Je suis désolée tout le monde pour ce léger retard! Je me suis complètement emmêlée les pinceaux avec les dates et donc je ne publie qu'aujourd'hui! Aaaah, vraiment je suis désolée... Pour vous remettre en contexte, l'arc reprend à partir du moment où le précédent c'est arrêter, je vous invite donc à aller relire le dernier chapitre (pas le chapitre bonus) pour vous remettre dans le contexte, si vous avez un blanc...
Je vous souhaite une bonne lecture, j'espère qu'il n'y a pas de tournure de phrase bizarre, j'en ai trouvé une il y a quelques minutes et j'en ai été terrorisée! Décidément, je devrais prendre l'habitude de me relire... Juste pour m'éviter de telles frayeurs.
Bref, premier chapitre posté! Bonne lecture à tous!
Saga du Tigre-Dragon
Second Arc : Folgesvenner
-Chapitre 1-
Non, je dois rêver. Ou alors c'est (enfin) officiel, je suis complètement fou. Cet homme devant moi me fait penser à mon père, mais il n'est pas lui, ou son double, ou je ne sais quoi. Mon père est mort, il y a de cela environ trois mois, ça doit être le choc de sa mort qui me pèse encore. Oui, c'est sans doute cela.
-Qui avons-nous là? Demanda le vieil homme, sans doute Kodlak Blancrin.
-Je m'appelle Nachael Draconis, monsieur. Et je souhaite intégrer les Compagnons. Répondis-je honnêtement.
-Je vois, fit Kodlak.
Il me regarde avec un certain intérêt dans les yeux. Non en fait, il me détaille, comme s'il tentait de voir à travers moi. C'est un peu bizarre comme sensation, mais je ne me sens pas vraiment à l'aise sous ce regard d'aveugle, pas si aveugle que ça.
-Et tu as emmené avec toi toute ta famille, c'est charmant, remarqua avec une certaine ironie un nordique brun assit à côté du vieil homme.
Lui, je sens que je ne vais pas le saquer. Je lui réponds tout de même poliment (Il a la même armure que Kodlak, ça doit signifier quelque chose d'important) :
-Non, Freyja n'est pas intéressée par les Compagnons. Il n'y a que ma fille et moi.
Le brun ricana et Kodlak regarda avec intérêt Lucia, qui se cacha à moitié derrière ma jambe, intimidée. Finalement, le vieil homme sourit.
-Je suis enchanté que cette petite ait enfin trouvé un parent. Vous pouvez tous les deux rester ici, un lit vous sera offerts. Tant que votre fille sait bien se conduire et se rendre utile parmi nous, sa présence sera acceptée. Quant à vous... Je sens que vous avez de grandes choses à accomplir ici...
Je regardais l'homme avec un brin de méfiance, aurait-il le même type de don que Daren? J'espère que non, parce qu'une seule "devineuse", c'est déjà bien assez pour ma santé mentale! Déjà qu'elle est défaillante...
-Maître, vous n'y pensez tout de même pas...! Je n'ai jamais entendu parler de cette... Personne! Protesta alors le brun à côté de Kodlak.
-Je suis le maître de personne, Vilkas. Je ne fais que donner des conseils que vous êtes libres de suivre ou non. De nombreuses personnes, glorifiées à travers Bordeciel, sont venues ici à Jorrvaskr à la recherche d'un foyer, mais il y a eu aussi d'autres personnes à la recherche de leur propre grandeur. Cet homme recherche les deux, qui sommes-nous pour l'arrêter dans sa quête? La force d'un homme ne se mesure qu'avec celle de son coeur.
-Et de ses bras, insista Vilkas.
En un sens, je peux comprendre sa méfiance, accepter n'importe qui au sein d'une telle compagnie risquerait de nuire à leur réputation. Mais que je sache, je n'ai rien fait de mauvais pour la guilde jusqu'à présent, pas même à l'extérieur.
Ok, sauf peut-être me rendre à une potence qui ne m'était pas destiné et aider les prisonniers à s'échapper par la suite... Dont le chef de la rébellion locale. En plus d'avoir arnaqué le mage de la cours du Jarl Balgruf. Et insulté Tulius dans tout ça. Et d'avoir menacé un marchand. Deux fois. Ah et d'avoir entrainé cette pauvre Camilla et les filles dans une quête qui a failli coûter la vie de mon premier ami en Bordeciel. Mais tout ça ne peut pas être venu jusqu'ici... Si?
