Encore un matin à Poudlard... J'aurais peut-être dû éviter les 5 derniers verres de whisky pur feu en rentrant hier soir. Cela me donne une raison en plus de n'adresser la parole à personne aujourd'hui. Merci Merlin, on est samedi et je n'ai pas de cours à donner aux cornichons... Je relève les draps verts et sort enfin de mon lit. J'ouvre mes rideaux verts aux reflets d'argent mais il fait toujours aussi sombre. C'est ça de vivre dans les cachots. Après une bonne douche froide comme mon âme, j'enfile une robe, un manteau et ma cape noirs comme mon âme.

Je vais à la Grande Salle, presque vide, prendre mon petit déjeuner. Il est 10h30, encore tôt pour ces gosses flemmards, ces mollassons, ces loches, ces mous du bulbe, ces invertébrés... M'enfin, je divague... Seuls quelques professeurs et les élèves les plus lèche-bot- heu... consciencieux, on doit dire « consciencieux » Severus, sont là et je prends un malin plaisir à les ignorer parce que je suis la chauve-souris des cachots, n'est-ce pas ? Alors, j'ajoute du sucre dans mon lait blanc, le fait chauffer d'un coup de baguette magique et je le sirote doucement... doucement... mes yeux noirs et perçants rivés sur un élève différent à chaque gorgée comme un félin qui guette ses proies. Ah non ! Pas comme un félin, ça fait trop Gryffondor... Plutôt comme un cobra majestueux. Voilà, ça, OUI ÇA, c'est plus Serpentard ! Quand j'arrive vers la fin du bol, je ne peux que fixer son fond mais je garde les sourcils froncés pour avoir toujours un peu de contenance et parce qu'ils sont bloqués.

Dès que je rentre dans mes appartements, je me mets au travail. J'enlève mes dix-huit couches de vêtements noirs et j'enfile mon petit tablier par-dessus ma chemise blanche. Si je commence maintenant, je finirai à 14h et je pourrai aller faire des courses à Pré-au-Lard. J'attrape alors le sac que Dumbledore m'a donné hier et la feuille qui va avec. J'ai le cerveau en compote, heureusement que c'est une potion facile. L'écriture penchée de Dumbledore recouvre toute la feuille : il y a du boulot tout de même. Dans mon laboratoire, j'agrandis la feuille, la suspens dans les airs puis déballe tous les ingrédients.

Je lave le Bézoard, la corne de Dragon, les feuilles d'un Dictame et l'écorce de Sorbier. Dumbledore a mis les moyens pour Potter, on dirait : il refuse de m'offrir un nouveau chaudron mais Potter a le droit à une corne de Dragon pour soigner ses petits bobos. Ensuite, j'arrache les 4 pétales les plus vives d'une Moly et je commence à faire bouillir dans 2 chaudrons le sang verdâtre et le sang bordeaux de Dragon. J'adore cette odeur. Tous les ingrédients sont prêts à être utilisés. Je prépare la potion peu à peu : d'abord je verse l'essence de Murlap, le sang de dragon et celui de salamandre et laisse mijoter puis j'ajoute tous les autres ingrédients, un à un en suivant le Protocole universel de la manipulation des ingrédients*. (ndlr : l'auteur déniera toute responsabilité sur les effets de vos préparations de potions. Si vous vous ratez avec cette recette super précise, je ne heu... l'auteur ne peut rien pour vous)

Dumbledore m'avait donné une recette de base bien que je ne l'avais jamais vu, elle pouvait être améliorée. Je pioche alors un peu de mucus de Veracrasse pour lier la potion et un œuf de Runespoor dans ma réserve personnelle et met le tout dans la préparation. L'œuf de Runespoor amplifie les effets de tout ce qui est d'origine reptilienne et donne un parfum particulièrement musqué aux potions. Pratique pour les eaux de colonne et les produits cosmétiques.

Je remue une fois dans le sens des aiguilles d'une montre puis deux fois de l'autre côté et la potion passe du vert « ragout de grand-tante Alfreda » à blanc « perle d'huître ». Tout est parfait pour l'instant. Je peux la laisser mijoter sans surveillance pendant le reste de l'après-midi, maintenant. Elle doit réduire pour pouvoir être appliquée.

Il est tout juste 15h, j'ai encore le temps d'aller faire les boutiques. Je reprends une douche car un Rogue ne sortirait pas avec cette odeur de Murlap. Je ne comprends vraiment pas d'où vient cette rumeur selon laquelle je serais « sale ». Ce sont ces stupides élèves qui sont sales.


*Protocole universel de la manipulation des ingrédients – Extrait de Etude de la préparation de potion par Po-Tio Fheu et traduit par Arsenius Beaulitron

I) Ajouter toujours vos ingrédients dans l'ordre inversé des couleurs de l'arc-en-ciel. Ou l'ordre des couleurs du spectre de la lumière. Si vous en n'avez pas vu depuis longtemps, vous pouvez vous référez à l'annexe 23.

II) Si tous les ingrédients ont la même couleur, vérifiez leur fraîcheur. Vraiment.

III) Ajoutez toujours le liquide puis le dur et enfin le mou. Pour vous en rappeler, pensez à l'adverbe « LaiDeMent », L-D-M pour Liquide, Dur et Mou, dans cet ordre précis. Vous avez compris le principe.

IV) Si tout est dur avec vous (et je n'en doute pas), choisissez un liant neutre, naturel, qui tombe du ciel parfois, de nos jours conditionné en bouteille, accessible par l'activation de robinets et peu coûteux tel que l'eau (non, avec de la salive, ça ne marchera pas pareil) et suivez la règle III).

V) Plus le reptile d'où l'ingrédient est originaire est vieux et gros, plus l'ingrédient lui-même est difficile à dissoudre. Toujours ajouter les ingrédients durs ou mous les plus coriaces avant. Vous pouvez vous référer à mon graphique de coriacité en fonction de l'âge et du poids du reptile à l'annexe 24.