures, et une psyché aux prises avec l'entêtante chaleur du moment. Peu à peu les cellules se vident de leur touffeur excessive, la cage thoracique se mouvant avec moins de tumulte. Progressivement la pompe cardiaque adopte une cadence assagie tandis que l'écorce physique se déleste de rares gouttelettes — en particulier l'abdomen, fripé tels les plis d'un accordéon, qui a quelque peu sué sa ferveur.

Un silence accoste.

Et le klein oculaire n'imprègne désormais plus ; les pupilles sont closes.

Plutôt concentré sur sa ventilation pulmonaire, sur son cœur qui toujours bat un peu comme un médusé ; sur son hémoglobine, elle qui affiche un degré Celsius encore trop haut ; sur cette sensation si puissamment chaude et liquide dans son caleçon — ne cessant de lui rappeler à quel point sa débauche est irréfutable ; sur ses poings souffreteux qu'il n'a pas arrêter de comprimer. Plutôt centré sur l'écoute du physique, sur le déroulement perceptif du pendant et de l'après, sur ce qui donne et a donné cette impression de vertige.

Une vraie tempête sensitive, à peine gérable. Même maintenant, malgré que le tempéré nourrit goutte à goutte l'âme, le briquet sur pattes ne parvient pas à traduire par des mots, par des pensées ou par des représentations mentales le vécu. Le corps éprouve et parle ; il dit ce qu'il se passe. Ce n'est pas juste ressentir, non, c'est bien plus que ça : c'est la pleine conscience de ce que manifeste l'organique, de ce qu'il révèle et donne à l'être.

Ça a foutrement surpris, voire déconcerté.
Ça a été un véritable joug ; esclave des pulsions.
Ça a foutu la pensée en branle, sclérosée en un claquement de doigts.
Ça a été comme un tsunami, fracassant dans sa venue et dans sa chute.
Ça s'est imposé à lui ; pas pu arrêter, pas pu contrôler.
Ça a été bon, étonnement et furieusement bon.
Ça demeure l'unique fois, qu'il s'est retrouvé dans cet état.

Si secoué, si enflammé, si emporté.

Ça ne se verbalise pas.

Cet ouragan de fièvre.

Jusque dans ses veines.

Ça enchaîne.

Plusieurs secondes Natsu reste ainsi, les yeux fourrés dans la pénombre, le décor tout autant que la situation s'arrachant à son esprit. Respiration du tranquille, comme autrefois. L'ébullition est sur son départ, donnant l'impression de n'avoir existé qu'une minute. Attentif à ses battements réguliers, le jeune homme au crin rose s'empêtre dans une sensation de paix ; sentiment de bien-être qui enserre son être. Le sommeil séduit, ronronne ses attraits difficiles à rejeter ; l'hypnose chuchote, caresse dans le sens du poil la coquille reposée de l'affect. Trêve délicieuse qui est promis et qui se susurre jusque dans sa brique réflexive, de quoi le persuader définitivement de succomber.

Mais cela compter sans la maîtresse du suggestif, et ses pas dont le retentissement percute derechef l'ouïe.

Les orbes d'un seul jet il ouvre.

Bulle brisée, réel réimplanté.

Et il voit, ce visage reluire en face de lui.
Et il voit, cette grimace de l'ahurie.
Et il voit, l'horreur flamboyer dans sa lucarne.
Et il voit, l'effroi salir le minois.
Et il voit, le bouleversement submerger.

« Na… Natsu-san… ? »

Sa voix, épouvantée, illustre la descente aux enfers qui s'endure en l'instant, pour elle. Or pour lui, il n'en est rien ; ça roule.

Gêne ou stress court après le vent, loin de sa carne d'enfant dragon. Un spectateur contemplant la scène, non y participant. La corde émotive ne vibre ni n'est pincée d'une quelconque façon par l'expression tout à coup si hagard de la mage des pluies.

À vrai dire, ça le laisse inexplicablement de marbre. Depuis le début il sait qui opère et qui regarde ; il n'y a guère plus de stupéfaction. Ça pourrait (devrait ?) susciter une moindre réaction de sa part, cette Jubia déconfite, mais… non. Il se contente d'observer car après tout, n'est-ce pas dans ce rôle qu'elle l'a placé dès le commencement ? Son mot il n'a eu à dire, alors pourquoi faudrait-il que cela change maintenant ? Surtout que, au bout du compte, la position subie n'a pas été aussi désobligeante ou désagréable que ça… D'une rapidité inattendue le fauteur de trouble s'en est accommodé ; il s'y est enlisé, dégustant chaque stimulation induite par cette enivrante danse du feu.

« Que… Que fait Natsu-san ici ? C'est… c'est la chambre et la maison de Grey-sama. »

La réprobation a beau être chancelante, il n'en reste pas moins que celle-ci s'affirme un peu trop au goût du chalumeau incarné. À l'entendre, ce « détraquement » serait exclusivement porté et causé par sa personne masculine ! Or c'est elle, complètement et absolument, qui est venue en douce chez ce casse burne de rival (acte également conduit de sa part mais passons), elle qui se pointe en tenue « légère », elle qui ligote, elle qui se trémousse et allume in extenso un brasier interne ; PAS LUI ! Na mais c'est la meilleure quoi ; elle ne se foutrait pas de la gueule du monde par hasard !?

Le préjudice plus qu'un fait relaté engendre, en outre, de vifs gigotements et mugissements. Dare-dare ces derniers sont néanmoins défaits de leurs chaînes magiques ; le bandeau éclusant vocalises et mouvances est retiré. Sans se précipiter les poignets meurtris reprennent leur posture normative : sur le lit ils s'écroulent.

