Sirius's Room
Gloire et honneur à C. , ma beta lectrice de l'extreme qui m'a offert cette correction en cadeau d'emmenagement dans mon sublime nouvel appart. Bonne lecture.
Seconde partie : Remus
Allongé sur le canapé du salon des Weasley, Harry Somnolait entre les bras de Ginny.
La soirée avait été longue, mais joyeuse. Ron et Hermione étaient en pleine recherche d'appartement et Arthur Weasley avait beaucoup insisté pour que son fils et Harry ne négligent par leur entrainement afin de passer le concours d'auror.
- Mais papa ! On a gagné la guerre. Un concours c'est rien à côté ! avait opposé Ron.
Un à un, tous les membres du clan étaient partis se coucher. Seul Harry et Ginny étaient restés sur le canapé, bercés par un demi sommeil.
Harry se sentait en sécurité.
La main de Ginny passa dans ses cheveux.
- Harry ?
- Hmm ?
- J'ai quelque chose pour toi.
Le jeune homme releva vers son amoureuse un regard mi-interrogateur, mi-inquiet. A cause du ton grave de Ginny.
- Qu'est-ce que c'est ?
La jeune fille se contorsionna et sortit un carnet de sa poche. Un petit carnet noir à la reliure de cuir. Il était plus tordu et plus usé que dans le souvenir de Harry.
- J'ai hésité avant de te le donner mais… On a retrouvé ça dans les affaires de Teddy. Il y avait une feuille avec ton nom écrit dessus. Andromeda m'a demandé de te le faire parvenir.
- Tu l'as lu ?
- Non. Je me suis dit … je ne sais pas. Que c'était quelque chose entre toi et Rémus.
Harry prit le carnet dans ses mains. Des mois auparavant, lui aussi avait pensé que ce carnet était quelque chose entre lui et Sirius. Mais maintenant, tous les deux étaient morts.
Une vague de chagrin passa dans les yeux gris. Comme l'avait fait remarquer Ron, la guerre avait été gagnée. Mais certaines cicatrices saignent plus que les plaies elles-même.
Ginny hésita un moment devant l'air triste de Harry
- C'est quoi ? osa t-elle finalement.
Harry sortit de sa torpeur et sourit à Ginny.
- Rien d'important. Un journal que Sirius tenait quand il était à Poudlard.
Ce n'était pas tout à fait vrai. Pas tout à fait faux non plus .
La rouquine posa un baiser sur le front du garçon et se leva en s'étirant.
- Je vais me coucher. Tu me rejoins ?
- J'arrive.
Elle sortit de la pièce et Harry admira sa démarche chaloupée de fille qui marche avec des baskets.
Puis son regard se posa sur le carnet.
Il hésita un instant. Il se souvenait de la force des mots écrits par Sirius et avec douceur il ouvrit le calepin.
Ça commençait toujours de la même manière « Quand j'avais six ans, ma mère m'avait fait pleurer en me traitait de méchant garçon. »
Harry eut un sourire en imaginant l'enfant que Sirius avait pu être à six ans. Turbulent et décalé dans l'arbre généalogique de la noblesse des Black. Il fit glisser les feuilles entre ses doigts plusieurs fois de suite, plongé dans ses pensées. Puis quelque chose l'arrêta.
Sur le bout de son pouce il y avait de l'encre. De l'encre bleue. Harry fronça les sourcils. Il était convaincu de n'avoir vu que du noir la première fois qu'il avait lu le récit de Sirius. Il tourna donc vivement les pages une par une, intrigué d'avoir commis une erreur.
Mais Harry n'avait pas commis d'erreur.
A environ 20 pages de la fin, débutait une écriture bleue. Plus ronde et moins brouillonne que celle de Sirius. Une écriture qu'il avait déjà vue sur ses copies, autrefois.
OoO
« Il n'y a pas vraiment eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons. Et ça n'a pas été facile pour autant. Il n'y a pas eu de rivalité imbécile. C'est autre chose qui nous a déchirés. Quelque chose qui était sans doute là dès le départ mais qu'aucun de nous n'aurait pu supposer.
Contrairement à Sirius, je n'écris pas pour évacuer quelque chose qui me dévore. Mon loup à moi n'est pas tout à fait intérieur. J'écris pour toi Harry. Parce que Sirius a oublié des choses. Et quitte à ce que tu saches ce qu'il s'est passé, autant que cela soit une vérité la plus exhaustive possible.
Le carnet de Sirius s'arrête aussi abruptement qu'il a commencé. Le soir ou Sirius a écrit ses dernières lignes, c'est le soir où il s'est enfuit de chez lui. Je suppose qu'il aurait écrit la suite des évènements sans cela. Il y a eu matière, durant nos deux dernières années à Poudlard. Je vais essayer de te conter ça du mieux que je le pourrai. J'ai tant de fois essayé d'effacer ces souvenirs pour qu'ils cessent de me hanter. Je crains d'y être en partie parvenu.
