Drago savait que son ami reviendrait. Blaise n'allait pas lui laisser beaucoup de temps. Et en effet, deux semaines plus tard, le grand métis rentrait de nouveau dans la cabane qui offrait un toit misérable à l'héritier Malefoy.

Blaise jeta sur la table un paquet grossièrement emballé, sans un mot. Drago haussa un sourcil.

-Et c'est quoi, ça ?

-Je me suis dit que tu étais sans argent, puisque tu as fui comme un lâche et que tu vis dans un placard qui menace de s'écrouler à chaque instant.

-Cela ne me dit toujours pas ce que c'est.

-De la nourriture, idiot profond. Et d'un autre genre que le Whisky qui te maintient plus ou moins en vie.

Drago fixa le paquet, puis son ami.

-J'ai vaguement entendu mentionner que la nourriture était rationnée à Londres, avec la guerre.

Blaise haussa les épaules en prenant place sur un tabouret.

-Je me suis dit que tu réfléchirais mieux le ventre plein. Et puis, tu es mon ami.

Drago, qui avait commencé à admirer le pain encore tiède, les saucisses et la pomme que renfermait le paquet, leva des yeux étonnés vers le métis.

-Quoi ?

-Je ne sais pas, Blaise...tu...tu viens de dire que j'étais ton ami.

Blaise le regarda comme s'il avait à faire à un malade mental.

-Et ?

-Ben, je sais pas, quoi...je disparais en mentant à tout le monde...moi, je ne t'aurais pas pardonné.

-Heureusement que tout le monde n'est pas toi, dans ce cas.

Il y eut un long silence bienfaisant alors que Drago mangeait. Enfin rassasié, pour la première fois depuis des mois, il s'allongea sur le lit et regarda son ami qui attaqua enfin.

-Que fais-tu, depuis un an ?

-Je me venge. Et...je la venge, elle.

-Putain Drago. Arrête de dire « elle ». C'est ta femme et elle a un prénom.

-Cela me brise le cœur de le prononcer.

-Bref. Tu te venges et tu venges Hermione. Développe.

Drago s'assit.

-J'ai établi une petite liste des Mangemorts à exécuter. Pour lui avoir fait du mal. Mais cela prend beaucoup de temps pour le faire, d'autant que, pour ne pas dérober à la promesse faite à Potter pour protéger ma femme, je ne dois pas me faire repérer.

-Qui est sur cette liste ?

-Dolohov, Travers, Rookwood, Macnair, Selwyn, mon enfoiré de père et cette garce de Bellatrix.

Combien en as-tu éliminé ?

-Pour ce qui est de Travers je n'en ai pas eu besoin, l'Ordre l'a eu avant moi. J'ai eu Macnair et aussi Avery- il n'était pas prévu mais bon, il est tombé malencontreusement sur le petit secret de ma survie.

Blaise eut un rictus désabusé.

-Je vois. Et que projettes-tu de faire maintenant ?

-As-tu parlé à l'Ordre de ta...découverte ?

-Non. Ni à ta mère, ni à Théo, ni à Hermione. Ni même à Potter ou Rogue.

-Bien. Que cela reste ainsi. Moi, je continue à traquer mes victimes...puis on voit.

-Tu es bien avancé dans tes recherches ?

-Assez, oui.

-Parfait, dit Blaise étrangement satisfait. À plus tard. J'ai une réunion dans peu de temps. Je reviens vite.

-Oh, et Zabini ?

-Oui ?

-Je préfère les pommes vertes aux rouges.

-Connard.

Et Blaise Zabini s'enfonça dans le pénombre de la nuit.

.

Harry Potter avait le regard plongé dans les flammes de la cuisine du Square. Il était dans une profonde réflexion à propos, comme souvent, de Drago Malefoy.

Au début il avait sincèrement cru qu'éloigner le blond serait la meilleure chose à faire. Mais ensuite, Hermione se réveilla de son coma et le réclama. Il pensait qu'elle ferait son deuil, parce qu'elle savait que la guerre fait ses victimes...mais non. Et il se rendit peu à peu compte qu'en vérité, inconsciemment, il avait éloigné Drago car il ne l'aimait pas, tout simplement. Bien entendu, il voulait protéger Hermione, mais il doutait sérieusement que cette manière soit la bonne et le regrettait amèrement. D'autant qu'il ne pouvait revenir dessus : il ne savait où se trouvait Drago, ni ce qu'il faisait, ni même s'il était encore en vie. Et il ne pouvait pas dire la vérité à Hermione au risque de la perdre. Il était le seul au courant.

