Chapitre 2 : Une chatte et un osso buco.

La gare routière était plutôt calme en ce début d'après-midi. Des voyageurs assis sur des bancs somnolaient, d'autres, devant un zinc, tuaient le temps en sirotant une bière. Des bus sagement rangés en épis servaient de refuge à des chauffeurs fatigués.

Carter fut saisi par la chaleur en sortant. Son visage recevait déjà l'agression des rayons de soleil alors que son dos bénéficiait encore de la fraicheur de la climatisation. Elle fronça les yeux, « merde » se dit-elle, « j'ai pas pris mes lunettes de soleil. » Ce n'était pas la seule chose qu'elle avait oubliée en Virginie.

Elle descendit les marches avec précaution, il faut dire que la petite valise était réellement lourde.

Barbara récupéra son autre valise dans la soute, « heureusement, elle a des roulettes », se dit Carter.

Barbara lui fit un signe, « viens, nous avons encore presque une heure avant d'arriver. »

Elles prirent un bus puis un second. Carter voyait défiler le Burger King qui laissaient la place à un Pizza Hut lui-même remplacée par un Dunkin' Donuts. Tiens un Starbucks. Sa petite ville lui semblât bien étroite. L'avenue était immense. Sans le vouloir, elle se laissa surprendre, une impression de liberté s'immisça dans son esprit. Depuis son départ, elle put enfin respirer, sentir poitrine se soulever sans contrainte.

Les magasins, hôtels et autres bars disparurent et apparurent des résidences puis des maisons individuelles. Carter vit un panneau routier indiquer la direction d'Emory University.

« C'est ici que nous descendons. » lui dit Barbara.

De grands arbres bordaient les rues, les pelouses étaient entretenues. Tout était, soit d'un vert profond, soit d'un vert tendre. Le quartier était calme et semblait sorti d'une revue d'art.

Carter suivait Barbara qui pour son âge marchait plutôt vite. Elle changeait souvent de main pour porter la valise, par chance se dit-elle, mon sac à dos ne fait pas le même poids.

Elles s'engagèrent dans une allée. Au bout de celle-ci, apparut une jolie maison blanche sous un grand chêne dont les branches étaient recouvertes de mousse.

Un jardin entourait la maison, Carter ouvrit ses yeux, c'était une vraie forêt vierge. Des rosiers se disputaient la place avec des arbustes aux fruits rouges entourés d'herbes folles d'une hauteur démesurées. Une allée en pierre permettait en principe d'atteindre la porte d'entrée mais elle eut peur de devoir utiliser un coupe-coupe.

Barbara s'aperçut de son étonnement, « je sais Carter, mon jardin n'est pas celui de mes chers voisins mais crois-moi j'entretiens la biodiversité. Je déteste les choses trop bien rangées et puis c'est mieux pour mes hôtes.»

Deux chats se précipitèrent vers elle avec un ronronnement de folie. Ils se frottaient à ses jambes en arrondissant leurs dos, la queue raide comme la hampe d'un drapeau.

L'un des deux se détacha et s'approcha de Carter. Il était marron clair avec des traces plus foncée, musclé et haut sur pattes. Après un temps d'arrêt, il renifla le jean de Carter puis se colla contre elle.

« Carter, permet moi de te présenter Monsieur Roméo. Fait attention, il porte bien son nom. Il séduit toutes les femelles qu'il rencontre. La plus petite s'appelle Tigrette.»

Cette dernière s'était assise et observait Carter de loin. Grise avec des stries noires, le bout de ses pattes et le masque de son museau étaient d'un blanc éclatant. Elle avait un regard bleu qui vous dominait et vous transperçait. Elle tourna le dos et montrant ses fesses se dirigea vers la maison.

« Elle est plus sauvage et très indépendante mais si elle t'adopte, tu verras, elle a un pouvoir magique. »

Barbara ouvrit la porte. « Pose les affaires dans l'entrée. »

« Tu n'aurais pas envie d'un thé et manger quelque chose, par hasard ? Installe-toi dans le salon. Je te montrerai ta chambre plus tard.»

Le couloir donnait directement sur une grande pièce. Une baie-vitrée s'ouvrait vers l'arrière du jardin.

Elle était totalement blanche. Les meubles étaient design, d'une rare modernité. Elle s'attendait à voir des meubles en bois, vernis, polis par le temps, un intérieur de personne âgée, quoi. En fait tout n'était qu'acier, verre et transparence. Des tableaux étaient suspendus au mur, modernes, abstraits, colorés souvent, sombres plus rarement. En tout cas des choses qu'elle ne connaissait pas.

