Alors que ma chair continue d'être arrachée avec violence sans que je ne puisse rien y faire et que je souffre le martyre, les souvenirs continuent d'affluer. Je revois Glimmer dans sa robe dorée lors de l'interview et ses beaux yeux verts qui pénètrent mes iris et l'impression que j'ai en la regardant qu'elle est en train de me dépouiller de toute virilité. Je sens encore le corps tremblant de Clove entre mes bras après sa crise de larme au balcon. La colère qui monte en moi alors que je vois Peeta souriant saluer la foule alors qu'il sait très bien que son annonce vient de bouleverser le monde entier et que nous, autres tributs, sommes brusquement rétrogradés au second plan. Et puis, ce matin-là, où je me souviens encore des soixantes secondes interminables avant qu'enfin... les jeux de la faim ne commence.

Je sentais mes jambes me porter et mon élan me propulser jusqu'à la Corne d'abondance. Je suis l'un des premiers à l'atteindre. Pas le temps de réfléchir, ni de penser à autre chose que de tuer. Mes deux mains se voient attribuer le rôle de détentrice d'arme tranchante, deux esquives de couteaux par-ci, et mes mains guident mes gestes bestiales. Les épées entre les mains ne firent qu'une bouchée des corps tremblant en face de moi. J'étais comme habité par une sorte de transe qui m'amenait à tous les achever. Certains combats durèrent plus longtemps que d'autres, quelques tributs se débrouillaient plutôt bien mais ils n'étaient pas à mon niveau, ni ceux de mes compères. Le nombre de victimes diminuait petit à petit, certains se cachaient, mais n'avaient pas la moindre chance contre Clove et ses lancés de couteaux. Des tributs essayaient de revenir à la Corne d'abondance mais nous étions vifs, et on les tuait un à un. On ne leur laissait aucune chance d'atteindre une arme, un sac ou de la nourriture. Il y avait ceux qui avaient eu l'intelligence de s'enfuir dans la forêt, ceux qui étaient morts à nos pieds, ceux qui étaient morts dans la forêt par d'autres tributs, et nous, Glimmer, Marvel, Clove et moi, qui restions debout à observer les corps sanglants à terre, fiers de notre travail. On se regarda, on sourit. Entre ceux qui étaient revenu à la Corne, ceux qui nous avions tué, et les combats qui avaient duré un bon bout de temps, c'est en fin d'après-midi seulement que nous pûmes faire le bilan de la boucherie.

─ J'ai failli l'avoir, fit Clove énervée et déçue. Si elle n'avait pas eu ce sac, elle serait morte ! fulmina-t-elle.

─ Faudrait qu'on s'éloigne pour laisser les hovercrafts cherchaient les corps, proposai-je aux autres sans faire attention à Clove qui, suite à mon indifférence, partie plus loin. Allons au lac là-haut.

Cependant on entendit un gémissement qui nous arrêta instantanément. Glimmer s'esclaffa bruyamment lorsqu'elle aperçut un corps bougeant. Elle le montra du doigt mais je restais un moment sans bouger, bercé par son rire. Ce fut Clove qui me bouscula et qui me mit en marche vers le rescapé. On l'encercla, souriant narquoisement, Glimmer riant toujours avec malice. Clove dévisagea le tribut masculin du district Douze en penchant sa tête sur le côté, et elle s'approcha de lui à quelques centimètres de son visage. Il n'avait pas peur. Il nous regardait avec férocité, et son regard sans peur m'interpella. Il avait eu du courage d'être revenu à la Corne d'abondance, je me souvenais de l'avoir vu se diriger vers la forêt, je ne savais pas pour quelle raison il était revenu ici, mais il avait eu un sacré culot. Cependant, désormais, il était blessé. Un couteau de Clove l'avait touché à sa jambe ainsi que son bras. Le sang coulait mais il semblait tiré d'affaire, enfin, avant qu'on ne l'eut retrouvé.

─ Tu as eu moins de chances que ta chère petite copine. Je l'ai manquée, mais toi, je t'ai pas loupé, fit Clove en observant sa blessure sur la jambe dans un sourire en coin.

─ Achève-le, lança Marvel complètement désintéressé par la situation.

─ De toute manière, il ne nous servira pas à grand-chose, enchaîna Glimmer.

Je ne me prononçais pas alors que tous les regards étaient braqués sur moi. Même le garçon me fixait de ses beaux yeux bleus. Je sentais qu'il n'était pas là simplement pour la nourriture ou autres convoitises de la Corne d'abondance, cependant je n'arrivais pas à mettre la main dessus. Contre toute attente, c'est lui qui prit la parole avant que je ne décidasse de son sort.

─ Je peux vous aider à la retrouver.

Il plongea son regard malicieux dans les yeux de Clove qui recula face à la proposition du jeune homme. On le regarda avec intérêt. Il avait raison maintenant que la fille de feu s'était échappée, elle allait sûrement être l'une des plus difficiles à retrouver, mais avec ce garçon à nos côtés peut-être qu'elle sortira de sa cachette. Il n'était pas bête ce garçon. Soudainement, il m'intéressa beaucoup, et les autres chuchotèrent entre eux pour trouver une solution à la question « Que faire de lui » : le tuer ? ou l'accepter comme allié ? A nouveau, le regard transperçant du garçon s'immobilisa sur moi. Je pris alors la décision qu'il fallait.

─ Pas d'entourloupe ok ? lui lançais-je. Tu te retournes contre nous, on te tue. Tu fais quelques choses qui nous déplaît, on te tue. Tu manigances un plan, on te tue. Tu nous ralentis, on te tue. Quoi que tu fasses, si ça ne rentre pas dans ce qu'on a décidé, on te tuera. Alors tiens-toi à carreau ok ?

