Chapitre II : la conversation
Point de vue de Sirius
Nous descendions en silence les marches menant à la cave, personnellement j'étais perdu dans mes pensées, mon plan était simple mais je devais agir vite. Arrivé à la porte je le laissais entrer en premier.
-Expelliarmus. Chuchotai-je
Sa baguette quitta sa poche pour venir s'échouer dans ma main, en une fraction de seconde et surtout avant qu'il le temps de réagir je balançai sa baguette hors de la pièce et condamnai la porte d'un informulé.
-Mais qu'est-ce qui te prends ? T'es devenu fou ou quoi ?
-Sache que non, je ne suis pas devenu fou. Et si tu veux savoir le pourquoi du comment de ton désarmement, c'est simplement parce que je souhaite avoir une petite conversation avec toi, et tu risques fortement de ne pas apprécier ce que j'ai à te dire.
-Tu n'avais pas besoin de me désarmer pour discuter.
-Oh que si, parce que si je t'avais laissé ta baguette tu aurais fui. Alors maintenant que n'as pas le choix tu vas m'écouter. Si nous sommes c'est pour parler, enfin pour être exact, c'est pour que tu parles. Dis-moi ce qui ne va pas ? C'est Nymphadora ?
-Mais non, je te l'ai dit tout va bien ! Et d'ailleurs même si j'avais un problème, ne crois-tu pas que je suis assez grand pour le régler tout seul ? Bon, maintenant je t'ai parlé, alors laisse-moi partir.
A la fin de son petit discours pas convainquant pour deux sous, il se dirigea vers la porte et tenta de l'ouvrir, au bout de quelques instants d'acharnement vains, il se tourna vers moi. Il me foudroya du regard ce qui n'était de bon augure, les choses allaient être plus compliquées que ce que j'avais pensé.
-Sirius ! Ouvre-moi cette porte que je sorte.
-Tu fui encore.
-Je ne fui rien du tout, puisqu'il n'y rien à dire. Alors maintenant tu m'ouvre cette porte avant que je m'énerve.
-Toi ? Remus John Lupin t'énerver ? Laisse-moi rire.
-Oui moi.
-Si tu veux tellement sortir, ta juste à me parler et tu iras beaucoup mieux.
-Je t'ai que j'allais très bien, alors maintenant Sirius Orion Black tu vas m'ouvrir cette putain de porte.
Il commençait à être grossier, ça c'était le signe qu'il était presque à bout, nous allions enfin pouvoir avancer. Il suffisait que je le pousse un peu plus et il allait craquer. Cela ne me faisait pas plaisir de le mettre dans cet état, mais c'était pour son bien, il avait vraiment besoin de s'ouvrir et de partager ce qui le rongeait.
-Non tu ne vas pas bien justement. Tu dors à peine, tu ne manges plus, je ne sais même pas à quand remonte ton dernier repas. Depuis plus d'un mois, tu es un mort-vivant et ça ne peut plus durer. T'es en train de te tuer à petit feu, et il hors de question que je te regarde dépérir sans intervenir.
-Comme d'habitude tu exagère Pad', de plus se ne sont pas tes affaires.
-Si justement se sont mes affaires, je suis ton ami et je n'ai pas envie de perdre un autre maraudeur, si James était là il t'aurait dit la même chose.
-Sirius pour la dernière fois je n'ai rien à te dire ! Et je te conseille de m'ouvrir cette porte immédiatement, et ça aussi c'est la dernière fois que je te le dis !
-ET QU'EST-CE QUE TU VAS FAIRE ? TU N'AS MÊME PAS DE BAGUETTE REMUS !
Remus, furieux ne prit même pas la peine de me répondre, et tenta à nouveau d'ouvrir la porte, mais celle-ci ne bougeait pas d'un poil. Il fallait vraiment qu'il se calme, il allait finir par se blesser.
-Remus ? Je t'en prie calme-toi.
-Ne me dis pas ce que je dois faire, je suis adulte, je fais ce que je veux.
Visiblement je n'avais pas choisi les bons mots pour le calmer, car il redoubla d'acharnement contre cette porte. Toutes les parties de son corps étaient bonnes pour essayer de la faire céder, poings, pieds, épaules, rien n'était épargné et pourtant elle refusait de s'ouvrir.
-Rem' tu ne me laisse vraiment pas le choix.
