Je m'excuse aux finlandais et aux personnes d'origine finlandaise pour les inexactitudes sur leur pays, que je n'ai jamais eu la chance de visiter.

Et surtout, je m'excuse à mes lecteurs : je n'ai pas pu publier ce chapitre à la date prévue à cause d'une coupure inopinée d'Internet. Je vous livre aujourd'hui ce chapitre et je vais redécaler les dates de mon planning,

« "Mine is a long and a sad tale !", said the Mouse, turning to Alice and sighing.

"It is a long tail, certainly," said Alice, looking down at the Mouse's tail; "but why do you call it sad ?" »

Extrait du chapitre 3 d'Alice's Adventure in Wonderland, par Lewis Carrol

1 : Lucy au pays des loup-garous

Il s'était passé près de seize ans depuis que Ginny Weasley était morte en transmettant à Lucy Lovegood une mission et un pouvoir, mais la belle région de Finlande où elle habitait avec son père n'avait pratiquement pas changé. Et si elle avait un peu changé, ce n'était que pour gagner en beauté : en effet, les quelques traces des premiers temps de l'occupation avaient été effacées, recouvertes par la nature, et le paysage de champs était désormais aussi paisible que le petit lac qui le bordait.

Après que Fenrir Greyback aie obtenu de Voldemort l'Europe du Nord comme possession personnelle, la population avait beaucoup souffert. Les loup-garous s'étaient déchaînés, avec force massacres et transformations en loup-garou, mais ils avaient dû se calmer. Il leur fallait bien être nourris le reste du mois.

L'organisation du pays était certes moyenâgeuse, mais elle était très douce comparée à celle des autres pays. Il n'y avait pas de ségrégation entre les Moldus et les sorciers de différents sangs. Pour les loups-garous, deux classes seulement existaient : eux et les humains. Ceux-là gagnaient leur pain en cultivant la terre, en élevant des bêtes ou en faisant du commerce. On payait un impôt en nature et on avait la paix, sauf une fois par mois, durant la pleine lune, où tout un chacun se terrait chez lui en écoutant les hurlements de loups au dehors.

Pour sa part, Lucy Lovegood n'avait pas souffert des massacres et autres horreurs de la conquête ; elle était simplement trop petite pour s'en rappeler et son père l'avait soigneusement protégée, si bien que tous ses souvenirs conscients furent exempts de guerre et de souffrance. Il y avait certes la domination des loups-garous, mais dans sa province, on ne voyait pas les seigneurs, et la terre était fertile, si bien qu'elle ne connût pas non plus la famine ou le poids de l'impôt.

Du monde, Lucy ne connaissait que les alentours de l'exploitation de son père et le bourg d'à côté. Des gens, elle ne connaissait que son père, les ouvriers qui travaillaient pour lui, les paysans voisins et les villageois. Oh bien sûr, son père lui avait parlé de son mystérieux pouvoir… Mais il ne s'était jamais manifesté. De temps en temps, elle avait l'impression de deviner les sentiments des gens ou ce qu'ils avaient en tête, mais ce pouvait être un hasard. Lucy sentait que si son pouvoir agissait vraiment, elle le saurait.

En réalité, elle n'était pas pressée qu'il agisse. Sa vie de fille choyée de riche paysan lui convenait parfaitement. Elle voulait rester une enfant heureuse, pour toujours !

Pourtant, Lucy allait sur ses dix-sept ans. Elle n'était même pas petite ou plate comme une limande, ce qui lui aurait laissé quelque chance de rester une fillette mutine toute sa vie. Elle avait les cheveux blond sale, mi-longs et aussi décoiffés qu'incoiffables tellement ils étaient bourrés de nœuds. Si elle passait une demi heure sur chaque mèche, peut-être qu'elle pourrait les lisser, mais elle n'avait ni patience ni coquetterie. D'autant plus que les gerbes de paille qui se mêlaient à sa chevelure – souvenirs de la grange qui était sa chambre – ne facilitaient pas la tâche ! Autrement, elle avait de grands yeux d'un bleu-gris délavé et un petit nez en trompette.

Ce samedi matin-là comme tous les samedis matins depuis qu'elle avait cinq ans, elle se réveilla en sautant sur la paille qui lui servait de couche. Puis elle descendit dans la cuisine retrouver son père et prit son petit-déjeuner constitué d'un morceau de pain maison et d'un verre de lait frais. Ensuite, elle fit sa toilette, s'habilla et redescendit attendre le crieur de nouvelles.

Il n'y avait plus ni journaux, ni télévision en Europe. Un décret de Voldemort avait interdit toute utilisation d'appareils Moldus et avait ordonné leur destruction, et il avait été appliqué, même en Finlande qui faisait partie du domaine des loups-garous. Le seul moyen d'être informé pour la population était le crieur de nouvelles. Ce métier n'était pas facile : en effet, chaque semaine, le crieur se rendait à la capitale du district (anciennement capitale du pays), Helsinki. En chemin et une fois arrivé sur place, il rassemblait toutes les nouvelles intéressantes puis repartait par la même route, distribuant les nouvelles de la capitale et de la région. Le crieur de nouvelles gagnait officiellement sa vie des piécettes que les gens lui donnaient au marché pour son travail mais il assurait aussi un peu les services postaux : on pouvait le payer pour transmettre un message à une personne en particulier. Avec une semaine d'intervalle, les nouvelles n'étaient jamais de première fraîcheur, mais ça valait mieux que rien.

Normalement, le crieur de nouvelles ne passait que dans les villages le dimanche mais le père de Lucy et quelques autres paysans des environs le payaient pour passer dans leur ferme crier les nouvelles en avant première. Il n'y rechignait jamais car les paysans payaient bien et qu'il était de la tradition qu'on offre une collation au crieur à son arrivée.