-C'est vrai que c'est également un bon point... Comment vous défendez-vous, mon garçon? Me demanda Kodlak.
-Je sais me défendre. Dis-je simplement.
Lucia sortit de sa cachette derrière mes jambes et s'écria, du haut de son petit un mètre dix :
-Mon papa, c'est le plus fort des guerriers, vieux monsieur!
Par les neuf, elle est trop mignonne! Kodlak éclata de rire aux paroles de ma fille, qui elle-même prit un peu peur et retourna d'où elle venait, rouge écarlate. J'entendis nettement Freyja soupirer derrière moi et je me retournai pour lui faire un petit sourire d'excuse, qu'elle me rendit avec l'air de dire : «Je sais que tu n'es pas désolé que ta fille soit comme ça.»
Et elle n'a pas tord, ahah... J'adore ma petite Lucia, surtout quand elle laisse de côté sa timidité face aux inconnus.
-Bien, bien... Dit finalement Kodlak. Allez donc dans la cour vous mesurer un peu à Vilkas, je suis certain qu'on verra là un beau combat. Et cela pourra peut-être t'éclairer sur ma décision, Vilkas.
-... Très bien, accepta le brun en se levant.
-Moi je vais y aller, visiblement tu n'as plus besoin de moi. Je dépose ces sacs où? Fit Freyja en regardant Kodlak.
-Il y a un lit de libre dans les chambres communes, un peu plus loin dans le couloir. Tu peux laisser les sacs sur le lit, répondit le vieillard.
Freyja s'inclina légèrement devant lui et tourna ensuite les talons. Vilkas et moi sortîmes également de la pièce avec Lucia sur mes talons. Freyja déposa nos sacs sur un lit qui en effet était vide et n'avait qu'une couverture pliée dessus ainsi qu'un oreiller. Je vis qu'en dessous du lit, il y avait un coffre et qu'à côté du lit, une table de chevet y était également. Plusieurs recrues étaient dans la salle, dont la jeune Ria, l'elfe noir qui s'était faite tabasser et l'autre femme qui lui avait donnée une raclée.
Je suivi ensuite Vilkas à l'étage. Freyja nous salua, Lucia et moi, une dernière fois avant de partir et sortit par les grandes portes de devant. Lorsque la porte se referma sur sa silhouette, Vilkas me demanda de le suivre dans la cour.
Mais ces aux-revoir avec Freyja me semblent légèrement... Froids? Bah, peut-être qu'en fait, elle n'aime vraiment pas l'ambiance chez les compagnons et voulait partir au plus vite. J'espère qu'elle se sentira un peu mieux chez Arcadia!
Je suivi alors Vilkas dehors et remarquais que la cour avait été désertée par tout le monde, mais qu'ils étaient tous sur les tables à manger, discutant bruyamment ensembles. Je vis même quelques paris être lancés sur... Mon futur combat contre Vilkas?
-Les infos volent trop vite ici, grogna Vilkas.
Je ne dis rien, simplement souriant. Ne dit-on pas que les secrets ne tiennent jamais assez longtemps au sein d'une vraie famille? C'était vraiment agréable, même si l'idée que tout le monde sache aussi vite que j'allais me battre contre Vilkas me dérangeais légèrement... Je suis habitué à vivre avec seulement mes parents, moi! Ça ne fait que quelques mois que je connais Freyja, Daren, Faendal et Camilla!
Putain, je connais plus de filles que de garçons. Merdeum. Je me sens seul, au milieu de toutes ces femmes! Faut que je me fasse des amis masculins ici où je vais devenir à moitié cinglé, à moitié féminin!
Et je veux garder ma virilité, n'en déplaise à ces dames!
Je fis face à Vilkas, alors que Lucia s'éloignait vers les autres combattants pour ne pas être sur le chemin. Le compagnon sortit son épée d'acier et un bouclier, je préférais quant à moi sortir mon sabre. C'est sur que trancher accidentellement quelque chose durant le combat ferait moyen, mais en même temps... Je veux montrer ma force à ce type.
