- SBAM -

SOURIRE - BONJOUR - AU REVOIR - MERCI

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JOUR 4

« Bonjour Régina, quoi de neuf aujourd'hui ? »

La brune redressa brusquement la tête, jetant un regard noir à celle lui faisant face.

« Vous plaisantez ? »

Sa voix s'était faite sévère pourtant, seul un sourire accueillit sa question.

« Je devrais ? »

« Nous ne sommes pas amies ! »

« Oh… »

« Oh ? » Répéta-t-elle sarcastique, « cessez de prendre vos aises avec moi ! »

« Pourtant voilà plusieurs fois que nous papotons ensemble ! »

« Vous appelez cela papoter ? »

« Bavarder ? »

« Non. »

« Discuter ? »

« Non. »

« Parler ? »

« Non plus. »

« Que faisons-nous alors ? »

« Vous ne cessez d'engager la conversation avec moi. »

« Ah oui, donc tout est de ma faute ! »

« Que… De votre faute ? »

« Oui de ma faute. »

« Ne faites pas l'enfant. »

« C'est votre seul argument ? »

« Que… ? »

« Votre seule défense ? »

« Mais… »

« Ah ah, vous n'avez rien d'autre à dire hein ! »

Un léger silence, que seul rompirent les bips lourds et sonores de la caisse s'installa entre elles. Régina, un peu ahurie par le comportement de la blonde secoua la tête en fronçant les sourcils. Puis, reprenant contenance, elle força son visage à se débarrasser du trouble qui venait de l'envahir en adoptant un masque terne, neutre et froid, recouvrant ses yeux d'une lueur sombre et sauvage, imposant à ses lèvres un pli sans saveur, inexpressif, fade et ennuyeux.

« Exactement, » finit-elle par dire après quelques secondes de battements, d'un ton qu'elle chercha maussade. « C'est de votre faute. »

« Je ne vois pas pourquoi ! »

Régina ne put feinter la morosité plus longtemps, son regard se réfugia dans le fond des yeux lui faisant face, armée d'une voix chargée d'un chuchotement d'aboiements :

« Vous êtes stupide ou vous le faites exprès ? »

Les éclairs onyx affrontèrent le calme rieur d'un océan émeraude, des eaux opalines vertes piquées par quelques îlots marrons lui rappelant la nature avec ses rivières fougueuses, ses arbres à l'écorce brune et leurs longues branches munies d'un feuillage verdoyant. Régina lutta pour sortir de l'emprise dans laquelle elle venait de se plonger avant d'afficher une esquisse de sourire, son regard devant plus calme, son expression semblant s'adoucir.

« Vous le faites exprès...»

La caissière esquissa une moue vaincue en attrapant l'article suivant, se demandant comment cette cliente parvenait à jouer sur son humeur sans pour autant l'agacer réellement. Elle se refusait encore à l'avouer mais, elle appréciait leurs échanges, ces étranges et atypiques joutes verbales rompant avec la monotonie de son quotidien.

« Encore des légumes ? » Dit-elle quelque peu railleuse, « j'espère que vous n'avez pas confondu tomates et courgettes cette fois ! »

« J'ai retenu la leçon. »

« Vous m'en voyez ravie. »

Régina secoua doucement la tête en terminant de passer les articles de la blonde.

« Je vous désespère n'est-ce pas ? » Demanda cette dernière après quelques minutes en récupérant sa monnaie.

« Je ne dirais pas ça, » répondit négligemment la brune.

« Et que diriez-vous ? »

Emma ne s'attendant pas à la moindre réponse fit un clin d'œil à la brune avant de tourner les talons, ou du moins voulut tourner les talons. La voix de la caissière stoppa son geste.

« Je vous aime bien. »

Et la blonde s'éloigna, sans rien ajouter, le sourire aux lèvres.


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JOUR 5

« Ah. C'est vous. »

La caissière, armée de son ton blasé et empathique ne releva les yeux que de toutes petites secondes avant de commencer à faire défiler un à un, d'un geste énergique, les codes-barres devant le laser de sa machine.

« Bonjour Régina ! » S'exclama la blonde, « je vois qu'encore une fois vous vous souvenez de moi. Faites attention, faites très attention. »

Cette blonde était une fois de plus vêtue de son éternel sourire.

« Que racontez-vous encore ? »

Régina prit un air doucement agacé.

« Je vais finir par croire que vous m'accordez une attention particulière. »

« Comme la plupart des croyances, ce n'est que pure fantaisie. »

« Oh ! » Lança la blonde, les yeux joyeux.