Clove m'attrapa alors le bras et tenta de me raisonner. Elle ne semblait pas du tout d'accord avec mon choix, cependant, elle était bien la seule. Marvel semblait toujours ne prêter aucune attention à ce qu'il se passait quant à Glimmer, elle aida le garçon à se relever, avant de me lancer un regard compréhensif et bienveillant. C'était la première fois que je la voyais autrement qu'intimidante ou arrogante.

─ Cato, j'espère que tu ne fais pas d'erreur, me menaça Clove.

─ Il ne peut rien nous faire, on est quatre contre un et il peut nous aider à retrouver la fille de feu. Ce n'est pas ce que tu veux ? lui demandai-je et elle sembla soudain de mon côté. Tu veux la tuer n'est-ce pas ?

─ Mmmh...

Le garçon fut remis sur pieds dans les quelques minutes qui suivirent et à nous cinq on transporta toutes les affaires de la Corne d'abondance près du lac où nous installâmes notre campement. Nous étions assez satisfaits par nos butins de la matinée, et les hovercrafts vinrent récupérer les corps des morts une fois que nous ayons complètement ratissé la zone proche de la Corne d'abondance. L'après-midi touchait à sa fin lorsque les coups du canon brisèrent le silence qui nous entourait. Douze coups de canon, et à chaque nouveau bruit sourd, nous souriions davantage. Glimmer rit à la fin des coups de canon, et chacun se félicita pour le succès de la matinée. Je me retournais vers la blonde du district Un, elle me lança un regard farouche et joyeux avant de frapper ma main avec la sienne, geste amical, premier contact, frisson dans le dos. Peeta, car c'était ainsi que se nommait le garçon du district Douze, restait un peu à l'écart mais nous regarda nous exclamer de joie. Je le défiais du regard et il baissa les yeux. Puis la nuit tomba et c'est alors que nous décidâmes de prendre en chasse les sept tributs restants. Ainsi, nous parcourûmes la forêt, armés jusqu'aux dents, très désireux de faire encore une ou deux victimes durant la nuit. Après, la tâche se compliquerait certainement. Pendant notre chasse nocturne, l'hymne retentit mais aucun de nous ne leva les yeux vers le ciel afin de voir les victimes. Peu importaient leurs visages, ce qui comptait était leur nombre. Peeta, lui, observa furtivement le ciel, un couteau à la main, à quelques pas seulement de moi. Lorsqu'il baissa son regard du ciel, il croisa le mien quelques secondes avant de retrouver un regard fixant droit devant lui, juste derrière Clove. Moi, j'avais la joie de me trouver à côté de Glimmer qui me lançait quelques regards en coin de temps à autre, me souriant quelques fois, sourire que je lui rendais en toute discrétion.

Quelques heures plus tard, alors que nous étions prêts à retourner au campement pour nous reposer un peu, nous aperçûmes de la fumée à quelques mètres de nous. Quel imbécile avait allumé un feu ? Nous nous sommes tous regardés interloqués. Glimmer sourit sauvagement puis dit :

─ Plus fou que ça, tu meurs !

On s'approcha de notre proie, doucement, en émettant le moins de bruit possible. Je gardais toujours un oeil sur Peeta mais ce dernier semblait, tout comme nous, prit par la chasse à l'homme. Puis nos pas s'accélérèrent, excités par le futur meurtre que nous allions commettre. Ayant été un peu plus rapide que les autres, j'arrivais en premier sur les lieux. C'était une fille, elle s'était assoupie. J'apercevais son ventre se gonfler au rythme de sa respiration calme. Je n'hésitais pas une seconde et lui enfonçais mon épée dans le ventre afin de faire cesser sa respiration tranquille. À cet instant, les autres arrivèrent et regardèrent le spectacle avec joie, ne perdant pas une miette des plaintes et gémissements de la victime. Cette dernière laissa échapper des cris aigus d'agonies.

─ Et de treize ! Plus que dix ! s'exclama Clove.

Les autres hurlèrent de joies et à nouveau, Glimmer lança sa main en direction de la mienne et elles se claquèrent l'une contre l'autre amicalement. Elle me lança un regard fort intimidant qui me laissa quelque temps perplexe. Elle se mordit la lèvre inférieure comme dans le rêve que j'avais fait la nuit dernière. Marvel me félicita pour le meurtre tandis que Peeta s'affairait déjà à fouiller le corps de la victime, aidé par Clove toujours méfiante à son égard. Cette dernière se plaint de ne rien trouver, alors je dis avec dégoût et indifférence :

─ Mieux vaut se tirer, qu'ils puissent emporter le corps avant qu'il se mette à puer.

Glimmer ricana à cause de ma remarque, et j'observais du coin de l'oeil ses lèvres se fendre dans un sourire irrésistible. On s'éloigna du corps et on s'arrêta à quelques mètres de lui. Marvel brisa le silence :

─ On aurait déjà dû entendre le canon, non ?

─ Oui. Je ne vois pas ce qui les empêche de descendre la chercher, ajouta Clove perplexe.

─ Elle est morte. Je l'ai plantée moi-même, affirmai-je sûr de moi.

─ Alors qu'attendent-ils pour faire tirer le canon ? me demanda Marvel avec ironie.

─ L'un de nous devrait retourner là-bas. S'assurer que le travail est bien fait, suggéra Glimmer.

Je regardais la blonde, surpris. Alors personne ne me croyait capable d'achever une fille ?

─ Oui, ça serait bête de devoir la pister une deuxième fois, ajouta Marvel.

─ Puisque je vous dis qu'elle morte, insistai-je énervé.

─ Oui mais il n'y a toujours pas eu le coup de canon, s'emporta à son tour Clove. Alors ça serait peut-être mieux de voir si elle est bien morte.

