Merci à tous les lecteurs et commentateurs !

Rien ne m'appartient : ni les personnages, ni les situations, ni les dialogues.


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Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Au lecteur ».

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Chapitre 2 : L'assassin

Il m'a demandé de rester dans mon bureau ce soir. Je n'aime pas ça : il risque d'avoir besoin de moi d'urgence, comme cet été, ou pire encore. Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Nous jouons tous un jeu dangereux, mortel. Et la fin se rapproche.

Je voudrais être délivré de cette tension insupportable mais je redoute la forme que va prendre cette délivrance. Il y a trop d'éléments hors de mon contrôle, je déteste cette situation.

Soudain, j'entends crier dans le couloir, puis Flitwick arrive, en nage, bredouillant, horrifié. Je finis par comprendre ce qu'il veut me dire : Drago semble être passé aux choses sérieuses. Je me lève d'un bond. Je cligne des paupières, hésitant un centième de seconde. Mais ce n'est pas comme si j'avais le choix.

Flitwick vient de tomber. Son cœur est fragile, il a dû avoir un malaise. Quel imbécile ! Tant pis, je n'ai pas le temps, il faut que je monte.

Où est Drago ? Est-il en danger ?

J'ouvre la porte. Miss Granger et Miss Lovegood sont là. Pas le temps de leur demander pourquoi, pas le temps de leur enlever des points. Je les envoie s'occuper de Flitwick. Elles ne gêneront personne ici.

Je pars sans me retourner. C'est probablement la dernière fois que je quitte mon bureau, mais ce n'est pas le moment d'avoir des pensées nostalgiques. Jamais mes cachots ne m'ont paru aussi profondément enterrés. Combien d'escaliers reste-il à monter ?

Enfin, j'arrive au pied de la Tour d'Astronomie. Elle est gardée par un sort que je connais bien, il ne laisse passer que les porteurs de la Marque des Ténèbres. C'est un vrai massacre, ici. Un Weasley est à terre, couvert de sang, des maléfices divers sont envoyés en tous sens. Pas le temps de prendre part au combat : je grimpe quatre à quatre les marches qui me séparent de Drago.

J'y suis.

Un regard me suffit pour faire le tour de la scène.

Je le vois d'abord, lui, appuyé contre la rambarde, très faible, sans baguette. Qu'a-t-il bien pu lui arriver ?

Deux balais gisent sur le sol : Potter est sûrement mêlé à cette histoire, planqué quelque part sous la Cape de son cher papa. Il doit être immobilisé, sinon, il serait en train de se battre. Il n'a jamais su faire preuve de prudence face au danger.

Drago, tremblant. Il ne peut pas le faire. Je le sais. Je l'ai toujours su, et Narcissa aussi. C'est à cause de cela que je suis là.

Quatre Mangemorts, dont ce fou furieux de Greyback. Aucun n'est particulièrement doué. Ce n'est pas ce soir que le Seigneur des Ténèbres veut prendre Poudlard : il a envoyé des incapables. Mais même des incapables sont dangereux, à quatre contre un.

— Nous avons un problème, Rogue, dit Amycus, dont le regard et la baguette sont dirigés l'un et l'autre vers le vieillard. Ce garçon ne semble pas capable de…

Il ne le sait pas, mais il vient d'énoncer la troisième condition du Serment Inviolable qui me lie à Narcissa. L'étau se resserre. Tous me regardent comme si c'était à moi de prendre une décision. Rien n'est plus faux.

Une autre voix, très faible, dit mon nom.

— Severus…

Il me supplie. Lui, le plus puissant sorcier que je connaisse, il me supplie ! C'est à la fois pitoyable et effrayant.

Je ne dis rien. Il n'y a rien à dire. Je m'avance, je pousse Drago sur le côté. Je crois que je le hais, à ce moment-là.

Le vieil homme me regarde. Je lis tout : sa confiance, la potion qu'il vient de boire, ce qu'il me demande, son désir de sauver Drago et Potter (j'avais raison, il est bien là).

Il ne veut pas que je meure pour le défendre. Ma mort serait inutile : il est empoisonné. Avec ce qu'il a avalé, il n'a aucune chance de s'en sortir sans moi. C'est utile, parfois, un expert en magie noire...

Je n'ai pas le choix. Je n'ai même pas à me demander si je lui suis fidèle ou non : c'est lui-même qui me demande de le sacrifier. Me laisser mourir serait le seul moyen de le trahir.

Quoi que je fasse, fuir dans la mort ou y précipiter un vieil homme malade, j'agirai comme un lâche. Comment ai-je pu me laisser enfermer dans une telle impasse ?

Comme je le hais, ce vieillard qui me regarde avec tant de gentillesse, tant d'amour ! Si au moins il me demandait de l'épargner... Il se montrerait plus lâche encore que moi, je pourrais le mépriser, ce serait tellement plus facile. Je n'ai jamais aimé achever les mourants. Cela me répugne, c'est une tâche indigne de mes capacités.

— Severus… S'il vous plaît…

Sans perdre la répugnance que je ressens, je me laisse envahir par la haine. Il le faut.

Ma main lève ma baguette et j'entends le son de ma voix, froide et distante.

Avada Kedavra.

Il est projeté dans les airs comme par une explosion. C'est bien la première fois qu'un de mes sorts est autant perturbé par mes émotions… Pendant une fraction de seconde, il semble suspendu sous la tête de mort étincelante qui brille dans le ciel, puis il retombe lentement en arrière, par-dessus les remparts, telle une grosse poupée de chiffon, avant de disparaître dans le vide.

Voilà, c'est fini. J'ai l'impression que moi aussi, je suis précipité dans le vide. Je viens de détruire le seul homme qui m'ait jamais fait confiance, le seul qui aurait pu me sauver en cas de défaite du Seigneur des Ténèbres. Je viens de détruire ma petite vie de tous les jours, mon travail, ma maison, mes livres et tous mes biens. Je viens de détruire mon précieux statut d'espion, la seule chose qui me donnait de la valeur aux yeux d'un Maître devenu pourtant mon seul refuge.

Ton sacrifice a été inutile, vieil homme. Tu as emporté mon existence avec toi : je suis comme mort.

Tout est fini.


Eh bien ? Qu'en dites-vous ?

Je pense qu'il y aura un troisième chapitre, "la fuite du Prince" du point de vue de Rogue, car, hélas pour lui, le pauvre homme se trompe : tout n'est pas fini, loin de là...