Premier réflexe ? Prendre un grand bol d'oxygène, avant de proférer quelques répliques ou mouvements que se soient.

Quel rush de l'O2, si empressé de tout écraser ! Semblable à un raz-de-marée, la molécule bienfaitrice noie les bronches ; fuse en véritable Speedy Gonzalès vers son éternel amant, l'hémoglobine. Ensemble ils forniquent puis se déversent en trombe auprès de leurs confrères les organes. Un bien fou, que ça fait.

Alors que le tonneau pulmonaire se gave d'air, les pupilles pendant ce temps s'enfoncent dans cette rétine au turquin inflexible.

L'intention de gueuler part en fumée ; évaporée, la semonce préparée. Mieux que ça, l'humeur alors un brin ornée de bile jaune permute sa teinte en une chaude couleur : l'ardeur… La psyché est pour lors absorbée ; ce regard, effervescent, fauchant les yeux et la raison. Que ça, sa lucarne de femme, qui fore jusqu'aux artères. Pas moyen de casser cet envoûtement. Pas moyen de faire autre chose que de s'immerger avec pareille intensité dans ce coquillard. L'impression d'être en elle, de parcourir sa coque interne l'envahit à mesure qu'il trempe sa prune oculaire dans la sienne — incandescente prunelle, laquelle se délecte d'ainsi relancer une fébrilité assaillante.

À nouveau la tension remonte dans le bas-ventre.
À nouveau l'horloge du temps s'immole.
À nouveau l'esprit vacille.
À nouveau la canicule.

Lorsqu'il se rend compte.

De cette proximité incendiaire ; proches, trop proches.

Leur souffle se mélange.
Les orbes se pénètrent.

De leur disposition obscène ; position suggestive, trop suggestive.

Lui à moitié couché sur le pieu.
Elle à quatre pattes sur le lit.

De ce contact à portée de bouche ; visages près, trop près.

Leur nez est à deux doigts de se frôler.
Leurs lèvres sont à quelques centimètres.

De cette biosphère terriblement érogène ; affriolant, trop affriolant.

Une lingerie fine.
Des corps bien en chair.

De cette pétulance qui opprime ; chaud, trop chaud.

Du nu se touchant.
Deux individus s'embrasant.

C'est insubmersible ; son plaisir.

Et ce désir…
Irrépressible.

Trop tentant, trop rougeoyant ; c'est son manquement.

Et cet élan…
Libéré en un instant.

Comme pris d'une pulsion animale, Natsu projette l'amoureuse en arrière : lui posé au dessus, elle allongée en dessous. Les positions s'interchangent, les rôles également ; prisonnière de ces bras qui la tiennent, souverain par l'emprise qu'il exerce sur ses épaules.

Le pouls tambourine.

Une peur momentanée s'aperçoit, dans cet œil féminin. Le geste a surpris, beaucoup. Ce n'est pas un calcul prémédité ou réfléchi, ni une envie passagère. C'est une faim, tyrannique. Une poussée qui ne s'explique pas, ne s'oralise et encore moins ne se pense ; elle se fait, se vit.

Il la pénètre des yeux pour le lui dire ; lui transmettre sa braise, ce tison guère consumé de fond en comble. Quelque chose manque, une chose depuis le début inaccessible et qui ne peut rester inassouvie : la goûter, de ses mains, de ses doigts, de ses lèvres, de sa langue ; la prendre dans son entièreté.

Dans sa prune du survolté luit l'érotique, non plus celui du solitaire mais celui qui se veut et s'éprouve à deux.

La crainte un futile moment subsiste ; puis détale à tire-d'aile, sa place offerte à la reviviscence sybarite. Rutile la fringale, la même que la sienne (immodérée), celle qui n'attend plus qu'une action pour faire jouir.

L'impétueux mage desserre sa prise ; ses doigts glissent le long des bras, laissant ainsi le loisir à la dorlotée de se redresser. Sa tête alors il avance vers elle, la chaleur de son souffle patinant sur le carmin des pommettes. La bouche d'Éve se prépare à recevoir celle d'Adam, or c'est en réalité le cou qui en premier s'apprécie. Son nez le jeune homme y enfouie tandis que la femme pluie l'y enfonce plus encore, sa main posée à l'arrière de sa crinière orangeade.

Ses narines inhalent, se frottent à cette peau odorante ; effluve du corps, celui si prisé car nulle autre senteur n'est à ce point stimulante. L'âme a un parfum, une flagrance semblable à une commère tant de choses cette dernière confesse sur son propriétaire à qui sait la humer. Natsu a ce don, extraordinaire acuité de sentir en profondeur. L'odorat est un pouvoir, grisant : il ouvre à l'autre — ce qu'il est, ce qu'il fait, ce qu'il vit — mais surtout, il y fait s'y plonger, dans cet alter ego…

Jusque dans son antre olfactif il souhaite la sentir.

C'est pourquoi la quête du flair se poursuit jusqu'au creux des seins, tout emballés qu'ils sont dans leur lingerie fine ; de parfaits égoïstes, à ainsi garder pour eux seuls pareille pulpe délicieuse.

Le visage enfoui dans le décolleté bombé, Natsu inspire puis expire en toute douceur sur l'épiderme ; caresse de la respiration, caresse des mains qui enserrent par la taille.

Une plainte, épicurienne, s'échappe ; il relève la tête.

De sa rétine le chalumeau capture cette expression rougie et grivoise de l'azur oculaire. Y scintille même la demande concupiscente, celle qui en veut plus, encore plus. Un commandement aussi alléchant ne peut dès lors qu'émoustiller son exécutant qui ne s'attarde sur la tâche : de ses doigts il fait tomber les lanières en dentelle pour qu'en un geste aguerri se dégrafe le sous-vêtement — ennemi juré de la voracité impudique.

