Maturité sorcière

A la mi-août, Hermione vint chercher Éliane pour passer les deux dernières semaines ensemble. Devant la « normalité » de son amie, les Dursley ne tentèrent pas grand choses, et une demi-heure après l'arrivée de son amie, les deux jeunes filles prenaient le métro en direction du centre de Londres, dans une bâtisse sombre au Square Grimmauld.

« J'aurais aimé ne jamais revenir là, tu sais, Hermione...

— C'est à toi, tu sais ! Tu ne peux pas faire simplement comme si ça n'existait pas... »

Éliane plongea son regard dans celui de son amie, et sur le pas de la porte, se tourna vers elle.

« T'as déjà entendu parler de la maturité magique ?

— Ah... »

Les yeux d'Hermione brillaient à nouveau de curiosité. Son amie rit devant cette vision.

« J'ai un livre dessus, je pourrais te le passer. Il s'appelle « Maturité Magique, la thèse de Zrimo ». C'est un livre qu'on m'a offert pour mon anniversaire.

— Qui t'a donc envoyé ça ?

— Hum...

— Me cacherais-tu des choses ! Allez ! Éliane ! Sois sympa... Sinon... »

La menace se perdit dans l'immense fou-rire qui secoua les deux jeunes filles. Elles se calmèrent puis entrèrent. Un comité royal les attendait à la cuisine. Éliane se précipita d'abord sur Molly Weasley, la remercia encore pour son merveilleux gâteau, puis elle adressa un digne à tous les membres de l'Ordre du phénix qui étaient présents. Un doute ombrageux la traversa tandis qu'elle se rendit compte qu'elles avaient été très libres, pendant tout le voyage.

« Au fait, pourquoi n'est-ce que Hermione qui est venu me chercher ? »

La porte s'ouvrit sur le visage du professeur Rogue, sans que je ne m'en soucie. Il semblait pourtant qu'il est entendu ma question, car il répondit :

« Croyez-vous que nous allions vous laisser seule ?

— Heu... non, Professeur Rogue. Mais je n'ai vu qu'Hermione et...

— Et cela veut dire que vous avez de gros progrès à faire ! Miss Potter, comment pouvez-vous vous imaginer être en sécurité alors que le Seigneur des Ténèbres est maintenant déclaré au grand jour ! Avez-vous seulement le moindre instinct de survie, Miss Potter ? Et Vous Miss Granger ? Pensez-vous qu'un minuscule bracelet, comme celui que vous avez à votre poignet droit soit suffisant face à des mangemorts décidés ? Vous n'êtes que des enfants stupides ! On n'a pas l'impression que vous ayez dépassé les seize ans, l'une comme l'autre, alors que cet âge est si important pour les filles sorcières ! »

Les deux adolescentes restèrent bouche-bée devant la tirade spécialement longue de leur professeur. Hermione fronça les sourcils, signe d'une intense réflexion, tandis qu'Éliane fixait le visage du maitre de potions, sans plus prendre garde à ses paroles.

Finalement il leur adressa un long regard inquiétant, et se contenta de leur tourner le dos avant de dire d'une voix forte.

« Pour votre information, c'est moi qui étais chargé de veiller sur votre protection. Et ne pensez-pas que c'était superflu, stupides Gryffondor femelles. »

Molly avait pâli sous les accusations de l'homme en noir. Elle avait fait sortir tout le monde de la cuisine et avait gardé les deux filles avec elle. Après avoir lancé un sort d'insonorisation, des larmes lui avaient échappée.

« Madame Weasley, je...

— Ne dis rien, Hermione. Nous avions décidé que ce devrait être moi qui aie cette discussion avec vous. Mais si vous préférez quelqu'un d'autre, je ne veux pas vous retenir. C'est heu... un peu comme la majorité, mais sur un autre plan. Cela ne concerne que les filles. Et cela se passe une lune exacte après le seizième anniversaire. Tu comprendras pourquoi je voulais absolument que tu passes la fin des vacances avec nous, Éliane. »

Cette dernière regarda avec intérêt Hermione qui rougissait.

« Mais il ne s'est rien passé de spécial pour moi...

— Vu comme Éliane a vécu les cinq dernières années, gageons que sa maturité sorcière ne lui laisse un goût de non-conventionalité. Le professeur Dumbledore le soupçonne, et il a très souvent raison.

— Qu'est-ce qui peut rendre une maturité singulière ?

— Curieuse, Hermione ? Et bien, beaucoup de facteurs doivent se combiner, mais s'il est apparent que la sorcière a un destin, il est indiscutable que sa Maturité sera différente.

— Un... un destin ? bégaya l'adolescente aux yeux verts.

— Oui, Éliane. Nous pensons tous que tu en as un. Je ne me prononcerais pas pour savoir si cela est bien ou pas, et si les raisons que tu connais en sont les seules, je me baserais seulement sur la scène que nous venons de vivre. Te souviens-tu de l'état d'Hermione un mois après son anniversaire ?

— Heu... »

Le rouge lui monta aux joues. Non, elle n'avait pas beaucoup fait attention. Elle tentait de se rappeler ce qu'elle aurait dit, ou fait, pour avoir un souvenir à se raccrocher, mais l'entreprise était vaine. Pour dire vrai, l'anniversaire d'Hermione avait été suivi d'une période pas très heureuse. Elle ne se souvenait pas, si ce n'est cette sensation de trahison.

