Forks.
Le vol jusqu'à Forks dura quatre heures. Quatre heures de supplice, je n'aime vraiment pas l'avion, ça me met mal à l'aise, je déteste la nourriture froide sous cellophane qu'ils nous servent sur des plateaux en plastiques, je déteste le sourire faux des stewards qui te persuadent à grands renforts de sourires que tu ne risques certainement pas de mourir dans d'atroces souffrances si l'avion s'écrase ou implose.
Mon voisin de siège était un vieillard bavard qui passa les deux premières heures du vol à me raconter qu'il quittait « la grande ville » et ses enfants maintenant grands pour retrouver son petit coin de paradis a lui (une autre ville de la péninsule Olympic dont j'ai oublié le nom).
Sa compagnie était plaisante, apaisante, sa voix ressemblait à un doux murmure et son rire au frottement des papiers crépons. Je l'écoutais avidement, pressé de me sortir de la tête les adieux avec ma mère.
Ma mère comme moi nous étions disputées sur des sujets futiles, pour simplement éviter de penser aux choses vraiment importantes, comme mon départ imminent. Mais les mots d'usage dans ces cas là restaient coincés dans ma gorge. Incapable de sortir.
Pourtant, juste avant que j'embarque ma mère ma pris dans ses bras, et, comme dans la voiture, ses yeux brillèrent d'une étrange lueur, si étrange que je me demandai si elle n'allait pas se mettre à pleurer, pour une foi. Ce brusque élan maternel, inhabituel et tardif me mis mal à l'aise.
-Maman, murmurai-je dans ses cheveux, ça vas allez maman, je ne pars pas si loin que ça.
Je détachais ses bras de mon cou. Elle me regarda intensément, elle semblait refouler une profonde tristesse.
-C'est trop tard hein ? Me demanda-t-elle dans un souffle.
Mon cœur se serra, la réponse était évidente, pour moi comme pour elle.
-Peut être, répondis-je, pour ne pas trop la blesser, malgré le fait que cela soit inévitable. Mais c'est comme ça. Occupe toi de Tracy, elle est peut être adulte, mais elle semble si petite, fais attention à elle.
J'avais longtemps cherché comment lui dire.
Tracy se voulait grande, adulte. Pourtant elle restait une enfant, dans sa tête, une enfant capricieuse, avec ses rêves de prince charmant plein aux as.
On était peut être à l'opposé l'une de l'autre mais c'était ma sœur et je l'aimais.
-Ne t'inquiètes pas pour ça, je serrais là pour elle. Ce que je veux dire Cecilia c'est que je suis désolé de ne pas avoir … fait … l'affaire en tant que mère.
Cette fois c'est moi qui la pris dans mes bras. Mon cœur se serrait douloureusement. Non elle n'avait jamais été une mère présente pour moi, j'étais trop… différente, trop originale. Elle n'avait jamais sut comment si prendre avec moi, je ne pouvais lui en vouloir pour cela. J'avais toujours eu du mal avec les autres, j'étais renfermée, et m'ouvrir aux autres m'était très difficile. Alors comment aurais-je pus communiquer avec ma mère, elle qui était si différente de moi ? Comment, si j'avais du mal avec tant d'autres, aurai-je pus tisser des liens affectifs avec une personne avec qui je me sentais aussi peu en harmonie ?
Ma mère et moi étions aux antipodes l'une de l'autre. Elle était volage et cupide, sociable, opportuniste et ambitieuse. J'étais solitaire et secrète. Je fuyais les conflits, qu'elle adorait prendre à bras le corps. Je fuyais les fêtes qu'elle adorait organiser.
Nous étions si différentes qu'il paraissait parfois irréel que je fusse sa fille.
Je comprenais qu'elle n'ait pas sut comment s'y prendre avec moi, tout simplement parce que moi non plus je n'avais pas sus comment faire avec elle.
-Maman je ne t'en veux pas tu sais, c'est comme ça, on est pas pareilles toutes les deux, on est trop différentes pour rester ensemble éternellement, ça en devenait explosif à la maison. Je n'étais pas heureuse et je sais que toi non plus. Je sais aussi que tu t'y attendais à ce départ, tu le savais maman, ne dis pas le contraire. Et puis on sera mieux sans l'autre, on n'est pas faites pour être collées ensemble.
Je l'écartai de moi. Tenant ses épaules à bouts de bras, malgré sa taille largement supérieure à la mienne.
-Tu es ma mère, et je t'aime, malgré tout ça. Je ne veux pas partir en te laissant penser le contraire. Non tu n'as pas été une bonne mère. Mais c'est aussi de ma faute, je ne t'ai pas laissé t'approcher de moi, je ne me suis pas ouverte à toi. Ne penses pas que nous avons tous raté à cause de toi d'accord ?
Elle me regardait, elle avait perdue son assurance. C'était beau, et triste à la foi.