Je ne vais pas revenir sur la manière dont nous sommes devenus amis. Comme Sirius l'a si bien décrit, c'est cet entretien de quelques minutes dans l'infirmerie qui nous a soudés tous les quatre à jamais.
Franck Londubat n'a jamais été vraiment des nôtres. Mais son destin a, lui aussi, été scellé cette nuit-là. C'était son premier rendez-vous avec Alice, que, comme tu le sais, il a fini par épouser.
Les pages écrites par Sirius sont d'une noirceur terrible. Mais les choses n'ont pas toujours été ainsi. Oui, Sirius est devenu fou. Peut-être n'ai-je pas douté de sa culpabilité à cause de cela. A cause de la terreur qu'il a fini par m'inspirer.
J'ai été pour lui ce que l'on appelle en psychanalyse sa « mauvaise rencontre ». A l'époque je n'aurais bien sur jamais songé à une chose pareille. Je ne me rendais pas vraiment compte qu'une pathologie peut toucher n'importe qui, se tapir dans un coin longtemps et surgir un jour. A priori n'importe qui ou n'importe quoi peut déclencher cela.
La folie de la famille Black n'est pas une simple légende. Elle les affecte tous d'une manière ou d'une autre. C'était cette folie qui guettait Sirius, comme une épée de Damoclès.
Je fus celui qui la fit tomber. J'ignore pourquoi et les écrits de Sirius ne m'ont pas réellement éclairé. Mais tout cela, je ne pouvais pas le comprendre. D'abord parce que ce n'était pas rationnel. Et qu'il a fallu sept ans pour que les choses tournent réellement mal.
Je ne sais pas comment l'expliquer. Il n'y a pas réellement eu de moment clé. Ou plutôt il y en a eu plusieurs. Mais je crois que les choses se sont faites progressivement, avec une telle lenteur que je ne remarquais même pas le rapprochement qui s'opérait entre Sirius et moi. Tout comme il est impossible de réaliser que quelqu'un grandit quand il est chaque jour à nos cotés et que chaque jour il vieillit un peu, mais de manière si infime que l'œil ne peut le percevoir.
Sirius a sombré dans l'obsession comme on grandit. Silencieusement, sans faire de bruit. Et irrémédiablement pourtant.
Il m'est difficile d'écrire ceci. Je suis père à présent, et j'aime celle qui partage ma vie. Revenir sur le passé, partager ces moments trop intimes avec toi me parait anti-naturel. Il faut que tu te représentes cette histoire non pas avec les hommes que tu as connus. Mais avec un Sirius et un Rémus collégiens, qui n'avaient encore rien vécu.
Si j'ai involontairement été la première présence bienveillante de Sirius, et qu'il m'a oublié ensuite un temps, les choses ont été très différentes pour moi.
Je ne me souviens même pas avoir échangé un regard avec lui le premier soir. J'étais terrorisé. Je ne savais pas ce que je faisais là. Et pourquoi on avait bien voulu me laisser étudier avec des enfants normaux. J'étais dangereux. Même mes parents, malgré toute leur affection, ne souhaitaient pas prendre le risque de me voir fréquenter d'autres enfants.
C'est Dumbledore qui est venu me chercher. Qui les a convaincus. Qui a tout arrangé. Mais ce soir-là, cela me paraissait le pire cauchemar possible. Je me souviens d'avoir caché mes mains dans les manches de mon pull, craignant que mes griffes ne poussent. C'était absurde : elles ne l'avaient jamais fait. Mais j'étais si angoissé que cela ne me semblait pas du tout improbable.
C'est ta mère qui m'a abordé la première.
- T'as froid ?
J'avais fait non de la tête.
- Ça serait plus pratique pour manger si tu retroussais tes manches.
J'avais de nouveau fait non de la tête et elle m'avait faire un grand sourire. Un si beau sourire que je n'avais pas pu m'empêcher de lui sourire en retour
- T'es bizarre hein ?
Mais elle avait dit cela sur un ton si léger qu'au lieu de m'alarmer ça m'avait rassuré.
Et c'était elle qui avait pioché sur la table ce que j'allais manger, choisissant scrupuleusement les plats qu'il serait le moins incommodant de manger sans les mains.
Je ne lui ai pas assez dit à ta maman, combien son amitié m'avait été douce.
Et puis j'ai rencontré Sirius.
Les premiers temps, il ne fut qu'un compagnon de dortoir, que je fuyais au même titre que les autres. Puis les choses faisant, je me mis à parler avec Franck et Peter, m'asseyant souvent près d'eux en cours.
James fut le troisième à me parler. Comme Sirius l'a déjà expliqué, nous n'étions pas amis. Juste des visages familiers qui nous permettaient de trouver nos marques.