Du moins le croyait-il.

Quelqu'un entra dans la cuisine, dans un tournoiement de cape, et s'assit près de lui.

-Potter. Il faut que je te parle.

-Je t'écoute, Zabini.

Blaise se redressa, satisfait.

-Je voudrais partir sur une mission que j'entends soumettre à la réunion de demain.

-De quoi s'agit-il ?

-Un informateur de mes connaissances, dont je tairai le nom, a établi une liste de Mangemorts qu'il désire exécuter et a réuni beaucoup d'informations, plus poussées que les nôtres. Je voudrais bénéficier de son aide pour abattre ces Mangemorts. Voilà la mission.

Harry eut un regard sévère.

-Qui est cet informateur, Zabini ?

-Peu importe, répliqua-t-il évasif. C'est un homme qui cherche à venger sa famille décimée, comme beaucoup en ces temps troubles. Son identité ? Je ne sais que son nom et je l'ai soumis au Véritasérum pour confirmer ses dires, mentit-il. Il ne veut pas intégrer l'Ordre et ne fait confiance qu'à moi.

-Et quelles informations peut-il avoir sur les Mangemorts que nous ne possédons pas ?

-Au lieu de les affronter, il les a suivi durant des mois et des mois, s'imprégnant de leurs habitudes, des choses comme cela. On va dire qu'il les connaît presque intimement. Réfléchis, Potter. Nous n'avons que Rogue comme espion. J'ai foi en cet informateur et je pense que ses informations peuvent se révéler intéressantes.

-Bien. Je te fais confiance, Zabini, et nous soumettrons cette requête de mission dès demain. Désires-tu partir seul ?

Blaise hésita.

-Non. Mais je pense qu'une personne en particulier pourrait m'accompagner.

-Qui donc ?

-Hermione.

Il y eut un long silence que Harry finit par rompre.

-Pourquoi elle ?

-J'en ai plus qu'assez de la voir chercher le corps de Drago. Je pense que l'éloigner quelques temps de Londres lui fera le plus grand bien. Sans oublier qu'elle est tout à fait qualifiée pour ce genre de missions.

Harry ôta ses lunettes et se frotta les yeux, fatigué.

-Elle ne sera pas d'accord d'abandonner ses recherches le temps d'une mission qui pourra durer des mois.

-Elle n'était pas non plus d'accord pour quitter le pays et recruter à l'étranger quand tu le lui as demandé, à la suite de sa rupture avec Drago. Et non seulement sa mission s'était parfaitement bien déroulée, mais en outre, cela lui a fait du bien.

Harry finit par hocher la tête, dents serrées.

-Je sais que tu as les intérêts de Hermione à cœur, Zabini. Nous en reparlerons demain.

-Excellent, se réjouit Blaise en se levant. Bonne soirée, Potter.

.

-Il en est hors de question !

-C'est un ordre de ton supérieur, Hermione ! Tu ne peux t'y dérober !

-Et combien de temps cela durera-t-il ?

-Je ne sais pas ! Le temps qu'il faudra.

Hermione, l'air féroce, arpentait sa chambre sous l'œil de Ginny, impuissante.

-Hermione, tu es le bras droit de Harry, la cheffe des Aurors, tu ne peux pas faire preuve d'insubordination !

-Si je veux, se buta-t-elle.

-Tu seras avec Blaise, plaida Ginny. Lui entre tous sait ce que tu ressens. Tu dois accomplir cette mission, que tu le veuilles ou non.

Sans grâce, Hermione se laissa choir sur son lit, boudeuse.

-Vous partez demain à l'aube, acheva rapidement la rousse en sortant.

.

Une nouvelle fois, Blaise et Drago se faisaient face dans la cabane écossaise.

-J'ai décidé de bénéficier de tes informations sur les Mangemorts, affirma le métis.

Drago le couvrit d'un regard méfiant.

-Pardon, Blaise ?

-J'ai déclaré à l'Ordre avoir un informateur anonyme qui va m'aider. Et devine qui est cet informateur qui va m'accompagner en mission ?

-Même pas en rêve.

-Oh si, je pense que tu vas le faire.

-Ah oui ? Et pourquoi ?

-Parce que ma partenaire de mission, annonça Blaise en sortant, c'est Hermione. Demain, à l'aube.

Il transplana, laissant Drago foudroyé.

.

Blaise Zabini trouva Hermione le lendemain matin rôdant devant le portrait de Madame Black au rez-de-chaussée. Elle leva un regard particulièrement mécontent sur lui.