─ Tu ne l'as sûrement que blesser gravement, fit Glimmer.

─ Quelle crève, lâchai-je emporté par la réaction de Clove.

─ On perd du temps ! Je vais retourner l'achever. Et ensuite, on bouge !

On se retourna tous vers la source de cette voix. Peeta nous regardait, incrédule et froid, un peu énervé comme nous l'étions tous. Il me lança un regard désinvolte avant de se rendre au chevet de la fille. Une fois qu'il fut assez éloigné de nous, Clove prit la parole en chuchotant :

─ Pourquoi ne pas nous débarrasser de lui tout de suite, et qu'on en parle plus ?

─ Bah, gardons-le avec nous pour l'instant. Où est le mal ? Et puis il se débrouille bien avec ce couteau, ajouta Glimmer timidement mais avec sérieux.

Je la dévisageai et je sentis mon estomac se retournait. Elle le complimentait, peut-être même l'appréciait-elle. Cela eut le don de me révolter intérieurement. Mon cerveau se mit à imaginer tout et n'importe quoi, et mon coeur s'emballa. Subitement, j'étais énervé contre lui, et aussi contre moi-même, de lui avoir laissé sa chance de survie. Je regardais Glimmer, et elle me sourit timidement, mais aussi dans l'espoir que je sois de son côté pour défendre Peeta. C'est là que je me souvins des raisons sur le fait qu'il soit encore vivant et non tué par mes propres mains. Alors, je pris la parole, en faveur de Peeta :

─ Sans compter qu'il représente notre meilleure chance de la trouver.

─ Pourquoi ? lança Clove énervée. Tu ne crois quand même pas qu'elle a marché dans cette histoire à l'eau de rose ?

─ C'est possible, lui répondis-je sérieusement. Elle m'a paru assez bête pour ça. Chaque fois que je me la rappelle en train de tournoyer dans cette robe, j'ai envie de vomir.

─ J'aimerais bien savoir d'où elle a pu sortir ce onze, fit Clove pensive.

─ Je te parie que Joli Coeur le sait, lui, lui dis-je dans un sourire.

Je me retournai lorsque j'entendis derrière moi les pas de Peeta revenant vers nous. Je le dévisageais lorsqu'il arrivât enfin à nous. Il nous regarda silencieusement, et je lui demandais :

─ Alors, elle était morte ?

─ Non. Mais maintenant, oui, me répondit-il indifférent en me regardant dans les yeux. On y va ?

Entre-temps le canon avait retenti me donnant une confirmation à ma question. Peeta semblait plus sûr de lui, et je me surpris à me rendre compte qu'il faisait preuve d'autant de froideur que Clove ou moi-même. Comme si cette journée en notre compagnie l'avait rendu tribut de carrière à son tour. On repartit au pas de course. Nous retournions au campement, épuisés par cette chasse nocturne. Le premier jour n'avait pas été de tout repos et nous nous étions mis d'accord sur le fait de pister les autres le plus souvent la nuit, nous étions plus à l'aise dans le noir et les autres moins attentifs. Ainsi, de retour près du lac, il était convenu que nous nous reposions un peu. Clove et Glimmer s'affalèrent sur le sol, épuisées, tandis que j'aiguisais ma lame, pas plus fatigué que ce matin, je dirais même que j'étais encore plus en forme que les autres jours. J'avais tellement attendu ce moment que je ne pouvais que le savourer, chaque heure, chaque minute, chaque seconde passées dans cette arène me rendaient heureux. Joie qui était décuplée à partir du moment où je pouvais, du coin de l'œil, observer Glimmer s'assoupir, puis dormir, son visage détendu et calme. Ses lèvres formaient un sourire paisible, ses pensées tournées vers un beau rêve. Peeta m'observait, se demandant certainement s'il pouvait s'endormir sans que je ne lui saute au cou, et ne l'achève dans son sommeil. Je mangeais une pomme, adossé contre un arbre en lançant des regards en biais à Peeta, l'empêchant ainsi de trouver le repos. C'était plaisant à faire, et je souriais intérieurement de le voir lutter afin de rester éveillé.

Glimmer commença à bouger un peu plus. Je l'observais du coin de l'œil, j'étais le dernier encore éveillé. Marvel et Peeta avaient fini par sombrer dans les bras de Morphée. Même en dormant, Peeta gardait un visage à la fois tendu à l'idée que je ne l'assomme en dormant, et froid, nouvelle image de son visage depuis qu'il nous avait rejoints et qu'il avait décidé de prendre un air dur et sérieux, en fait, depuis qu'il avait assassiné la fille plus tôt dans la journée. Je regardais Glimmer se retourner à plusieurs reprises. Je ne pouvais pas voir son visage, mais j'entendis comme un gémissement me forçant à me redresser, histoire de voir son visage en entier. Elle avait les sourcils froncés et semblait en proie à un terrible cauchemar. Je regardais aux alentours, personne ne semblait alarmé par les bruits que faisait Glimmer. Je m'approchais doucement et en faisant le moins de bruit possible, et je m'arrêtais soudainement lorsque j'entendis le son de la voix de Glimmer se plaindre dans le silence de la forêt. Je ne compris pas ce qu'elle disait mais au timbre de sa voix, cela semblait lui déplaire. Je m'approchai encore de son corps endormi, et m'abaissais à ses côtés. Je tenais une gourde dans ma main et je fus tenté de mouiller son visage, transpirant et brûlant, cependant je n'osais pas, et restais là, à fixer ses yeux fermés, et ses lèvres qui formaient des grimaces, et de sa bouche sortaient des gémissements qui emballèrent mon cœur de peur. J'étais inquiet, véritablement, comme jamais je ne l'avais été autrefois. J'espérais qu'elle n'ait pas mangé de fruit qui l'aurait rendu malade, ou une plante qu'elle aurait égratignée et qui l'aurait empoisonnée. Des scénarios farfelus se dressaient dans ma tête à mesure que j'observais son visage se tordre de douleur, mais que je trouvais tout à fait adorable et agréable à observer même s'il était épris de souffrance. Soudain, alors que je fixais encore son visage, ses paupières autrefois closes, s'ouvrirent brusquement et mon regard plongea dans celui verdâtre de Glimmer. Elle ne fit rien pour se dérober, et nous restâmes un moment à nous contempler l'un et l'autre sans qu'aucun de nous ne veuille interrompre cet échange silencieux. Enfin, elle referma les yeux dans un souffle et me dit, tout doucement :

─ Je n'ai pas très bien dormi.

