雲 の 復讐

Kumo no Fukushyuu

Chapitre premier : L'homme qui se maquillait.

Lorsque les premières lueurs du jour apparurent, les logis de la campagne s'illuminèrent. La rosée matinale s'était déposée sur le bois des chaumières, silencieuses et calmes. L'on commençait à s'activer, et les rues de Yokohama étaient encore vides. Il y avait les artisans, les marchands qui ouvraient leurs boutiques, et les paysans sur le chemin de leurs terres, en périphérie du grand village. Le domaine de la famille Rokkuhāto dormait encore. Une silhouette, cependant bougeait au travers des murs en papier de riz. Scrutant son reflet dans le miroir, la belle personne était miraculeusement belle. Ses longs cheveux, d'un blond inédit descendaient en cascade sous sa nuque d'argent. La finesse de ses traits était telle, qu'il était impossible de lui donner son âge. Le sublime être brossait sa chevelure exceptionnelle, scrutant le miroir. Il déposa le peigne au sol en se penchant. Le nœud de son yukata de nuit était complexe et bien haut. Enfin, l'étrange personnage se retourna. On venait de faire glisser la façade légère qui servait de porte.

- J'arrive, Tifa.

- Cloud.

La jeune fille entra à l'intérieur. Elle avait une longue chevelure noire, lisse et très belle. Tifa Rokkuhāto était une très bonne fréquentation à Yokohama. Elle était gracieuse, et savait bien danser. Elle avait un visage de poupée, calme et élégant. Elle savait manier plusieurs instruments à corde et avait appris à rédiger quelques poèmes. Et pour cause, toute sa vie, Tifa s'était promise à une vie de femme de compagnie, de geisha. Elle s'était approchée de Cloud.

Cloud avait de longs cheveux. C'était lui, qui se regardait dans le miroir. Il était devenu encore plus beau. Plus féminin encore. Était-il devenu la sœur de Tifa ? Il lui sourit, ravi de la voir de si bon matin.

- Tu es déjà prêt ?

- Je me hâte, dit Cloud.

- Mais, les chevaux n'arriveront pas avant midi !

- Peu importe.

Tifa se tut. Elle observa Cloud, longuement. Elle rougit, jalouse de sa beauté, et de cette féminité qu'elle n'avait pas, elle qui fut naturellement femme. Elle s'éloigna, et Cloud se leva. Il marcha, traînant son kimono en soie. Cloud ne portait plus que ce précieux tissu. Il soupira, songeant aux dures armures qu'il avait pu porter par le passé. Son cœur le serra.

L'image de son ancienne tenue lui revenait clairement maintenant.

Il se souvenait.

Osoki hi no

Tsumorite Tooki Mukashi

Kana

Les lents et longs jours de printemps,

S'écoulent

Si loin du passé.

Cloud pouvait encore sentir l'odeur du saké aux soirées, à la cour. Lorsqu'il y était encore samouraï. Evidemment, il n'en buvait jamais. Il ne supportait pas l'alcool, et avait gardé de très mauvais souvenirs concernant les récentes beuveries. Il se projeta un soir de printemps, un soir comme celui qui l'attendait dans la même journée. Un soir presque identique, somme toute. Il ferma les yeux. Tout lui revenait.

Il marchait doucement dans les couloirs des quartiers qui étaient réservés à son corps d'élite. Il salua quelques hommes du palais impérial. Cloud leur fit un poli signe de tête. Il s'avança, et ses trois sabres étaient fixement attachés à sa ceinture. L'inscription 化け物 – Bakemono était inscrite dans le bois d'acajou qui surplombait les grandes maisons. Les toits incurvés de l'Asie étaient toujours d'une grande beauté. Et même les plus profanes des arts devenaient les plus enchanteurs des lieux. Edo était paisible, une pointe de chaleur dansait dans l'air. Lorsque Cloud pénétra la grande maison, aux dimensions étourdissantes, il fit glisser les cloisons après avoir marché quelques mètres. Il entra dans une des pièces.

« Genesis. »

L'homme lisait encore. Il avait toujours lu. Aussi longtemps que se souvenait Cloud, Genesis avait toujours été un grand amateur de littérature. Il avait levé le doigt, comme pour sommer le silence. Il se tourna à moitié et parla.

- Tsuki ni tooku. Oboyuru fuji no iroka kana. Sous les rayons de la lune, la couleur et les senteurs des glycines semblent si lointaines.

- Le capitaine a dit qu'il me cherchait. J'imagine que tu sais où il est.

- Cloud….Cloud… Tu es toujours si froid et si peu vertueux des vers que je déclame. Serais-tu devenu impertinent à l'égard de mon art ?

- Ta poésie est plaisante, mais je ne puis m'attarder aujourd'hui.

- Pourquoi saurais-je où est le capitaine ?

Cloud ouvrit la bouche, puis la referma. En réalité, il imaginait les relations entre Genesis et le capitaine très amicales. Bien trop amicales. Pendant une seconde il sentit ses nerfs se tordre entre eux. Genesis lâcha un soupir.

