CHAPITRE II

Elizabeth ne pouvait cesser de sourire, la tête appuyée sur le torse de son époux, écoutant les battements de son cœur. Ses bras l'enserraient étroitement, la faisant se sentir petite et protégée.

« Lizzie, te sens-tu bien ? - s'enquit Darcy de sa voix profonde.

- Je vais bien, mieux que jamais, - répondit-elle en redressant la tête pour le regarder dans les yeux. - Merci de me le demander… à nouveau. Je dois dire que je me réjouis que tu ne me vouvoies plus. »

Son époux lui sourit, caressa son visage du dos de la main et l'embrassa sur le front. Soudain, pour la première fois depuis longtemps, Elizabeth ne sut que dire. Un silence un peu gêné passa et elle se réfugia à nouveau contre lui.

« Lizzie, ma douce, qu'y a-t-il ?

- Rien, ce n'est rien. »

Darcy tourna le visage d'Elizabeth vers lui et demanda de nouveau : « S'il te plait, Lizzie, dis moi si quelque chose ne va pas. Peut-être… ai-je fait quelque chose qui t'a troublée ? Si c'est le cas, pardonne-moi, la dernière chose que je souhaiterais… » La phrase fut interrompue par un baiser de son épouse.

« Je vais bien, tu n'as rien fait pour m'offenser. C'est juste que… pour la première fois, je ne sais comment te dire quelque chose et cela m'embarrasse.

- L'Elizabeth Bennet que je connais peut tout me dire, même ce que je préfèrerais ne pas entendre.

- Mais désormais je ne suis plus Elizabeth Bennet : je suis Elizabeth Darcy, et elle est moins insolente, » répondit-elle ironiquement.

Pour la première fois, elle l'entendit rire, un rire véritable, et une douce chaleur l'envahit. Elle voulut l'embrasser, l'étreindre de toutes ses forces et ne plus jamais le lâcher. Au lieu de cela, les mots qu'elle n'avait pas su prononcer avant s'échappèrent de ses lèvres.

« Je t'aime… Je veux que tu le saches. Je ne te l'avais jamais dit, et je ne veux pas que tu puisses douter de mes sentiments pour toi. » Disant cela, prise d'une timidité nouvelle, elle ne put croiser son regard et baissa les yeux.

« Je le sais. Et je t'aime aussi, de tout mon cœur, plus que ma vie. Je ne veux plus en passer un seul moment sans toi. » Bien que la déclaration de son épouse ait suscité en lui une joie difficile à contenir, il tâcha de rester calme. Depuis leurs brèves fiançailles, elle lui avait montré à maintes reprises qu'elle l'aimait, mais ne lui avait jamais dit. Elizabeth releva le regard pour rencontrer le sien. Elle sentit les mains de son époux sur sa nuque qui doucement l'attirèrent vers ses lèvres. Elle sentit son souffle sur sa peau, le chaud contact de ses joues et finalement, sa bouche. « Les baisers s'améliorent à chaque moment, » songea-t-elle, se rappelant les innocents baisers qu'ils avaient échangés quand son mari lui faisait la cour. Il y eu une brève séparation durant laquelle leurs regards se rencontrèrent encore, dans la chambre illuminée par le feu de la cheminée. Elizabeth voulut parler, mais ses lèvres furent à nouveau réclamées par celles de son époux. Seul un gémissement lui échappa.

« Je suis désolé, » s'excusa Darcy en s'écartant, la voix haletante. Sa femme le contempla sérieusement avant de déclarer d'un ton grave :

« Voyons, William ! Cesse de te blâmer pour tout.

- J'essaierai, mais il n'est pas facile pour moi dans ces moments, de distinguer ce qui est convenable de ce qui ne l'est pas, - tenta-t-il d'expliquer, ému du nom que son épouse venait d'employer.

- Eh bien, tu devras agir comme tu le sens, et suivre ce que ton cœur te dicte. Ce que tu as déjà fait, je crois, lorsque tu m'as demandé d'être ta femme.

- Et cela a été la meilleure décision que j'ai prise de ma vie.

- Sans doute, - répondit Elizabeth en haussant les sourcils. - Bien que la première tentative n'ait pas si bien marché…

- Je ne peux que me réjouir que la deuxième ait été couronnée de succès. Je ne peux imaginer ma vie sans ta présence.

- Songer que j'aurais pu en épouser un autre, et ne jamais savoir ce que tu ressentais pour moi…

- En épouser un autre ? - s'exclama-t-il confus et surpris. - Veux-tu dire que tu avais reçu une autre offre avant la mienne ?

- Oui, après le bal à Netherfield, mais il semble que je ne t'en ai jamais parlé. »

Darcy sentit son cœur se serrer. Avait-il été si près de la perdre ? Pour qui ? Il ferma les yeux et pria qu'il ne s'agisse pas de Wickham.

« Puis-je savoir qui était cette personne ?

- Je peux te dire que, si je l'avais épousé, tu m'aurais également retrouvée à Rosings.

- Collins ! - s'écria-t-il, un peu soulagé. - Ce petit homme a donc osé une telle entreprise ? Une raison de plus pour qu'il me déplaise terriblement. Mais pourquoi ne l'ai-je pas su ?

- Parce que presque personne ne le sait, comme personne, sauf Jane, ne sait rien de ta première demande. Et bien qu'il soit absolument exaspérant, il mérite mon respect.

- Je ne sais ce que j'aurais fait si tu avais épousé cet être pathétique…

- Jamais je n'aurais pu l'accepter. Je m'étais fait la promesse de ne me marier que par amour, et je l'ai tenue, » dit Elizabeth, en blottissant la tête contre l'épaule de son époux. Leurs mains s'entrelacèrent, dans un silence rompu seulement par le crépitement des bûches.

« Je ne sais ce que je ferai seule dans cette chambre immense, - déclara soudain pensivement Elizabeth. - J'ai toujours partagé ma chambre avec Jane.

- Et qui a dit que tu y serais seule ? - répondit Darcy en caressant ses longues boucles brunes. - Si tu le permets, je serai ravi de la partager avec toi.

- William ! Que diront les domestiques en voyant que tu n'utilises pas la tienne ?

- La vérité : que leur maître est profondément amoureux de sa jeune, belle, intelligente et… vive épouse. »