-Bien. Montrez-moi votre technique, que je puisse l'étudier, dit finalement Vilkas. N'ayez pas peur de frapper, je sais encaisser.
-Je n'avais aucunes intentions de vous ménager. Souriais-je poliment avant de prendre une posture d'attaque.
Lucia s'éloigna de la surface du combat et se réfugia près des tables à l'ombre du soleil, assez chaud malgré la fraîcheur de la journée et la mince couche de neige par terre, avec les autres avant de fixer son père adoptif du regard. Son père était son héros. L'homme qui l'avait adoptée sans aucune hésitation, qui avait pris soin d'elle, qui l'avait sauvée du froid, de la solitude et qui jamais encore ne l'avait laissée tomber.
Elle ne doutait pas un instant que son père était l'homme le plus fort du monde. Et tant pis si les adultes disaient le contraire! De toute manière, les adultes, ça craint! Sauf son papa.
L'homme en armure lourde, Vilkas, leva son bouclier et son père attendit une brève seconde avant de frapper. Super vite, d'un mouvement qu'elle ne put voir. Elle entendit cependant le choc de la lame contre le bouclier à bandes, très fort. Vilkas repoussa la lame de son papa et donna à son tour un coup plus lent que celui de son papa, que Nachael évita en bondissant sur le côté.
Waaa, il était super rapide! Lucia se sentait très fier de son père, qui d'après elle donnait de la difficulté au méchant monsieur qui l'avait effrayée. Vilkas fut surpris du mouvement de son père et celui-ci en profita pour faire une roulade par terre dans un tourbillon de neige poudreuse, se glissant dans le dos du guerrier en armure lourde pour ensuite frapper du plat de son pied l'arrière de son genou.
Vilkas en fut déséquilibré et mit un genou à terre pour ne pas tomber sans doute. Cependant, il fit un drôle de mouvement du bassin et réussit à frapper avec son bouclier derrière lui, coup que son papa évita en se penchant vers l'arrière. Beaucoup. Beaucoup. Lucia eut peur un instant qu'il tombe mais il garda son équilibre! Son père était le meilleur!
Puis, son père se redressa et para une attaque qui visait sa gorge, qui fut si rapide que Lucia sursauta en entendant le fracas des lames l'une contre l'autre. Les deux hommes se regardèrent dans les yeux, avant de reculer d'un pas chacun. Ils marchèrent lentement, en cercle, se fixant chacun du regard avec un air à la fois concentré, et pourtant... Lucia vit que son père souriait. Et que Vilkas souriait lui aussi, moins que son papa, mais quand même... Puis soudainement Vilkas demanda d'un ton très tranquille :
-Es-tu un épéiste ou un acrobate?
-Qui sait? Répondit son père d'une voix tout aussi calme.
Il se passa encore quelques secondes, avant que finalement Vilkas n'attaque le premier, d'un coup puissant que son père évita d'un pas sur le côté, très rapide et gracieux. Tout son corps suivait le moindre des mouvements de ses jambes, à tel point que Lucia se demanda une seconde si son papa ne dansait pas en fait... Elle entendit alors derrière elle :
-Un équilibre parfait, mais beaucoup trop léger pour son gabarit... Fit une voix masculine assez vieille. Ses pas sont précis, rapides, mais vraiment pas adaptés à son corps, il fait trop de mouvements inutiles. Il n'a pas encore trouvé sa propre technique, on dirait... Ce qu'il utilise actuellement, ce sont des mouvements qu'utilisent les femmes épéistes Rougegarde.
Lucia jeta un coup d'oeil derrière et sursauta. Tout le monde... Tous les gens, tous les Compagnons étaient là, même le vieux monsieur qui était le chef de tout le monde! C'était celui qui était aveugle d'un oeil qui avait parlé. Et le vieux monsieur s'approcha, jusqu'à se placer à côté d'elle et la regarda longuement. Il avait des yeux tout blancs et cela rendit Lucia très mal à l'aise. Mais finalement, il eut un petit sourire, puis porta son attention au combat. Lucia en fit de même, mais dit au vieil homme :
-Mon papa, c'est le plus fort. Vous allez voir.