─ C'est ce que je constatai avant que tu ne te réveilles, lui répondis-je sur le même ton qu'elle, à la fois calme et soulagé.

Alors que j'allais me redresser et m'éloigner à nouveau, je sentis sa main prendre la mienne. Je dévisageai un instant ses doigts qui serraient les miens avec délicatesse et force. Puis, mon regard s'attarda sur son visage. Elle gardait ses paupières fermées mais je sentais dans les traits de son faciès ceux d'une petite fille apeurée. Je ne voulais pas paraître vulnérable face aux caméras du Capitole alors j'essayais de me défaire de son emprise, ce qui fut assez facile, je dois l'avouer. Cependant, à ce moment, je l'entendis me murmurer :

─ Reste.

Face à son ton plus suppliant qu'autoritaire, je préférais rester à ses côtés, intrigué par la première apparition d'une forme de faiblesse sur le visage, la plupart du temps arrogant et intimidant, de la belle Glimmer. Elle tourna sa tête dans ma direction. Son visage était illuminé par le soleil ce qui la força à plisser les yeux. Je me déplaçais vers la gauche et ma tête recouvrit les rayons du soleil qui éblouissait Glimmer. À cet instant, je la vis porter à la droite de sa bouche sa main qu'elle positionna de façon à cacher ses lèvres. Là, je vis sa bouche former quelques mots, elle dut s'y prendre à trois fois pour me faire comprendre entièrement la phrase qu'elle prononçait en cachette, à l'abri des caméras. Derrière sa main, elle venait de me délivrer le secret de ses souffrances.

« Je rêvais que je devais te tuer. »

Mes yeux s'écarquillèrent face à cette annonce des plus déconcertantes. Brusquement, c'est mon cœur qui se mit à battre plus vite qu'à l'ordinaire. Ses yeux me fixaient, attendant une réaction, mais je ne fis rien. Et c'est ce qui la poussa à me délivrer un nouveau message. Je lus à nouveau sur ses lèvres, cette fois-ci bien que la phrase fut plus longue, je réussis à comprendre ce qu'elle voulait me dire à l'instant même où elle termina sa phrase.

« Je ne voulais pas te tuer, mais il fallait un vainqueur alors tu m'as tuée, et je me suis réveillée. »

Voilà ce dont elle pensait de moi : un être sans pitié qui n'aurait aucun sang froid à l'abattre. Même si ma raison me dictait de ne pas lui avouer ce que j'avais envie de lui dire, mon cœur eut raison d'elle. Je mis mes mains de part et d'autre de ma mâchoire. Je ne prononçais pas les mots. Tout comme elle, je la laissais comprendre le message en lisant sur mes lèvres.

« Je n'arriverais pas à te tuer. »

Elle écarquilla les yeux, tout comme moi quelques secondes plus tôt, et leva ensuite ses beaux yeux verts vers les miens. Nos regards se croisèrent mais aucun de nous ne prononça un mot. Nous restions silencieux. Pendant ce moment de silence et de plaisir, mon imagination commença à formuler des hypothèses plutôt douteuses quant aux envies de la blonde. « Et si tout cela n'était rien d'autre qu'un jeu afin d'attirer des sponsors ? » « Appliquait-elle la même stratégie que le district Douze ? » « Elle se jouait donc de moi. » « Pourquoi donc espérais-je autre chose de sa part ? » Je devenais dingue alors je me relevais et lui tournais le dos pour retrouver mon emplacement de tout à l'heure. Assis contre un arbre, ma tête vint basculer en arrière et frapper l'écorce de l'arbre, mes yeux se fermèrent laissant mon esprit divaguer vers des hypothèses complètement folles. Cependant je ne pouvais le nier, elles cachaient peut-être une once de vérité. Je sentis un corps s'asseoir prêt de moi et rompre ma méditation.

─ À ce que je vois tu n'as pas dormi. Tu devrais t'assoupir un peu, ça pourrait te faire du bien, me dit Glimmer chaleureusement.

─ Je n'ai pas sommeil. Je dormirai cette nuit.

─ Comme tu veux.

Je ne préférais pas me risquer à recroiser son regard de peur d'y voir la frustration que je lui avais infligée en brisant notre échange de regards. J'étais persuadé qu'elle m'en voulait et cela me chagrina un peu. Je ne savais pas comment interpréter ses gestes, ses regards, ses mots qu'elle m'avait fait comprendre « Je rêvais que je devais te tuer. » Pour elle, ils signifiaient la souffrance et la peur, en effet, son visage avait été décomposé lorsqu'elle avait songé à cette idée, ainsi, elle ne pouvait se résigner à me tuer, comme moi, je ne réussissais pas à me convaincre que je parviendrais, en temps voulu, à lui retirer la vie, c'est pourquoi je lui avais répondu la vérité, celle qui me torturait l'esprit mais qui soulager mon cœur « Je n'arriverais pas à te tuer. » À cet instant, une autre vérité plus lourde et significative se révéla à moi. Se pourrait-il que le grand et fort Cato soit tombé amoureux ?