Mais je continuais à éviter Sirius.
Ça n'a sans doute pas été de l'amour tout de suite. Mais pour comprendre la suite, il faut que tu saches que Sirius m'a longuement troublé, plus que je ne pouvais l'admettre.
Je lui accordais une attention particulière qui n'avait rien à voir avec les prémices d'une amitié. Et me craignant plus que toute autre chose, je l'évitais.
Cela ne changea qu'après que Prongs, Padfoot et Wortmail aient découvert ma vraie nature. Je me mis à converser avec Sirius autant qu'avec les autres. Mais je le craignais toujours. Il était un genre de reflet : opposé à moi en tout point et pourtant, étrangement identique.
La mort de ma mère a effectivement marqué un tournant dans notre relation. Il doit te sembler cruel que j'ai eu le droit de pleurer ma mère, alors que tu ne l'as pas eu. Si Sirius avait pu prédire l'avenir, il ne se serait sans doute jamais permis d'écrire cela.
Je dois admettre que cette nuit n'est pas restée graver dans ma mémoire aussi précisément que dans celle de Sirius. Même à l'époque, elle n'avait pas eu cette importance. J'étais dans une brume de chagrin, qui me faisait oublier la proximité incongrue de Sirius.
Mais les choses changèrent après cette nuit-là. Je ne me souviens pas précisément du déroulement de la nuit en question, mais une barrière avait été franchie ce soir-là, et Sirius devint infiniment plus protecteur.
Nous étions plus complices aussi. Sa présence était apaisante, et au lieu de la fuir, je la recherchais. Il n'avait pas l'air de manifester de pitié pour moi et cela me reposait. Il y a dans la compassion des gens quelque chose d'ignoble. Le sentiment que les individus compatissent pour se faire valoir, pour pouvoir se féliciter d'avoir été bons, généreux, indulgents.
Sirius les rembarraient à ma place, les humiliait parfois de façon assez mesquine. Il se tailla une assez mauvaise réputation cette année-là. Mais j'avais besoin de cela. Évidemment, je n'aurais pas dû le laisser endosser ce rôle de « protecteur ». Mais je le fis.
Sans doute parce que j'étais amoureux de lui. Entre autres choses.
Je n'ai pas mille anecdotes à te raconter sur cette époque. J'ai fait du mieux que j'ai pu pour effacer le maximum. Mais il y a des choses qui ne s'effacent pas. Quand nous sommes entrés en cinquième année, Sirius était devenu plus beau que jamais durant l'été, me laissant cruellement prendre conscience de mes sentiments.
Ceux-ci n'avaient sans doute échappés à personne. Je dévorais Sirius des yeux avec une telle ardeur que nul ne pouvait ignorer que mon amitié pour lui était en réalité un premier amour, aussi innocent et pur que ceux-ci peuvent l'être.
Et cette innocence était pour Sirius une souris, avec lequel le chat peut jouer des heures et des heures. Pas vraiment méchamment. Mais je pense qu'il aimait voir mon admiration. Il aimait avoir cette place dans ma vie et ne l'aurait cédée à aucun prix.
Je me souviens particulièrement d'un jour où j'étais venu voir mes amis après un match de Quidditch.
Depuis la rentrée, j'étais resté précautionneusement loin de tous les endroits où je pourrais tomber sur Sirius, moins vêtu que d'ordinaire (ce qui a, un temps, posé de légers soucis dans le cadre de notre partage de dortoir)
Mais ce jour-là, le capitaine de l'équipe m'avait alpagué alors que je quittais les gradins, me sommant d'aller lui chercher Sirius.
- Il est toujours le dernier à sortir, dis-lui de se manier pour une fois. J'ai deux mots à lui dire.
J'étais entré dans les vestiaires sans vraiment y réfléchir. Sirius était bel et bien le dernier.
Et il profitait de cette solitude pour envahir l'espace. Autrement dit, il gigotait dans tous les sens, sautant d'un banc à l'autre en chantant des âneries… Nu comme un ver, bien entendu.
J'avais senti le sang me monter aux joues, incapable de détourner le regard. Jusqu'à ce qu'il m'aperçoive.
- Oh ! Rémus.
Il s'était vivement enroulé dans sa serviette de bain. Me soulageant un peu de sa vue.
La nudité de Sirius partiellement voilée, j'avais donc pu reprendre –en partie- mes esprits et dans un élan de lucidité, j'avais tourné le dos à Sirius pour me retrouver en tête à tête avec la porte du vestiaire, mort de gêne et affligé d'être mort de gêne.
- Heu.. le capitaine de l'équipe m'a chargé de te dire de le rejoindre au plus vite.
- Je m'habille. Me prévint aimablement Sirius. Pourquoi il t'a envoyé toi ?