Voyant que ma menace voilée restait sans effet, je n'eus d'autre choix que de sortir ma baguette et de lui lancer un sort. Il se retrouva plaqué contre le chambranle et d'un deuxième mouvement de baguette je lui bloquais les bras au-dessus de la tête. Attachés.
-Sirius, tu es vraiment un grand malade. Me lança-t-il froidement.
-Je veux juste éviter que tu te fasses mal, parles-moi maintenant, s'il te plait.
-Va te faire foutre.
-Ah ! Mais ça c'est quand tu veux mon loup.
-Sirius ! Je te préviens, je n'ai absolument pas envie de rire pour le moment, alors relâche-moi que j'aille me coucher.
-Non.
Il commença à se débattre contre les liens, ce qui ne servait à rien. Jamais il n'arriverait à se libérer, je pratiquais ce sort depuis l'adolescence, et j'avais eu le temps de le peaufiner, Snape pouvait en témoigner. Il stoppa de s'agiter, à bout de souffle et me supplia d'une petite voix, brisée de le laisser partir. Le voir dans cet état me fit mal, mais je ne devais pas lui céder, je faisais tout cela pour son bien.
-Tu connais la condition, tu parles je te libère, mais si veux camper sur tes positions, pas de problème, j'ai toute la nuit devant moi. Alors que choisis-tu ?
-Bon très bien ! Je pense à Teddy et à Nymphadora. Satisfait, maintenant je peux y aller ?
-Non
-Mais…mais tu m'avais dit…
-Je sais très bien ce que j'ai dit, mais je suis là pour t'aider et ce n'est pas avec je pense à Teddy et à Nymphadora que je vais pouvoir le faire, alors développe un peu.
-Détache-moi, et laisse-moi partir, pense à Teddy !
-Bien sûr que j'y pense. Ne t'en fais pas, j'ai demandé à Harry de s'occuper de lui.
-Ah ! Parce qu'en plus Harry est courant ? Mais c'est un complot, vous avez décidé de tous vous liguer contre moi, merci, c'est sympa !
-Remus fait nous confiance, pense à Ted...
-Tu crois que je n'y pense pas à mon fils ? Figure-toi que je ne pense qu'à lui et que je ne vis que pour lui.
-Ce n'est pas ce que je voulais dire, je sais que aime Teddy, c'est juste que si tu vas mal, ton fils le ressent et lui aussi ira mal, et je sais que ce n'est pas ce que tu veux.
Je savais que nous étions sur la bonne voie. Son fils, évidemment c'était petit de ma part de lui faire du chantage affectif, en prenant Teddy à parti. Mais j'avais senti dans ces dernières paroles, tout l'amour qu'il éprouvait pour son fils, que ce soit par ses paroles en elles-mêmes, sa voix étranglée, ou ses sanglots mal dissimulés, j'avais senti qu'il se résignait et était prêt à tout pour son fils, qu'il était prêt à me parler si je le poussait encore un peu dans cette direction.
-Rem' est-ce que je peux te détacher sans que tu t'acharne à nouveau sur cette porte ?
Avoir évoqué son fils l'avait tellement ému qu'il fut dans l'incapacité de me répondre, il me répondit donc d'un simple signe de tête, mais cela me suffit amplement. A peine l'avais-je désentravé qu'il tomba à genoux, en pleurs, il était à bout de nerfs, mais nous aller jusqu'au bout de cette conversation. Je m'approchai doucement de lui, me laissais tomber à ses côté, et après quelques secondes d'hésitation le prit tendrement dans mes bras, ses pleurs redoublèrent et il enfouit son visage contre mon torse.
-Chut, ça va aller Moony, je suis là. Mais là il faut vraiment que tu confies, fais-moi confiance.
-Que veux-tu que je te dise ? demanda-t-il, la voix cassée
-Ce que tu as sur le cœur.
-Je ne sais même pas par où commencer.
-Commençons peut-être par Nymphadora. (Je le sentis se tendre dans mes bras) Tu ne nous a pas dit grand-chose sur le pourquoi de votre séparation, tout ce que je sais c'est qu'un beau matin tu étais sur le seuil de ma maison avec ta valise et ton fils dans les bras, à cette époque tu m'as juste dit que ma cousine et toi s'était du passé, et que ça t'arrangerais si je pouvais t'héberger pour quelques temps. Ne te méprends pas ! Je suis heureux de t'accueillir mais ne crois-tu pas que je mérite une explication ?