Depuis que Lucy était tout petite, le crieur de nouvelles était un homme corpulent que tout le monde appelait « Puck », sans savoir d'où venait ce surnom étrange. Personne ne savait non plus comment l'homme faisait pour garder ses rondeurs après tant de jours de voyage si éprouvants. En tout cas, il avait toujours de l'appétit pour la collation offerte par les paysans et réclamait plus de bière de sa voix grave et forte de crieur. Lucy aimait bien Puck et il l'appelait toujours « petite fée » même à 17 ans.

« Alors Puck, demanda le père de Lucy alors que le crieur était attablé devant une chope de bière et dévorant une généreuse portion de pain et de fromage, qu'est-ce que tu as comme nouvelles intéressantes cette semaine ? »

« J'ai une nouvelle capitalissime, mon cher. »

« Tu dis ça chaque semaine, Puck ! »

« Hé bien disons qu'elle est bigrement capitalissime. J'ai appris, tenez vous bien, que notre nouveau gouverneur va venir nous rendre visite. »

« Quoi ! Ici ? Mais ce n'est qu'une petite région… »

« Il va sans doute même traverser le village. », précisa Puck en attaquant une énorme part de tarte aux prunes et aux amandes.

« Comment as tu fait pour avoir un telle information ? »

« Secret professionnel. »

« Et je suppose que tu sais aussi quand il va passer ? »

« Aujourd'hui. », répondit Puck avec nonchalance.

Il savourait visiblement le petit effet qu'il produisait.

« Mais alors, ils n'en savent rien, au village… Tu ne leur en as rien dit ! »

« Je vous préviens maintenant, car je vous aime bien. Mais cela fait plusieurs mois qu'ils me traitent mal au village. Demain, quand je leur crierai les nouvelles, je veux voir leurs visages se décomposer à l'idée qu'un seigneur des loup-garous aura peut-être vu leurs étals de fruits pourris, leur grossièreté ou bu leur bière frelaté. »

« S'il y a le gouverneur parmi eux, ils s'en rendront bien compte, non ? », intervint Lucy.

« Attention, jeune fille !, dit Puck en se tournant vers elle et en prenant une grosse voix. Les seigneurs des loups-garous ne sont pas comme les nobles des autres pays. On ne les reconnaît pas à leur suite ou à leurs vêtements d'apparat ! Ils ne portent pas ces machins de riches, du velours ou du broca. Ils sont habillés normalement et à moins que tu rentres dans l'un d'eux accidentellement, il est fort improbable que tu devines ce qu'il est. »

Puis il se remit à discuter avec son père des autres nouvelles : du prix du tissu qui montait, du choix des meilleures patates nouvelles… Lucy n'avait qu'une hâte : qu'il finisse pour que son père et elle puissent aller au marché. Enfin, Puck partit (« la tourte sans fond de la mère d'à côté m'attend ! ») et elle aida son père à charger la carriole des produits à vendre au marché.

Lucy aimait aller au marché. La route pour aller au village traversait les champs et longeait le lac. Elle était sinueuse et pleine de cahots. Le vent frais faisait s'envoler sa capote et lui ébouriffait les cheveux. Mais le plus amusant était le marché lui-même.

Les étals recouvraient tout en une débauche de couleurs presque indécente : du mauve-pourpre des soies les plus riches au jaune terreux des pommes de terres, en passant par le rouge de la viande crue. Les odeurs de viande grillée, de viande brûlée, de lourds parfums, de fruits écrasés et d'alcool. Le bruit des vivats des marchands pour attirer la clientèle, des négociations ardues, des disputes, des pleurs et des rires.

C'était cela, le marché.

Lucy se sépara rapidement de son père. Il faisait toujours des choses pas rigolotes : parler indéfiniment avec les marchands du prix de ses récoltes, par exemple. Comme il lui donnait de l'argent de poche, elle commença par s'acheter une brochette de viande grillée comme repas de midi. Puis elle flâna sur la place principale pour saluer les marchands qu'elle connaissait et admirer les nouveautés. Quand son ombre eut atteint la taille attendue, elle sut qu'il était l'heure de visiter ses étals favoris.

La partie réservée aux étoffes et aux parfums avait sa faveur, elle devait l'avouer. Elle ne pensait pas être coquette, mais la douceur des beaux tissus et l'odeur des parfums capiteux l'enchantaient. Ce n'était sans doute pas qu'elle aurait aimé les porter mais elle aimait les admirer, comme des œuvres d'art. Tous les marchands de tissus ou de parfums la connaissaient et lui faisaient bon accueil. Elle n'était pas cliente, mais ils la voyaient déjà à la vente.

« Tu as un bon nez, disait un des parfumeurs, et tu commences à être une jeune fille. Ton père ne s'occupera pas de toi éternellement et je ne pense pas que tu voudrais reprendre la ferme. Tu es habituée à ne pas te fatiguer les muscles mais à faire travailler tes sens. Je peux t'assurer un bon travail si tu deviens mon employée… »

« Tes mains sont petites et blanches et pas rustaudes comme celles de toutes les autres filles, disait une des tailleuses. Tu as un vrai sens du beau tissu. Je suis sûre que tu pourrais coudre habilement et promptement si on t'apprenait. Et si on te coiffait un peu, tu serais mignonne comme tout pour la vente… »

Lucy ne s'inquiétait donc pas pour son avenir. De plus, l'amitié des commerçants lui procurait aussi de menus présents. Ce jour-là, un tailleur qu'elle n'avait pas revu depuis longtemps lui offrit un petit éventail de style japonais. Il lui confia :

« Je suis parti en Angleterre rapporter les dernières modes. Hé bien, figure toi qu'ils ne jurent plus que par les kimonos et tout ces machins là ! Celui-ci est une imitation occidentale de basse facture mais les vrais coûtent des milles et des cents. Il y a même une vraie japonaise qui fabrique des dizaines de tenues de cérémonie pour les dames de la cour de Poudlard. Je me rappelle plus son nom, ce nom que tous les japonais ont… enfin peu importe, ça ne te concerne pas, petite Lucy. », termina t-il quand il vit qu'elle décrochait.