- Parce que je passais par là je suppose. Fis-je en levant les yeux au ciel (ce qui était relativement stupide puisque je tournais le dos à mon ami)
- Tu peux te retourner si tu supportes la vue d'un mec en caleçon.
J'étais prudemment resté face à la porte.
Dans mon dos, j'entendis presque le sourire amusé de Padfoot.
- Franchement Rémus, tu peux te retourner.
Puis il se mis à chantonner :
- Loup y est-tu ? Que fais-tu ? Je mets mon jean. Je suis très beau torse nu. Tu rates quelque chose.
Il m'avait fallu toute la volonté du monde pour ne pas me retourner et mettre à zéro les exercices de rhabillage de Sirius.
OoO
Je ne pense pas que ma décision date de ce jour là, mais je sais que j'ai essayé de prendre du recul. J'avais peur de ce que je ressentais. Pas que je trouvais ça anormal d'être attiré par un garçon (En fait, il était physiquement impossible de ne pas être attiré par Sirius. Ce fléau concernait aussi bien les filles que les garçons. Du moins c'est ce qui me semblait. Aimer Sirius était si facile, si évident pour moi que la chose me paraissait la plus naturelle du monde) Mais ce qui m'effrayait était la perte de contrôle que je sentais poindre. J'avais peur de commettre une bêtise, un jour. J'ai donc cherché à prendre de la distance et les choses se sont compliquées. Sirius n'a pas voulu me laisser faire.
Si je n'avais pas voulu m'éloigner, sans doute ne me serais-je même pas aperçu du problème. Mais plus j'évitais Sirius, plus lui me suivait. Et plus que cela même. Il devenait irritable quand je parlais à quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Il se montrait possessif, surprenant tout le monde. Même James, pourtant très proche de lui. Il me jetait parfois un œil éberlué en voyant l'attitude lunatique que pouvait adopter Sirius.
C'est cette année-là que je me suis retrouvé à partager ma paillasse de potions avec Severus. Évidemment, cela faisait bien longtemps que la guerre était déclarée entre nous. Mais malgré les piques récurrentes, nous arrivions assez bien à travailler ensemble. J'aimais la façon méthodique avec laquelle Severus étudiait. Il était sérieux et appliqué. Et nous en vînmes presque à nous entendre. Évidemment, les sujets de conversation ne sortaient jamais du cadre de nos devoirs, mais nous progressions mutuellement. Et James avait tacitement accordé une trêve à Severus, tant que faire exploser le chaudron du serpentard me mettrait en danger.
Sirius ne l'a pas supporté. Cette histoire s'est extrêmement mal terminée. J'en ai voulu à Sirius. Pour la première fois de ma vie, il me faisait peur. Parce qu'il ne semblait pas regretter, il avait l'air si convaincu d'être dans son bon droit.
Les certitudes ont toujours quelque chose de terrifiant. Quand elles concernent le choix du meilleur plat ou celui de la meilleure tactique de Quidditch cela passe encore. Mais quand les certitudes concernent une ou plusieurs personnes, le fait d'être dans l'incapacité de faire comprendre à l'autre que sa « vérité » n'a rien d'absolue, eh bien c'est effrayant.
Je l'avais évidemment engueulé de toutes mes forces. Il m'avait répondu avec le plus grand calme du monde.
- Rémus, tu es la chose la plus importante de ma vie. Et je ne tolèrerai pas qu'une saloperie crasse comme Snivillus essaie de s'approprier la chose la plus importante de ma vie.
- Je ne suis pas une chose !
- Bien sûr que non Moony. Mais ce que je voulais dire c'est que personne ne passera avant toi, tu sais, personne ne passera jamais avant toi.
Cette assurance m'avait glacé le sang.
Il y eu une semaine de froid, durant laquelle je fis la gueule à Sirius. Cela lui fit sans doute un peu réaliser qu'il avait exagéré. Les vacances arrivèrent sans que nous soyons totalement réconciliés et c'est durant ces vacances que Sirius a commencé à écrire ce carnet. Et qu'il a fui de chez lui.
La suite donc, tu ne la connais pas. La fin de la sixième année et la septième.
Après que Sirius s'est réfugié chez les Potter, j'ai tout simplement oublié que j'étais en colère contre lui. Ce qui se passait dans sa vie était beaucoup plus grave. Dumbledore eut beaucoup de mal à s'occuper de la situation, et Sirius passa de longues heures dans son bureau. Il ne voulait jamais en parler, mais quelle que soit l'heure, quel que soit le temps, nous l'attendions tous les trois devant le bureau. Paradoxalement, Sirius est redevenu plus léger, moins sombre. Les maraudeurs étaient dans une phase de liberté douce à vivre. A tel point que j'ai cru un moment avoir rêvé le début d'année, où peu à peu, Sirius prenait possession de moi.