- Bon, inutile de jouer avec toi ce soir, on dirait que j'ai un mur en face de moi. Le capitaine est avec le shogun. Ils parlent affaire. La guerre serait imminente.

- La guerre ?

- L'opium. Il fallait s'y attendre. Mais, si j'étais toi je n'irai pas dans les quartiers du shogun, il déteste voir traîner ses chiots devant sa porte.

Cloud fronça les sourcils. Il savait que les pavots affolaient les étrangers, et qu'ils emportaient tout sur leur passage. La fumée tueuse avait donc mené leur pays en guerre…

- Le shogun a besoin de nous, répliqua Cloud, pourquoi serait-il dérangé par ma présence ?

- En effet. Il a bien plus besoin de nous que nous avons besoin de lui, mais…

Genesis posa son livre. Il saisit sa pipe à opium et fuit le regard de Cloud.

« Mais nous sommes les soldats de ce pays. Nous gardons son honneur en sauvant le nôtre. Cloud. Tu es bien trop jeune pour saisir les subtilités de ce qu'est un samouraï. Et ce n'est pas parce que tu fais partie du Bakemono que les réponses te viendront. Tâche de rester dans les rangs, et de te donner corps et âme au palais. Au shogun. Et à ton maître, notre capitaine….Ta vie appartient à tes terres et à ses vertus. Ton âme est secondaire. Elle te sert à penser, et non à échouer.»

Cloud entrouvrit les lèvres.

- Maintenant, dégage. Je dois écrire.

Cloud obéit. Genesis était le second du Bakemono, et prenait toujours ses aises avec lui bien qu'il fut un très bon élément. Cloud en était très vexé mais ne le montrait pas. Un masque s'était collé à son visage, et ne se détachait jamais. Ses sentiments et émotions n'avaient pas leur place à la cour d'Edo. Il était samouraï, et appartenait au shogun. L'élite du Bakemono était la plus féroce, et la plus crainte. Redoutable, et si puissante que le shogun lui-même craignait qu'un jour les samouraïs qui le composent puissent le poignarder dans le dos. Il était coutume de faire taire ces rumeurs, parce qu'elles étaient vraies et très bien fondées.

Il se dirigea vers les parcs du palais, déterminé à s'entraîner en attendant le retour de son supérieur. Il dégaina lentement son katana, l'ôtant de son fourreau sans un bruit. L'argent coupait le vent léger. Cloud se tournait, donnait des coups. Un cri puissant sortait de sa gorge pâle.

Il sursauta. Une autre lame vint contre la sienne. Cloud fut totalement figé, et pétrifié.

« Est-ce une heure raisonnable pour continuer de s'entraîner, Cloud ? »

Cloud recula. C'était lui. Sa chevelure d'argent remontait. D'un gris pur, incroyable et impressionnant. Ses yeux, semblables à deux pierres précieuses brillaient. Ils le scrutaient au plus profond de son âme. Cloud baissa son sabre, et son adversaire en fit de même. Cloud continua d'observer ses traits fins et son visage au comble de l'harmonie. C'était un très beau visage. Le plus beau qu'il avait vu à ce jour.

« Sephiroth-sama… »

L'homme rangea son katana dans son fourreau, hocha la tête.

- Va, tu devrais profiter cette belle nuit pour lire, ou boire avec Genesis.

- Je n'ai jamais bu avec Genesis… Vous étiez avec le shogun ?

- Oui.

Sa longue chevelure était retenue partiellement par un ruban blanc. Il était si grand, bien plus imposant que Cloud. Cloud le regardait, surpris de l'intervention de son maître. Il tenta de cacher sa stupeur du mieux qu'il pouvait. Les lampions illuminaient faiblement les lieux, et Cloud avait la conviction que Sephiroth aurait été encore plus beau, si la lueur avait été plus évidente.

- Le pays va mal, je ne te le cache pas. Le shogun va avoir besoin de nous très prochainement pour traquer l'opium.

- Il n'aura pas à chercher loin, nous en consommons tous plus ou moins, répliqua Cloud.

Sephiroth eut un petit rire.

« Ce pays est un masque permanent… »

Sephiroth leva sa main vers le visage de Cloud. Il le caressa en douceur, saisissant ses mèches blondes au passage. Il contempla son confrère, et l'évalua du regard.

- Je ne comprendrai jamais pourquoi les quartiers du Bakemono t'excluent toujours, Cloud. Est-ce ta jeunesse ? Ta beauté ? J'ignore les raisons de cet acharnement.

Cloud leva ses grands yeux vers Sephiroth. Il s'était avancé vers lui. Cloud ferma les yeux. Il était tellement proche. Sa voix pénétrait ses tympans et son esprit en était teinté. La présence de son maître était viscérale.

« Ils te croient trop fragile. Ils croient ton cœur trop fort. Tellement fort, qu'il l'emporterait sur l'esprit. »

Cloud ouvrit les yeux. Son cœur battait tellement vite. Et cette voix-là avait toujours été si grave qu'elle en était naturellement obscène. Cloud recula doucement.