« Merci pour l'éventail, il est ravissant.», remercia t-elle avec chaleur.

Ce n'était pas un bonheur feint : elle trouvait l'accessoire charmant et se demandait à quoi ressemblait un vrai kimono. Cela devait être splendide…

De magnifiques tenues imaginaires naissant dans son esprit, elle sortit de l'échoppe du marchand sans faire attention et heurta quelqu'un si brutalement qu'elle tomba à terre.

« Je suis désolée… », balbutia t-elle en observant celui qu'elle avait bousculé.

C'était un garçon d'environ son âge. Il était grand, et beau ; et terrible. Ses cheveux blond foncés lui arrivaient à la nuque et étaient, eux aussi, décoiffés. Ses yeux étaient d'une couleur étrange : ils étaient d'abord miel clair puis à mesure que l'on s'approchait de la pupille, l'iris fonçait jusqu'à prendre la couleur de l'ambre.

Mais surtout, il avait un visage frappant : une grande bouche étirée sur le côté droit en un espèce de rictus qui n'était ni un sourire, ni une grimace et qui découvrait en partie une rangée de dents jaunâtres, longues et parfaitement alignés. Mais le plus frappant encore était les petites cicatrices qui marquaient ses joues, son front et l'arête de son nez. Lucy en aperçut aussi quelques-unes sur ses mains et son cou. D'ordinaire, quand quelqu'un a des cicatrices, surtout au visage, on a tendance à le plaindre. Mais ces cicatrices là n'étaient pas des marques honteuses mais un trésor de guerre clairement arboré. Elles inspiraient le respect et la crainte, et non la pitié.

Les caractéristiques même de ce visage auraient réussi à faire d'à peu près n'importe qui un laideron, mais je vous avais déjà dit qu'il ne l'était pas. Ces traits avaient une harmonie réelle, que ces spécificités ne troublaient pas, mais leur donnaient une autre aura, peut-être plus intéressante encore. Sans ces cicatrices, ce rictus étrange, il aurait été d'une joliesse classique. Avec, il avait une beauté étrange et sauvage, qui attirait et effrayait à la fois.

Son corps était modelé de manière à correspondre à son visage. Il était élancé, si bien que Lucy l'imagina même bondir. On pouvait le dire mince, mais un observateur plus attentif aurait deviné que ses muscles fins et longilignes seraient venus à bout de n'importe quel catcheur bodybuildé.

Il était l'incarnation de la sauvagerie.

Lucy se souvint des paroles de Puck : « Les seigneurs des loups-garous ne sont pas comme les nobles des autres pays. Ils sont habillés normalement et à moins que tu rentres dans l'un d'eux accidentellement, il est fort improbable que tu devines ce qu'il est. »

Ce qui lui était exactement arrivé. Ce garçon était un loup-garou. Il devait accompagner le gouverneur lors de sa visite.

Et elle lui était rentrée dedans ! Elle s'attendit à ce qu'il la dévore sur le champ, mais rien ne se passa et elle réalisa qu'elle était toujours par terre. Lui aussi sans doute, car il lui tendit une main aux ongles longs et jaunes comme des griffes pour l'aider à se relever.

Lucy attrapa cette main et fut aussitôt envahie d'un flot de sentiments qui n'étaient pas les siens.

Elle sentit la soif de sang, comme si elle avait toujours fait partie intégrante de son corps. Elle sentit le loup se tapir derrière ces traits, faire un avec elle. Elle sentit la formidable puissance de l'animal qui l'animait, sa grâce et le bonheur primaire et terrible qu'il lui apportait. Puis les sentiments se précisèrent, et elle ressentit pleinement l'amour de la guerre, la haine de la paix et de l'immobilisme. Elle voulait les combats, les massacres, elle voulait voir le sang couler. Elle se sentait étouffée par cette société calme et maîtrisée, par cette puissance que nul ne contestait plus. Elle voulait détruire Voldemort et replonger le monde dans la guerre et dans le sang, les seuls éléments dans lesquels elle se sentait bien… Elle voulait détruire Voldemort…

La main de Lucy glissa hors de celle du loup-garou, le courant d'émotions s'endigua et elle fut à nouveau elle-même. Mais le choc était loin d'être passé. Elle avait l'impression d'avoir été frappée par la foudre.

Sans réfléchir, elle se releva en dérapant sur la boue et partit en courant.

Tout en fendant la foule à toute allure, elle commença à penser à ce qui lui était arrivé. Elle s'était senti lycanthrope ! Quand elle avait touché le garçon, elle avait été lui pendant un instant ; elle avait ressenti sa nature profonde, connu son souhait le plus cher…

Qui était de détruire Voldemort.

Lucy était aux abois. Tout cela était trop nouveau pour elle. Elle courut jusqu'à la place centrale pour retrouver son père et s'effondra à moitié sur lui quand elle le trouva enfin.

« Qu'est-ce qui se passe, Lucy ? Tu es tombée ? »

Sa robe était maculée de boue.

Son père comprit que quelque chose n'allait pas, abrégea sa transaction et raccompagna sa fille à la carriole.

Malgré les cahots et le vent, Lucy s'endormit immédiatement. Utiliser son pouvoir l'avait vidée de toute énergie. Quand elle se réveilla, elle était allongée dans le lit de son père. Avant de lui poser la moindre question, celui-ci lui tendit une tasse de lait chaud au miel. Buvant quelques gorgées entre chaque phrase, elle lui raconta tout.

Le père de Lucy redoutait que ce moment arriva un jour. Il avait toujours espéré que Ginny Weasley se soit trompée de personne et que Lucy n'aie pas ce pouvoir qu'elle était censée lui avoir transmis. Mais sa fille avait véritablement détecté le premier membre de Ceux-qui-doivent-ramper.

