Dring!
Boum !
Note pour moi même : racheter un réveil.
Je me lève, me lave et m'habille.
Quand j'entre dans ma cuisine et remarque le tas de vêtements parsemés de petites tâches brunes, je me mets à trembler. Non pas un tremblement de peur, comme l'homme de cette nuit, mais un tremblement d'excitation.
Je ris en mettant le linge dans la machine. Il faut que je me dépêche, je suis déjà en retard. Le Roi va s'impatienter.
Sur le chemin de l'université, je pense. Je pense à ma vie, ma double-vie.
J'ai toujours préféré la nuit au jour. Dès que le soleil brille, les Hommes se cachent derrière des masques de sociabilité. Alors que, la nuit, les vraies personnalités se dévoilent à la lune. Les alcooliques et les junkies se sentent protégés dans le noir. Les putes aussi. Elles croient que l'astre, seul témoin de leurs ébats, les juge moins que leurs propres démons.
Quand le bus me dépose devant le paradis de mes journées, j'aperçois le Roi. Il se tient droit et fier devant les lourdes portes du bâtiment. Tout le monde le regarde. C'est pour ça qu'il est le roi. Il attire l'attention. Il est inatteignable, inattaquable, intouchable.
Je m'approche, ses admirateurs reculent. Ici, tout le monde sait que je suis le protecteur. Sauf qu'ils ne savent pas à quel point. Je souris encore.
Tu es en retard Gaara.
Je sais.
Tous les lendemains de « fête », nous avons la même discussion. Toujours.
Gaara !
La Reine. Ma reine. Ma sœur. Temari se jette dans mes bras. Elle est la seule qui ose me toucher à par le Roi et les pièces du jeu. Les autres ont peur.
Elle ne sait pas qu'elle est la Reine. Elle ne connaît pas vraiment le Roi. Si, elle le connaît. Mais elle ne l'aime pas. Elle sait que les cernes sous mes yeux sont là par sa faute à lui. Alors, elle ne l'aime pas. Pour moi.
Elle se détache de mon cou et se retourne vers le Roi. Ses yeux se font assassins. Lui la regarde, neutre.
Sasuke.
Il lui accorde un signe de tête. La cloche annonce le début de la trêve pour eux. Pour moi, elle sonne le cours de dissection. Je recommence à trembler.
La cloche, de nouveau. Dommage, j'aurais voulu continuer. Finir mon œuvre. Cette nuit je n'avais pas pu terminer, pas pu faire de mise en scène. Le roi m'avait prévenu que ce n'était pas la peine. Qu'il n'y avait pas assez de temps. Pas assez de preuve pour la police. Jamais assez de preuve pour la police. C'est comme ça que ça marche. Je fais mon travail de protecteur et le Roi me couvre. Je me rend compte que je suis frustré. Tant pis. Avec un peu de chance, ce soir, je pourrai encore plus m'amuser …
Devant la porte de ma salle, la Tour attend. La Tour, c'est celle qui sait tout mais ne dit rien. Jamais. Ou si peu.
Bonjour Gaara-san. Comment vas-tu ? Tu as bien dormi ?
Comme un loir. Et toi, comment vas-tu Hinata ?
Bien, sourit-elle, je venais te dire que ta sœur à encore fait la morale au Roi. Si j'étais toi, je l'éloignerais quelques temps. Il risque de se lasser. Et, comme tu n'es pas objectif, il pourrait demander à Neji de s'en occuper. Ce serait bête de te retrouver seul sans lui avoir dit au revoir.
Elle s'éloigne, le pas dansant. J'ai de la chance qu'elle ne soit pas mon ennemie.
Neji. Le second Cavalier, le second protecteur. Le Roi ne ferait pas tuer la Reine, il a trop besoin de ses cavaliers. Si l'un de nous deux sort du jeu, ça ne lui apportera rien. Mais la Tour ne dit jamais les choses sans raison. Et moi, j'ai peur de n'être pas assez indispensable pour protéger ma sœur.
Je n'ai plus la tête à travailler. Je sors. Je quitte le bâtiment et tombe sur le Roi.
Tu ne vas pas en cours Sasuke ?
Non, je t'attendais. Tu as parlé avec Hinata ?
Comment ? Comment pouvait-il savoir ?
