CHAPITRE 1

Requiem pour un mort

Pas le temps de manger. J'emporte une biscotte pour me donner bonne conscience, attrape mon manteau et ferme la porte de mon appartement. Pas envie de courir, mais pas le temps de traîner.

A vrai dire j'aimerais bien m'arrêter, mais je dois aller chercher Bones chez elle. Pas le temps de traîner, elle déteste être en retard. Et moi aussi.

J'arrive à ma voiture, pose ma biscotte sur le siège passager, attache ma ceinture et allume le moteur.

J'arrive chez elle, je ne sais pas comment. Je ne fais plus attention, j'y suis allé tellement de fois… Je finis ma biscotte et balaye négligemment les miettes sur le siège passager. Je ferme la portière de la voiture et jète un regard vers le haut de l'immeuble. Un réflexe que j'ai pris au fil du temps. Je sais bien que son appartement ne donne pas sur la rue, mais… disons que c'est une des nombreuses bizarreries que je cultive, inconsciemment.

Je monte les marches deux par deux pour arriver plus vite, m'arrête devant la porte de son appartement, et je sonne. Je l'entends arriver, et me redonne un contenance avant qu'elle n'ouvre. Je fais toujours ça, j'ai remarqué, mais je ne sais pas pourquoi.

Elle ouvre la porte et me sourit.

J'ai déjà vu ce sourire quelque part, ses lèvres… Il n'y a pas si longtemps d'ailleurs, mais je n'arrive à m'en souvenir. La mémoire me fait défaut aujourd'hui. Ce n'est pas bon signe.

J'arrête la voiture sur le parking, La pluie commence à tomber sur le pare-brise. Je n'ai pas envie de sortir, pas envie de voir un autre cadavre, une autre carcasse d'homme mort à qui Bones va devoir soutirer quelques dernières informations. Je n'ai jamais été très à l'aise avec ça. Elle, elle dit que les os lui donnent des réponses. Je veux bien la croire, mais moi tout ce que je vois c'est un pauvre gars à qui on a coupé la langue.

Bones me regarde bizarrement.

"Booth ?"

Mon regard fixe le pare-brise, et plus loin devant la pluie qui tombe de plus en plus, les voitures de police et leur gyrophares. J'ai le regard complètement vide, planté sur un point invisible. Je ne bouge pas.

"Booth ?"

Je secoue la tête pour reprendre mes esprits.

"Oui Bones, je suis là.

- Vous allez bien ?

- Oui.

- C'est juste que… je n'avais pas envie de voir ça aujourd'hui.

- De voir quoi ?

- Un cadavre.

- Oh. Vous pouvez rester à l'intérieur de la voiture si vous voulez.

- Non, non, ça va aller. Allez-y, faites vos trucs de… Bones, allez-y. Moi je vais aller parler à un officier."

Et sans attendre que Bones me réponde, je sors de la voiture, la laissant seule à l'intérieur. Je sens son regard me suivre comme une ombre, et j'ai un pincement au coeur.

Quelque chose me tracasse et je n'ai pas envie d'en parler. D'ailleurs, je ne sais même pas ce que c'est…

Elle a déja sorti sa lampe, déja mis ses gants et relevé quelques preuves lorsque je viens la rejoindre sur le lieu du crime. Crime… je ne sais pas encore si s'en est un, mais aux vues de la scène figée sous mes yeux, je ne pense pas qu'il puisse en être autrement. Un crime, un autre de plus. Mais original, je dois bien l'avouer.

Je monte sur la scène du grand théâtre, lieu du "crime" ; je me crois à l'opéra. Requiem pour un mort. Je trouve mon titre convainquant mais n'en fait part à Bones. Elle est penchée sur un piano à queue d'un noir laqué, et dont le couvercle est grand ouvert. A l'intérieur, un squelette parfaitement nettoyé me semble-t-il.

"La dentition indique que c'est un homme, entre 35 et 40 ans. Il n'y a aucune trace de sang.

- Aucune ?"

Elle secoue légèrement la tête, arborrant un air perplexe.

"Il n'a pas été tué, mais amené ici. Booth, c'est une mise en scène !"

Cette fois-ci, c'est moi qui la regarde perplexement, jusqu'à ce qu'elle me dise…

"J'ai trouvé ça à côté du couvercle du piano."

Elle me tend l'objet, visiblement inquiète. C'est une note de musique en argent lisse, d'environ deux centimètres de longueur. Et ça me fait étrangement penser à…

"Vous croyez que…

- Je croyais que vous n'aimiez pas les hypothèses Bones !"

Elle se renfrogne, elle n'aime pas ce que je viens de lui dire. Je tente de la rassurer.

"Je ne sais pas si ça a un lien avec votre père, mais je vais m'en assurer. Vous devriez vous concentrer sur le corps, enfin ce qu'il en reste."

Elle tourne la tête pour regarder le squelette et se recentrer sur l'affaire.

"Pour l'instant je ne vois rien, si ce n'est que le corps a été… nettoyé. Il faut amener tout ça au labo.

- Tout ?"

Ca me fait un choc à chaque fois qu'elle dit ça. Car même si je sais que pour elle il est important de ne rien toucher, de ne rien déplacer pour concerver les preuves, pour moi c'est comme s'il s'agissait de déplacer une montagne sur le point de s'écrouler.

"Il y a peut-être des fragments coincés dans le mécanisme du piano Booth !

- Ok je vois. "

Mais malgré tout je souris, intérieurement je souris. J'abdique, comme toujours. Ai-je le choix ?

Je fais signe à des agents de tout emporter, et on se dirige vers la voiture. Je sens bien qu'elle est perturbée ; elle tente de le cacher mais je commence à la connaître. Alors pour lui signifier que je suis là, je porte ma main sur le haut de son dos comme j'en ai l'habitude. Elle frissone.

Je sais…