La vue alors dévore ces deux boules de chair, leur téton tendu invitant au suçotement licencieux. Il n'en fait rien, se contentant de scruter cette rondeur gracieuse. Un mets délicat, qui d'abord se déguste avec les yeux. Une hypnose dont l'effet premier est la fermentation du fleuve veineux. Combien de temps serait-il resté ainsi, à zieuter (et à bander) ? Jusqu'à quel degré l'hémoglobine serait montée ? À coup sûr trop longtemps et excessivement, si Jubia n'avait pas bougé.

Sans que Natsu ne la voit venir, celle-ci attrape sa main gauche et l'abandonne sur son sein droit.

Aussitôt en contact, les doigts pressent ; geste involontaire, comme si l'articulation s'était orchestrée en dehors de toute raison. La pulsion, qui gouverne. Et c'est encore elle qui dirige lorsque de son pouce il fait rouler le mamelon ; Jubia se cambre ; son membre viril s'allonge et enfle. Très vite la pis voisine subit le même sort et exalte doublement.

Au fur à mesure de cette gourmande palpation — supplée parfois par plusieurs pinçades —, l'atmosphère s'abreuve telle l'assoiffée de soupirs salaces. L'air est infesté, rongé par cette tension électrique, abusive, insatiable. Non plus une chambre inoffensive mais un four des corps et des sens.

Il dépose son regard sur elle, ressent cette volupté assaillir ses nerfs ; l'excite jusque dans sa verge.

À nouveau son pif la torche humaine fourre dans ces rotoplos aphrodisiaques, les respire à pleins poumons avant d'enfin les goûter littéralement : sa bouche lèche (se contracte l'organisme), mordille délicatement (couinement), suce (se durcissent les tétins) et joue du bout de sa langue avec le bouton rosé (cri de régal).

Si torride, si essoufflée…

Jusque dans les atomes cellulaires ça enfièvre.

Jubia l'écrase, l'écrase si fort et presque désespérément contre elle alors qu'à son insu l'anatomie se dandine pour mieux exacerber ces sensations sexuelles ; tant et tant ça compresse son gland, tant et tant ça le calcine de l'intérieur, de la voir aussi soumise et éprise de ses effleurements.

Pure ivresse qui empire à mesure que la salive imbibe de son jus bouillonnant le ventre, le nombril, les hanches. Des sillons humides, à en faire perdre la tête, l'homme de feu entrepose sur cet épiderme pendant qu'une des paluches continue, inlassable, sa besogne vénérienne ; mamelon pressé, tiraillé, asticoté.

Plus farouche, plus frénétique est la prise de la dévoyée sur les mèches carotte — un réflexe face à cette décharge insubmersible de l'érotisme. De même il en va pour son souffle lourd, effréné, trépidant de plaisir ; la sueur perle en de fines gouttelettes sur l'écorce presque entière revêtue de sa robe nue.

Oui, ses bourses grossissent tel un soufflé. Oui, son sang mijote le remous. Oui, le pénis s'abstient de l'infiltrer sans délais… Mais l'ébullition n'explose pas ni ne régente, elle se stabilise (du mieux qu'elle peut) car le dragon slayer n'en a pas encore fini : son appétit sexuel a encore d'autres parties à déguster — à licher, à suçoter.

Les lèvres toujours affairées au dépôt des bécots sulfureux, les mains de leur côté s'extirpent des bosses potelées pour venir s'amuser avec la lanière du string : la descendre puis la remonter à mi-chemin et en parfait sournois — car ne se décident à l'arracher radicalement, ce dessous jugé à présent si superflu, voire importun tant prive la psyché d'une impudicité succulente. Non, la libération du péché absolu n'est guère à l'ordre du jour puisque le fils Igneel, reconverti en libertin endurci, retourne d'un coup et d'une violence inattendue la bleue pour l'aplatir in extenso sur le ventre.

Il se plaque alors contre elle, les muscles de son abdomen se collant au dos diaphane de la récente fée.

Un silence ; le répit.

Une pièce ; la fournaise.

Deux individus, transpirant.

Deux respirations, erratiques.

Deux corps, étalés l'un sur l'autre.

Quelques secondes, ils restent ainsi ; sans parler, sans remuer, sans penser.

Quelques secondes, ils savourent ce contact si intime.

Puis la conduite impure se reprend : Natsu expire sur sa nuque, la renifle, l'embrasse puis la lèche avec une délicatesse frissonnante. Au même moment se prodigue des attouchements sur l'épine dorsale. Très vite vient le tour des lobes, quant à soutirer des gémissements à la mère des eaux. Comment peut-il en être autrement ? Quand les oreilles voient leur bordure être aussi bien lichées que mordillées — le tout avec une certaine gloutonnerie… Pourtant, une stimulation plus graveleuse encore se profile en bas.

En effet les doigts, perfides, se faufilent en douce à l'intérieur des cuisses.

De brèves cajoles sont accordées à ces dernières car ce qui intéresse ici et maintenant, c'est l'ultime entrée, celle ayant demeuré jusque-là intouchable et néanmoins ô combien désirable. Mais il n'y a pas de réelle pression, sur ce clitoris, juste des frôlements tortueux : ça entre tout aussi sensuellement que ça ressort ! Manège pervers ; un supplice de plaisir qui frustre au plus haut point la vénale.

Alors que sa main droite la tête brûlée s'apprête à retirer pour la énième fois, Jubia l'empoigne et la maintient dans son orifice du vice ; elle anhèle, mouille comme jamais sous ce doigté pyromane.