-Tu es en retard, bouda-t-elle.

-J'ai deux minutes de retard !

-Deux minutes de trop. Est-ce toi qui as demandé que je sois ta partenaire de mission ?

Blaise afficha soudain un visage grave.

-Oui. Écoute Herm', je te demande, en voyant qui est mon informateur, de ne pas péter un câble, ni quoi que ce soit...reste calme, d'accord ?

Elle croisa les bras, de mauvaise grâce, mais sa curiosité étant piquée, secoua la tête et le devança sur le perron d'où Blaise, lui saisissant l'épaule, les fit transplaner.

Elle rouvrit les yeux sur une falaise haute et sauvage, couverte de bruyère, et une vue certes magnifique mais solitaire. Il n'y avait âme qui vive, et la seule trace du passage de l'Homme dans ces contrées était une petite cabane en bois vermoulu, avec une petite porte mal en point et une unique fenêtre crasseuse. Blaise inspira profondément et se tourna vers elle.

-Mon contact habite ici.

-Quel goût luxueux, ironisa-t-elle.

Ils s'avancèrent jusqu'à la porte et le métis frappa plusieurs coups brefs. Enfin, un homme vint leur ouvrir. Il était grand, brun, avec des yeux bleu foncé et un teint légèrement hâlé. Blaise écarquilla les yeux, et entra sans un mot. Hermione, suspicieuse, le suivit.

Ils s'arrêtèrent autour de la table. Le regard du brun ne quittait pas Hermione. Elle commençait à rougir de gène et de colère, puis son binôme intervint.

-Bien. Hermione Granger, je te présente...

-Malefoy.

Le brun sursauta et la dévisagea. Blaise haussa un sourcil. Hermione répliqua avec humeur,

-Mon nom, c'est Malefoy. Arrêtez de tous vouloir m'appeler par mon nom de jeune fille. Veuve peut-être, mais je suis tout de même une Malefoy.

-Oui, désolé, bredouilla Blaise. Donc, Hermione Malefoy...voici...euh...

-Je m'appelle Dray, dit le brun en tendant la main. Dray Falmoy.

Le regard de Hermione se troubla légèrement et elle serra la main offerte. Elle fronça les sourcils, pensive.

-Oui, c'est ça, dit Blaise avec un regard noir pour le brun. Donc, Dray est mon informateur.

-Dray...

Elle avait chuchoté le mot et le brun frissonna. Blaise couva son amie d'un regard piteux.

-Hermione...

-C'était son surnom...

-Hermione...

-Putain, est-ce que tout est destiné à m'y faire penser ?

-Hermione...

-Je vais prendre l'air, décréta-t-elle sèchement.

Elle sortit en claquant la porte, laissant libre cours à ses larmes, sous les yeux du brun.

-A quoi tu joues, connard, siffla Blaise. Polynectar, hein ? Pourquoi tu ne l'as pas laissé te voir sous ta vraie nature ?

Drago Malefoy haussa les épaules.

-Tu as vu comment elle a réagi devant mon nom d'emprunt ? Imagine si je lui avais dévoilé ma vraie nature ?

-Pauvre type. Quitte à tricher, tu aurais pu changer de nom.

Blaise semblait dégoûté.

-Et c'est l'apparence à qui ça d'abord ?

-Pff. Un Moldu.

Blaise continuait de murmurer avec mécontentement dans son coin en incendiant son ami du regard et Drago laissa ses pensées vagabonder vers la poignée de main échangée avec Hermione. Son contact l'électrisait tout autant qu'autrefois. D'ailleurs, rien que le fait de la voir, toujours aussi belle, toujours fidèle à elle-même malgré le temps, précieusement compté en période de guerre, avait réveillé en lui des réactions bien masculines et avait fait bondir son cœur. Il aurait voulu la serrer dans ses bras, caresser son dos, essuyer ses larmes, la rassurer, lui parler, lui faire l'amour. Il eut soudain conscience d'être extrêmement égoïste : lui, la savait en vie, et pouvait la voir, l'apprécier comme elle était. Elle le pensait mort, ne voyait en lui qu'un étranger. Que devait-il faire ? Garder cette apparence d'emprunt et continuer à lui mentir, à la tromper, ou lui dire la vérité et se heurter aux conséquences de ses actes ?

Merci, Potter, de nous avoir foutu dans la merde.

Quand Hermione revint dans la cabane, les yeux secs, Blaise dit timidement :

-Bien...commençons.