C'était faux.
Extrêmement faux, puisque le pouvoir que nous exercions l'un sur l'autre était plus présent que jamais. Mais ce fut néanmoins la période la plus mélodieuse de notre relation. A tous les quatre.
Nous avons eu droit à des mois de douceur et de légèreté. Nous les avons accueillis du mieux que l'on pouvait. Mais pour cela une explication s'impose :
Ton parrain était quelqu'un d'extrêmement brillant.
Petit, lui et son frère avaient été pris en charge par un instructeur austère, aux méthodes antiques qui avait initié Sirius à l'art de l'auto-dictée. Il lui faisait apprendre par cœur des textes d'une longueur indécente que Sirius devait ré-écrire ensuite sans la moindre erreur. Et pas des textes de contes bien sûr. Des textes sur l'économie et la politique sorcière.
Cela entraina plusieurs choses chez Sirius. D'abord un mépris profond pour la politique. Puis un refus systématique de travailler ses cours. Et surtout, une mémoire quasi photographique. Sirius n'avait pas besoin d'apprendre. Son cerveau était capable de retenir un nombre impressionnant d'informations. Et sa curiosité naturelle en faisait quelqu'un d'extraordinairement cultivé. Évidemment, son irrespect des conventions voulait que par le fait, il cherchât à prendre le contre-pied et à se comporter de la manière la plus crétine possible.
Ton père aussi possédait une intelligence incroyable. Tout simplement parce que ses parents lui avaient déjà presque tout enseigné. Il se passait donc également assez souvent de l'apprentissage de ses leçons.
L'un comme l'autre n'avait donc cure des efforts que Peter et moi avions à fournir pour obtenir des résultats satisfaisants.
Bref. Ce que je cherche à t'expliquer, c'est comment, malgré leur arrogance et leurs défauts, Sirius et James ont rendu nos vies joyeuses à cette époque. Nous en avions tous besoin.
Au dehors il y avait la famille de Sirius. L'écart de milieux entre les parents de James et ceux de Peter Au dehors il y avait le loup qui m'avait mordu, la tombe de ma mère et un mage noir qui prenait chaque jour un peu plus de puissance.
A l'école, nous étions en sécurité. Pas seulement physiquement mais moralement. Isolés de ce monde dans lequel nous attendaient des choses abominables.
Un samedi, sur les coups de 16h, Sirius débarqua dans la chambre essoufflé, un grand sourire de gamin collé sur le visage.
J'avais relevé le nez de mes cours que je tentais de réviser
Il cachait quelque chose sous sa cape.
- Vénérez-moi !
Franck, qui était blotti dans le giron d'Alice sur son lit releva la tête et s'adressa à sa fiancée
- Al, je te présente Sirius. Il fait un peu flipper mais il ne mord pas. Évite juste de lui donner de la viande crue.
Nous avions tous ri et Sirius s'était renfrogné
- Non mais sérieusement, vénérez-moi. Sinon je garde ma surprise.
- Nous te vénérons Ô Sirius, grand roi des tarés. Avait platement énoncé James sans s'interrompre dans sa tentative désespérée de recoiffage.
- J'aime mieux ça. Vous êtes prêts ?
Sans attendre de réponse Padfoot avait alors entrouvert les pans de sa cape, nous laissant entrevoir …
- Un phonogramme ? Où tu as trouvé ce truc ? avait demandé Peter en tombant presque de son lit.
- Chez Rusard bien entendu. J'ai guetté jusqu'à ce qu'il fiche le camp et je me suis faufilé dès qu'il a tourné au bout du couloir !
- Il n'est pas dangereux tu es sur ? avait demandé Alice à Franck en riant.
- Ce soir les amis, c'est la fête !
- Sirius ! les examens sont dans deux jours. Avais-je protesté.
Sirius avait donc plongé ses yeux dans les miens
- Justement, Moony. Tu travailles trop. Ce soir, il faut que tu te détendes ! En avant la musique !
A vrai dire il fallut une bonne demi-heure à Sirius avant de réussir à faire fonctionner la machine.
Mais finalement, au bout d'un moment, la voix de Blondie raisonna dans la pièce. Sirius se mit à sauter partout, absolument pas en rythme, bousculant tout sur son passage.
Sa folie entraina James avec lui. Alice éclata encore de rire, sauta sur ses pieds et s'inclina devant Franck pour l'inviter à danser.
Entrainé par son enthousiasme, Sirius beuglait « I am still in touch with your presence, dear."
Il chantait atrocement mal et je lui lançai un cousin pour le faire taire.
Évidemment la situation dégénérant, les oreillers se mirent à voler dans la pièce, la danse se transformant en guerre rythmée.