Et lui, fieffé adepte de leur obscène rapacité, ne s'interdit guère de caresser sa vulve, d'enliser plus intensément un de ses doigts dans cette généreuse sécrétion, de faire doucement rouler cette boule de la jouissance suprême.

N'a dès lors plus que des couinements aigus, des halètements orgasmiques.

Si chaude, si humide, si gémissante…

Étendu sur sa colonne vertébrale, Natsu sent son sexe palpiter, vibrer d'une force tantôt douloureuse, tantôt jubilatoire à mesure qu'il explore et se noie dans cette cavité souillée. La sensation de son érection, pressée tout contre ces fesses à la nudité incendiaire n'arrange pas ; sa verge gonfle, gonfle à s'en éclater les artères.

Il ne peut plus, attendre, se contenir, jouir en dehors d'elle.

Il veut l'embrocher.

La pénétrer.

Là, tout de suite.

Se déverser, se libérer.

En elle.

C'est un besoin.

Violente et impérative exigence.

Ainsi le malade des transports enlève fissa sa main ; fait basculer Jubia sur le dos. Revenu à leur position initiale, chacun avise l'autre de son regard aussi fébrile que leurs organes génitaux.

Les cœurs battent à l'unisson, tous deux démesurément saccadés dans leur rythmique.

Le son se tait.

Un relent de sexe intoxique l'air, la chair, la tête, l'être.

Ne se répand et ne s'éprouve que cela, l'enivrement.

Et leur désir, flamboyant.

Qui se met en scène sans réserve : le lien des yeux toujours préservé, le dragon slayer se débarrasse prestissimo de ses défroques explétives. Sa proéminence alors se dévoile telle quelle, sa raideur inébranlable et ses veines gorgées de sang au premier plan.

Jubia contemple cette pine dressée avec panache, remplie d'une ardeur intenable et qui assiège.

Les mots ne sortent pas ; ils ne servent pas.

Juste la vue, et sa lecture, pour savoir ce qui se veut et s'espère.

Ainsi l'ex-Phantom ouvre définitivement l'accès au saint des saints ; son dessous elle éjecte. Son libertinage, tout désinhibé qu'il est, aurait pu s'arrêter là car après tout, n'a-t-il pas atteint au fur et à mesure de la soirée son point culminant ? Apparemment pas — ce n'est pas encore assez haut, pas encore assez grivois, pour elle : en plus de donner un accès total à sa forêt noire, Jubia effleure du plat de sa main le pubis masculin.

La jouissance transperce ; Natsu se contracte, furieusement.

Une torture exquise, entraînant la compression du drap par les doigts. De peu la bouche ensevelie dans les tréfonds du larynx un geignement, celui vertigineux du licencieux… Sauf que ça sort lorsque le sensuel des caresses tartine son manche, son frein, sa couronne ; il halète, les pupilles se fermant avec force.

Il grogne, lorsqu'il la sent prendre à pleine main son gland.
Il se calcine, lorsqu'il la sent le conduire jusqu'à son bouton enflammé.
Il gémit, lorsqu'enfin il s'enfonce dans la seule vraie caverne d'Ali baba.

Doucement. Fiévreusement.

Les va-et-vient flambent les reins.

Prestement. Avidement.

La respiration cavale.

Chaudement. Sexuellement.

La voix geint.

Appuyé sur ses genoux, Natsu s'accroche au bassin de la forniquée, ses mouvements de hanches, lents, l'abreuvant d'une délectation jamais connue jusqu'alors. Tellement bon, de sombrer dans cet abîme. Tellement bon, d'aller et venir. Tellement bon, cette passion qui éventre les sens. Tellement bon, de la posséder. Tellement bon, de la prendre. Tellement bon, d'être en elle.

Quittant l'étang de l'obscur, l'enjambeur ouvre les pupilles et contemple ; s'enivre du spectacle redoutablement pornographique qui se donne à sa rétine : Jubia, yeux clos, pantelante, suante, cambrée, grisée, palpe ses seins — ceux-là qui ne cessent d'être divinement secoués de haut en bas —, les compresse, tire sur les mamelons, brame avec plus de ténor sous ces assauts ignescents.

Vision du plaisir absolue.
Vision du péché absolue.
Vision qui le rôtit deux fois plus.

Et comme si ça ne suffisait pas, comme si la transe n'était pas assez érotique et fulgurante comme ça, la mage l'encercle de ses gambettes : ses jambes elle vient croiser sur ses fesses pour que de cette façon il s'enfouisse plus profondément en elle. Une vraie réussite, du reste.

Leur corps transpire le sexe.

« Natsu… »

Leur voix feule le sexe.

« Natsu... »

Leur souffle respire le sexe.

« Natsu… »

Et leur psyché fusionne, dans le sexe.

Du feu, pur et intense.

L'orgasme.

« NATSU ! »

À demi un œil s'ouvre, se referme puis recommence un nombre certain de fois avec indolence. Et pendant que les pupilles petit à petit s'imprègnent de la maigre luminosité du jour, l'anatomie ne cesse quant à elle d'être ballottée tel un shaker trop longtemps resté inactif.

« Hé Natsu, Natsu ! »

À l'appel assourdissant ne se réplique que des grognements. Les yeux gardent leurs paupières closes ; il ne veut pas voir, ni cette chambre, ni ce soleil levant. La raison sait qu'il n'y a plus rien à faire, que c'est parti, qu'elle est partie — elle et leur jouissance exquise. Mais il s'en contrefout ; il persiste, à revenir, à reprendre, à recommencer, voire pourquoi pas à améliorer la scène. Oui, avec de la volonté et de la concentration ça peut revenir. Suffit juste de s'y mettre à fond, d'effacer absolument tout de l'alentour.