Les étagères étaient remplies de livres et d'objets divers qui semblaient provenir des quatre coins du monde. Sur un meuble, Carter découvrit des photos en noir et blanc. On y voyait une jeune fille aux cheveux blonds riant avec un diplôme à la main, accompagnée par une femme beaucoup plus mature. Sur une autre Carter n'en cru pas ses yeux, la même jeune fille au bras de Martin Luther King entourée de jeunes gens noirs, blancs, métis. Puis d'autres en couleurs de Barbara avec des hommes ou des femmes qui semblaient aimants et heureux à Paris, New-York, Pékin, Rome, Venise, sur une plage de sable, dans la neige ou devant le pont de Londres.

D'un bond souple Roméo monta sur le meuble, il renifla la main de Carter et s'assit près de la première photo. Carter s'approcha pour mieux la regarder.

« J'étais jolie, tu ne trouves pas ? » Carter sursauta, elle se retourna et vit Barbara avec une théière.

« Oui, tu étais très jolie. »

Barbara prit la photo, « je te raconterai l'histoire de cette jeune fille. »

Carter était sous le charme « j'adore ta maison. Je n'avais jamais vu une maison décorée en blanc. Et ces tableaux sont magnifiques. » Elle rit, « Tu n'aimes pas le noir visiblement. »

« Carter, le noir n'est beau que sur la peau ou alors c'est un tableau de Soulages.»

Elle regardait Barbara sans comprendre qu'elle était le secret que cachait cette femme. Elle ne savait pas encore que le blanc est la couleur du deuil.

« Excuse-moi mais c'est qui Soulages ? »

Barbara plissa ses lèvres, en prenant un air malicieux, « il faut que nous ayons une discussion toutes les deux. Je te montrerai ses toiles sur le net. C'est un grand peintre français, il ne travaille que le noir. »

« Tu veux dire que ses tableaux sont totalement noirs ? »

« C'est là tout son génie, ils sont noirs et pourtant aucun n'est pareils. Il joue sur la texture, la lumière qui se reflète. On vient juste d'ouvrir un musée en France qui lui est consacré. Je rêve d'y aller. Tu m'y accompagnerais ? »

Carter resta interdite, elle ne savait que penser.

Barbara sourit. « Excuse-moi, je vais un peu trop vite. Viens, allons prendre le thé, c'est une tradition dans cette maison.»

Assise devant sa tasse, Carter se laissa servir par Barbara. « Tu vois même dans le thé, je préfère le vert au noir. En fait ma mère était anglaise.» Son regard se perdit un très court instant, « c'est une des rares choses que je tiens d'elle.»

Il y avait des tas de petits gâteaux, de toutes les formes, de toutes les sortes ainsi que des petits sandwichs.

Barbara lui passa une assiette, « j'ai une excellente aide-ménagère, gentille et très dévouée. »

Elles mangèrent en riant, « le thé est excellent, Barbara. »

« Mon dealer personnel est un chinois encore plus vieux que moi. Il a aussi de l'opium mais c'est plus vraiment de mon âge. Un jour, il m'a demandé en mariage. Mais ça aussi c'est plus de mon âge, ou plutôt cela n'a jamais été de mon âge.»

«Tu n'as jamais été mariée ? » Carter était étonnée. Comment une jeune fille aussi jolie avait-elle pu rester célibataire ?

« Non ma puce, trop indépendante, trop sauvage, trop intelligente aussi, comme Tigrette. A mon époque cela faisait peur aux hommes. Et puis, il aurait fallu choisir et moi, j'étais du style à tout vouloir. Si tu vois ce que je veux dire.» Elle lui fit un clin d'œil.

Barabara s'aperçut que Carter commençait à fermer ses paupières. «Je parle toujours trop. Suis moi, je vais te montrer ta chambre, repose toi et ce soir je t'emmène manger dans le meilleur italien d'Atlanta. »

Carter découvrit une chambre aux dégradés de bleu avec un grand lit. Une fenêtre donnait sur le chêne.

« La salle de bains est ici. » Barbara ouvrit une porte attenante à la pièce, qui fit apparaître une immense baignoire. Carter restât sans bouger, elle avait du mal à réaliser.

« Ha, j'oubliais !» Barbara disparut un instant puis revint avec des clefs à la main.

« C'est pour toi. Tu pourras sortir et rentrer comme tu veux. Ma chambre est à l'étage, tu ne me dérangeras pas. » Elle lui tendit le trousseau.

Carter se sentit totalement désarmée face à toute cette générosité. « Barbara, tu es si gentille. Tu ne me connais pas et tu m'offres les clefs de ta maison. Je ne sais pas quoi te dire.»

Barbara s'approcha, «Il n'y a rien à dire. Tu es ici chez toi, Carter. En quelque sorte, je ne fais que payer une très vieille dette. Mais on en parlera plus tard. A toute à l'heure.»

Carter la regarda sortir, elle lui fit un petit signe. Elle s'allongea sur la couette du lit en prenant soin d'enlever ses chaussures.