-Oui, c'est vrai. Répondit-il d'un ton morne. Lis-ça, je pense que ça suffira amplement comme explication. Ajouta-t-il en me tendant une feuille froissée, signe qu'elle avait été lue de nombreuses fois.
Je pris le papier et le dépliai :
Remus,
Je te quitte, je ne peux plus faire semblant je ne t'aime pas. Comment pourrai-je aimer un pauvre hybride dans ton genre.
Ce qui m'horrifie le plus dans cette histoire, c'est que j'ai eu un monstre avec toi. Je ne sais pas ce qui m'a pris de la garder, peut-être la pitié de me dire que ce serait ta seule chance de te reproduire. Ne te voile pas la face, il y a très peu de chance, que quelqu'un prenne le risque que j'ai pris.
Vos affaires sont prêtes, tu les trouveras dans le salon. Je veux qu'en rentrant ce soir, toutes traces de vous-deux aient disparues de MA maison.
Sache, et je terminerais cette lettre là-dessus. Il n'y a aucune chance pour toi de me récupérer, je suis avec Severus, depuis quelques temps déjà, et lui peut se vanter d'être humain.
Dans sa grande bonté, il continuera à te préparer ta potion, estime-toi heureux qu'il soit généreux, et je te préviens que tu as plutôt intérêt à te montrer respectueux envers lui, je peux te dire que si ce n'était pas le cas, je m'assurerai que tu le regrette amèrement
Tonks
PS: Ci-joint le document de renoncement à mes droits sur ce qui te sert de répugnante descendance.
Impossible que ce soit ma cousine qui ait écrit ces mots, fut ma première pensée, et pourtant, j'en avais la preuve sous les yeux. Sous le choc, mes yeux passaient de cette lettre abjecte à mon ami.
-Il y a quelque chose que je ne comprends pas, si vraiment, elle pense tout cela pourquoi a-t-elle autant insisté pour sortir avec toi ?
-À mon avis c'était pour oublier Severus, il a longtemps refusé ses avances. Mais bon ce n'est pas grave et je serais bien hypocrite de lui en vouloir pour ça, alors que j'ai fait exactement la même chose, me mettre avec elle pour oublier celui que j'aime.
-Celle plutôt.
Remus se libéra brusquement de mes bras, et se mit face à la porte.
-Non Sirius, celui, mais ce n'est pas important.
-Qu'est-ce qui te tracasses?
-Elle écrit que notre enfant serait un monstre, un monstre tu te rends comptes ?
Il était toujours dos à moi, me plaçant à sa droite il tourna la tête dans ma direction. Je ne savais pas quoi lui répondre encore sous le choc de sa révélation et de ce que Nymphadora avait écrit.
-ELLE A DIT QUE MON FILS ÉTAIT UN MONSTRE, IL N'A PAS MA MALEDICTION, COMMENT A-T-ELLE PU DIRE CELA ?
Et avant que je ne puisse faire un seul geste pour l'arrêter, son poing s'écrasa contre la porte, il en résulta un son qui me fit frissonner, un craquement qui sembla résonner dans la pièce. Là c'était sûr il venait de se faire très mal, il s'était surement brisé plusieurs os.
-C'EST BON, TU ES CALMÉ ?
Il me regarda mais ne me répondit pas.
-Assied-toi que j'évalue les dégâts !
Pour la deuxième fois de la soirée, il se laissa tomber à genoux, il posa son bras sur ses cuisses.
-Fais voir ta main Rem'.
Il m'obéit sans rechigner, et me tendit la main. Je ne pus retenir une grimace, ce devait être particulièrement douloureux. Déjà autour des chaires égratignées commençait à se former des ecchymoses, signe qu'effectivement des os s'étaient brisés, deux de ses doigts étaient bleus et dans une position qui n'avait rien de naturelle. Bref, sa main était vraiment dans un mauvais état, il avait dû laisser la force du loup frapper, car dans sa condition il était impensable qu'il ait pu s'infliger de tels dégâts.
-Je te préviens cela risque d'être douloureux, je dois reconstituer et ressouder la plupart des métacarpes, deux de tes phalanges et le complexe des os du poignet.
Il secoua les épaules pour me signifier que cela lui importait peu. Il ne broncha même pas lorsque les os se remirent en place.
-Rem' je t'en prie ne te mets pas dans des états pareils à cause de ce qu'elle a écrit, dans l'histoire c'est elle le monstre.
-Sa mère ne l'aime pas, et tu voudrais que je m'en fiche ?
-Peut-être, mais il a un père extraordinaire.