« Ma fille, expliqua t-il. Tu es le « sélecteur ». J'ai bien peur que tu doives retrouver ce loup-garou et le convaincre de rejoindre Ceux-qui-doivent-ramper. »

« Mais papa, je ne connais même pas son nom ! Le gouverneur a pu prendre n'importe quel loup-garou avec lui ! »

« Es tu sûre qu'il ne s'agit pas du gouverneur en personne ? Les loups-garous n'ont pas besoin de suite ou de garde du corps… »

« Oui ! Il est bien trop jeune pour être gouverneur de la Finlande ! Il a mon âge, ce qui veut dire qu'il n'a même pas encore atteint l'âge d'homme ! »

« Chez les loup-garous, l'âge d'homme est à 15 ans. Décris le moi pour voir. »

« Hé bien, il avait les cheveux blonds, une grande bouche pleine de dents, et des cicatrices… »

« Sur les joues, le front et l'arête du nez ? »

« Oui. »

« C'est bien ce que je pensais, dès que tu m'as dit qu'il avait ton âge.

La personne que tu as heurtée, Lucy, n'est pas un loup-garou ordinaire. C'est Deimos Greyback, le fils de notre chef à tous, Fenrir Greyback, le tout nouveau gouverneur de Finlande et le numéro deux de tout le domaine des loups-garous. »

Il y eut un grand silence, si bien que Lucy s'entendit déglutir.

« Le point positif, dit son père, c'est qu'on ne va pas avoir du mal à le retrouver. Il habite la capitale. »

« Helsinki ? »

« Non pas la capitale du district, la capitale de tout le pays, волк, dans l'ancien pays qu'on appelait la Russie. J'avais prévu d'y aller dans quelques jours. Et cette fois, tu viens avec moi. »

Elle n'était encore jamais allée à волк. Son père y allait de temps en temps mais il ne l'emmenait jamais. Il disait que la capitale était un endroit trop dangereux pour une jeune fille. Mais maintenant, il semblait la considérer assez grande pour y aller, sans doute à cause de sa mission. Hier encore, elle aurait été excitée comme une puce, mais là, elle avait surtout très peur.

Le temps de préparer le voyage, et ils partirent. La route jusqu'à волк était longue et difficile. Ils la firent, mi en carriole, mi en Portoloin. Un jour, elle demanda à son père ce que voulait dire волк.

« Loup, bien sûr ! Mais tu peux faire comme tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent parler russe, et l'appeler Wolf. »

Un décret de Voldemort obligeait tous les pays à prendre comme seconde langue officielle l'anglais après la langue locale. Lucy, pour sa part, savait parler les deux langues officielles de son district, le finnois et l'anglais. Son père avait tenu à lui apprendre l'anglais, la langue maternelle de sa mère. En revanche, elle ne parlait pas russe et avait du mal à prononcer волк. Elle décida donc de suivre les conseils de son père et d'adopter le nom de Wolf.

Wolf était un de ces endroits qu'on ne peut absolument pas visualiser à moins de s'y rendre et de voir soi-même. Tout d'abord, la ville se situait dans une cuvette, si bien que lorsque l'on arrivait par la route de montagne comme Lucy et son père ce jour-là, on voyait toute la ville s'étaler en contrebas. Mais plus incroyable encore, les montagnes qui formaient la cuvette étaient en réalité recouvertes de glace qui avait été ensorcelée pour ne plus jamais fondre. Auparavant, une rivière dévalait le plus grand glacier et remplissait la cuvette d'eau ou de glace, selon la saison. Aujourd'hui, la cascade existait toujours mais l'eau avait été canalisée de manière à se contenter de traverser la cuvette et de continuer ensuite sa course dans les montagnes d'en face. Elle avait aussi été enchantée pour ne plus se figer en glace.

Il serait inutile de vous décrire quel spectacle extraordinaire c'était que de voir cette gigantesque cité entourée d'une ceinture de glaciers éternels, le plus grand d'entre eux dévalé par un fleuve – qui une fois arrivé en bas, séparait la ville en deux – dans une cascade fantastique où la rencontre de l'eau et de la glace enchantées produisait des chatoiements de diamant et des nuages de vapeur étincelants.

Wolf elle-même n'était pas en reste. C'était une cité de métal et de pierre, construite comme un château fort. Point d'élégants clochers, de bâtisses à la beauté sophistiquée pour la capitale du pays des loups-garous. Seule parée de son écrin de glace et d'eau, de la splendeur de la nature sublimée par la magie, elle avait la magnificence des choses qui ne sont pas faites pour être belle.

Lucy resta un instant tétanisée devant un tel spectacle. Rien n'aurait pu la préparer à un tel spectacle et pourtant, elle aurait dû s'y attendre. Wolf était habitée à 70 de loups-garous, elle avait été bâtie par eux et pour eux, et elle leur ressemblait. Leur pouvoir venait de la nature et de la magie, et ils étaient entourés par elles deux. Ils étaient des guerriers et leur cité était une place forte. Enfin, leur beauté était involontaire et terrible, comme celle de Wolf.

Il n'y avait que deux moyens d'entrer dans Wolf : emprunter un Portoloin à heure fixe ou transplaner et trois moyens d'en sortir : ceux cités précédemment plus naviguer sur le fleuve qui quittait la ville en traversant des cavernes souterraines creusées dans les glaciers. Ils prirent un Portoloin et atterrirent au terminal des arrivées.

La ville était comme Lucy l'avait imaginée d'après sa vue depuis le glacier. Tous les bâtiments étaient faits de blocs de pierre, et de cette même pierre étaient faits les pavés de la chaussée. Les rues – ou plutôt les ruelles – étaient étroites et ombragées. On ne marchait pas dans Wolf, on se faufilait dans ses méandres. Cette particularité donnait à la ville un caractère mystérieux. Lucy, accompagnée de son père, quitta les quartiers d'habitations pour remonter vers la grande place. A mesure qu'ils avançaient, les rues s'agrandissaient un peu et on voyait des commerces apparaître. Enfin, ils aboutirent au centre exact de la cité, un cercle parfait et exempt de bâtiments, séparé en deux par la rivière Albion.