Les choses étaient allées si vite, il semblait qu'elle était partie depuis des jours et pourtant…

Elle revoyait sa propre chambre. La porte qu'elle fermait avec tant de précaution pour éviter le moindre bruit. L'escalier qu'elle descendait en évitant soigneusement la marche qui grinçait.

Ce qu'elle ne voulait pas se produisit, l'image du tribunal s'imposa à elle. Le sourire de Lori, les questions de son avocat. Et ce juge, comment un juge peut-il laisser poser ces questions ? Peu à peu, elle eut l'impression que c'était de sa faute si Lori était devenue folle. Folle d'un amour qu'elle avait suscité. Elle était coupable, coupable de ne pas avoir su éteindre cette passion.

Elle n'avait que 17 ans, et maintenant les adultes lui demandaient de faire un choix impossible. Elle ne pouvait pas effacer 13 ans de sa vie même si cette vie n'était construite que sur un mensonge. Et elle ne pouvait renoncer à l'amour qu'elle portait à sa mère, à Taylor, à Grant, à sa famille.

Finalement, l'avocat avait raison, elle n'apportait que le chaos, le malheur. Et le regard d'Elisabeth devant l'annonce de ce soi-disant frère, de ce fils caché de l'homme qu'elle venait à peine de retrouver. Elle ne pourrait jamais l'oublier.

Elle était irrémédiablement attachée à l'histoire de Lori. Comme si sa folie lui collait à la peau.

Carter s'agitait sur le lit. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues.

Elle entendit un petit bruit, elle leva la tête, c'était la fenêtre qui s'ouvrait doucement. Elle sentit imperceptiblement un poids se poser sur le lit.

Tigrette s'approchait lentement. Carter n'osa pas bouger. La chatte monta sur son ventre tout en la fixant dans les yeux. Elle commença à masser son ventre avec ses pattes puis après quelques minutes, elle vint se coucher sur sa poitrine en posant sa tête contre son cou.

Carter avança sa main et caressa le poil soyeux. Un ronronnement monta de la gorge de l'animal qui la détendit complètement. Elle était apaisée. Elle ferma les yeux et s'endormit.


Quand, elle se réveilla, le soir commençait à tomber. Tigrette releva son museau, Romeo était à ses pieds. Elle se rendit compte qu'elle avait dormi sans cauchemars.

Tigrette la libéra de son poids. Elle sauta sur le rebord de la fenêtre et disparue.

Carter jeta un regard au cadran de son portable devenu inutile.

Elle vit sur une chaise, une grande serviette.

Elle fit couler l'eau dans la baignoire. Elle se glissa à l'intérieur. La chaleur lui apporta un sentiment de plénitude. Elle prit l'éponge et la passa sur son visage. Elle retint sa respiration et plongea.

Barbara était scotchée devant la télévision, elle sourit quand elle vit Carter entrer. «Viens ma puce, viens voir ça. Au fait, tu as bien dormi ? »

« Très bien, j'ai eu des compagnons efficaces.»

« Assis-toi près de moi. » Elle rayonnait. « Ils l'ont fait, Carter ! La Cour Suprême a légalisé le mariage pour tous pour l'Amérique entière.»

Carter vit sur l'écran une foule immense qui s'embrassait et se tenait par la main. Des drapeaux arc en ciel flottaient partout. La joie des gens était communicative. Elle trouvait ça génial.

Barbara la regarda, « Je me suis toujours battue pour les droits civiques. Aujourd'hui, c'est un bon jour pour l'amour. Je suis heureuse pour tous les amoureux.»

Carter ne put s'empêcher de penser à Madison, est-ce que ses parents l'accepteront mieux ?

« J'ai une amie qui est gay. Ses parents lui ont demandé de choisir, soit renoncer, soit partir. »

« Et qu'a-t-elle fait ? »

« Elle est partie. Barbara pourquoi faut-il toujours faire des choix ? Pourquoi l'amour ne peut-il se partager ? »

« Parce que l'humain est souvent égoïste et possessif. Il faut rentrer dans une case sinon tu fais peur. Vois-tu, les parents de ton amie sont comme beaucoup de parents, ils sont persuadés de connaître les besoins de leurs enfants parfaitement et surtout ils ne peuvent imaginer qu'il soit différent d'eux. La famille est un microcosme compliqué, Carter.»

« Oui, je m'en suis aperçu. » Carter sentait à nouveau le vide l'envahir.

Barbara la fixa, « Ton amie a fait son choix, comme je l'ai fait, il y a longtemps. Comme tu l'as fait hier soir, n'est-ce-pas ? »

Carter était troublée, « Comment l'as-tu compris ? Je semblais si perdue ?»

Barbara lui pris la main, « ma puce je l'ai compris parce qu'il y a 60 ans, j'ai pris un bus pour quitter ma famille comme toi. Comme toi, j'avais un petit sac de toile sauf qu'il ne se portait pas sur le dos.»