-Arrête de dire n'importe quoi! Un père extraordinaire dis-tu ? Un pauvre hybride oui !
-Ce n'est pas vrai, tu es autant humain que n'importe qui, si ce n'est plus.
-Ne me mens pas ! Je sais très bien qui je suis, un monstre qui en plus aime un homme. Voilà ce que suis un hybride doublé d'une tante !
Je l'attrapai par le col, le relevai et le plaquai contre la porte.
-Ne redis plus jamais ça, tu n'es pas un monstre, et même si tu aimes ça ne change rien !
-Je ne te dégoute pas.
-Bien-sûr que non.
-Je n'en reste pas moins un monstre.
-T'es humains Rem's !
-Tu…tu te trompes.
-Putain Rem ! Crois-moi quand je te dis que tu n'es pas un monstre.
-Mais…
-Il n'y a pas de mais qui tienne, maintenant tu vas m'écouter ! Que je t'entende ne serait-ce qu'une fois utiliser à nouveau ces mots pour parler de toi, et je me chargerais personnellement de te remettre les idées en place. On est d'accord ?
-...
-Réponds !
J'entendis un petit oui, à peine plus fort qu'un couinement de souris.
-Je ne t'ai pas entendu.
-Oui.
Je relâchai ma prise, puis l'attirais dans mes bras
-Ne redis plus jamais ça. Lui soufflai-je
Il fondit en larmes, ces jambes tremblaient et ne le portaient plus vraiment, nous nous agenouillâmes, et je finis par l'assoir, comme un enfant, sur mes genoux. Je le berçais doucement, tendrement pendant une quinzaine de minutes, lui murmurant de temps à autres des paroles apaisantes. Ses pleurs finirent par se tarirent et il s'endormit dans mes bras.
Je me relevai en prenant soin de ne pas déranger le sommeil de mon loup, d'un Alohomora j'ouvris la porte et entrepris de gravir le quatre volées de marches. Je me fis la réflexion que la tâche était un peu trop aisée, il était beaucoup trop léger pour un homme de quarante ans de sa taille. . Arrivé à sa chambre, je le mis délicatement au lit, d'un sort je le déshabillai et invoquai un pyjama à la place, et finis par le recouvrir d'une couverture. Avant de quitter la chambre, je me retournais une dernière fois vers lui :
-Dors-bien mon loup.
Je me dirigeai vert la chambre de Teddy afin de vérifier que tout allait bien.
Je restais un moment à regarder Teddy dormir paisiblement, plus le temps passait plus les traits de son visage ressemblaient à ceux de son père, j'étais sûr qu'il serait son portrait craché. C'était agréable de le voir dormir si profondément, épargné par tous les problèmes alentour. C'était reposant.
Comment Nymphadora avait-elle put faire ça à Teddy et à Rem ? Là, elle s'était conduite comme une vraie Black, moi qui la pensais différente des autres, je m'étais lourdement trompé, elle me dégoûtait !
Plongé dans mes pensées, une phrase me revient en tête et résonna longtemps dans mes oreilles celui que j'aime. Remus était donc amoureux d'un homme. Cette simple phase eut l'effet d'un boomerang, tout d'abord j'en fus heureux j'avais une chance, mais le boomerang me revint en pleine face, il en aimait déjà un. Et puis comment ce faisait-ce qu'il y encore quelques heures j'étais convaincu qu'il aimait les femmes ?
C'était très dur de savoir qu'il aimait les hommes, enfin non de savoir qu'il en aimait un, je savais que ce n'était pas moi, pour lui je n'étais que son ami. J'aurais préféré ne pas savoir, car maintenant je sais que cela aurait pu marcher, il est accessible pour les hommes…mais pas pour moi.
Je me creusais la tête dans le but de trouver qui pouvait être cet homme qu'il aimait, et après quelques instants de réflexion, deux noms me vinrent : tout d'abord Snape, parce que je trouvais étrange la manière dont Moony prenait toujours sa défense, et ensuite Kingsley parce qu'il était loin d'être un mauvais parti, un sourire orna mes lèvres au souvenir de bonnes soirées passées en sa compagnie. Cela ne plaisais pas, mais je préférais imaginer Rem' amoureux de Kings' plutôt que de Snape.
Á part eux, je ne voyais personne d'autre, ou alors c'était un homme que je ne connaissais pas.
Stop Sirius, arrêtes de te prendre la tête avec ça et vas dormir me fustigeais-je en quittant la chambre.