« Réveille-toi ! »

Sauf qu'il y a toujours cette voix, aiguë, qui le raccroche à cette réalité amèrement chaste. Une intonation retentissante ; les tympans sont agressés. Pas moyen d'opérer la renaissance de l'onirisme, pas plus que celui du somme bienveillant. N'a que ce timbre emmerdant et cette secousse, terrible dans son efficacité à l'empêcher tout retour vers l'érotique.

L'ex dormeur malgré tout ne renonce : sa tête il enfouie dans l'oreiller, ses épaules il dégage de la prise, son esprit il force à reconstituer le voluptueux, ses pupilles il laisse fermées.

Or ça ne marche pas.

La sensation du synchronique l'enveloppe tant et si bien qu'il en a presque envie de geindre — de dépit, cette fois.

Et toujours y a son comparse, infernal dans son manège de l'aboi ; très vite ça le lui les brise, très vite sa corde de la patience se déchire.

« Putain mais laisse-moi dormir Happy… »

Ton de la réprobation ; la contrariété niche dans les cordes vocales. Nul besoin de lever la tête ni de regarder dans le blanc de l'œil pour montrer l'irritabilité de l'humeur. Les mots (certes étouffés par le coussin) ainsi que l'écho contentent amplement. Puis surtout, il y a là une routine du matin : l'homme de braise est un vrai bougon lorsqu'on le tire trop tôt (ou trop tard) de son roupillon. Une habitude caractérielle qui depuis bien des années ne vexe plus le féru de la poiscaille ; ça passe sur lui sans que ça ne fore d'une quelconque façon.

« Mais tu gémissais Natsu, rétorque le félin convaincu de la valeur justificative de son argument.

— Et alors ? répond le grognon toujours enseveli dans son édredon, de plus en plus réveillé (de quoi l'agacer de plus belle).

— Ben j'ai cru que tu faisais un cauchemar, explique en toute évidence la chat volant. T'arrêtais pas de gesticuler et de faire des sons bizarres… »

Les yeux d'un seul jet s'ouvrent.

Avec tout autant de précipitation le dragon slayer se tourne vers l'Exceed. Là se plante la rétine dans le coquillard ; le faciès prend une expression curieusement guindée, chose pour le moins étonnante de la part du flamant rose. En général, à cette heure-ci l'adopté a plus vraisemblablement la tête dans le cul et non un regard perçant. Ça scintille d'une leur vivace, semblable à celle rutilante de la journée.

« Des sons comment ? requiert-t-il de son timbre tout aussi caverneux.

— Euh… balbutie le moustachu, surpris pas le soudain (et surtout inhabituel) sérieux de son compagnon. Ben tu transpirais, tu soupirais et t'avais le visage crispé, comme si t'avais mal. Tu semblais pas aller bien alors je t'ai appelé plusieurs fois mais tu te réveillais pas. »

Un bref silence suit l'éclaircissement du gobeur d'oméga, l'allumette humaine se dispensant de tout commentaire. Non pas parce que les mots s'entassent dans la gorge, mais bien parce que Natsu se rend compte de la pleine signification de ces paroles : son fantasme a débordé sur le réel.

La luxure est sortie de son cadre, une chose en soit guère anormale ou dérangeante si il n'y avait pas eu son frère de cœur. Ça le gêne, qu'Happy l'ait vu, l'ait entendu car c'est comme si son intimité s'était faite naturiste à ainsi s'exhiber « en public ». Il n'a guère envie que ça se partage ou se sache ; à lui seul ça appartient et même si ce n'est qu'un insignifiant bout qui s'échappe, c'est déjà trop. Il y a des choses qui ne sont réservés qu'à soi, et cette illusion en fait partie.

L'embarras toutefois picote, non ne campe sa tente de la longévité lorsque de sa voix mièvre l'originaire d'Édolas casse le mutisme de l'aube.

« C'était un mauvais rêve pas vrai ? », veut s'assurer celui-ci de sa bonne action et conviction.

Nul doute qu'il faut rendre grâce à la candeur plénière de son équipier. Cette dernière soulage ; les traits se décontractent, le malaise détale, le corps se relâche.

Le nid pulsionnel est préservé.

« Ouais, admet en parfaite contrefaçon le chalumeau, l'ombre d'un sourire au coin des lippes.

— J'ai bien fait de te réveiller alors ! », lève haut ses lèvres le chat bleu, ravi d'avoir pu aider son ami.

Un enchantement qui de suite fait s'écrouler le sourire trop vite gagné du pyromane.

Alors que son acolyte des mille saisons volette jusqu'à leur frigo, le mage se contente de soupirer ; sa tête il laisse lourdement retomber sur son polochon. Plusieurs minutes il reste là, les orbes fixés au plafond pendant que l'esprit s'emmêle les pensées.

Pourquoi ce rêve ?
Pourquoi avec elle ?
Pourquoi cette déception ?
Pourquoi cette libido ?

Des questions, encore et encore des questions, sinueuses. Se prendre le chou, c'est pas son truc ; ça ne lui va pas, c'est pas lui ! Mais fantasmer de la sorte l'est encore moins. Pas la première fois que ses hormones de mâle en rut composent une chimère dans ces tons lubriques. Sauf que ça n'a jamais été aussi bon ni aussi puissant que cette fois-ci. Le plus troublant demeure cependant dans les explications ; les causes lui échappent, il a beau se torturer le ciboulot, rien ne vient tempérer cette ébullition réflexive. Ça aussi, ça lui arrive rarement d'autant se décarcasser les méninges pour trouver une réponse… une réponse à quoi d'ailleurs ?