-Oui, murmura-t-elle, mais je suis désolé. Je t'aime ma fille.
Et je suis parti.
Il le fallait.
Mes yeux commençaient déjà à briller dangereusement.
On aurait put s'aimer elle et moi, dans une autre vie, sans Bart, sans l'entreprise de renom de feu Charles Bulmer, sans cet argent qui nous avaient tous un peu corrompus. On aurait put s'aimer, dans une autre vie.
Mon voisin avait sombré dans l'oublie au bout de deux heures de monologue ininterrompus, et moi je me perdais dans l'observation du paysage changeant de l'Amérique vu du ciel, sous mes yeux s'étalaient d'innombrables paysage différents qui passèrent progressivement du jaunes des rocheuses que je quittais avec soulagement au vert foncé de la péninsule Olympic que je m'apprêtais à rallier pour une durée indéterminé.
Ma décision de venir vivre à Forks avait ravie ma seule et unique cousine, Betty, fille de Jeann la sœur de mon père. Je ne l'avais vue que deux ou trois fois durant les quelques réunions familiales qui obligeait Jeann à quitter Forks et entreprendre le voyage jusqu'à San Francisco, pourtant je me souvenais de Betty comme d'une jeune fille un peu folle, souriante et rêveuse, intelligente et quelque peu démonstrative. Elle m'avait plut tout de suite dans son étonnant naturel. Et elle m'avait encore plus plut lorsque, alors que cela faisait des années que l'on ne c'étaient pas revue, je l'avait appelé il y a quelques mois. Elle avait tout de suite accepter de m'héberger et m'avait même pistonner à l'hôpital pour le poste d'infirmière. Cette fille était un amour, même si elle accordait vraiment sa confiance à n'importe qui, même si ça allait aujourd'hui dans mon sens, cela risquait de lui causer de véritables problèmes. Je me promis intérieurement d'y veiller.
Je ne sue pas vraiment quand je sombrais dans un sommeil comateux -sûrement due à mes insomnies des ces dernières semaines, le départ m'avait rendue si nerveuse que le sommeil m'avait fuie comme la peste – quand je senti une pression sur ma main gauche restée sur l'accoudoir, je rouvris immédiatement les yeux pour me retrouver littéralement nez à nez avec le stewards au sourire factice, il se trouvais bien plus proche de moi que la décence le voudrait.
-Nous allons bientôt atterrir madame, veuillez rabattre votre siège s'il vous plait, susurra t'il.
-Mademoiselle, le corrigeai-je machinalement en plongeant mes yeux noirs dans les siens, ça ne manqua pas, il baissa les yeux. Nul ne pouvait résister à l'étrange pouvoir déstabilisant de mes iris. Le seul à y avoir résister n'a jamais été que mon père.
Il me jeta une œillade qui en disait long sur ses pensés, puis disparu après m'avoir fait un clin d'œil. Répugnant.
Mon vieillard rigolait prés de moi.
-Vous avez une touche, pouffa -t-il.
Moi c'est l'expression qui me fit rire.
-La belle affaire, déclarai-je, de toute façon je n'ai vraiment pas la tête à ça en ce moment.
-Comment ça ? Il semblait surpris.
- Bah … Les hommes et moi ce n'est pas le grand amour, pourquoi donc êtes-vous si étonné ?
Il avait ouvert une bouche ronde en entendant mes paroles, ça lui donnait un léger air de poisson, je retins mon sourire.
-Bah … je ne sais pas moi mais… une jolie fille comme vous, moi si j'étais à nouveau tout beau et tout jeune, j'hésiterai pas !
Je ris. C'était bon, cela faisait longtemps que je n'avais pas vraiment ris. J'eus envie de lui dire merci à mon vieillards.
Nous atterrîmes à l'aéroport de Seattle et je fermai les yeux en luttant contre ce sournois mal de l'air qui m'attaquait toujours à ce moment là.
Lorsque je sortis de l'appareil, la morsure du froid sur ma joue me fit frissonner et je ne pus retenir un immense sourire. Ça y était, j'avais quitté la chaleur, je n'avais jamais été aussi heureuse de mettre un manteau de toute ma vie.
Mon vieillard me quittait là, il reprenait un minuscule avion en direction du Nord, vers son village dont le nom m'échappait encore. Il me souhaita bonne chance, et un étrange sentiment d'excitation s'empara de moi.
Le steward qui nous conduisait vers les bagages me reluquait toujours de la même façon, et mon sentiment de dégoût s'intensifia.
C'est vrai les hommes et moi ça n'a jamais été une histoire qui dure, j'avais tendance à me lasser vite, voire très vite. Ce qui m'intéresse dans l'amour c'est la relation physique, c'est le seul moment où j'ai l'impression de ressentir quelque chose. Le reste du temps, rien. L'amour était peu à peu devenu pour moi un sentiment creux et sans intérêt.