Une heure plus tard, les autres avaient émergé de leur sommeil, et nous pûmes nous remettre en chasse dans la soirée. Cependant, nous ne fîmes aucune prise durant cette nuit-là. Revenant bredouille de notre patrouille, nous étions dépités. Nous qui espérions en finir dans les premiers jours des jeux. Nous savions que plus le temps passé, plus il serait difficile de retrouver ceux qui se cachaient, comme la fille du district Douze par exemple. Nous étions un peu déçus de ce que nous montrions aux publics, et chacun de nous espérait que les sponsors ne nous oubliaient pas malgré que nous tuions personne. Nous revinrent en pleine nuit au campement parce que Clove mourait de faim, enfin, c'était ce qu'elle prétendait. Après nous être rassasiés, chacun tomba à nouveau dans le sommeil. Clove pretexta que demain nous serions ainsi en meilleure forme, en réalité, elle n'avait pas encore récupéré de la première journée. Cependant, je fus de son avis. Moi qui n'avais pas fermé l'oeil depuis presque deux jours, je commençais à ressentir les premiers signes de l'épuisement. Malgré que je désirasse ardemment m'endormir, je n'y parvins pas tout de suite. Bientôt, Glimmer et moi-même fûmes les derniers éveillés. Dans mon dos, je sentais son regard qui m'épiait, cela me rendait fou et je luttais pour ne pas me retourner. Je fuyais toujours son regard, même allongé, il suffisait que je tournasse sur le côté pour rencontrer ses belles prunelles vertes. Cette après-midi, j'avais pris conscience de quelque chose que je ne désirais pas ressentir, que je voulais à tout prix réprimer, la contempler, lui sourire, la désirer, non, ce n'était pas possible. Je devais m'endormir. Je fermais les yeux, me forçais à garder les paupières closes, luttant pour ne pas plonger mon regard dans celui de Glimmer. Avant que je m'endormisse enfin, je sentis son souffle dans mon cou et sa douce voix me murmurer avec tendresse :

─ Bonne nuit...

Ce fut sur ces mots que je m'endormis, enfin, après une lutte acharnée contre le sommeil et deux jours où je repoussais mes limites pour être aux aguets. Il me sembla me réveiller une heure à peine après m'être endormi. Il faisait encore nuit noire. À ma gauche, Clove dormait paisiblement. Elle respirait calmement et semblait apaisée par ses songes. Je n'entendais rien derrière moi, ainsi, j'en concluais que la belle blonde s'était endormie après moi. Je ne pus alors résister contre mon envie de contempler son visage. Elle n'en saurait rien, elle dormait. Mon coeur manqua un battement, lorsqu'en me retournant, je croisais son regard ensorcelant. Elle me sourit, amusée par ma réaction. Après avoir sombré dans la beauté de ses yeux, je ne réussis plus à m'en détacher. Elle porta ses mains de part et d'autre de sa bouche, reprenant notre échange de parole muette. Mon regard se concentra sur ses lèvres qui me livraient un nouveau message.

« Tu sembles tellement vulnérable lorsque tu dors. »

J'étais surpris par ce qu'elle m'avouait, mais je ne laissais rien transparaître sur mon visage, continuant de fixer ses lèvres bouger formant des mots qui assemblaient dans une même phrase me semblaient complètement fous et incroyables. Cependant, elle semblait plus sérieuse mais aussi soucieuse, je compris rapidement son changement d'expression lorsqu'elle me fit comprendre :

« J'ai peur. »

Je ne pus résister à l'envie irrépressible de converser avec elle. Portant mes mains de part et d'autre de ma bouche, je fis la même chose qu'elle, à l'abri des regards, mes lèvres bougèrent pour lui délivrer un message, auquel elle répondit, et ainsi de suite, sans jamais briser le silence de la nuit.

« De quoi ? »

« De la fin des jeux. Je ne m'imagine pas victorieuse, même si j'ai acquis avec les années d'entraînement l'envie et la rage de vaincre, je sais que je ne pourrais jamais survivre à ces jeux. »

« Arrête tes conneries ! Tu peux, comme n'importe qui d'entre nous, gagner. Il suffit d'y croire. »

« On en a déjà parlé cette après-midi, si pour gagner, je dois te tuer, je serai incapable d'y parvenir. »

Je restai silencieux un moment. Je regardais de nouveau ses yeux qui brillaient à la lueur de la lune. Il semblait empreint d'une tristesse profonde. Je sentais qu'elle n'était pas bien, évoquer ma mort semblait l'attrister. Soudainement, mon esprit imagina une scène affreuse. Mon épée plantée dans son corps, ses longs cheveux blonds colorés de rouge, cette même couleur qui jaillit d'entre sa bouche et qui me gicle sur le visage, je lâche mon épée et je regarde mes mains souillées par le sang de Glimmer, complètement désemparé, je m'effondre tandis qu'on me proclame grand vainqueur des 74èmes Hunger Games. Cette scène me torturait l'esprit pendant que je regardais Glimmer dans les yeux.

« Il me semble t'avoir dit la même chose et pourtant ça ne m'empêche pas d'aspirer à la victoire. »

Elle ferma les yeux en soupirant. Je ne l'avais peut-être pas bien comprise. Je ne savais pas comment réagir à ses réactions. Ce que j'avais dit, après réflexion, j'avouais que je ne le pensais pas vraiment. Il fallait que je cessasse de me bercer d'illusions, même si je gagnais et que Glimmer mourait, intérieurement j'aurai perdu. J'aurai perdu la première personne pour laquelle je ressentais... Je luttais pour ne pas penser à ce que je ressentais pour Glimmer, impossible, tout simplement inconcevable. Soudain, elle rouvrit les yeux me sortant de ma torpeur. Son visage était à la fois beau et grave. Ce qu'elle allait me dévoiler devait être important pour qu'elle soit aussi sérieuse. Lorsque ses lèvres commencèrent à former les mots, jamais je ne crus possible qu'elle allât faire une déclaration.