Comme si son amie l'avait oubliée pendant une semaine. Elle ne lui accordait plus aucune attention. Éliane s'était fâchée, et ne lui avait plus adressé la parole pendant plus d'un mois. Si ses souvenirs se révélaient exacts, Hermione lui avait présenté des excuses pour son comportement. Et depuis, elles ne l'avaient plus jamais évoqué entre elles.

Madame Weasley avait repris son explication, sans aucun regard pour la porte qui se claqua violemment et le portrait de Madame Black qui recommençait sa litanie sur les traitres, les sangs de bourbes, et autres infidélités à la pure tradition des Black.

« Donc, un mois lunaire après ta maturité sorcière, c'est-à-dire ton seizième anniversaire, tes pouvoirs de sorcières se manifesteront. Cela affectera principalement ta relation aux autres sorciers, et à toutes les créatures magiques, en général.

— Les… les créatures magiques ?

— Oui, comme les licornes, les garous, les dragons même. Pendant une semaine, à partir de ce jour là, tu les attireras certainement à toi.

— Madame Weasley, pourquoi…

— Éliane a plus de potentiel, et d'après le professeur Dumbledore, une créature magique particulière est après elle.

— Co… Comment ça ? »

Les mots qu'elle avait lus pendant ces quinze jours défilaient dans l'esprit d'Éliane. Une créature magique. Cela pouvait tout-à-fait être son mystérieux « Assermenté Evans ».

« Oh, ne t'inquiète pas, Éliane, je suis sûre que le Professeur Dumbledore fera tout ce qui concerne ta sécurité… Mais il a refusé de m'en dire davantage…

— Euh… certainement. Mais si c'est un mois lunaire après mon seizième anniversaire, c'est…

— La semaine prochaine, tout-à-fait. C'est pourquoi, tu vas rester avec nous, moi, miss Granger et Ginny. Tu ne verras aucun sorcier ou moldus autre. Nous allons partir toutes les quatre. Si tu as quelques chose de particuliers à prendre, sers-toi tout-de-suite, nous quitterons Square Grimmauld ce soir. Je vous ferais transplaner. »

Éliane essayait de comprendre toutes les informations dont Molly l'abreuvait. Finalement, l'urgence se rappela à elle, et elle s'enfuit dès que la mère Weasley lui en laissa l'opportunité.

Une fois arrivée dans la chambre que les filles partageaient, et où avaient été montées ses affaires, elle trouva Ginny en train de lire les livres.

« Ginny ?

— Éliane ! Tu es à nouveau-là ! Dis tu as de drôles de lectures ! Alors, maman t'a tout raconté ?

— Oui… Mais je peux savoir ce que tu faisais à fouiller ma valise ?

— Je… non, c'est surement pas ce que tu crois. »

Ginny commença à s'enferrer dans ses explications, tout en pestant contre la méfiance exacerbée, due à la maturité sorcière, dont son amie faisait preuve. Elle abandonna la discussion, remit les manuels sur les créatures magiques dans les bras de la susceptible héroïne. Elle quitta la pièce en râlant sur Kreattur, sans qui rien de tout cela ne serait arrivé.


Le soir arriva rapidement, et vit le départ de Molly Weasley, accompagnée de Nymphadora Tonks pour assurer la protection, d'Hermione, Ginny et Éliane. Les deux femmes transplanèrent après avoir échangé un clin d'œil malicieux, et les trois adolescentes subirent. Quand Éliane ouvrit les yeux, un chat tigré les observait. L'auror Tonks, s'agenouilla devant.

« Minerva, nous sommes désolées du retard, nous avons eu des problèmes avec…

— Albus m'a prévenu, en effet. »

Éliane tentait de comprendre ce qui se passait. Elle n'avait pas eu conscience d'avoir été plus en retard que ça… Elle savait que Minerva était une animagus, mais voir la transformation d'un chat en humain était particulièrement impressionnant. Maintenant se tenait devant elle, la digne cheffe de la maison Gryffondor. Son air pincé les renseignait mieux que son ton désapprobateur sur son état d'esprit, mais finalement, en bonne hôte, elle invita les autres sorcières à prendre leurs aises dans le Manoir des McGonagall. Éliane ignorait où se trouvait la vénérable demeure de son professeur de métamorphose, mais peu à peu, alors que le temps se passa, la forêt qu'elle devinait au-delà des vitres lui paraissait de plus en plus tentante.

Pourtant, elle lui était formellement interdite.

« Non, Éliane, tu ne dois pas sortir du manoir. Tu es en sécurité ici. Il faut que tu sois plus forte que tes tendances sauvages. Reste avec nous. »

Les jours s'écoulèrent et la lune redevint pleine. Le mois lunaire touchait à sa fin. Éliane devenait de plus en plus insupportable et intenable. Les autres femmes se relayaient à son chevet, l'immobilisant à son lit pour lui éviter de faire trop de dégâts. Elle ne garda pas de grands souvenirs de cette période, où ses rêves de la lune, du lac et de la fontaine, ainsi que du mystérieux « Assermenté Evans » apparaissait.


Avec la lune décroissante, Éliane passa plus de temps à dormir qu'à parler avec les autres de cette expérience singulière. Trois jours plus tard, Molly quitta le Manoir McGonagall avec sa fille et Hermione, laissant Éliane aux bons soins de Minerva. Cette dernière s'en occupa comme de sa fille.

Quand le temps de la rentrée arriva, Minerva lui proposa de venir directement à Poudlard avec elle. Elle accepta, à moitié dans les limbes du sommeil