Elle fit une pause.

« Carter nous avons tous des raisons différentes de partir mais il y en a une qui nous est commune et c'est la principale. On veut simplement sauver notre peau. Rester c'est mourir, c'est renoncer à notre vie. »

Elle vit les larmes dans les yeux de cette jeune fille qui passait de l'adolescence à l'âge adulte.

Elle l'a pris dans ses bras. Carter se laissa faire. « Il faut beaucoup de courage; crois-moi cela permet un jour de mieux revenir. S'ils t'aiment, ils le comprendront. »

Carter sentit sur sa joue, un énorme baiser.

« Allez, viens, ce soir je te fais découvrir le monde de Guiseppe et Frederico. Ils font les meilleures pizzas du monde et leurs pates sont extraordinaires. En plus il y a un chianti capiteux et d'un rouge profond. »


Carter se vit entrainée dans une petite voiture blanche, bien entendu, qu'une fine bande tricolore traversait du capot au coffre en passant par le toit.

Barbara en démarrant dit à Carter, «les italiens connaissent parfaitement trois choses, la sauce tomate, les voitures et la chanson.» Elle sourit, « parfois les femmes aussi. »

Elles passèrent devant un grand mur où trônait une inscription en latin, et un nom Emory University. « C'est Emory, c'est ici que je travaillais. Il m'arrive encore d'y faire des conférences. »

« Tu étais prof ? »

« Et oui, prof de psychologie. J'ai étudié les méandres de l'âme humaine. » Elle se mit à rire ; « J'ai même écrit des bouquins. Une vraie intellectuelle.»

Carter le dit spontanément, « comme Taylor, ma sœur.» Elle se mordit les lèvres. Mais elle se dit qu'après tout, Barbara l'avait déjà mise à jour, alors un peu plus ou un peu moins. Et puis, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle pouvait lui faire confiance. Barbara avait une fracture dans son cœur comme elle. Malgré leur différence d'âge, elle la voyait comme une amie.

« Tu as une sœur, et tu l'aimes beaucoup sinon tu n'en parlerais pas. Elle est intelligente, studieuse et tu penses, différente de toi, c'est ça ? »

« C'est vrai. C'est une « Tête », elle est à la fois douce, fragile mais aussi très déterminée. Elle a beaucoup souffert ces dernier mois.» Carter se tut, trop de mélancolie.

Elle reprit d'une voix plus basse, « dès demain, je vais chercher du travail. Ensuite j'essaierai de trouver un appart. »

Carter voulait changer de sujet, Barbara n'était pas dupe.

« Merci, tu veux déjà me quitter. C'est sûr vivre avec une vieille, ce n'est pas drôle. »

« Non, c'est pas ça. Mais je ne veux pas être une charge pour toi et puis je dois m'assumer. Sinon, ça sert à quoi de m'être enfuie ? »

Cette gamine a une maturité extraordinaire pour son âge, pensa Barbara.

« Je comprends, tu as raison. Pour le boulot, nous en parlerons demain. » Elle lui posa la main sur la cuisse, « ce soir, on fait la fête. On en a besoin, toute les deux.»

Le restaurant arborait fièrement son enseigne, verte, blanche et rouge, « A casa ».

Construit en pierre avec un toit en tuile ocre, il dégageait une impression de bien-être. L'intérieur était décoré avec des peintures où on apercevait des cyprès qui montaient haut dans un ciel azur, des champs de blé piqués de coquelicots, des vignes qui courraient le long de vallons verdoyants où des hommes travaillaient. La mer était omni présente, d'un bleu intense, avec des barques de pêcheurs et cette lumière crue qui éclairait chaque objet, chaque personnage.

En entrant, un homme jovial d'une trentaine d'années, grand et costaud, avec le geste ample, les accueillit en venant du fond de la salle.

« Cara mia », il s'emparât de Barbara et l'engloutit dans ses immenses bras. « Tu es toujours la plus belle. »

« Frederico, je suis heureuse de voir que ton charme agit toujours.»

Il tomba en arrêt devant Carter, « Mais tu nous amènes une vraie poupée. »

« Je te présente Carter, une amie très chère. »

« Mademoiselle, je suis enchanté.» La main de Carter disparut dans celle de Frederico qui la porta à ses lèvres pour l'embrasser.

« Carter, fais attention, Frederico est l'exact double de notre Romeo. Atlanta rugit de ses conquêtes.»

« Barbara, pour qui tu me fais passer. Ne l'écoute pas Carter, je suis devenu inoffensif. Je suis amoureux.»

Barbara rigola, « alors c'est sérieux avec Sofia, la petite cubaine t'as définitivement attrapé. »

Frederico rougit comme un enfant, « on va se fiancer et vous serez invitées à la noce. Toi aussi Carter. »

« Venez, je vous mène à votre table. »

Le restaurant était plein de monde, de bruit, de rire. L'ambiance était chaude et décontractée.