Attiré par le boucan d'autres élèves passèrent le nez dans l'embrasure de la porte et en moins d'un quart d'heure notre dortoir était mis à sac et tout le monde dansait en tous sens, morts de rire. Les filles regardait goulument James et Sirius qui, montés sur leurs lit nous offrait un show des plus ridicules en faisant du play back sur « Baby it's me » de Diana Ross.
Lily vint s'asseoir à côté de moi. Elle tolérait James depuis peu, mais nous nous étions toujours bien entendu. Nous regardions les deux grands cinglés qui se donnaient en spectacle, chacun admirant celui qui lui était cher. Nous étions un peu sur la même longueur d'onde finalement. Partagés entre passion et répulsion. Sentimentalement, les choses se sont mieux terminées pour Lily.
- Il y a de l'ambiance chez vous, cria-t-elle dans mon oreille, afin de couvrir le son du phonographe.
Et comme si elle avait été entendue, soudain, la musique grésilla. Et un bruit de pas pressés se fit entendre dans l'escalier.
- Oh oh … fit James.
Sirius sauta de son lit et m'attrapa par la manche. Puis sans ménagement il me poussa à terre et me fit glisser sous le lit.
Quelque secondes plus tard, l'orage éclata. Ou plus exactement la voix de Minerva Mc Gonagall
- MAIS ? Qu'est-ce qui se passe ici ?
Les cris de joie et les rires cessèrent. Seul Alice Cooper continuait, relativement indifférent à l'engueulade (ce qui se défendait puisqu'il s'agissait d'un 33tours)
- Ce désordre est absolument inadmissible ! Où vous croyez-vous ? Dans un zoo ? Qui sont les responsables ?
Il y eut un silence. J'imaginais les élèves de gryffondor, prit en flagrant délit de fête, cherchant du regard les propriétaires du dortoir, espérant s'en sortir.
Je soulevai très légèrement les draps qui nous cachaient pour jeter un œil vers le lit de James.
Sous le sommier, le nez dans la poussière, tout comme nous, James et Peter étaient allongés.
Je perçus le clin d'œil de James et laissait retomber le drap le plus lentement possible.
- Mr Londubat ! Où sont vos camarades de chambre ?
Mc Gonagall avait raison de nous soupçonner en premier. Mais Franck n'était jamais avec nous en dehors du dortoir et c'était un garçon sérieux. Il nous sauva la mise de manière magistrale
- Je ne sais pas madame. Il me semble qu'ils projetaient de faire un tour dans le parc cet après-midi. Quand je suis arrivé ici tout à l'heure, c'était déjà la fête. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.
Notre professeur ne pouvait pas mettre de nom sur les coupables. Elle eut le malheur de croire Franck.
- Tout le monde dehors. Et vous Monsieur Londubat, je vous souhaite de retrouver vite vos camarades afin de ranger le désordre. Cela vous apprendra à laisser votre dortoir ouvert ! Je repasserai avant le diner, si tout n'est pas parfaitement rangé, je prendrai des sanctions !
Nous restâmes prudemment cachés sous le lit le temps que le dortoir se vide. Je croisai le regard de Sirius. Ses yeux brillaient. Le fou-rire nous guettait
Quand la porte se referma, Franck marmonna
- Vous pouvez sortir.
Je ne pus me retenir plus longtemps et j'éclatai de rire. De l'autre côté de la pièce, le rire de James et de Peter nous répondit.
Mes abdos me faisaient mal, tant l'amusement les contractait et il me fallut un bon quart d'heure pour réussir à m'extraire de sous le lit et cesser de ricaner bêtement.
Elle nous a même laissé le Phono. Remarqua Sirius en s'époussetant.
Je croisai son regard à ce moment-là et je compris qu'il avait fait tout cela pour moi, pour me faire oublier l'imminence des examens.
C'est à cette période que j'ai commis une erreur monumentale.
J'eus une idée.
J'aurais dû la chasser dès le début, mais je l'ai laissée me revenir, à chaque fois que Sirius et James organisaient un évènement impromptu, porteur d'un bonheur indécent. Et peu à peu elle prit possession de moi, m'imprégnant chaque jour un peu plus et me rendant mélancolique d'un bonheur à venir.
Nous vivions les plus beaux moments de notre vie.
Et aujourd'hui, je sais que j'avais raison.
OoO
Le journal de Sirius fait le récit de notre histoire, jusqu'au milieu de la sixième année.
Il précise que sa première année fut la pire de sa vie. Pour moi, ce fut la septième.
A la rentrée de septième année, Sirius revint changé. Les vacances que nous avions passées dans nos familles nous avaient fait comprendre l'ampleur de la gravité de ce qui se passait au dehors.
Une menace qui avait à peine eu le temps de dire son nom, que déjà tout le monde craignait de le prononcer.
Voldemort.