« Peut-être que nous ne ressentons pas la même chose alors... Parce que moi, ce qui me dérange ce n'est pas de devoir te tuer mais de me savoir coupable de ton meurtre, savoir que j'aurai tué le premier homme dont je suis tombée amoureuse. »

Je restais éberlué, complètement pétrifié par ses mots. Elle me regarda dans les yeux, et doucement, elle s'approcha de moi sans que je ne réagisse, sans que je puisse faire le moindre geste. Elle venait de mettre des mots sur ce contre quoi je luttais en vain depuis des heures. Je fermai les yeux, et souris en imaginant le Capitole s'énervait car il ne pouvait pas savoir ce que l'on se disait, cependant, ils avaient toujours des caméras braquées sur nous, et elles filmèrent sûrement, le premier baiser des Hunger Games. Ses lèvres étaient si douces, si légères et tendres. Sa main attrapa mon oreille tandis que mes doigts jouèrent un instant avec sa chevelure dorée, et que mon autre main caressait sa joue. Je n'avais jamais ressenti cette explosion dans mon ventre, cette sensation de délivrance, de joie intense, et de plaisir. Ses lèvres étaient le parfait résumé de tout ce que j'avais désiré depuis que je l'avais vue pour la première fois sur les chars. Je laissais mes envies guider mes gestes et ces derniers désiraient intensifier ce baiser. Alors, c'est avec plaisir, que je l'embrassais avec plus de ferveur et fougue. Elle répondit à toutes mes envies, à tous ces baisers que nous échangions, du simple effleurement de lèvres, à l'entrelacement de deux langues amoureuses. Nous laissâmes nos lèvres se cherchaient, s'embrassaient, s'effleuraient, et nos mains caressèrent nos visages, nos cheveux, parfois nos doigts s'entrelaçaient. À cet instant, il me semblait que si l'on m'arrachait à ses lèvres j'étais capable du pire. Je ne pouvais plus penser sans que ses lèvres soient accrochées aux miennes, comme si elles étaient à elles seules la raison de mon existence. Cependant, il fut bien un moment où nous dûmes cesser nos baisers, à contre-coeur, certes, mais nous devions arrêter. En plongeant mon regard dans le sien, une fois que nous fûmes séparés l'un de l'autre, je vis ses yeux briller d'un nouvel éclat comme s'ils avaient été réanimé. Je posais mon index sur mes lèvres en chuchotant un « Chut ! » Elle comprit mon message. Pas un mot de ce qu'il venait de se passer aux autres, notre relation devait s'arrêter à la collaboration pure et simple entre tributs. Elle se redressa légèrement et se pencha vers moi. Je l'entendis me souffler dans l'oreille, comme une douce berceuse :

─ Je t'aime.

La journée suivante passa aussi rapidement que les premières. Le temps de manger le matin, de fouiller la forêt la journée à la recherche de tributs à assassiner. Pendant ce temps, je regardais à la dérobée Glimmer sans que personne ne s'en rende compte que quelque chose avait changé entre nous cette nuit. Elle répondait à mes regards insistants, et quelques fois, on s'effleurait, par inadvertance évidemment, et nous souriions de ce contact qui nous rapprochait. Chaque fois que nous étions seuls, nous étions tentés de nous embrasser, mais de peur que Marvel, Clove ou pire, Peeta, ne nous surprenne, nous calmions nos ardeurs, et laissions nos yeux parler pour nos lèvres. Les regards que nous échangions étaient à l'image de ce que nos lèvres désirées. Nous nous arrêtâmes durant l'après-midi, nous reposâmes et reprîmes la chasse lorsque la nuit tombait. Nous continuâmes de fouiller la forêt de fond en comble toute la nuit. Deux nuits de suites sans trouver de proies, c'en était frustrant, si bien que Clove chuta dans un sac lorsqu'on revînt à l'aube, encore une fois, bredouille de notre expédition.

─ Ce que ça peut être énervant ! Mais où est-elle ta sale copine ? lança-t-elle à l'encontre de Peeta.

Ce dernier resta de marbre. Il ne semblait pas plus au courant que nous, c'était certain, et ça, Glimmer tenta de le faire comprendre à Clove, c'était peine perdue.

─ S'il le savait, il nous l'aurait déjà dit Clove, ou alors il serait déjà partie la chercher, or il n'a pas l'intention de nous quitter.

─ Qu'est-ce que t'as à toujours me contredire blondasse ? cria Clove.

Lorsque Clove se mettait à insulter les autres c'était forcément parce qu'elle était énervée, et quand elle était comme ça, il était impossible de la raisonner et ce peu importaient ce qu'on pouvait lui dire. Elle brandit un couteau en direction de Glimmer qui la défiait du regard, et la provoquait en lui lançant des « Viens, je t'attends. » Le pire c'était que Glimmer semblait vraiment sérieuse. Clove la regardait surprise par le fait que Glimmer lui tienne tête. Clove était beaucoup plus forte que Glimmer, cela se voyait à l'oeil nu alors qu'est-ce que Glimmer faisait à la provoquer ainsi ? Que tentait-elle de faire ? Face à cette dispute entre filles, je ne pus m'empêcher d'intervenir pour défendre Glimmer, avant que Clove ne sautât sur l'occasion pour l'égorger, j'étais persuadé qu'elle en était tout à fait capable.

─ Laisse-la tranquille Clove, elle ne t'a rien fait.

─ C'est ça, prend sa défense !

─ Calme-toi Clove, on la trouvera, et on te laissera l'achever cependant il faut que tu sois plus patiente. L'arène est gigantesque.

