Chapitre 2 - L'infirmerie dévastée
(Douter ne signifie rien d'autre qu'être vigilant, sinon cela peut être dangereux - Georg Christoph Lichtenberg)
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Ce soir-là, les salles communes restèrent bondées et bruyantes jusque tard dans la nuit. Les élèves les plus inquiets assuraient avec une farouche conviction que la mystérieuse intruse était sans doute un être maléfique envoyé par Voldemort et qu'elle les aurait tous assassinés en un rien de temps si elle n'avait pas perdu connaissance.
D'autres, au contraire, affirmaient que le Seigneur des Ténèbres n'aurait jamais pris ce risque en présence de Dumbledore qui inspirait toujours la confiance. Parmi les suggestions les plus farfelues, certains finirent même par en déduire que Voldemort lui-même s'était transformé en jeune femme pour s'infiltrer au château.
- Est-ce que ta cicatrice est douloureuse, Harry ? lui demanda Ron pour éliminer cette dernière possibilité.
- Non, assura t'il. Mais ça ne veut peut-être rien dire…
- Allons, les sermonna Hermione. Vous n'allez quand même pas croire toutes ces absurdités. Je suis sûre que le collège est protégé contre les intrusions mal intentionnées.
- Tu as lu ça dans l'Histoire de Poudlard, je suppose, se moqua Seamus un peu plus loin.
- Cessez de voir le mal partout, répliqua Hermione. Et puis de toute façon, il est tard, trancha t'elle. Allez hop, tout le monde au lit !
Dans un concert de grognements, les Gryffondor se plièrent aux exigences de leur préfète et montèrent dans leurs dortoirs. Seuls Harry, Ron, Hermione et Ginny veillèrent encore un peu pour en discuter calmement.
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Il était deux heures du matin lorsque le Baron Sanglant filait à travers les couloirs sur ordre de Dumbledore. Il passa à travers la porte des appartements du maître des potions et se mit à hurler pour le réveiller.
- Professeur ! Professeur !
Rogue se redressa dans un sursaut.
- Mais enfin que se passe t'il ?
- Le directeur m'envoie vous chercher ! La folle tombée tout droit du ciel est en train de mettre l'infirmerie dans un triste état. Les trois enseignants présents sur les lieux ne parviennent pas à la maîtriser et la salle de repos de Madame Pomfresh est complètement dévastée. Dumbledore est persuadé que vous seul pouvez faire quelque chose.
- Allons bon, pesta Rogue en écartant ses couvertures. Pas un n'est capable de maîtriser une furie !
Le Baron Sanglant précisa qu'il attendrait dehors et disparut comme il était venu. Severus s'empressa de troquer sa vieille chemise de nuit grisâtre contre son uniforme avant de quitter ses cachots.
Il enchaîna les couloirs d'un pas vif et se retrouva nez à nez avec Peeves.
- Il va y avoir de l'action on dirait, s'amusa l'esprit frappeur apparemment ravi. Il était temps, ce château est d'un morne depuis le départ du professeur Ombrage…
- Déguerpissez de ce couloir Peeves, ordonna sèchement Rogue en sortant sa baguette. Ou je vous expédie à l'autre bout du pays.
- Croyez-vous vraiment que je serais incapable de retrouver mon chemin ? se moqua t'il nonchalamment.
- Peeves ! tonna le Baron en revenant sur ses pas. Ce n'est pas parce que tu t'ennuies qu'il faut importuner les professeurs. Contente-toi de t'en prendre aux élèves, ou sinon…
- Très bien, très bien, disons que je n'ai rien dit, se résigna le fantôme en s'éloignant enfin.
- Dépêchez-vous professeur, fit le Baron en reprenant son chemin.
Rogue arriva à l'infirmerie où tous les meubles étaient sans dessus dessous. Des fioles jonchaient le sol en laissant échapper des nuages de vapeurs lorsque leurs composants contradictoires entrèrent en contact, des chaises s'étaient fracassées contre les murs, et il perçut des cris venant de la salle de repos où Dumbledore avait apparemment réussi à retrancher à nouveau la jeune femme. Il s'y précipita et vit deux enseignants gisant à terre tandis que le vieux sorcier lançait des sorts déviés pour la plupart par les objets qui volaient dans tous les sens.
Il aperçut l'inconnue, terrorisée, affolée, qui jetait à travers la pièce tout ce qu'elle trouvait à sa portée en regardant la porte de temps en temps, dans l'espoir de s'enfuir.
- Severus ! Essayez de la contourner et immobilisez-la. Elle a une force incroyable et vous seul pouvez l'arrêter. Je ne suis moi-même arrivé à rien mais je ne veux pas la blesser !
Rogue évita la bombonne aux reflets roses que la jeune femme lui envoya à travers la salle et, sans parvenir à faire un écart comme le suggérait Dumbledore, passa par-dessus le dernier lit qui les séparait, se jeta sur elle et lui attrapa les poignets. Une lutte s'engagea entre eux et du désespoir, le visage de l'inconnue passa à celui de la peur de se voir ainsi confrontée à un adversaire capable de lui résister.