Elles s'installèrent à une petite table, dans une alcôve ; une nappe blanche, sur laquelle était posé un petit chandelier, recouvrait une table en bois rustique. Les flammes de deux bougies amenaient une note d'intimité.

« Comment va Guiseppe ? »

« Mieux, Barbara, beaucoup mieux, son opération est derrière lui. Il a retrouvé son cœur de jeune homme. Je lui ai dit que tu venais, il va passer. Tu sais bien que pour t'embrasser, il se damnerait.»

« Je vous apporte de l'eau et ton chianti.»

« Carter, tu veux boire quelque chose ? »

« Non de l'eau ça ira. »

Frederico fit la moue, « Tu as déjà gouté un martini ? »

« Non, jamais. »

« Tu bois de l'alcool, t'es pas trop jeune ? » Il regarda Barbara.

« Je crois que Carter à l'âge maintenant pour beaucoup de choses, Frederico. » Elle toucha gentiment la main de Carter qui lui sourit.

« Alors un martini rosso.»

Barbara le reprit, « Non, due Frederico ; Uno bianco per me. »

Carter était conquise par l'énergie dégageait par Frederico. Il parlait en agitant ses mains, elle le trouvait très drôle.

« Sta sera, ho un' osso buco, ça vous tente ? »

Il s'adressa à elle, «Carter, hai già mangiato osso buco ? » Il avait pris un accent italien très prononcé.

Elle secoua la tête tout en commençant à rire, « Non, c'est quoi ? »

Frederico prit une mine outragée. « Come, non conosce osso buco. » Il se tourna vers Barbara, « ma, il faut lui faire toute son éducation à cette petite. »

Barbara lui dit, « tu vas voir c'est excellent.»

Frederico se mit à la hauteur de son visage. «L'osso buco, c'est une recette qui vient de la ville de mon grand-père, Milano. Imagine du veau très tendre avec des petits légumes tous cela mijotés au vin blanc servi avec un rizotto en sauce et une pointe de safran. Carter, tu m'en diras des nouvelles. Tu me fais confiance ? »

Carter secoua la tête de haut en bas cette fois-ci, «oui, je te fais confiance.»

« Bene, allora andiamo.» et il disparut en cuisine.

Carter riait franchement, « il est extraordinaire » dit-elle à Barbara, « il a le don pour communiquer sa joie de vivre. »

« Oui, » lui répondit Barbara, « c'est ce qui fait son charme. Il est toujours très positif.»

Une serveuse apporta les deux martinis. Carter trouva le gout sucré et très agréable surtout servi bien frais avec des glaçons.

Les martinis étaient accompagnés d'olives vertes cassées que Carter s'amusait à piquer avec un cure-dent avant de les porter à sa bouche.

Elle regarda Barbara, « tu étais prof de psycho, c'est ça ?

« Oui, Carter c'est ça.»

« Ce sont des études difficiles, je pense ? »

« Pourquoi me poses-tu cette question. Cela t'intéresse, tu aimerais étudier la psychologie? »

« Je ne sais pas, je crois que je n'ai pas le niveau pour cela. Je ne me suis jamais projetée dans mes études. Celle qui réussira c'est ma sœur, pas moi. Et puis de toute façon, aujourd'hui la question ne se pose plus.»

L'osso buco était arrivé, elle commença à manger. Effectivement, c'était excellent.

Barbara attendit un petit moment puis repris la conversation. « Tu sais Carter, si l'étudiant est passionné par ce qu'il travaille et s'il s'est fixé un objectif, les choses deviennent plus faciles. Tu étais au collège ? »

« Oui, mais disons que mon année a été un peu chaotique, tu vois. »

Barbara continua, elle ne lâcherait pas, « Tu as passé les tests d'entrée en fac ? »

« Oui, j'ai eu 1600 points mais Taylor en a eu 2300. » Elle le dit avec une pointe de fierté.

Cela agaça un peu Barbara, « Ok ! Pourquoi tu te compares toujours à ta sœur quand tu parles de tes études ? » Le ton devenait plus ferme

« Parce qu'elle est plus douée que moi. »

« Donc tu considères qu'elle est plus intelligente que toi.»

« Oui, je le crois.»

« Tu crois que Taylor comprends plus vite et mieux que toi, en sachant ensuite analyser la situation.»

Carter ne voyait pas où voulez en venir Barbara, « oui, elle comprend mieux, plus vite, tout ça quoi. »

Barbara fixait Carter sans sourciller, son regard la pénétrait, Carter en était troublée.

« Carter, tu parles des études, bien sûr. »

« Oui, des études. » Carter était décontenancée

« Et tu dirais la même chose des expériences de la vie. Taylor les affronte mieux, elle les comprend plus vite, sait les analyser et trouver des solutions mieux que toi. »

Carter resta interdite, elle ne savait plus quoi dire. Barbara ne la quittait pas des yeux.