« Quoi encore ? »

« N'est-ce pas un sourire que je vois poindre ? »

« Ne dites pas de bêtises, » répliqua-t-elle vivement après avoir fait claquer sèchement sa langue en signe de mécontentement.

« Mais si, je vous assure, » insista la cliente en pointant son index vers le visage de la caissière, « là, juste au coin de vos lèvres. Cette toute petite ride... »

La caissière prit un air exaspéré par l'attitude enfantine qui venait de piquer celle lui faisant face puis demanda :

« Vous avez de nouveau tout pesé aujourd'hui ? »

« Comme vous avez déjà pu le constater la fois d'avant, je m'améliore. »

« Sans la moindre erreur ? »

« Sans me tromper, vérifiez par vous-même. »

« Effectivement, c'est vrai. »

« Et pour votre sourire ? J'ai le droit à une récompense tout de même non ? »

La brune tendit la main pour réclamer la somme due :

« Vingt-et-un, cinquante, » dit-elle sans ménagement, « et pressez un peu, il y a du monde derrière vous. »

« Du monde ? » S'exclama la blonde dans le ton de la confidence en regardant en direction du magasin, et de cette soit-disant file d'attente. « Un grand-père qui galère à décharger ses achats sur votre tapis et un adolescent boutonneux qui, vous devriez être attentive, est en train de vous piquer des bonbons ! Vous appelez ça du monde vous ? »

« Certes. Vingt-et-un, cinquante, » répéta une fois de plus la caissière. Peu clémente.

« La politesse ce n'est toujours pas pour aujourd'hui ? »

Régina encaissa la monnaie que lui tendit la blonde.

« Il semblerait que non. »

« Je vois. »

« Vous m'en voyez navrée. »

« Vous êtes une sacrée menteuse vous savez. »

« A la prochaine fois très chère, » se contenta de répondre Régina après un temps d'arrêt avant de se désintéresser totalement de cette drôle de cliente qui quitta le magasin, une fois ses achats placés dans un sachet, sans la moindre objection.


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JOUR 6

« Bonjour Régina, » dit la cliente en déposant en vrac ses nombreux achats sur le tapis de caisse, poussant un soupir de soulagement en se délestant du poids de ses articles, râlant lorsque certains vinrent à tomber au sol.

La brune fronça les sourcils en secouant doucement la tête, légèrement mécontente.

« Vous n'auriez pas pu vous munir d'un sac ? » Répondit-elle seulement.

« J'aurais pu mais, j'ai oublié. »

« Pourquoi cela ne me surprend-il pas ? Et un caddie ? »

« Aucune idée. Je n'aime pas ça. »

« Oserais-je dire que vous êtes parfois une sacrée idiote ? »

« Vous pourriez mais alors je vous répondrais que parfois vous êtes une sacrée vipère. »

Les deux femmes se regardèrent en silence pendant quelques instants, avant que chacune d'elle ne détourne le regard, une lueur amusée animant leurs yeux.

« Oublions l'idiotie, » finit par dire la brune en commençant à scanner les articles.

« Pour ma part je sais qu'il serait sage que je n'oublie jamais que vous avez tendance à avoir une fourche à la place de la langue. »

« Et vous auriez entièrement raison. »

La blonde se frappa le crâne d'une main, d'un geste théâtral.

« Je rêve où pour une fois vous approuvez mes dires ? »

« N'allons pas jusque-là. »

« Alors... »

« Taisez-vous et allez récupérer une des cagettes qui traînent à l'entrée du magasin pour transporter tout cela. »

« J'ai le temps ? » Demanda la blonde en regardant la file de clients grossir après elle.

« Ils attendront, » affirma Régina d'un ton catégorique en leur lançant un regard plein de mépris.

« Bien. »

La brune la regarda s'éloigner en levant les yeux au ciel, certaine qu'elle serait revenue aussi vite que ses jambes le lui accorderaient. Et, cette pensée ne fut contredite.

« Et voil-... »

« Cinquante-trois, quatre-vingt-quatre, » la coupa Régina.

« Espèce ou carte ? »

« Vous me posez sérieusement la question ? Ce n'est pas à moi de choisir ! »

« Pas faux. Carte. »

« Vous connaissez votre code au moins ? »

« Évidemment. Quelle question. »

« Vous connaissant on pourrait se le demander. Allez, dépêchez-vous ! Et non, ne me le demandez pas. Aucun remerciement ne sortira de ma bouche aujourd'hui. »

« Vraiment ? »

« Vraiment. »

« Bien. Sur ce, je vous dit à la prochaine Régina. »

« Oui. »

La blonde expira fortement en soulevant sa cagette pleine à craquer puis sourit. Un large sourire réellement pétillant qui laissa la brune perplexe tandis que l'autre s'engageait vers la sortie.