Oui.
Bien.
Il ne dément pas, ne se justifie pas, ne me rassure pas. Juste « Bien ». C'est pour ça qu'il est le Roi.
La conversation est finie. Du moins, celle-là.
Tu vas devoir faire une pause Gaara.
Il parle de mes passe-temps nocturnes, c'est évident. Pourtant, je me surprends à espérer qu'il ne parle pas de ça. Je ne veux pas. Quel idiot je fais. J'ai peur de ne pas pouvoir me retenir. Tuer est ma raison de vivre. Mais je ne dis rien. Tels sont les ordres du Roi, indiscutables. Alors je ferai de mon mieux pour obéir. J'obéirais. Au moins pour protéger Temari, quelques temps encore.
Pour l'instant, je cours. J'ai besoin d'air. Je sèche. Tant pis. Ils s'en sortiront très bien sans « le monstre ». Moi.
Je pousse la porte d'un bar.
Galère... Shino, il y a un client, enlève ta bouche de là. Ah, Gaara, ce n'est que toi.
Je grimace.
Ce n'est pas parce que ce n'est que moi que vous pouvez continuer vos cochonneries.
Shikamaru sourit, se décolle de son petit-ami et me sert ma bière. « Alhambra ». Je ne m'en lasse pas. J'ai toujours aimé la consonance de ce mot ainsi que tout ce qu'il représente. Un palais antique, arabe, des jardins magnifiques et des tonnes de touristes perdus qui se laissent berner au moindre sourire. Des touristes venus de trop loin pour que la police daigne ouvrir une enquête à leur disparition. Je suis sûr que je pourrais faire de ce château mon terrain de jeu.
Je me mets à sourire, dangereux. Du moins, j'imagine, puisque Shikamaru prend la parole.
Gaara, aide-moi à convaincre Shino d'arrêter ce jeu stupide.
Le-dit Shino me lance un regard blasé. Même si je ne fais que le deviner derrière ses éternelles lunettes noires. C'est reparti. Toujours la même requête. Le flemmard aime vraiment l'autre pour radoter ainsi. Et moi, comme je préfère ne pas me le mettre à dos, je lui réponds toujours, même si je préfèrerais l'ignorer.
Ce jeu n'est pas stupide. Et, en tant que Cavalier, je ne peux pas prendre le risque de priver le Roi de ses Fous.
Ses Fous. Au Moyen-Age, les Fous avaient pour rôle de divertir le Roi. Mais, mon Roi à moi, est plus malin que les autres. Et il n'a jamais eu besoin de se divertir. Il regarde la réalité en face. C'est pour ça qu'il est le Roi. Alors, il a choisi ses Fous intelligents. Et silencieux. Ils nous disent quoi faire, à nous, les protecteurs, pour éliminer l'ennemi. Ils sont les stratèges, les cerveaux.
Galère...
Je pouffe dans le fond de mon verre. J'aime bien ces types là. Ils m'acceptent. Même s'ils savent qu'on ne leur dit pas tout de moi. Personne ne sait vraiment tout de personne dans le jeu. À par le Roi. Ça marche comme ça.
Je finis rapidement le liquide doré sous le regard probablement impatient de Shino au vu de ses mains qui se fraient doucement mais surement un passage sous le T-shirt de son compagnon. Celui-ci me lance un regard d'excuse. Je paie, leur souhaite bonne chance pour le bébé et sors. Je dois encore me racheter un réveil.
Une fois la chose faite, je rentre chez moi. C'est une fois là-bas et une fois là-bas seulement que je me permet de pester contre mes vacances forcées et les tâches de sang récalcitrantes au lavage.
Je passe le reste de l'après-midi devant la télé. J'attends que le sommeil vienne frapper à ma porte mais mon palier reste désespérément vide. Je sens que ma nuit va être calme et ennuyeuse à souhait. Je ricane tout seul. Pourtant, mon expression se fait admirative quand je tombe sur un épisode de « Bob l'éponge ». Je me rends compte que le comportement du Roi ressemble étrangement à celui de Carlos le calamar. Froid, égoïste et avec un sens de l'humour particulièrement sadique. Mon Dieu ! Ce n'est pas encore le soir que, déjà, je commence à divaguer. Super...