« Alors ? Répond moi. »

« Mais ce n'est pas pareil. Elle n'a pas vécu les mêmes choses et puis son caractère n'est pas le même. En tout cas elle a su faire face dans les moments difficiles.»

« Et pas toi ? »

« Si, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour …. les protéger, pour les aider. »

« Tu n'as toujours pas répondu. Taylor a su faire face mieux que toi ? »

Carter baissa la tête. Elle devait être honnête, «Non.»

« Carter l'intelligence n'est pas liée à un QCM auquel, on saura plus ou moins répondre. Les livres ne sont qu'un support. Ils permettent certes de comprendre mais ensuite c'est la réflexion, l'expérience et souvent l'intuition qui permettent de progresser. Cela s'appelle l'intelligence de la vie. Il faut être capable de déceler les signes qui permettent d'adapter la théorie à la pratique. Si tu appliques bêtement une théorie apprise dans un bouquin, tu échoues. Et plus tu travailles sur l'humain, plus cette faculté de compréhension de la vie est essentielle. »

Elle lui prit la main, sa voix redevint douce, « Tu peux et dois avoir confiance en toi. Ne te mesure pas aux autres, mesure tes progrès. Et si tu as envie de faire de la psychologie, ne te mets pas de barrières. Moi je sais que tu en as les capacités. »

Carter ne voyait que le sourire de Barbara qui éclairait son visage. Elle croyait en elle, avait-elle raison ?

Elle se sentait si nulle. Devait-elle essayer ? Etrangement, elle ne voulait pas décevoir cette femme qui voulait transformer sa fuite en avenir.

« D'accord Barbara j'y réfléchirai, je te le promets. Mais pour l'instant ce n'est pas le plus urgent.»

Barbara sourit, « tu as raison, l'urgent est de finir cet osso buco. »


Barbara jeta un regard sur la salle. Elle était bondée. Elles virent passer Frederico, l'air soucieux avec quatre plats sur les bras. Les serveuses étaient nerveuses également. Barbara compris qu'il y avait un problème.

Elle happa Frederico au passage, « qu'est ce qui ne vas pas ? »

« Rien, on gère. Une des serveuses s'est foulé la cheville et du coup, c'est très juste pour le service. Mais bon, on a l'habitude. Même si ce soir ça tombe mal car j'ai un repas en salle privée aussi. Bref, c'est la merde mais on va y arriver. »

Carter se leva tout de suite, « Je peux vous aider, si tu veux. J'ai déjà fait le service. Je ne suis pas une professionnelle mais je me débrouille. Ok ? »

Frederico fut très étonné, « Barbara, cette fille est un cadeau du ciel. Ok, viens je te donne une veste. »

Elle regarda Carter suivre Frederico. Oui, elle était un cadeau. La vie, lui permettait de rencontrer au moment où elle en avait le plus besoin, cette personne qui pourrait l'aider à ne pas partir tout de suite.

Tout en lui enfilant la veste, Frederico donnait les recommandations à Carter. « Tu vas t'occuper du groupe. Ça sera plus simple que la salle dont tu ne connais pas l'organisation. Ce sont des profs et des élèves d'Emory. Ils sont sympas. Ils sont nombreux mais c'est un repas convivial donc pas de prise de tête et si tu as un souci, je suis là. » Il l'enlaça, « Merci, Carter, t'es super.»

Carter fronçât ses yeux et pinçât ses lèvres, « tu verras, je suis la meilleure. »

Elle fut prise dans cette ambiance de stress, où on réagit plus qu'on ne réfléchît. Le service, c'est être rapide, efficace et toujours à la disposition du client quoiqu'il souhaite. En fait, elle adorait ça.

Rapidement son sourire et sa gentillesse, firent la conquête des convives. Tout le monde voulut être servi par Carter. Et des réflexions désespérées fusaient dès qu'elle passait soi-disant plus de temps à une table qu'à une autre. Elle s'en amusait et jouait avec cela, en distillant des petites phrases pleines d'esprits.

Elle avait remarqué son comportement depuis un moment déjà. Elle croisa son regard plusieurs fois. Elle se sentit un peu gênée mais à vrai dire, s'il était insistant, il n'était pas grossier. Au contraire, il y avait de la tendresse et beaucoup de douceur dans ses yeux.

Le hasard, enfin si on y croit, fit qu'elle se retrouva près de lui. Une personne qui passait derrière elle, la bouscula et comme cela n'arrive que dans les romans, elle perdit la maîtrise de son plateau. Alors qu'elle allait pouvoir rétablir la situation, il prit la décision de l'aider et bien sûr cela eut l'effet inverse recherché, une des assiettes se retrouva sur leurs deux vêtements.

« Shit, je suis désolé. » Il se précipita sur une serviette et renversa deux verres de vins.