Elle entendit le vieillard rire un peu et il lui répondit :
-Nous verrons, petite. Ton papa est peut-être fort, mais comparé à Vilkas ou un autre du cercle, il est encore très inexpérimenté.
Lucia grogna, elle n'aimait pas qu'on rabaisse son papa. C'était son héros, et il était le plus fort papa du monde, elle le savait! Son papa allait lui rabattre le clapet et elle allait en rire... Elle reporta son attention au combat, voyant son père réussir à désarmer Vilkas de son bouclier, sans que celui-ci n'en soit vraiment perturbé. Mais Lucia sourit. Nachael aussi.
Son papa avait l'avantage maintenant.
Nachael frappa alors, mais Vilkas réussit à parer l'attaque. Son père continua son assaut, toujours plus rapide, plus fort, mais Vilkas parait et évitait les attaques facilement, à la même vitesse que son père. Nachael perdit peu à peu son sourire, jusqu'à froncer des sourcils au bout de quelques minutes et ce fut son erreur. Nachael recula d'un demi pas, et Vilkas, profitant de l'ouverture, frappa son papa au niveau du visage.
Et le sang gicla dans les airs, glaçant celui de Lucia qui se figea sous le choc. Le liquide vermeil s'étendit sur la lame d'acier de Vilkas, ainsi que sur le côté gauche du visage et du cou de son père.
Père qui trébucha, grogna, essuya le sang qui gênait sa vue et repris une posture de combat. Le regard maintenant enflammé, les muscles raidirent par l'excitation de la suite du combat. Vilkas le regarda longuement, avant de reculer de deux pas et de ranger sa lame dans sa main, à côté de son fourreau.
Mettant ainsi fin au combat. Nachael baissa sa garde et souffla, avant de poser une main sur sa plaie en tentant de stopper l'écoulement de sang. Vilkas bougea rapidement et d'un coup de pied dans le ventre, envoya le père adoptif de Lucia par terre. Il lui dit ensuite, d'un ton dédaigneux :
-Franchement le bleu, je m'attendais à mieux vu ton arrogance. Un gamin armé d'une épée trop bien pour lui, voilà ce que tu es en réalité. Il ne m'a fallu qu'un coup de lame pour que je prenne l'avantage, alors que je n'utilise même pas mon arme de prédilection... Tu es faible.
Cette nouvelle sembla donner un coup à Nachael, qui en perdit visiblement l'envie de se remettre sur pied. Il resta là, assit dans la neige, le regard perdu. Vilkas siffla, secoua la tête et retourna à l'intérieur. Lucia le regarda passer et vit alors que tous avait le même type de regard : Indifférent.
La petite serra les poings et se mordit la lèvre, sentant les larmes lui monter aux yeux. Ils étaient... Si méchants avec son papa! Même le vieux monsieur avec les yeux transparents, il regarda Nachael un long moment avant de rentrer à son tour à l'intérieur sans rien dire.
Lucia se précipita ensuite sur les chopes et souffla de soulagement en voyant qu'une d'entre elles était encore pleine. Elle ne se posa pas de question quant au fait qu'elle était restée sur la table alors que tous étaient rentrés et prit également une serviette avant de se précipiter vers son papa, qui se redressait lentement sur ses pieds.
Celui-ci sourit doucement en la voyant approcher et prit le linge pour éponger le sang pour ensuite boire le contenu de la chope en quelques gorgées. Il ne semblait pas trop affaibli... Néanmoins, Lucia était très inquiète :
-Papa, tu as mal?
-Non ma chérie. Fit-il doucement. C'est juste une égratignure.
Une vieille dame s'approcha avec un petit panier dans une main et une chaise dans l'autre, l'air très énervée. Lucia ouvrit grand les yeux en la voyant, elle lui fit un peu peur et la petite recula d'un pas.
-Toi, le bleu, assis-toi. Fit froidement la femme en posant la chaise à côté de son papa. Avec les nouveaux tarifs de ces dindons gloussants du temple d'en face, tu devras te contenter de mes soins.
-Merci, madame, dit poliment Nachael en s'assoyant sur la chaise.