« Où est le palais ?, demanda Lucy à son père. Il devrait être au centre de la ville, non ? »

« Derrière toi. », lui répondit son père.

Elle se détourna de la cascade et regarda la montagne par laquelle le fleuve sortait de la ville. C'était le seul endroit qu'elle n'avait pu voir tout à l'heure, car ça avait justement été son point d'observation. Mais maintenant Lucy savait qu'elle avait eu le château juste sous ses pieds.

Tout d'abord, elle vit un tunnel dans lequel s'engouffrait le fleuve. L'embouchure du tunnel avait été orné d'une tête de loup en métal noir stylisé. Pour que les embarcations sortent, elles devaient se « jeter dans la gueule du loup ».

Lucy arracha son regard au tunnel-tête de loup et leva la tête. Le palais était là, accroché à la paroi de glace comme une vigne vierge noire. Et il était plus indescriptible et inimaginable que la ville entière.

Il s'agissait en fait d'un gigantesque ensemble de balcons de métal noir reliés les uns aux autres comme des cubes à jouer empilés par un enfant qui essaie de les faire monter le plus haut possible. Sauf que les balcons étaient non seulement reliés à d'autres balcons mais aussi accrochés solidement à la montagne, le tout formant une arche au dessus du tunnel à tête de loup. Enfin, les balcons avaient des parois, mais pas comme des murs de maison, des parois de métal forgé formant des dessins alambiqués, dessins qui se prolongeaient sur le balcon suivant en une longue ligne ininterrompue. Il fallut un moment à Lucy pour comprendre que ces entrelacs représentaient des loups, une farandole de loups les uns derrière les autres.

L'effet était étrange, aussi étrange que si on avait essayé de construire un mélange d'église gothique et d'arc de triomphe en métal sur le flanc d'une montagne.

Lucy resta un instant abasourdie par la vue d'un bâtiment aussi étrange. Puis elle demanda à son père, le regard plein d'appréhension :

« Comment je vais faire pour rentrer là-dedans ? »

« Je n'en ai pas la moindre idée. », lui avoua t-il.

Le problème fut remis à plus tard. La nuit allait bientôt tomber, et il n'était pas sûr de se promener dans les rues une fois le soleil couché à Wolf. Ils décidèrent donc de réserver deux chambres dans une auberge.

L'auberge du Gang des Crocs n'était pas celle où se rendait habituellement le père de Lucy. Il valait mieux qu'aucun marchand de sa connaissance ne le croise et l'interroge sur les raisons de la présence de sa fille à ses côtés. En fait, il l'avait choisie à dessein car c'était un endroit où tout commerçant sain d'esprit éviterait d'aller. Vous l'avez deviné cette auberge était singulièrement mal famée. Déjà, la tenancière était une loup-garou femelle qui aurait pu étouffer n'importe quel représentant de l'espèce humaine, ovine ou même bovine contre sa poitrine. Elle était aidée de sa famille, tous des loups-garous à la mine patibulaire, qu'on surnommait le Gang des Crocs. La clientèle était constituée de loups-garous et d'humains qui ne craignaient pas de les fréquenter, donc qui étaient forcément des individus louches. En conséquence, la spécialité de la maison était le cuissot de chevreuil cru. La dernière chose que fit le père de Lucy avant d'entrer fut d'interdire formellement à sa fille de se promener seule dans l'auberge.

Alors qu'elle était assise à une des tables de la grande salle pendant que son père vérifiait les chambres, sentant tous les regard braqués sur elle, celle-ci se sentait singulièrement mal à l'aise. Elle s'attachait à détailler le bois pourri du comptoir devant elle comme si elle n'avait jamais connu chose plus intéressante au monde.

Soudain, dans cette atmosphère insoutenable, qui était totalement nouvelle pour elle, Lucy entendit quelque chose de terriblement familier, qui lui fit lever la tête.

Une voix au comptoir qui disait « Sers moi vite, Edna, je suis épuisé ! ». Une voix grave et forte. Une voix de basse. Une voix de crieur.

Sans réfléchir, elle quitta sa table, rejoignit le comptoir et dit à la silhouette encapuchonnée qui venait de parler :

« Mon Dieu, Puck, qu'est-ce que vous faites là ? »

Une minute plus tard, le crieur de nouvelles était assis à sa table, l'air aussi surpris qu'elle mais surtout totalement dans ses petits souliers. Lucy n'eut cependant pas le temps de le questionner car son père arriva. Il fut d'abord paniqué de voir un homme assis à la table de sa fille puis la surprise se peignit sur son visage quand il reconnut Puck.

« Tu ne devrais pas être à Helsinki ? », demanda t-il incrédule.

« J'y étais et je suis censé y être. Mais vous voyez… pour mon métier… avoir de meilleures nouvelles… je vais souvent à Wolf… »

« Tu y vas « souvent » ? Tous les samedis, tu étais toujours au rendez-vous pour nous crier les nouvelles. C'est impossible d'aller à Wolf et de revenir en moins d'une semaine. »

« Pas en Portoloin. »

« Il n'y a aucun Portoloin qui relie directement Helsinki à Wolf. »

Puck eut l'air encore plus dans ses petits souliers. C'était une personne auquel il était relativement facile de faire avouer la vérité.

« Voilà. Je suis un sorcier. Je vais à Helsinki et j'utilise mon propre Portoloin pour me rendre à Wolf. C'est comme ça que j'ai su où et quand viendrait le gouverneur de Finlande.