Il regarda Carter avec un air décomposé. Il se dit, « Putain, je suis un vrai con, elle me prend pour le plus grand abruti de la terre. Et en plus, elle rigole »

Carter avait éclaté de rire. « Il doit croire que je le prends pour un abruti. Il est mignon avec ses yeux perdus. Si je ne le rassure pas tout de suite, il va se liquéfier sur place.»

« Ce n'est rien. Ne vous inquiétiez pas. Je vais réparer ça. »

Une autre serveuse arriva, « Je m'en occupe Carter, va te nettoyer et amène le jeune homme maladroit, il en a besoin aussi.»

Carter lui sourit pour l'encourager à la suivre car bien entendu toute la pièce résonnait de hurlements et de petites phrases qui se transformèrent en sous-entendu quand Ils disparurent dans les toilettes.

Tous les deux seuls devant les lavabos, chacun des serviettes en papier à la main, Carter attendait qu'il ose lui parler. Finalement, il se lança.

« Je suis sincèrement, désolé. J'ai été stupide. J'ai voulu vous aider. J'aurai dû vous faire confiance mademoiselle. »

Il enleva sa veste. Il n'était pas très grand mais ses épaules étaient larges. Son corps musclé semblait à l'étroit sous cette chemise blanche. Carter pensa immédiatement à un fauve, un jaguar prêt à bondir. Pourtant dans ses gestes, tout aspirer à la tendresse.

« Carter, et ce n'est vraiment pas grave. »

« Carter, tu permets. » Délicatement, il lui essuya une tache sur la manche droite de sa chemise.

Il évita ses yeux et fixa le lavabo. « Tu travailles ici depuis longtemps ? Je suis déjà venu et je ne t'avais jamais vu ? »

Sa peau d'ébène luisait à la lumière.

Soudain, Carter se sentit troublée par sa présence. « Non, je donne juste un coup de main. Une serveuse s'est blessée, tu vois…. J'étais là avec une amie qui connait Frederico… alors, …, j'ai voulu l'aider. »

Elle aurait voulu avoir une voix plus calme moins hésitante.

« Tu es étudiante ? »

« Non, pas du tout. En fait, je suis arrivée ce matin à Atlanta.»

L'eau continuait à couler dans le lavabo mais personne ne s'en souciait.

Carter voulait reprendre ses esprits.

« Et toi, tu es étudiant à Emory ? »

« Plus tout à fait, je suis l'assistant d'un prof. Je suis en post doctorat à la Business School. »

Carter hocha la tête, elle n'était pas sûre de savoir en quoi consistait un post doctorat.

« Vous, enfin, tu fais plus jeune que ton âge. »

Il sourît, et arriva enfin à la regarder. Il se dit qu'elle avait des yeux magnifiques. « Mais je suis jeune, je viens juste d'avoir 23 ans . J'ai un peu d'avance, c'est tout. »

Pour avoir à faire quelque chose et se détourner de ce regard, elle s'employa à nettoyer la veste de ce garçon aux yeux profonds et envoutants.

Lui continuait à la regarder, « Je m'appelle, Thomas. Et je suis très heureux de faire ta connaissance, Carter.»

Il tendit la main. D'un coup Carter se sentit affreuse, ses cheveux lui tombaient devant les yeux, elle était tachée, elle avait les mains mouillée. Elle s'essuya tant bien que mal et prit cette main fine et malgré tout puissante.

Il se saisit de sa veste, « puisque tu nettoies la mienne, je m'occupe de la tienne. » Et un énorme sourire barra son visage.

Une fois les taches plus ou moins diminuées, ils se les échangèrent.

Thomas prit dans une de ses poches, une carte. « Carter, ce sont mes coordonnées. Si tu passes par Emory et … », il hésitât, « si tu as envie, viens me voir. Je te ferai visiter le campus. »

Carter prit la carte, elle ne savait pas quoi penser. C'était bizarre, sa conscience lui dictait de ne pas répondre mais tout son instinct lui disait le contraire.

Elle répondit par un laconique, « Ok, bien sûr, ce sera avec plaisir si je viens à Emory. » Elle se dit que cela n'arriverait jamais de toute façon.

Thomas était nerveux, Il était pourtant un garçon calme et discret. Mais sans se l'expliquer, il ne voulait pas laissait partir Carter.

Alors qu'ils sortaient des toilettes, il se mit devant elle, « Carter, j'aimerai vraiment te revoir. » Il continua très vite. « Je sais nous ne nous connaissons pas mais justement j'aimerai te connaître. On pourrait être ami, en tout cas essayer. » Son attitude était respectueuse, pleine de sollicitude.

Carter le fixa. Elle se raidit un instant, regarda ses pieds puis leva la tête, ses yeux s'étaient plissés et avec cette petite moue qui exprimait son plaisir, elle lui dit, « moi aussi, Thomas ; d'accord, on essaie. Mais c'est moi qui t'appelle.»