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JOUR 7

« Quelque chose me dit que je vous ai manqué ! »

La brune redressa rapidement la tête, dissimulant tant bien que mal le sourire qui avait manqué d'envahir brusquement ses lèvres.

« Je vous demande pardon ? »

Son ton était pourtant cassant. Son expression fermée.

« Quelque chose me dit que vous avez du mal avec les plaisanteries également, » affirma la cliente blonde en esquissant une moue méditative, « je ne saurais dire si cela me plaît ou non. »

« Qu-Que... Qu'est-ce que... ! »

Régina après un instant de stupeur stoppa sa phrase devant l'expression ravie de l'autre femme. Elle était en train de se moquer d'elle et, cela fonctionnait à merveille. La caissière la fusilla quelques instants du regard puis se racla la gorge avant de reprendre la parole :

« Comme c'est contrariant, » commença-t-elle munie d'une expression neutre et anodine, « vous ne trouvez donc pas ? » Finit-elle en haussant légèrement son sourcil gauche, cherchant à l'inclure dans sa réflexion piégeuse.

« Contrariant ? » Répondit la blonde incertaine.

« Ne le saviez-vous pas ? Le destin m'a attribué ce poste de caissière dans ce coin paumé du pays seulement pour qu'un beau jour je puisse tomber sur une cliente qui même si elle est jolie est totalement casse-pied ? Comme c'est contrariant que je ne vous plaise pas puisque mon seul et unique but dans cette vie était de vous charmer ! Oh misère et damnation, que vais-je devenir ?

Intérieurement, Régina rit. Extérieurement, elle se para d'une expression suffisante qui la fit paraître majestueuse et hautaine alors que, pour la première fois depuis qu'elles étaient entrées en interaction, la blonde fut à court de mot.

« Je...euh... »

« Oui en effet, il est temps que vous déposiez vos articles sur le tapis. Ce n'est pas parce que vous êtes la seule cliente en caisse qu'il vous faut accaparer le temps des employés. »

« Oui... euh... désolée... »

La blonde déposa ses achats.

« Qu'est-ce que... Soirée... foot ? » Demanda soudainement la brune avec une certaine curiosité.

Elle se mordille la lèvre inférieure, cette question avait été plus forte qu'elle.

« Euh non... pourquoi ? »

« Les chips, les bières... »

« Soirée jeux-vidéo. »

« Vous... »

« Et oui, ne vous en privez pas. Dites-le que c'est enfantin, vous en brûlez d'envie. »

« Non pas du tout, je n'en pense rien très chè-... »

« Emma. »

« Comment ? »

« Emma Swan. Enchantée, je crois... » dit la blonde avec une certaine nervosité que Régina ne lui avait encore jamais vu.

« Vous croyez ? » Reprit-elle en haussant un sourcil amusé.

« Disons que... »

La blonde se rapprocha de la caissière et demanda, dans un léger chuchotement :

« Est-ce vrai, que vous me trouvez... jolie ? »

L'amusement de Régina s'intensifia sous le malaise qu'elle percevait chez l'autre femme tandis qu'un léger rougissement commençait à être visible sur les joues de cette dernière.

Régina ne comprit pour quelle raison mais, ce sujet avait fait taire l'aplomb de la blonde et, il fallait qu'elle en profite comme elle savait, qu'elle était persuadée que cela n'allait pas durer. Elle jubila, pour une fois elle allait pleinement avoir le dernier mot.

« Allez, fichez-moi le camp jolie Emma, » répondit-elle avec malice en lui rendant sa monnaie, « on se revoit lors de vos prochaines courses. »

La brune se désintéressa totalement d'elle ou du moins donna cette impression et ne put s'empêcher d'afficher un large sourire lorsque, du coin de sa vision, elle observa la blonde piquer un réel fard.


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Merci de votre lecture. J'espère que ce second chapitre vous plait. Désolée pour l'attente mais, même si l'écriture à une place chère en mon cœur, j'ai vraiment beaucoup de mal à trouver du temps pour laisser s'exprimer cette passion. Mais, je compte bien continuer SBAM. En tout cas, n'hésitez pas à me donner votre avis, il est évidemment le bienvenu.

Merci à ceux qui ont pris le temps de me laisser un commentaire, ça me fait vraiment plaisir.

Merci à Not gonna die, pour son aide et avis.