─ Eh regardez c'est quoi ça ? nous interrompt subitement Peeta.

De la fumée à perte de vue se dressait à quelques centaines de mètres de nous. C'était un peu plus profondément dans la forêt.

─ Y'a le feu à la forêt, précisa Clove ayant retrouvé son calme.

─ Ce qui veut dire que le gibier est à notre portée, lançai-je en souriant.

Je regardais à ma droite Marvel et Clove qui sourirent à leur tour, et Glimmer, à ma gauche, me rendit mon sourire de façon sauvage, prête à tuer s'il le fallait. On prit nos armes et on s'élança dans la forêt à la recherche de tributs en fuite. Le feu avait dû les faire bouger ou mieux, les blesser. Ils seraient alors à notre merci. Durant la journée, nous nous évertuâmes à retrouver les brebis égarées mais aucune d'entre elles ne se montra. Clove jura à plusieurs reprises, à nouveau énervée qu'aucune victime ne se montrait pour étancher son envie de meurtre et sa rage de tuer. Après ces journées de fouilles, nous étions épuisés, et le peu de sommeil que nous avions ne nous aidait pas à avancer. Quand soudain, sortie de nulle part, une fille se mit à courir à quelques mètres de nous. Elle a eut raison de s'enfuir car un peu plus de temps et nous la trouvions.

─ Tu es à moi, hurla Clove à en perdre haleine dans sa course effrénée.

─ On va l'avoir, cria Glimmer.

Je vis le visage de Peeta blêmir quelques instants, cependant son visage reprit rapidement les traits d'un garçon au coeur de pierre, insensible et froid. Je compris aussitôt qui était notre proie. La fille de feu. Elle était à nous. Plus loin devant nous, on l'aperçut grimper à un arbre avec agilité et difficulté aussi, je remarquai sa blessure à la jambe, et comprit pourquoi elle peinait à monter à l'arbre. Mais sa blessure ne la ralentissait pas pour autant, elle était déjà haute lorsqu'elle nous détailla les uns après les autres du regard. Puis elle nous interpella avec le sourire :

─ Ca va, vous ?

─ Pas trop mal, lui répondis-je un peu décontenancé par son culot. Et toi ?

─ J'ai eu un petit peu chaud cette nuit. Il fait meilleur, par ici. Vous ne voulez pas monter ?

─ J'arrive, lui répondis-je le sourire en coin, piqué à vif par ses paroles.

─ Tiens, Cato, essaie ça, me proposa Glimmer en me tendant son arc.

─ Non. J'aime mieux me servir de mon épée.

Mes doigts jouèrent un instant avec le manche de mon épée pour montrer à la fille de feu que je ne plaisantais pas et que c'était cette même arme qui allait la transpercer dans quelques instants. Je commençais à m'élever doucement lorsqu'elle se remit à grimper avec habileté. Cependant, je remarquai assez rapidement que je n'étais pas fait pour l'escalade. Je tombais lourdement sur le dos après quelques mètres de monter. Je vis le regard de la fille se posait sur moi, même si elle ne le montrait pas, j'étais certain qu'elle était heureuse de m'avoir vu tomber. Je jurais pendant quelques instants contre cet arbre de malheur en me massant le cou.

─ Essaye Glimmer, lança Marvel. Tu es plus légère tu y parviendras peut-être.

La blonde s'exécuta. Je la vis monter avec agilité mais remarquai aussitôt que les mêmes branches qui avaient grincé pour moi, commencèrent à tanguer sous le poids de Glimmer. Je me surpris à contempler quelques instants ses courbes avant de la voir s'assoir sur une branche et tentait d'embrocher la fille de feu à l'aide de ses flèches. Cependant elle ne parvînt pas à l'atteindre, et Clove commença à perdre patience, je la voyais fulminer dans son coin. Elle savait très bien qu'elle était incapable de monter à l'arbre et cela la rendait furieuse. Elle devait se sentir inutile et incapable de faire quoi que ce soit alors qu'au plus profond de son être le seul désir auquel elle aspirait était de voir tomber raide morte la fille de feu. Glimmer redescendit de l'arbre la mine dépitée et en proie à une rage folle, elle aussi furieuse de ne rien pouvoir faire face à cette satanée fille.

─ Bon qu'est-ce qu'on fait ? demanda Glimmer. Je n'arrive pas à l'avoir avec mes flèches.

─ Je peux réessayer de monter, dis-je.

─ Tu n'y parviendras pas, me dit Clover plus calme que tout à l'heure.

─ Bah trouve une solution toi, raillai-je énervé.

Pendant que nous essayions de trouver une solution pour la faire descendre de son perchoir, d'où j'étais certain qu'elle se délectait de nous observer nous entre-tuer pour savoir comme l'atteindre. Elle devait sourire de plaisir et être heureuse de nous avoir échappé.

─ Oh, et puis, qu'elle passe la nuit là-haut ! Elle ne risque pas de se sauver. On s'occupera d'elle demain matin.