- Je suis entré au Bakemono depuis plusieurs saisons. J'ai vu la neige plusieurs fois tomber sur le toit de ce palais, et pourtant j'ai toujours l'impression d'être en flottement. Sephiroth-sama. Seul vous semble croire en moi. Serait-ce un songe de bon augure ?

Sephiroth esquissa un sourire.

Cloud ouvrit les yeux.

Sephiroth s'était évaporé. Le palais d'Edo aussi. Et ses katanas avaient disparus, eux aussi. Il passa une main à sa coiffe composée de fleurs et d'or. Il était temps. Il avait voyagé dans le temps, si intensément qu'il s'était assoupi. Il reprit lentement ses esprits avant de rejoindre la cour de la maison. Tifa l'y attendait, et tenait une ombrelle à la main. Elle était tellement radieuse. Et son sourire était un cadeau.

- Les chevaux sont là, murmura-t-il.

- On y va Cloud ! s'exclama-t-elle.

Cloud lui rendit un sourire brisé, puis se traîna jusqu'aux calèches rudimentaires. Le voyage allait être long et pénible jusqu'à Edo. Mais, Cloud pouvait attendre l'éternité s'il le fallait. En son cœur brûlait le désir insatiable et irréalisé de rejoindre la capitale. Cloud tenait sa longue traîne protégeant ses yeux sous la dentelle des ombrelles. Caché en princesse il songeait à la cour d'Edo.

Cette cour qui l'attendait en ce moment même. Cette cour qu'il attendait aussi. Cette cour qu'il connaissait tellement…Et qui lui avait tout prit.

Tifa lui parla pendant de longues heures. Cloud aimait l'écouter. Elle était si cultivée. Et ses joies si belles qu'il se sentait parfois presque heureux de les admirer. Une jolie illusion qu'il gardait en plaisir simple.

« As-tu déjà entendu parler des Bakemono, Cloud ? »

« Non. »

« C'est l'élite du shogun. Il paraît qu'ils sont très doués, que chacun d'entre eux, même les moins gradés sont aussi redoutables que tous les démons qui parcourent le monde… J'espère qu'ils ne seront pas violents avec nous. »

« S'ils nous veulent, j'imagine qu'ils s'en abstiendront. »

Son rire éclatant. Et le regard de Cloud, perdu et obscur.

Il s'assoupit de nouveau, pour la deuxième fois de la journée. Ses pensées divaguaient. Cloud détestait en perdre le contrôle. Il n'arrivait pas à rêver. A chaque fois qu'il dormait, ses sens le transportaient quelques années auparavant. Et la souffrance était insupportable. Et il ne pouvait rien y faire.

Tabi Ni Yande

Yume wa Kareno

Wo

Kake Meguru

Et pendant mes voyages,

Mes rêves me reviennent,

Des landes flétries.

Il pensait à leur rencontre.

Cloud fréquentait les rues de la campagne d'Edo. Il examinait les lieux, un criminel était recherché depuis quelques mois, et le Bakemono avait été appelé pour résoudre cette sombre affaire. Plusieurs équipes avaient été formées. Son maître surveillait le nord de la capitale, et Cloud avait été confié à Genesis. Ainsi, Cloud interrogeait les paysans et artisans. Lorsqu'une mélodie atteint ses oreilles. C'était une douce complainte, légère et nostalgique. Un coup violemment délicat. Cloud se tourna vers l'origine de cette beauté. C'était un homme, et il tenait un lourd instrument entre ses mains. Il souriait. Et ses yeux.

Grands Dieux…

Cloud entrouvrit les lèvres, s'approcha de lui.

- Bonjour, bushi, dit alors l'homme en s'interrompant.

- Je … Je ne suis pas un samouraï.

- Pourtant, vous portez les sabres. Vous ne faites pas partie des Bakemono ?

Cloud n'arrivait plus à parler. Ses yeux bleus. Sa chevelure noire et perturbante. Cette esquisse de sourire malicieuse et joueuse. Cloud hocha la tête, négativement.

- Vous devez être simplement riche, alors, s'exclama l'homme en riant.

Cet éclat fit mal à Cloud. Puisque, pour la première fois depuis qu'il vivait, il se rendit compte que tout ce qu'il avait vécu jusque-là n'était que souffrance, comparé au bonheur que lui procurait cette rencontre. Cloud plissa les yeux.

Note de fin de chapitre : Et voilà, notre ami Cloud se perd dans ses souvenirs en rejoignant la capitale aux de côtés de Tifa….Pourquoi ? Vous le saurez bientôt ! Vous devez vous poser beaucoup de questions au sujet des Bakemono (traduction : monstre / au sens plus fin il s'agit de démons japonais), ce corps spécial composé de samouraïs légendaires –dont Genesis et Sephiroth-, puisque Cloud et Tifa semblent se livrer à eux-mêmes, alors que Cloud en faisait autrefois partie… J'entretiens beaucoup de mystère et cela peut sembler tellement flou que vous risquez de vous perdre entre retours en arrière et rêveries. Mais, je vous promets que le voile sur le massacre du mariage sera très bientôt levé ! Merci à vous de me lire, d'apprécier cette fiction. Bien à vous.