Et je doutais que Forks m'apporte plus de chance de me prouver le contraire que San Francisco.
Tandis que j'attendais mes bagages, je me perdis dans la contemplation de Seattle à travers la baie vitrée. C'était toujours une ville, mais bien moins grande que San Francisco, la jaune aveuglant, l'étouffement, l'éclat brûlant du soleil avait disparu, remplacé par la fraîcheur d'une brise, et le beau vert des sapins qui bordaient la ville au loin.
Mon corps se détendit peu à peu, Forks serrait encore plus petit, là bas personne ne connaîtra mon nom, ni celui de mon père, là bas Bulmer ne voudrait rien dire.
Lorsque je me retrouvai dans le hall, avec ma valise et sans personne, je me rendis compte que je n'avais ni l'adresse, ni le numéro de téléphone de Betty. Je commençai à m'inquiéter et scrutai chaque visage à ma portée, à la recherche de ses grands yeux verts ou, sa marque de fabrique, son opulente chevelure Brune. Presque aussi volumineuse que la mienne.
Je la vis enfin, elle courait vers moi, ses cheveux attachés, un immense sourire barrait ses lèvres.
-Cecilia ! S'écria-t-elle en se jetant dans mes bras.
Je ne pus m'empêcher de sourire, elle était aussi naturelle que dans mon souvenir.
-Comment ça va Elizabeth ? Lui demandai-je lorsqu'elle me laissa enfin respirer.
-Très bien ! Oh appelle moi Betty je te l'ai déjà dit 100 fois ! Viens vite je suis très mal garé !
Et elle repartit en courant, voilà c'était du Betty Bulmer tout craché !
Je la suivis tans bien que mal dans le labyrinthe de l'aéroport avant de déboucher sur le parking où elle se ruait déjà sur une vieille Mini Cooper noir. Je souris, voilà une voiture qui lui ressemblait bien. Elle se retournait vers moi et me fis un signe pour me dire d'aller plus vite.
-Files ta valise, s'écria-t-elle dés que je fut prés d'elle.
-Woh Calme Bee, pourquoi tu es sur les nerfs comme ça ?
- Parce que le premier quart d'heure est gratuit dans ce parking, j'ai tourné une demi heure avant d'entrer pour être pile à l'heure et maintenant on part directement, comme ça on n'aura pas à payer !
J'éclatai de rire. Il était bien loin mon San Francisco à moi.
Je montai vite fait dans la voiture et j'avais à peine refermée la porte qu'elle démarrait déjà. Nous passâmes à 14 minutes d'après la montre de Betty, elle hurla de joie en sortant du parking beaucoup plus vite que ce qui est censé être permis, et elle me tapa dans la main.
-Ah, c'est réglé ! Bon, dit-elle en se tournant vers moi, un immense sourire aux lèvres, alors ce voyage ?
-Atroce, j'ai le mal de l'air.
Elle souris, compatissante.
-Au faite tu commences demain à l'hôpital.
Je me retournai vers elle, scandalisée.
-QUOI ?? Mais je n'est même pas de voiture… et puis je ne sais pas comment y allez et …
-Oh la du calme, s'écria-t-elle en levant la main pour m'arrêter, premièrement ne t'inquiètes pas, l'hôpital on va passer devant, et deuzio : ta voiture elle est à la maison !
J'ouvris des yeux si ronds que je vis les siens cligner. Encore ce truck avec mes yeux, comme ça pouvait être utile, c'était parfois légèrement exaspérant.
-Comment ça ? Demandai-je suspicieuse.
-Bah … t'as mère à appelé il y a une semaine, elle voulait te l'acheter et elle … elle à envoyé un chèque, termina t'elle en sentant ma colère enflée au fur et à mesure de ses paroles.
-Quoi ?? Et tu l'as laissé faire ?? Mais pourquoi ? Je te l'avais bien dis pourtant que je ne voulais pas d'aide de ma mère !
Comment avait-elle osée ?? Pourquoi fallait-il tout le temps qu'elle veuille régir ma vie, je savais bien que ce n'était que pour une voiture mais c'était symbolique, pour que je me dise bien qu'il m'était impossible de vivre sans son aide. La colère me clouait le bec.
Betty n'ajouta rien de tout le voyage, elle savait quand il fallait se taire. Une de ses nombreuses qualités.
J'eus alors tout le loisir de ruminer tout en profitant du merveilleux paysage qui s'offrait à mes yeux, les arbres immenses qui couvraient les moindres recoins vides, les hautes montagnes vertes, la végétations qui se fourrait partout où elle le pouvait, la sève qui dégoulinait en grosse gouttes visqueuses des arbres, et la délicieuse odeur de pins dans l'air.
Tout était parfait.
Et, maintenant, c'était chez moi.