Et vous, pourquoi vous êtes là ? »

« Pour affaires. »

« Ne me dis pas n'importe quoi. Tu ne serais jamais descendu ici pour faire du commerce, et tu n'aurais jamais emmené Lucy avec toi… »

« Et vous, demanda Lucy, pourquoi vous appelez la patronne par son prénom ? Vous n'êtes pas qu'un crieur de nouvelles, n'est-ce pas ? »

Puck rougit.

« Tu es perspicace, petite démone ! C'est entendu, je ne chercherais pas à en savoir plus. Et ne révélez pas mon secret professionnel surtout ! »

Il mit son doigt sur ses lèvres en leur faisant un clin d'œil.

« Puck…, dit Lucy d'une voix hésitante. Il y a peut-être quelque chose que vous pourriez faire pour moi…

Pourriez vous me faire entrer… au palais des loups-garous ? »

« Et pourquoi donc veux tu y entrer ? »

« Je dois parler à Deimos Greyback. »

Puck recracha la gorgée de bière qu'il allait avaler. Il s'exprima par paroles entrecoupées de toux :

« Tu as des visées suicidaires ou quoi ? Je connais pas mal de loups-garous, mais aucun d'entre eux n'est aussi féroce que le fils Greyback. Depuis son premier cri qu'il est un lycan, et élevé comme tel… Tu ne comprends pas… ce type n'a jamais vraiment été un être humain. »

« Je sais, Puck, je le sais bien. Mais je dois entrer au palais et lui parler. »

« Si c'est ce que tu attends de moi, je ne peux pas organiser une entrevue. Mais si c'est vraiment ce que tu veux, je pense pouvoir te faire entrer au palais. Après, à toi de te débrouiller. C'est à prendre ou à laisser. »

Lucy se tourna vers son père qui acquiesça sombrement de la tête.

Puck leur expliqua le plan : toutes les semaines à heure fixe, les domestiques du château faisaient la lessive dans le fleuve à l'intérieur du tunnel à tête de loup. A la faveur de l'obscurité de la galerie, Lucy devait se glisser parmi elles. Elles étaient trop nombreuses pour se connaître toutes, et on ne les comptait jamais. Il fournirait l'uniforme réglementaire.

Lucy hésita. Bien sûr c'était hasardeux, et sans doute dangereux. Mais c'était sa seule chance. Comme lui dit son père alors qu'ils remontaient dans leur chambre :

« Tu es ma fille et je veux te protéger. Je voudrais toujours te protéger. Mais c'est ta mission de rassembler Ceux-qui-doivent-ramper. On ne peut éternellement retarder le moment de partir à l'aventure, tout comme on ne peut éternellement retarder le moment de grandir. Tu as 17 ans, Lucy-Lucette, et il est temps pour toi de commencer ta vie d'adulte et de faire face au danger… toute seule. »

Lucy avait encore ces paroles en tête, quand, le lendemain après-midi, vêtue du sage uniforme des servantes du palais, elle se glissa dans le tunnel obscur où s'écoulait l'Albion.

Et elle avait vraiment l'impression de se jeter dans la gueule de loup.

Pourtant, la première partie du plan se déroula comme prévu. Les filles en train de laver avec application le linge ne remarquèrent pas qu'une inconnue se glissait parmi elles. Quand elles repartirent par un escalier creusé dans la roche, Lucy les suivit. Elle attendait avec appréhension et une certaine curiosité de voir l'intérieur du palais, s'attendant encore à quelque excentricité. Mais les parois et le sol de métal étaient aussi noirs que vus de l'extérieur, il n'y avait ni décorations, ni fenêtres, si bien que Lucy eut l'impression de n'avoir jamais quitté les souterrains.

Toujours en groupe, les domestiques se rendirent dans une pièce fraîche qui devait être l'une des arrières cuisines. Les plats, principalement de la viande crue, les attendaient. Tour à tour, elles prirent un plateau. Lucy imita ses voisines et la file des servantes, chargée du repas, repartit. Le dîner semblait être un cérémonial étrange…

Enfin, elles aboutirent à une porte à doubles battants, en superbe ébène gravé des mêmes dessins de loups que sur l'extérieur du château, ce ne pouvait être que la porte de la grande salle. Elle s'ouvrit, et Lucy fut enfin surprise.

La pièce formait un demi-cercle parfait, creusé dans la roche de la montagne. Elle était d'une taille énorme par rapport au reste du palais, et Lucy comprit qu'il devait s'agir du plus grand des balcons, celui qui surplombait le tunnel.

La pièce avait été aménagée avec un soin particulier. Son sol avait été dallé de pierres. Mais elle était presque toute entière occupée par une gigantesque table qui formait elle aussi un demi-cercle et qui était bordé de dizaines de chaises. Et sur ces chaises était assise la bande de loups-garous la plus bruyante, la plus braillarde et la plus affamée que Lucy aie jamais vu. Ils réclamaient les plats en invectivant les serveuses, frappaient de leurs verres sur la table. Les domestiques devaient y être habitués, car leurs visages restaient parfaitement vierge de toute émotion. Leur file lente, impassible et muette, se divisa en deux, longeant chacune un des côté de la table en y disposant gracieusement les plats. Puis après s'être déchargée de son fardeau, chaque fille continuait jusqu'au bout de la table, s'y arrêtait un instant et repartait par une des deux portes de service, discrètement installées de chaque côté de la pièce.

Lucy ne mit pas longtemps à comprendre pourquoi elles s'arrêtaient. Car au milieu du demi-cercle siégeaient Fenrir et Deimos Greyback, et elles prenaient le temps de saluer un de leurs employeurs.