Elle parvint cependant à saisir son assaillant par le col de sa robe et le projeta contre une armoire toute proche. Dumbledore en profita pour essayer de la stupéfixer mais la jeune femme fit quelques pas en avant sous l'effet de la surprise et regarda passer le sortilège dans son dos. Le vieil homme aurait juré avoir vu l'éclair écarlate dévier légèrement de sa trajectoire au dernier moment. Pourtant… non, c'était impossible.
Rogue se servit de ce moment d'inattention de la part de l'inconnue pour revenir à l'assaut. Elle repoussa violemment son adversaire contre un lit qui glissa de plus d'un mètre sous la violence du choc, mais le maître des potions parvint à se redresser et plaqua finalement la jeune femme contre un mur.
Ses cris n'étaient pas ceux d'une hystérique mais tout simplement ceux de quelqu'un éprouvant une peur immense. La respiration saccadée, elle luttait tant bien que mal et, un bras sur la gorge, finit même par suffoquer.
- J'en ai maîtrisé des bien plus sauvages que vous, siffla Rogue le regard haineux. Alors, vous vous calmez ou il faut que j'emploie la manière forte ?
L'inconnue plongea ses yeux sombres dans ceux de Rogue, à travers quelques mèches de cheveux qui retombaient sur son visage, et se débattit à nouveau. Le professeur sortit sa baguette de sa poche et la planta dans les côtes de la jeune femme. Puis avec un rictus mauvais, lui envoya un sortilège qui fit l'effet d'une décharge électrique. La malheureuse se raidit en émettant un cri de douleur et perdit connaissance. Severus la rattrapa dans ses bras, jeta rageusement sa baguette magique sur la table de chevet la plus proche, et la porta jusqu'à son lit.
- D'où peut bien lui venir une telle puissance physique ? demanda t'il, essoufflé, en essuyant d'un revers de la main une coulée de sang qui perlait au coin de sa lèvre. Vous croyez que ce pourrait être une…
- Non, démentit Dumbledore. Je crois qu'elle a tout simplement bénéficié de la force qui vient à n'importe qui sous l'effet de la peur. Mais je peux me tromper... Elle s'est réveillée dans un endroit inconnu, face à un sorcier armé et pas plus que nous elle n'a de raison de se sentir en sécurité puisque nous ne savons rien les uns des autres. Cela dit, s'il s'agit vraiment de ce à quoi vous pensez, il n'y a qu'à vous que je peux demander de remplacer vos confrères pour le reste de la nuit. Si vous en êtes d'accord…
- Bien sûr, Monsieur, accepta Rogue.
Dumbledore dégagea doucement les longues ondulations brunes des cheveux plaqués sur le visage de la jeune femme d'un geste paternel.
- Il va falloir la rassurer à son réveil, sans quoi je ne donne pas cher de ce château, plaisanta t'il sur le moment mais se remettait lui aussi peu à peu de la lutte acharnée qu'il venait de mener.
- Je ne vous trouve pas assez méfiant, Dumbledore, lui reprocha Rogue. Vous accordez une confiance aveugle au premier venu et voyez le résultat. Vous devriez attacher cette folle avant qu'elle ne tue quelqu'un.
- Allons, Severus. Je sais que vous avez tendance à préférer un comportement radical, mais nous devons lui laisser une chance. Pour l'instant, nous allons nous contenter d'un sortilège d'immobilisation, elle ne blessera personne et sera au moins libre des mouvements de sa tête. Nous pourrons ainsi lui parler dès demain et verrons ensuite si nous pouvons être un peu plus indulgents.
Il pointa sa baguette sur le corps inerte et murmura une formule. A première vue, rien ne semblait avoir été modifié dans l'apparence du corps allongé devant eux, mais la jeune femme ne pourrait plus nuire à quiconque à partir de maintenant.
Madame Pomfresh ranima les professeurs inconscients et tous l'aidèrent à remettre l'infirmerie en état. Puis, Rogue s'installa dans un fauteuil en face du lit de l'inconnue et l'observa pendant de longues minutes.
Au bout de quelques heures, elle s'agita et gémit en bougeant parfois la tête. De toute évidence, ses nuits semblaient peuplées de cauchemars mais le sortilège entravait efficacement ses mouvements et elle murmurait des mots sans suite en donnant l'impression de souffrir de ce qu'elle vivait.
Accoudé à son fauteuil, Rogue impassible la regardait, un doigt posé sur les lèvres, mais il se redressa soudain en entendant les mots non, innocent, Maître. Puis, la malheureuse reprit ses incohérences et finit par se calmer en pleurant dans son sommeil. Une douce pluie accompagna ses larmes sur le parc endormi.
Alors, je continue ou pas... ?