Ses sourcils se fripent, la grimace du mécontent placardé sur le minois.

Cette trituration neuronale rime à rien. Ouais il a chevauché Jubia Loxar dans un songe, et alors !? Rien de si hallucinant que ça, quand on y pense ; c'est un mec, normal que pareils besoins s'extériorisent dans la grotte du subconscient…

Sauf que ce n'est pas aussi simple.
Sauf que ce n'est pas juste qu'un rêve.

C'est pas quelque chose d'anodin.
C'est pas quelque chose qu'on jette après usage.

Ça marque.
Ça gangrène.

Le brûle, toujours.
L'obsède, toujours.

Ces images. Ces sensations. Cette sapidité. Ce régal. Cette mage.

Encore, il en veut.
Encore, ça le tiraille.

Le désir harcèle.

D'un bond Natsu s'extirpe de son hamac, l'hémoglobine en proie à une montée de température. Sans souffler mots à son compère il sort d'un pas draconien de la casbah.

Faut qu'il s'aère l'esprit, de suite. Se débarrasser de ses idées (envies oui) lancinantes, toutes pourries et perturbantes qu'elles sont avec leur parure licencieuse. Rien de tel donc que la marche empressée du potron-minet. Surtout que le mal de tête fredonne déjà sa venue de myrmidon pour très bientôt permuter en titan… Ô combien il déteste avoir la migraine dès l'aurore — cela a le don de le mettre foutrement en rogne.

Alors il trace, sans détour, sans un regard lancé en arrière.

Droit et inflexible, il avance.

« Hé oh Natsu attends-moi ! clame le maître du trajet aérien en volant jusqu'au marcheur. Pourquoi t'es parti comme ça, y a le feu ou quoi ? demande celui-ci dans une certaine vitupération.

— Un peu ouais qu'y a l'feu… approuve tout à fait le fils Igneel sans même lui jeter une œillade.

— Ça va pas ? s'inquiète soudain le félin.

— J'ai besoin de prendre l'air.

— De si bon matin ? Il est même pas sept heures… remarque Happy, assez étonné.

— M'en fous, faut qu'je marche, répond-t-il sans délais.

— C'est à cause de Jubia ? », lance comme ça, l'air de rien, le virtuose du vol.

Natsu se paralyse, direct.

Et dépose enfin sa vue sur son camarade, celui en train d'atterrir avec souplesse sur les pavés aristos de Magnoria.

Lueur grave, presque menaçante (inquiétante ?) qui miroite aussitôt dans la pupille.

« Pourquoi tu dis ça ? interroge, austère, le jeune à la coupe rose.

— Dans ton rêve t'as prononcé plusieurs fois son nom. »

QUOI !?

Même ça, il l'a fait !?

Une envie, furieuse, voire carrément irrépressible le prend de s'emplâtrer fissa dans le mur le plus proche.

Putain mais c'est pas possible d'être à ce point dépravé !

C'est la totale : les gémissements, la sueur, le gigotement, le prénom… À tous les coups c'est sûr son calbar a été humecté par sa semence, véritable emblème de son indubitable perversion. Tenté il est de vérifier, juste comme ça, mais la pudeur sociale freine vite fait l'élan marginal. Plutôt se laisser faisander par l'auto-agressivité : s'injurier de tous les noms orduriers possibles, tant le jugement sur soi est intransigeant. Est-ce si dur que ça, bordel, de se retenir un brin !? C'est pas comme si ils étaient réellement passés à l'acte… Merde quoi, si sa simple imagination lui fait pareil effet, qu'est-ce sera quand pour de vrai la chose se fera !?

Mieux vaut ne pas y penser…

Dépité par sa propre conduite, le dragon slayer penche sa tête en arrière, son membre arc-en-ciel se noyant dans le lagon berlin du firmament.

Un instant le ciel du petit jour adoucit la céphalée. Un instant l'alizé de son haleine sème la fraîcheur sur la figure. Un instant le bruit citadin chatouille l'ouïe. Un instant la rumination se bloque.

Douce matinée, bercée par la clarté de son paysage. Ses différents membres se réveillent (comme ces lève-tôts qui flânent), font d'ors et déjà leur travail (comme ces piaffes qui chantent), pétillent d'un éclat apaisant (comme ces arbustes aux branches verdoyantes), traînent un peu les pieds (comme ce soleil qui effleure du bout de ses rayons le globe) et qui attendent (comme lui) que l'atmosphère les imprègne.

L'environ l'emmaillote dans son drap.

Il s'évade.

Il oublie, tout.

Pendant un instant, bref et bénin.

« Et c'est pour ça que t'étais pas bien, parce que Jubia était dedans et qu'elle te poursuivait comme elle le fait avec Grey hein ? »

Juste ça, ces vocables amusés, pour l'arracher à sa quiétude éphémère — trop éphémère du reste.

Sa vision quitte instantanément les cieux et revient sur la terre ferme, là où l'attend l'air mutin de son partenaire. De piètres secondes s'écoulent avant que l'hommasse ne réponde par l'affirmative, à nouveau un sourire largué sur le visage.

Y a pas à dire, des fois, la naïveté a du bon.

Certains la classent dans les faiblesses ou la considèrent comme une tare mais aujourd'hui preuve en est que tantôt, celle-ci s'avère des plus utiles et nécessaires. Il faut, assurément, des Happy, si crédules, si à côté de la plaque… Ça permet l'échappatoire : ne pas dire ce qui ne veut pas être dit, ne pas s'expliquer sur les choses, garder pour soi ce qu'on sait et surtout, s'éviter un fort mal de crâne du fait de la magouille opérée pour travestir les paroles. Certes la fuite est à court terme mais parfois, il n'en faut pas plus et c'est pour l'heure le cas.