La dame grommela quelques mots puis retira la compresse imbibée de sang de sur le cou de Nachael et avec un peu d'eau, elle nettoya le reste. Puis du petit panier que Lucia lui tenait, elle sortit un fil très mince et une aiguille.
-Gamin, il ne t'a pas raté le Vilkas... Grogna la vieille dame. Tu vas avoir une cicatrice et elle ne sera pas jolie à voir. Il t'a découpé n'importe comment... Je vais te recoudre, mais ne t'attend pas à plus, j'ai rien d'une mage.
-Merci et je crois que je préfère garder une trace de ce combat... Répondit son papa avec un mince sourire.
-Ha! Fit dédaigneusement la vieille femme. Encore un barbare qui prend ses blessures pour des souvenirs à conserver. Et j'imagine que c'est pour te rappeler une quelconque leçon apprise aujourd'hui?
Son papa ne répondit pas tout de suite. Il fixa un point dans le vide, inquiétant la petite Lucia qui s'approcha doucement de son papa jusqu'à poser ses petites mains (et le panier, accessoirement) sur ses genoux, dans l'espoir qu'il réagisse.
Il cligna des yeux, la regarda, lui sourit tendrement et finit par répondre :
-Non... Pour me rappeler de l'avertissement que j'ai reçu aujourd'hui.
La vieille femme ne demanda rien de plus et cousu lentement la plaie sur le cou de Nachael. Lucia ne voulut pas en voir davantage et alla plutôt coller son visage contre le ventre de son père, l'entourant de ses bras. Celui-ci posa une main apaisante sur sa tête et lui caressa doucement les cheveux.
Puis finalement la vieille dame lui banda le cou, reprit son matériel et repartit, lui ordonnant en s'éloignant de ramener la chaise à l'intérieur. Une fois un peu seul, Nachael prit délicatement sa fille et la fit asseoir sur ses genoux. Lucia vit qu'en effet, la joue gauche de son père était maintenant marquée d'une large blessure rougeâtre, qui par chance ne saignait plus, partant de la tempe, effleurant le creux de sa joue puis courant sur la mâchoire avant de disparaître sous le bandage blanc autour du cou.
La petite fille réprima une envie de pleurer et secoua la tête.
-Papa, qu'est-ce qui s'est passé? Pourquoi t'as... T'as perdu?
-Parce que ton papa avais besoin d'un avertissement ma chérie...
-Mais...
-Il fallait que Vilkas me rappelle la première règle de tous les guerriers. Ne jamais, jamais prendre sa force pour acquis, et surtout ne jamais se surestimer. Je suis peut-être fort contre un bandit ou un mort-vivant... Mais face à de véritables guerriers, je ne suis qu'un gamin brandissant un bout de métal sans aucune expérience.
Lucia regarda son père et vit la lueur dans ses yeux. Un certain calme l'habitait, mêlé à une détermination qui flamboyait de plus en plus. Les bras de son père se resserrèrent alors autour d'elle et la petite posa sa joue contre le haut du torse de son papa, se laissant câliner. Puis Nachael souffla, d'une voix pratiquement terrifiée :
-Si Vilkas aurait été un ennemi, mon arrogance d'aujourd'hui m'aurait coûté la vie... Je serais mort et toi... Tu aurais été à nouveau toute seule...
Lucia sursauta, la terreur d'être à nouveau abandonnée l'envahie et elle s'agrippa désespérément à son père, complètement paniquée.
-Mais t'es pas mort! T'es pas parti, tu as promis de t'occuper de moi!
-Oui... J'ai promis.
Lucia se redressa et regarda son papa avec sévérité, puis dit avec beaucoup de sérieux dans la voix :
-Alors tu va tenir ta promesse, papa. T'as pas le droit de disparaître.
Pour répondre, son père la serra encore plus fort contre lui et Lucia en fit de même, maintenant elle aussi un peu apeurée. Son papa... Il avait pu mourir aujourd'hui, comme son ancien papa et son ancienne maman... Et l'idée d'être à nouveau toute seule, dans les rues, après avoir connue quelques semaines d'amour et de chaleur auprès de son papa... La terrifiait.