« Génial, tu aimes danser ? »

Carter sourit, « oui, j'adore »

« Alors tu as trouvé ton homme. » et un post doctorant se mit à tourner sur lui-même avec des pas glissants tout en rentrant dans la salle sous le regard interloqué de ses profs et celui amusé de Carter.


Il était minuit. Les derniers clients étaient partis depuis un petit moment. En sortant Thomas avait fait un petit signe à Carter qui lui avait répondu par un geste de la main.

La salle du restaurant était nettoyée et les nappes propres misent sur les tables pour le lendemain.

De la porte des cuisines, Carter pouvait voir Barbara parlant à un homme âgé avec ferveur et tendresse. Ils se tenaient les mains.

Elle sentit Frederico derrière elle. Il avait une bouteille et deux petits verres. Il les remplit et lui en tendit un. « C'est de la grappa, une liqueur d'Italie. C'est fort mais après une telle soirée, ça fait du bien. Merci Carter, tu es une excellente serveuse, mieux que cela même. »

Il sortit de sa poche, une enveloppe, « c'est pour toi. »

«Non, Frederico, je l'ai fait pour te rendre service. »

« Et tu la fait. Tu as travaillé et c'est normal. » Il lui mit l'enveloppe dans la poche.

« J'ai compris que tu cherchais du boulot. Je ne peux pas te prendre en continue, j'ai déjà mon personnel mais par contre le WE ou quand j'ai des soirées, si cela t'intéresse, c'est quand tu veux. »

« Merci Frederico, bien sûr, cela m'intéresse. »

« Alors c'est ok. Bienvenu « A Casa » et il la prit dans ses bras.

Le regard de Carter se porta à nouveau vers la table où Barbara continuait à discuter avec le vieux monsieur.

« Je comprends que c'est ton grand-Père. »

« Oui, c'est Nonno. Ça veut dire grand-Père en italien. C'est une bonne personne.»

« Ils semblent très proches avec Barbara. »

Frederico rit, « oui, ils le sont. En fait, ils ont longtemps eu une liaison puis avec l'âge elle s'est transformée en solide amitié. Mais par égard pour moi, ils n'ont jamais voulu l'avouer réellement. »

Carter ne comprenait pas, « Pourquoi ne pas l'avouer ? Ton grand-père était marié ? Ou Barbara avait un autre engagement ?» Finalement, elle ne connaissait rien de la vie passée de sa nouvelle amie.

« Non, Nonno est veuf depuis la naissance de mon père. En fait, Barbara aime son indépendance mais surtout elle a imposé cette règle par déontologie. »

« Par déontologie ? »

« Oui, elle était ma thérapeute et donc pas question que sa liaison interfère dans le protocole de soin. D'ailleurs, elle a refusé les avances de Nonno pendant un certain temps malgré l'amour qu'elle lui portait. J'étais plus important. »

Carter regardait Frederico sans oser poser la question. Il le comprit, il sourit.

« Barbara a été ma thérapeute pendant plusieurs années, elle l'est encore parfois. J'ai perdu mes parents dans une agression pendant mon adolescence. Ils sont morts sous mes yeux. Malgré l'amour de Nonno, j'ai eu beaucoup de mal à l'accepter. J'ai fait des tentatives de suicide. Tous les médecins, les éducateurs pourtant plein de bonne volonté, se cassaient le nez sur mon cas. Je buvais, me droguais, fréquentais les pires délinquants de la ville. Un vrai dur. Nonno ne savait plus quoi faire, mais il ne m'a jamais laissé tomber. Un jour, alors que je sortais d'une garde à vue, il m'a amené chez Barbara. Elle a su me parler, sans me brusquer, en prenant le temps, en acceptant mes écarts. Elle se mettait à ma place. J'avais l'impression qu'elle comprenait ma déchirure.» Il regarda Carter, « elle m'a fait confiance. Sans elle je serai au mieux en prison dans le couloir de la mort, au pire déjà enterré mais surtout à continuer à souffrir.»

Il lui prit les deux mains, « je ne connais pas ton histoire et elle ne me regarde pas. Mais tu peux t'ouvrir à elle. La vie de Barbara est dédiée à la détresse des enfants et des adolescents et dans ce registre, elle est la meilleure. Elle a écrit des livres qui sont extraordinaires d'amour et de compréhension. Rare sont ceux qui, comme elle, on comprit le mal que les adultes peuvent faire aux enfants en voulant leur bien. »

Carter comprenait ce que disait Frederico. « C'est vrai, Les adultes peuvent être destructeurs par amour. »

Frederico lui posa une main sur son épaule.

La grappa était forte, elle accepta volontiers un deuxième verre. Elle était crevée.

Son évasion avait débuté il y avait 24 heures. Une éternité.