Ce qui le rendait si terrible, ce n'était pas ses facultés magiques ou sa cruauté. Ce qui était terrifiant, c'est que ces idées se propageaient comme une trainée de poudre, nous faisant redouter la moindre étincelle. Quel que soit l'endroit d'où elle partirait, elle allumerait tout, brulerait tout, détruirait tout. Faisant du monde un brasier.
L'école était toujours notre havre, mais la peur n'était pas dans les murs. Elle était en nous.
Sirius avait peur pour moi.
Et ce fut l'enfer.
Dès les premiers jours, je remarquai que son regard insistant n'avait rien de normal. Il fronçait sans cesse les sourcils, devenait irritable, me surprotégeant et délaissant les autres.
Notre dortoir était un huis-clos étouffant. Je n'avais plus une seconde de répit. Même James et Peter osaient à peine m'approcher.
Sirius était fou, complètement fou. Un jour, il a tabassé un garçon qui m'avait frôlé dans les couloirs. Sa paranoïa prenait toute la place.
Les jours précédents et suivants la pleine lune était infernaux. Il me surveillait sans cesse. Il m'arrivait parfois de me réveiller la nuit et de sentir son regard sur moi, depuis son lit.
Il perdit du poids, son visage se creusa et bientôt les nuages orageux qui avaient toujours traversé son regard s'y installèrent définitivement.
Il se laissait pousser les cheveux, signe infaillible de ses tourments. Et moi je ne savais pas quoi faire. J'étais mal à l'aise avec lui, inquiet dès que je parlais à quelqu'un d'autre, craignant l'intervention de Sirius.
Je n'étais plus jamais seul.
Il y eut des crises. Plusieurs fois je lui ai hurlé de me laisser. Mais il ne m'a jamais obéi.
En première année, je l'avais menacé, sous ma forme de loup garou, lui offrant la peur de sa vie.
Il m'offrit la mienne un matin, dans la cabane hurlante. C'était après une pleine lune, comme toujours j'étais faible. Au lever du jour, mes amis rejoignaient habituellement leur dortoir, me laissant récupérer. Je séchais généralement la matinée, quittant la cabane hurlante une fois que les autres étaient partis en cours, afin qu'aucun de mes camarades ne remarque mon air trop maladif. Et je réapparaissais en début d'après-midi. Mais cette année-là, Sirius s'attardait de plus en plus longtemps le matin, et j'en venais à attendre impatiemment ces rares moments de solitude, aussi désagréables soient-il.
Ce matin-là, Sirius tardait plus que d'ordinaire. L'heure passait, il avait déjà manqué le début des cours et je n'en pouvais plus de le voir tourner dans la cabane hurlante, feignant de s'occuper, mais me surveillant du coin de l'œil. Je n'en pouvais plus. Tout à coup, l'air me manquait.
- Tu peux partir Sirius.
- Je ne vais pas te laisser seul dans cet état. Répondit-il tranquillement.
Il ne voyait même pas ce que son comportement avait d'aberrant, ou plus vraisemblablement, il ne le voyait plus.
Je me redressai du mieux que mon état le permettait et je dis sans vraiment y réfléchir :
- Vas t-en !
Il se retourna d'abord surpris. Puis ses sourcils se froncèrent
- Pardon ?
- Vas t-en !
J'étais debout face à lui, à deux doigts de m'écrouler, mais fou de rage. Je voulais de l'air, de l'air.
Il y eut un silence, durant laquelle la tension me prit à la gorge. Sa colère était si intense, il avait l'air prêt à tuer et il me fixait, m'enfermant dans le rayon de son regard.
Puis brusquement il éclata de rire. Un rire hystérique. Un rire de dément.
Son regard était toujours planté sur moi, et sa bouche déformée par un rictus si horrible que l'on peinait à deviner que c'était un sourire. La surprise était loin. Je ne voyais que ce sourire malveillant et ses yeux noirs, et j'eus soudain terriblement peur. Il n'avait plus rien de mon fantasme, de mon ami. Plus rien d'humain en réalité.
- Moony … susurra t-il. Tu es tout faible. Un coup de vent te mettrait à terre.
Il avait commencé à marcher vers moi. Je reculai, incapable de réagir. Mon dos heurta bientôt un mur. Mais Sirius continuait d'avancer
- Je suis là pour te protéger. Tu ne dois pas avoir peur.
Son corps me barrait la route, son front était désormais tout près du mien et son souffle me glaçait le sang.
- Tant que je suis avec toi, il ne peut rien t'arriver. Rien du tout.
Sa bouche se posa sur la mienne. Le contact fut brutal. J'aurais pu adorer ce baiser, mais j'avais un gout de sang dans la bouche. Une envie de vomir. Ses mains glissèrent sur mes hanches.
Je repris mes esprits à ce moment-là.
- Sirius !
Il ne m'écoutait pas, répétant que rien ne pourrait m'arriver, enfouissant son nez glacial dans mon cou. J'étais un animal piégé.