Pas besoin de souffrir quant à la recherche des « bons » mots, eux qui doivent être minutieusement choisis pour ne pas compromettre leur auteur. Pas besoin de dévoiler l'intime, lui qui bien au chaud se conserve en secret. Juste acquiescer, voire en rajouter pour mieux s'arracher à la dangereuse vérité. Manœuvre du travesti, celle jouée par le cracheur de flamme : avec un plaisir non tempéré il habille ses propos de mensonges. Mieux que ça, il s'abandonne à l'hyperbole.

Ainsi l'enfant dragon raconte au gré de son imagination — fertile au vu de la créativité avec laquelle s'orchestrent les simulacres. Non plus un rêve sexuel mais un rêve de traque, lui étant le gibier et elle devenant le chasseur. Course, adrénaline, magie, riposte, capture, évasion ; une exacte aventure qui s'invente et s'écoute non sans une excitation toute enfantine.

Ainsi la route s'accompagne de rires, de facétie, de gouaille, de malice.

Et un Natsu à nouveau serein, le cœur si léger qu'il pourrait s'envoler au prochain coup de vent. L'affect redevient cette vague impétueuse et nette, sans plus de parasite aquatique à l'intérieur. À vrai dire c'est véritablement à ce moment (pendant ce trajet avec son partenaire) qu'il éclipse son tourment matinal. Le fauteur de trouble n'en pas conscience mais ça disparaît — d'un coup ou à mesure de la durée écoulée ? Qu'importe, car le résultat est là : dans la psyché c'est aussi clair que la rondeur d'une pleine lune. Le calme règne et emménage, l'ex propriétaire des lieux (le remous) ne laissant (presque) pas de trace de son passage.

Qui sait, peut-être qu'en effet il n'y aurait eu aucune bribe de cette agitation émotionnelle, hormonale et corporelle.

Seulement, quand ladite ardeur est à ce point incisive, il en faut plus, beaucoup plus, pour ensevelir pareil noyau.

Pendant un temps certes avéré mais limité ça peut se suspendre, s'éteindre ; juste une mise en pause, non une abollition.

Car il suffit de pas grand-chose (d'un rien, en général), pour que ça redémarre, voire éclate tout de go.

Et dans le cas de Natsu Dragneel, il lui a suffi de percevoir une chose, une seule :

Grey Fullbuster.

Exécrable rival assis à une table de la guilde, l'allure du nonchalant épinglé à sa silhouette.

Dès l'instant où ce portrait de con est entré dans son champ de vision, le corps a automatiquement enclenché la touche arrêt ; figé sur le seuil, le regard pour sa part se cloue sur cet atrophié du bulbe. Son compère ailé en revanche vole jusqu'au fond de la salle en quête de flirter (de se prendre un énième râteau oui) auprès de Carla-la-rigide.

Mais lui reste planté là, quelques secondes.

Il le fixe.

Une tasse entre les mains. Sur la même chaise. Seul. Dans le coin à droite. Son torse à l'air.

Et il voit, cette expression du préoccupé peinte sur ses traits ; froideur des prunelles, mélangée à quelque chose d'autre.

Pour autant, ça n'endigue pas l'ennui tout neuf qui vient d'éclore. Retour au ballottement des neurones, inconstant mais toujours dans la partie, et aux souvenirs trop vite balayés. Cet après du soir, ce « passage » le plus désagréable d'entres tous… Ce nase des méninges, les interrompant. Cet empaffé, exerçant un insupportable chantage pour le libérer. Cette tronche d'igloo, le tannant pour lui faire cracher le morceau. Ce gros pédoncule, qui au final a sa garde de robe intacte.

Il en avait presque oublié cet enfoiré, dans tout ça…

La moutarde redescend cependant avec tout autant de vitesse que sa montée. Qu'une œillade, succinte, chétive, il lui accorde avant d'à nouveau reprendre le pas.

D'habitude, à peine l'aurait-il entraperçu que les phalanges seraient venues tâter du poing contre la mâchoire, de quoi galvauder cette « belle gueule ». Une façon de se requinquer, ou mieux, de s'enflammer plus que de raison. C'est sa ritournelle, un besoin qui depuis longtemps s'est muté en un automatisme. Or aujourd'hui l'intrépide magicien fait une entorse à sa leitmotiv : pas de pugilat, juste une entrée silencieuse, presque inaperçue.

Venant choir à sa place favorite (celle à gauche tout près du panneau des quêtes), Natsu zieute sans grand entrain le hall dépouillé de ses frères les attardés ; il soupire, s'étale comme un phoque sur sa table.

Un sentiment bizarre le ronge ; depuis hier soir ça le suit comme son ombre, cet état indicible. Son court papotage avec Happy n'a rien changé du tout, si ce n'est peut-être que pendant un bref instant ça l'a moins assiégé. Une fois de nouveau seul avec sa psyché, il se retrouve en face à face avec cette étrangeté de lui-même. Y a qu'à voir son manque flagrant d'intérêt quant à refaire le portrait à l'autre congélo ambulant, et ne parlons pas de tout le reste, car c'est exactement pareil : pas d'envie pour boxer, pas d'envie pour beugler, pas d'envie pour bouffer ni pour boire, pas d'envie pour palabrer et encore moins d'injurier.

Envie pour rien, en fait.

Ce qui d'ordinaire l'attire n'a pour l'heure que peu d'attrait. De l'insipide, du futile, du basique. Ces petits plaisirs du quotidien ont comme terni, ils sont pâles. À vrai dire, c'est comme si une chose les avait surpassés, comme si leur teneur savoureuse avait été supplantée par une autre, beaucoup plus forte, beaucoup plus entêtante ; une goûteur plus obsédante…

Elle, et sa danse du feu.