Elle observa le père et le fils. Elle fut surprise de constater qu'ils ne se ressemblaient pas du tout. Après avoir vu Deimos, elle avait imaginé Fenrir comme un homme lui ressemblant beaucoup, en plus âgé bien sûr. Mais à part quelques attitudes semblables et une même aura, Fenrir n'avait rien en commun avec son fils. C'était un homme grand et massif, avec de longs et puissants membres de loup-garou. Ses cheveux étaient gris et ils arboraient des favoris. Ses traits étaient quelconques, un peu rustauds peut-être. A ce moment, il était absorbé par une conversation avec son fils, et ni lui, ni Deimos, ne prêtaient la moindre attention aux servantes qui défilaient dans la pièce.

La file avançait de plus en plus, et, à son tour, Lucy dût abandonner le morceau de viande crue indéterminée qu'elle charriait et avancer vers les deux loup-garous. Deimos avait arrêté de parler avec son père et regardait les mets s'accumulant sur la table et les domestiques inclinant de la tête à leur passage devant lui. Ça allait être le tour de Lucy. Il verrait alors son visage pendant quelques secondes.

Pour se rassurer, elle se dit qu'il n'aurait jamais le temps de la reconnaître. Sans doute n'avait il même pas eu le temps de détailler son visage lorsqu'elle l'avait bousculé.

Pourtant, quand Lucy salua à son tour, il lui lança un coup d'œil incisif comme une lame de couteau. Pétrifiée par ce regard, elle s'arrêta un instant. Elle sut qu'il l'avait reconnue. Elle ne savait pas comment il avait fait, et d'ailleurs, ça ne comptait pas. Il l'avait reconnue, c'était tout ce qui importait. Elle aurait dû s'en réjouir mais elle en était proprement terrifiée. Désormais, elle guettait sa réaction avec appréhension.

Deimos parcourut du regard le demi-cercle que formait ses convives et lâcha :

« Dommage, j'avais faim. »

Lucy ne comprit pas pourquoi, mais cette simple phrase déclencha l'hilarité de tous les loups-garous assis autour de la table. Certains se tapaient carrément les cuisses. Mais elle n'eut pas le temps de réfléchir à l'étrangeté de l'humour loup-garou, car les doigts de Deimos s'enroulèrent autour de son poignet et il se mit à courir, l'entraînant avec elle.

Lucy n'avait jamais connu ce qu'on appelle les montagnes russes, mais si elle en avait fait l'expérience, alors cette course lui aurait rappelé quelque chose. Elle-même ne courait pas, bien sûr. C'était Deimos qui l'entraînait avec lui comme si elle n'était pas plus légère qu'un sac. Et lui-même ne donnait pas l'impression de courir. On aurait plutôt cru qu'il sautait ou qu'il volait. Il franchit en deux enjambées la porte de service, évita les domestiques qui s'écartèrent sur son chemin comme au passage d'un bolide, et sauta gracieusement par-dessus les meubles.

Lucy se sentait comme cette héroïne d'un vieux livre que lui avait donné son père. Comment s'appelait-il déjà ? Ah oui, Alice au Pays des Merveilles. Dans ce roman, l'héroïne, Alice, suivait un lapin blanc et tombait dans son terrier. Mais ce n'était pas un simple terrier de lapin mais une sorte de puits interminable. Durant sa chute, Alice observait les murs du terrier sans avoir le temps de rien détailler. Elle ne pouvait faire qu'attendre la fin de sa chute.

Lucy avait suivi un loup-garou et maintenant, elle aussi chutait, mais à l'horizontale. Sur le chemin de Deimos, les portes s'ouvraient, révélant des pièces qu'elle ne faisait qu'entrapercevoir. Et comme Alice, perdue dans un pays étrange, elle attendait la suite des événements.

Alors que son alter-ego s'enfonçait dans les profondeurs du terrier, Lucy eut de plus en plus l'impression de monter. Jusqu'à ce que Deimos stoppe et qu'elle arrive dans la pièce la plus étrange de tout le palais.

C'était un balcon, qui cette fois comportait de larges ouvertures vers l'extérieur. Lucy voyait l'Albion cascader le long de la montagne d'en face, et si elle s'approchait des fenêtres, elle était sûre de voir tout Wolf. Mais ce n'était pas cela qui était remarquable.

Les murs, le sol, le plafond étaient faits de glace ! Elle était au plus haut point possible du palais. Et même si la glace était sans doute ensorcelée, elle ne se sentait pas du tout rassurée.

Deimos, lui, s'avança sans crainte jusqu'aux colonnes qui soutenaient le plafond, et s'y adossa avec désinvolture. Il regardait Lucy en souriant, toujours de sa façon étrange de sourire, avec un seul coin des lèvres relevé.

« Alors, Miss Lucy, vous en avez fait du chemin pour me retrouver… », lui dit-il, dans un anglais parfait.

« Comment connaissez vous mon nom ? », balbutia Lucy.

Deimos rit et extirpa de sa poche un petit objet qu'il lui lança. Elle l'attrapa au vol.

Lucy ne le reconnut que quand elle l'eut dans les mains. C'était le petit éventail de style japonais que lui avait offert le marchand !

« Vous l'aviez oublié, n'est-ce pas ? Il est tombé en même temps que vous, et vous ne l'avez pas ramassé en partant. J'ai tout de suite vu que cet éventail venait d'Angleterre, où les objets de cette facture sont très à la mode. Or il n'y avait qu'un seul marchand dans le secteur qui soit allé en Angleterre assez récemment pour l'acheter. Je me suis rendu dans sa boutique et il a été forcé de me dire tout ce qu'il savait sur la charmante jeune fille à laquelle il l'avait offert.

Il semble qu'on se soit beaucoup raté, dit-il avec un sourire ironique. Je vous ai cherchée ce jour-là, au marché, mais vous étiez déjà partie. Puis, j'ai envoyé une délégation là où vous vivez mais encore une fois, vous étiez déjà en route, pour Wolf, je le comprends maintenant. »

« Pourquoi vous donnez tant de mal pour retrouver quelqu'un qui vous avait juste bousculé dans la rue ? », demanda Lucy.