-T'as pas le droit de disparaître, répéta-t-elle.
Je gardais ma fille contre moi un long moment, savourant la chaleur de son petit corps contre le mien, un peu refroidit par mon immobilité au milieu de la cour arrière. Puis au bout d'un moment, je l'écartai doucement de moi et me relevai. Ma blessure au cou me pique un peu, mais rien d'insurmontable.
Et puis, comme je l'avais dit à cette vieille femme... Tilda je crois... Cette blessure est un avertissement.
J'étais en dessous de tout quand je me disais faible. Je suis une larve. Un morveux. Une petite merde qui n'a même pas essoufflé Vilkas en combat singulier, qui n'a eu besoin que d'une attaque pour m'abattre... Et qui normalement se bat avec une arme lourde et à deux mains.
Ouais, mon orgueil est complètement piétiné. Je me sens encore plus misérable qu'un crabe des sables noyé dans une petite marre d'un oasis. Si Daren et Freyja étaient présentes, elles me massacreraient. Je songe également à Camilla et Faendal, mes amis... Mes parents, mon clan à Lenclume, les gens que j'ai croisés durant mon enfance...
J'ai honte. Tellement honte.
Je prends la chaise et suivis de ma petite fille, qui trottinait en silence derrière moi, je rentre à l'intérieur. Peu importe à quel point j'ai honte, je ne pense pas que rester dehors sous le froid de l'hiver naissant avec ma fille sois une bonne idée.
Mais lorsque j'entre à l'intérieur... J'ai juste le temps de déposer la chaise dans un coin avant de remarquer que tous fixaient l'entrée avec un regard méfiant et... Ébahis. Je lève la tête et...
Oh putain, par tous les divins mais qu'est-ce que... Attendez, quoi? Mais qui est ce mec...?
Un homme se dresse à l'entrée, vêtue d'une armure noire complète, casque, plastron, jambière, gantelet, même les cuissardes sont là...! Il doit faire plus de deux mètres de haut, il est encore plus large que moi ou Farkas et il porte à son bras gauche un immense bouclier également noir. Puis, je remarque les veines rougeâtres discrètes sur son armure. Oh putain...
Une armure Daedra. Complète. Même moi qui suis immunisé à la magie, je sens cette espèce de force, de puissance qui se dégage de cette armure. J'avale difficilement ma salive et n'ose bouger un muscle. Si je bouge... Si je bouge... Il va... Quelque chose bouillonne en moi, quelque chose qui ressemble à Fus sans l'être pour autant... J'ai envie de prendre l'épée d'acier à ma taille et de foncer sur lui, de le combattre, de le déchiqueter de mes griffes et...
Attendez, de mes griffes? Mais je n'ai pas de griffes! Qu'est-ce qui se passe dans ma tête?! Je dois être influencé par la choppe de bière que m'a donnée Lucia tout à l'heure, c'est impossible mais en même temps... Rah...
Je vois Vilkas aller rejoindre Aela et échanger quelques mots, puis s'étonner légèrement. Il regarda ensuite le géant en armure et lui dit :
-Mon gars, c'est la règle. Il s'agit de nos coutumes, nous n'acceptons jamais des utilisateurs de magie, même s'ils sont spécialisés dans le combat comme toi.
-... Puis-je au moins voir Kodlak? Demanda d'une voix tranquille (Quoi que j'y détecte un chouia d'agacement) le type dans l'armure.
-Non. Hors de question que tu t'approches de notre héraut alors qu'on ne sait rien de toi excepté que tu es un mage, répliqua vertement Aela.
Dure la dame. Mais si je comprends bien, ils refusent que ce mec devienne un Compagnon... Parce qu'il était magicien? Mais merde, avec son armure et sa taille, ça ne doit pas être compliqué de lui apprendre à manier une hache à deux mains ou un truc du genre! Ça peut s'arranger enfin, je veux dire... Même moi, un bleusaille, je peux voir à quel point sa présence parmi nous pourrait s'avérer impressionnante. Et puis, on a déjà une impériale et un elfe noir dans nos rangs (et vous venez d'accepter un Rougegarde), alors pourquoi refuser un mage? Un mage dans une armure lourde je précise, c'est pas un Freyja au masculin ce type!