L'instinct de survie me donna un sursaut d'énergie et je lui balançai soudainement mon poing dans la figure. Je me fis sans doute plus de mal que je lui en fis.
- Tu connais l'histoire du garçon qui criait au loup ? fis-je entre mes dents. Ma voix était métallique, mon intonation, menaçante. Sirius recula d'un pas. Il sembla tout à coup me voir et son visage devint livide. Son regard exprimait désormais l'horreur. Il venait de réaliser ce qu'il s'apprêtait à faire.
Il avait l'air si désolé, si pitoyable en cet instant. Effondré d'avoir failli me faire du mal. Mais j'étais encore trop habité par la peur pour ressentir de la pitié.
- Rémus... Pardon. Pardon… murmura t-il.
Il voulut me prendre dans ses bras pour s'excuser mais j'esquivai son étreinte le plus vivement possible, le laissant trébucher et heurter le mur.
Il me regarda, semblant me supplier de lui pardonner. Mais je ne pouvais pas. Je me précipitai vers le canapé, chancelant, pour récupérer mes affaires. Je ne voulais pas rester un instant de plus.
Avant de passer la porte, j'entendis simplement Sirius me demander dans un filet de voix.
- C'est quoi l'histoire du garçon qui criait au loup ?
Je me stoppai dans l'embrasure et crispai mes poings sur mon sac.
- C'est l'histoire d'un garçon qui s'amusait à crier « Au loup , Au loup ! » Les gens de son village s'armaient à chaque fois de fourches, prêts à se défendre, avant de réaliser qu'ils avaient été trompés par le garçon. Mais un jour, le garçon tomba sur un vrai loup. Il s'enfuit en criant « Au loup, Au loup » Mais les villageois, reconnaissant sa voix, pensèrent à une farce et ne sortirent pas de chez eux. Tu es comme ce garçon Sirius. A force de hurler au danger à chaque fois que quelqu'un me touche, tu es incapable de me secourir lorsque tu deviens le danger.
Il y eut un silence et je refis un pas.
- Et comment le conte se termine-t-il ?
Je n'eus pas le courage de répondre immédiatement, mais je savais qu'au fond Sirius connaissait la réponse.
Je descendis les marches de la cabane hurlante en murmurant
- Le loup le mange.
Un sanglot me parvint de l'étage. Mais peut-être était-ce le vent ?
OoO
Rien ne fut plus jamais pareil. Sans la mise en couple de tes parents, sans la création de l'Ordre du Phœnix, sans doute aurais-je totalement cessé de voir Sirius.
Pourtant, il faut que tu comprennes cela Harry : Sirius était vraiment une belle personne.
J'ai été la seule fausse note dans son parcours, le seul vecteur de sa démence. Avec les autres, il fut toujours bon, loyal, drôle.
Je l'aimais. Il me manquera toute ma vie. J'aurais voulu ne pas avoir à être moi, simplement pour pouvoir être son ami, comme ton père a pu l'être.
Nous nous sommes tombés dans les bras, après sa sortie d'Azkaban. Il restait entre nous une gêne, mais ces douze années avait effacé ma peur et son obsession. Et seul ce qui importait avait demeuré : nous étions des chevaliers. Mais des chevaliers désormais en guenilles.
Je regrette simplement de ne pas avoir compris que l'essentiel demeure, plus tôt. J'aurais aimé vivre en ayant pardonné à Sirius. Je crains que désormais il ne soit trop tard. Aujourd'hui, c'est vous qui êtes en guerre, au nom de l'amitié, de la loyauté et du bonheur.
Et même si je tremble pour vous, je pense que c'est mieux ainsi.
Qu'est-ce qui a changé ? En quoi je me suis changé ? En imbécile. Et aussi en égoïste.
Et aussi en personne qui manque de confiance en soi évidemment.
Prends soin de toi Harry .
Rémus. »
OoO
Seul dans le salon, Harry jeta un œil à l'horloge. Mais il ne parvint pas à lire l'heure. Quelque chose brouillait sa vue. Un nuage de souvenirs.
Il referma le carnet lentement et caressa précautionneusement la couverture. Il détenait un secret fragile. Deux vies était consignées là. Entre ses mains.
Harry se leva, serrant toujours le carnet dans sa main.
Il était vivant. Mais ça ne suffisait pas. Maintenant il avait un devoir. Une dette, laissée par les maraudeurs.
Il devait être heureux.
Et il songea que Andromeda avait raison. Les gens ne sont pas bons ou méchants. Ils se transforment c'est tout. L'important c'est de comprendre pourquoi et comment ils se transforment.
D'un jour à l'autre, ils deviennent un peu plus lourds, un peu plus légers. Plus sombres ou brillants. Plus nerveux ou plus doux, plus durs ou plus humains.
OoO
Fin