Lui, et son rêve.

Ça se rembobine, incessamment ; tourne telle la toupie satanique. Une sorte de virus, que c'est : une fois entré, ça se propage, contamine et s'installe. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer ou de vouloir que ça le lâche, qu'il s'en débarrasse.

Un autre soupir, lasse.

Ça commence royalement à l'emmerder, tout ça. Réfléchir autant sur le pourquoi et le comment de son ressenti ça va bien cinq minutes. C'est bien pour les constipés du sentiment (comme l'autre glandu) mais pas pour lui ; l'émoi, il ne le questionne pas, au contraire, il le prend tout entier. Sauf que là, il médite, trop. Où est passé ce mec qui se laisse aller ? Cet insouciant qui prend les choses comme elles viennent.

Qu'est-ce que ça peut foutre qu'il ait ce désir ?

Pourquoi il faudrait se frustrer ?

Sa soif n'a-t-elle pas le droit d'être assouvie ?

L'émotion flambe, quand il pense à elle ; et alors ? Son corps réagit, quand il pense à elle ; et alors ?

Son cœur s'emballe, quand de sa rétine il la capte.

Et alors ?

N'est-ce pas normal, que son regard direct s'agrippe à cette silhouette qui entre ?
N'est-ce pas normal, d'avoir l'esprit congelé en l'observant jacasser ?
N'est-ce pas normal, de sentir son hémoglobine bouillir en la voyant au comptoir ?
N'est-ce pas normal, de ne plus tenir en place lors de sa discussion avec son équipier ?

Bien sûr que si, ça l'est.

Car après tout, Natsu Dragneel ne refoule pas l'émotion.

Il la vit, pleinement.

Le feu n'a pas pour vocation de s'éteindre, mais bien de grandir toujours plus.

Et Jubia Loxar est une flamme, comme toutes celles qu'il avale et déguste.

Alors pourquoi s'en priver ?

Plus déterminé que jamais, le fils Igneel se lève et trace vers la seule source de chaleur en ce lieu. Il n'y a plus quelconque trouble ou retenu ; la confusion a pris la tangente. Ne demeure plus que son envie, l'unique en ce jour, qui enfin s'accepte et se libère.

« Jubia. »

Ferme et chaude voix. Comme sa pupille, qu'il ancre en elle.

Deux aimants.

« Putain Salamander tu fais chier ! s'exclame furibond le percé de la peau. Tu vois pas qu'on était en train d'causer là !? »

L'agressivité du ton ne le perturbe pas. L'ardeur ne désemplie pas. Qu'il gueule tant qu'il veut, ça ne l'atteint pas.

Y a qu'une chose dans sa ligne de mire, et absolument rien ne l'en détournera.

« Rien à foutre. J'viens pour parler à Jubia, l'envoie-t-il royalement balader, ne lui accordant pas même une œillade.

— Tu vas t'prendre mon poing dans ta gueule, c'est tout c'que tu vas (a)voir ouais ! tonne l'endiablé en saisissant par le col le futur (proche ?) bastonner.

— Qu'est-ce qu'il y a Natsu-san ? »

Même force, dans son timbre. Même passion, dans son œil. Même convoitise, qui se sent et se dit.

« Est-ce que tu comptes refaire ce que t'as fait hier soir, un d'ces quatre ? Car si c'est l'cas, j'veux encore être de la partie. »

Oui, il y va cash.

Oui, il n'y a guère plus de pudeur.

Oui, il ne s'en cache plus.

Car il n'y a que ça, qu'il veut.
Qu'elle danse, pour lui et seulement pour lui.
Une dernière fois.
Qu'il brûle, par elle et seulement par elle.
Tous deux.
Qu'ils le fassent.
Tous deux.
Qu'ils le vivent.
L'ultime désir…
… de faire du rêve une réalité.

Il sourit.


(1) : je vous remets le lien du premier morceau, à savoir Bella de Carlos Santana et tiré du film Desperado. Vous resterez ainsi dans l'ambiance ou plutôt vous pourrez vous remettre dans l'ambiance du premier chapitre : http(deux points)/www(point)youtube(point)com/watch?v=2L9uEtWcsP0

(2) : pareil, je vous re-balance le lien du second morceau intitulé Alone In The Dark de John Hiatt, tiré du film True Lies : http(deux points)/www (point)youtube(point)com/watch?v=eyNun3IUoz4


Alors, pas trop déçu(e)s ? Cette fois-ci, je suis allée beaucoup plus loin – quoique, c'est encore « light » par rapport à certaines… Si un jour quelqu'un m'avait dit que mon premier lemon mettrait en scène du Natvia, j'aurais ri au nez à ce nase. M'enfin, j'ai pris beaucoup de plaisir à imaginer et à écrire cette scène torride. Ça a été plus « facile » que je l'aurais cru et même si y a des coquilles, pour un tout premier texte dans ce genre, j'en suis ma foi bien satisfaite. Dites merci à la si dépravée Achrome car au départ j'avais pas du tout prévu d'aller jusque-là. Miss est restée sur sa faim m'a-t-elle dit lors du premier chapitre alors j'ai voulu abreuver cette soif. J'espère que ça a été le cas, au moins un peu :)

Un troisième et ultime chapitre suivra — quand, ne me demandez pas, je ne le sais pas moi-même.

En tout cas, je vous remercie encore et toujours d'avoir lu !

Passez de très bonnes fêtes mes cocos et cocottes ; rendez-vous en l'an 2015 pour encore plus de conneries jubiatiques !