Pourtant, Aela lui refuse complètement l'accès au sous-sol et au final, l'homme ressort, sans doute furieux. À mes côtés, Lucia me demande d'une petite voix :
-Pourquoi le monsieur ne peut pas venir dans les Compagnons comme toi, papa?
-C'est compliqué Lucia... Les Compagnons ne voient pas vraiment les mages comme de véritables guerriers, même si ceux-ci peuvent faire de grands dégâts au cours d'une bataille, voir même renverser le cours de celle-ci.
-Mais s'ils sont si puissants... Pourquoi il ne peut pas? Pourquoi les autres, ils ne veulent pas de lui? Insista ma petite fille.
-Ça Lucia, c'est une question de perception. Soupirais-je.
-C'est quoi, perception?
-Perception, ça veut dire que tu vois les gens, les situations ou les objets d'une autre manière que les autres. Expliquais-je. Par exemple une épée. Si c'est toi qui tiens l'épée et que tu la pointes sur un bandit, comment tu vois l'épée?
-Bah c'est une arme! Raisonna ma fille aussitôt.
-Bien. Et pourquoi tu t'en sers?
-Parce que le méchant bandit peut me faire du mal. Donc, il faut que je me défende!
-C'est ça. C'est ta perception de ton épée. Mais le bandit lui, quand il voit ton épée, il voit une arme qui lui fera peut-être du mal. Pas comme un moyen de défense. Tu comprends?
-Je crois... Et donc, le monsieur, y peut pas venir parce qu'il a pas la même perception de la magie que les Compagnons.
-C'est ça. Approuvais-je.
Que ma fille est intelligente! J'en suis trop fier! Mais franchement, pour une question de perception de la magie, je trouve dommage qu'ils refusent l'entrée de ce colosse. Je veux dire... Il est tellement grand et musclé, que même sans l'armure et la magie, je parierais tout mon or qu'il serait parfaitement capable de tenir tête à une armée de Draugr, à main nue s'il le fallait!
Mais malheureusement, je ne suis qu'un petit nouveau et les habitudes ont la vie dure. Il est peu probable que je puisse convaincre Vilkas et Aela (Particulièrement Aela, vu sa tête) de changer d'avis à son propos...
Lucia posa alors sa petite main sur la mienne et tira dessus. Je baissai le regard vers elle et vis qu'elle me tirait vers la porte. Avec un air... Inquiet au visage...?
-Lucia, qu'est-ce qu'il y a?
-Le monsieur, il a dû beaucoup voyager pour venir ici... Faut aller le consoler! Me répondit ma fille avec une grande détermination dans les yeux.
... Ah ouais, quand même. Elle a beau être super intelligente, ma petite fille reste... Une petite fille. Je lui caressai les cheveux et lui souris :
-Ne t'inquiète pas, c'est un adulte et un guerrier, il n'a certainement pas besoin de se faire consoler par une gentille fille comme toi.
-Mais... Fit Lucia en fronçant des sourcils. Toi aussi tu es un adulte et un guerrier et pourtant tu pleures!
... Gné?! Ah merde, j'espère que personne ne l'a entendue! Et puis depuis quand je pleure moi, hein?! Je laissais passer un soupir entre mes lèvres et tapotai le crâne de ma fille. Vilkas s'approcha alors de nous et me tendit son épée.
-Bien le bleu, ta première tâche. Va porter mon épée à Eorlund Grisetoison pour qu'il l'aiguise et fait bien attention! Elle vaut plus chère que ta vie, pour le peu qu'elle vaut!
Je le hais. Une haine immense monte en moi, je pourrais presque sentir à nouveau la rage destructrice de Fus venir pousser contre ma gorge. Vilkas soutient mon regard, froidement, sans même transparaître une quelconque peur de moi.
Lui, un jour, je vais l'écraser.
Je pris néanmoins son épée sans Crier sur lui et sortis dehors, Lucia sur mes talons. La Forgeciel était juste à côté, ce ne fut donc pas si long que ça et ma petite fut celle qui tendit la lame au forgeron grisonnant avec un sourire très fier.
-L'épée de Vilkas, il veut que vous l'aiguisiez. Dis-je en explication.