Comme l'autre jour, c'était Peeta qui était intervenu pour calmer les tensions entre nous, et le plus surprenant c'était qu'il parlait toujours pour donner la bonne solution. Ainsi, on se résolut à attendre au pied de l'arbre. Heureusement nos sacs étaient remplis de fruit à déguster et chacun en mangea un pendant que nous installions nos affaires sur le sol sous le branchage de l'imposant arbre dans lequel reposait la fille de feu. Je remarquai que Peeta levât les yeux à plusieurs reprises vers le branchage de l'arbre, la mine légèrement inquiète, cependant il continuait de jouer son rôle de tribut de carrière à la perfection, si bien que j'en oublis ses regards vers sa coéquipière. Nous sombrâmes un à un dans les bras de Morphée. À nouveau, Glimmer et moi fûmes les derniers éveillés. Ce qui ne nous déplut guère, car la fille du district Douze sûrement endormie, nous étions seuls et pouvons savourer le plaisir de nos sentiments comme nous le voulions sans se soucier de qui pourrait nous surprendre. Allongés sur le sol, l'un en face de l'autre, on se dévorait du regard. Une mèche de ses cheveux vint tomber sur son visage et embrasser ses lèvres. D'une main délicate, je la remis à sa place, et Glimmer en profita pour m'embrasser les doigts. Je m'approchai d'elle, trop impatient de retrouver le contact doux de ses lèvres contre les miennes. Elle pressa sa bouche sur la mienne, et notre baiser fut encore plus intense que le premier. Trop de temps s'était écoulé entre les deux, c'est pourquoi retrouver le goût de l'autre nous rendait encore plus heureux que la première fois. J'avais l'impression de ne pas avoir senti ce contact contre mes lèvres depuis une éternité et pourtant seulement deux jours s'étaient écoulés. Je la serrais dans mes bras au moment où je sentais qu'elle tombait de fatigue. Je lui laissais mon bras comme oreiller, et nous nous endormîmes dans cette position.

Cette nuit-là, je rêvais d'elle. De ses lèvres pressées contre les miennes, du goût qu'elles avaient. De cette chaleur qui s'emparait de moi lorsque je l'embrassais. De la douceur de sa peau. De la beauté de ses yeux. Des courbures parfaites de son corps séduisant. De ses yeux éblouissants pénétrant mon regard. De ses lèvres fendues dans un sourire adorable, parfois arrogant mais que j'aimais davantage encore. De sa peur de me perdre, cette preuve d'amour, ce courage qu'elle avait eu de me l'annoncer. Cet amour que je refusais d'accepter pendant longtemps mais qui à cet instant faisait entièrement partie de moi, et je ne pouvais me résoudre à m'imaginer dans l'arène sans elle à mes côtés. Je rêvais de sa beauté qui me frappait à chaque instant passé à ses côtés. Et à nouveau, ses lèvres contre les miennes. Mon coeur qui s'emballait à ce contact, cette chaleur se répandant dans ton mon corps, s'emparant de mon coeur. Je l'aimais.

Le réveil fut brutal ce matin-là. Un bruit sourd, comme un vase qui se fracassait sur le sol. Soudain, des piqûres m'assaillirent tout le corps. Je tenais fermement la main de Glimmer mais sa main étant moite, elle glissa entre mes doigts. Dans mon autre main, je tenais toujours mon épée, mais ces insectes étaient trop petits, je ne pouvais rien faire. Je ne voyais rien. Dans mes oreilles ces bourdonnements terribles, des milliers de bestioles me tournaient autour. J'entendais Clove qui criait de se rendre au lac mais ce n'était qu'un bruit de fond. Je me retournais mais ne voyais plus Glimmer. Je l'appelais car j'entendais ses cris d'agonies. Ou est-elle ? Où est Glimmer ? J'étais tenté de retourner en arrière mais je sentis une main s'emparer de mon poigné et me tirer vers l'avant. J'aperçois entre les milliers de guêpes la chevelure brune de Clove. J'essayais de faire en sorte qu'elle me lâchât, je devais sauver Glimmer mais Clove avait une poigne de fer et avec tout ce bruit je ne pouvais que courir à sa suite pour rejoindre le lac. Aussitôt que je sentis mon corps s'écrouler dans l'eau, je me relevais car les guêpes parties, je pouvais encore retrouver Glimmer. Clove essaya de me retenir, je me tournais vers elle mais ne la distinguais plus vraiment, juste une masse sombre qui devait être ses cheveux bruns. Elle prononça des paroles que je n'entendis pas. Je réussis à me défaire de sa poigne et à sortir de l'eau, trempé, essoufflé, commençant à ressentir les effets des piqûres. Je voyais trouble mais ça ne m'empêchait pas de poursuivre ma route et à tenter de retrouver Glimmer. Elle hantait mon esprit tandis que j'entendais à nouveau ses cris d'agonies qui résonnaient dans ma tête. J'avais envie de pleurer.

Je n'arrivais plus à discerner ce qui était réel et ce qui ne l'était pas. Était-ce vraiment ma mère qui se promenait dans le forêt ? Était-ce vrai que les arbres s'écroulaient autour de moi ? Que des milliers de fourmis me grimpaient dessus ? Plus rien n'avait d'importance pour moi, seule Glimmer comptait. Comment avais-je pu la laisser ? Soudainement, je l'aperçus courir vers moi et me prendre dans ses bras. Tout mon corps me brûlait ce qui me permit de me rendre compte que ce n'était qu'une illusion. Puis, j'aperçus le corps de Glimmer à quelques mètres de moi. Elle était avec la fille de feu qui lui arrachait l'arc des mains. J'entendis mes pensées se bousculer et se faire écho dans ma tête. En même temps que des insectes s'agglutinaient autour de moi pour monter sur mes jambes. Ma tête formula des phrases dans le genre : « Défends-toi Glimmer ! » mais je n'arrivais pas à prononcer un seul mot. Qu'est-ce qu'elle faisait ? Je m'approchais dangereusement d'elles. Peeta surgit alors des bois. N'était-il pas au lac avec nous ? Était-ce encore les effets de la piqûre ? Était-il vraiment là ? Des arbres jaillirent autour de moi, mais je restais focalisées sur les trois personnes en face de moi. J'entendis Peeta hurler des mots à la fille de feu et cette dernière croisa mon regard en se redressant afin de s'enfuir. Et Glimmer ? Pourquoi Glimmer ne bougeait plus ? Glimmer ?

Glimmer est morte. Réel ou pas réel ?

Réel.