Mon ton fut sans doute trop sec, vu que le forgeron me jeta un regard agacé. Puis il baissa le regard vers mon sabre à ma taille et la pointa avant de dire :
-De loin, je n'ai pas pu correctement la regarder, mais si je puis me permettre, s'agirait-il de Nlaghn? La lame de glace?
Il doit parler de ma lame... Elle avait donc un nom? Je la sors de son fourreau et la lui montre, sans vraiment d'hésitation.
-J'ignore son nom, j'ai hérité de ce sabre de ma mère, il y a quelques années et elle ne m'en a jamais parlée, excepté que ce sabre fut forgé dans un métal très rare, à la Forgeciel par un de vos ancêtres sans doute.
-Oui... Fit le forgeron en prenant mon épée par la garde, sans toucher la lame. Je reconnais le travail de ma famille, c'est impressionnant... La qualité de la lame, la précision de l'enchantement... Forgée pour que son tranchant soit toujours parfaitement aiguisé et que le froid de Bordeciel s'en dégage sans problème.
Il l'admira sous plusieurs angles, commentant la qualité du métal utilisée, puis fini par me la rendre. Je l'observais alors avec un tout autre regard. Nlaghn, c'est bien cela? Je suis bien content de pouvoir enfin l'appeler par son réel nom.
-Petit, je ne suis pas un escrimeur, mais quelque chose me dit que cette lame n'est pas faite pour toi. Me dit soudainement Eorlund, d'un air très sérieux.
... hein? Mais de quoi... Je ne vois pas en quoi Nlaghn ne serait pas faite pour moi!
-Je suis un utilisateur du Shehai, un art martial dont la principale lame est le sabre, alors pourquoi vous me/
-Petit, écoute-moi bien. Toi aussi, fillette. Cette lame a été forgée par mon ancêtre et pour quelqu'un d'autre que toi. Ce n'est pas pour tes mains que cette garde a été taillée, que cette lame a été aiguisée, que ce métal a été forgé. C'est pour les mains d'un autre.
-Mais alors dans un sens, toutes les lames sont ainsi...? Remarquais-je, perplexe.
Mais Eorlund secoua négativement la tête.
-Non. Les armes normales que les forgerons vendent à n'importe qui sont des armes de type moyen, ce sont des armes forgées pour n'importe quel combattant. Mais une lame comme Nlaghn... D'après sa légèreté, sa longueur, sa finesse et les enchantements posés dessus... Tu n'es pas assez bien pour l'exploiter correctement.
Pas assez bien pour... Mais je l'utilise depuis trois ans! Depuis le temps, j'aurai bien vu qu'elle ne serait pas faite pour moi! J'expliquai cela à Eorlund, qui secoua à nouveau la tête négativement :
-Petit, loin de moi l'intention de t'insulter, mais cette lame a été forgée pour une femme. Et j'ai bien vu que tu utilises une technique propre aux membres féminins de ton clan et ainsi, tu n'as jamais perçu la différence, mais dans un combat d'homme, elle sera un fardeau. Tu as du le remarquer durant ton combat contre Vilkas. Tu as non seulement été arrogant, mais également inconscient, d'utiliser une lame que tu ne connaissais même pas le nom et une technique qui ne t'est même pas propre!
... Ça fait mal. Mais... Je crois qu'en fait, il n'a pas tord... En un sens. Il est vrai que j'utilise le style de ma mère pour me battre. Jamais je n'ai tenté une attaque de ma propre invention, par respect pour elle... Mais ça ne veut rien dire!
Puis soudainement, un flash me prend et je me souviens. Le combat contre l'Orque déchainé. La Givrépeire. Le grand Draugr. Tous ces combats... J'ai dû être aidé, secouru même, parce que mon talent seul n'avait pas suffi. Je suis faible, certes, mais est-ce que cette faiblesse peut également s'imputer à l'utilisation de Nlaghn?
Pour devenir plus fort... Je devrais abandonner Nlaghn...?
Merci pour votre lecture, encore pardon du retard et à la semaine prochaine! Laissez des commentaires en sortant, c'est toujours agréable!
Prochain chapitre : 22 Novembre 2016