Deimos abandonna son ton poli et lui parla de façon plus intimiste, le regard dans le vague :

« Tu as fui si vite… D'habitude, les gens ont peur de moi mais pas à ce point-là. Et surtout, quand je t'ai touchée, j'ai senti qu'il se passait quelque chose, comme si je t'avais soudain confié tous mes secrets les plus profonds. »

Puis il reprit d'un ton ferme, en la sondant du regard :

« Mais je crois que j'ai plus le droit que toi de me poser des questions. Tu quittes ton pays pour Wolf, et tu entres dans ma maison, déguisée en domestique. Pourquoi te donner tant de mal pour retrouver quelqu'un que tu as juste bousculé dans la rue ? »

Le moment pour lequel Lucy était venu à Wolf était arrivé. Les mots se bousculaient dans sa bouche, mais aucun ne sortait. Elle balbutiait, consciente du ridicule de sa situation. Et l'autre la fixait toujours, avec son sourire en coin…

Deimos Greyback était décidément doté du super pouvoir de rendre n'importe qui mal à l'aise.

« Pourquoi vous souriez toujours de cette façon là ? Ça me met mal à l'aise ! »

« Je suis content que tu me poses la question, répondit Deimos en souriant de plus bel. De toute façon, je te l'aurais dit.

En fait, expliqua t-il, je peux très bien sourire comme tout le monde. Mais je suis devenu lycanthrope alors que ni mes dents définitives, ni même mes dents de lait n'avaient poussées, et j'ai subi comment dire… une mutation étrange. Qui fait que quand je souris franchement, tout le monde a peur. Tu veux voir ? »

« Hé bien en fait n… »

Mais les coins des lèvres de Deimos s'étaient déjà relevés. On pouvait dire qu'il illustrait vraiment l'expression « sourire jusqu'aux oreilles ». Quand il souriait franchement, on avait l'impression que son visage se fendait littéralement en deux, révélant une mâchoire digne d'un fauve. Lucy n'imaginait même pas combien de dents il avait là-dedans, et elles étaient même plus larges, longues et pointues que n'importe quelle dent humaine. L'effet était proprement terrifiant. Cela lui rappelait une autre histoire, celle du petit Chaperon rouge, le moment où l'innocente enfant demandait au loup qui s'était déguisé en sa grand-mère, pourquoi il avait de si grandes dents, et où il avouait que c'était pour la manger. Ses dents l'avaient trahi. Et tout cela confirmait à Lucy que Deimos Greyback n'était pas un véritable être humain, mais un loup, déguisé en homme, et qui lui aurait volé, en plus de son apparence, son intelligence et ses vices.

« C'est comme ça qu'on a trouvé mon nom, continua Deimos sans s'arrêter de sourire. Avec mon premier vrai sourire. Phobos, la Peur, et Deimos… la Terreur. »

Lucy avait oublié sa mission. Tout ce qu'elle voulait, c'était ne pas finir comme le petit Chaperon rouge, c'est-à-dire dans l'estomac d'un loup.

« Hé bien, je pense… que je vais… repasser plus tard… », dit elle d'une toute petite voix.

Mais Deimos n'avait pas l'intention de la laisser partir aussi facilement. Il s'empara de son poignet, et il avait une tel poigne qu'il était inutile de lutter. Il s'assit gracieusement sur la rambarde et installa Lucy sur ses genoux sans aucun scrupule.

« Vas-y, raconte moi tout, mon enfant. », dit-il avec un amusement non dissimulé dans la voix.

« On ne va pas tomber, là ? », demanda Lucy d'une voix terrifiée.

« J'ai un sens inné de l'équilibre, assura Deimos. On ne tombera jamais. Sauf si tu te débats. », ajouta t-il d'une voix suave.

Toute retraite lui était coupée. Elle était assise sur les genoux d'un féroce loup-garou et elle risquait à tout moment de chuter d'une montagne.

Bizarrement, Lucy se sentit plus prête à rentrer dans les explications. Elle sentait que la situation ne pouvait être pire qu'elle l'était maintenant. Alors autant foncer !

Elle commença à lui expliquer ce qu'avait vu Ginny Weasley et ce qu'étaient Ceux-qui-doivent-ramper et elle en vint naturellement à son pouvoir et sa mission.

« Je comprends maintenant pourquoi il y avait tellement de résistants à Voldemort dans ta région. C'est pour ça que je m'y étais rendu en premier lieu. Pourquoi crois tu que je serais allé dans cette petite région insignifiante autrement ? Ton père a dû t'utiliser comme porte drapeau. »

« Mon père ? »

« Il est un des chefs de la résistance passive. Je pensais qu'il te l'avait dit. Visiblement non. », conclut il en voyant l'air incrédule de Lucy.

Il avait sans doute voulu la tenir à l'écart de tout cela… pour la protéger encore une fois.

« Je pourrais gagner en renommée auprès de Voldemort en vous dénonçant tous les deux. », dit Deimos sur le ton de la conversation.

« Mais vous ne le ferez pas ! J'en suis sûre ! », s'exclama Lucy.

Elle essaya de lui décrire le plus exactement possible ce qu'elle avait senti en le touchant : sa nature profonde, sa volonté de détruire Voldemort…

« Tu n'as pas menti, dit Deimos. Ce que tu m'as dit, je ne l'avais confié à personne aussi complètement, pas même à mon père. »

Son ton était redevenu contemplatif. Il lâcha le poignet de Lucy et la remit sur le sol, aussi facilement que si elle était une gamine de trois ans, avant de se laisser glisser de la rambarde.

« Tu vois la rivière qui sépare la ville en deux, dit-il en montrant la ville en contrebas. Elle s'appelle Albion, ce qui est un ancien nom pour l'Angleterre. Ce n'est pas un hasard. L'Angleterre nous divise réellement. Il y a à Wolf des loups-garous pour la plupart jeunes et hardis comme moi qui veulent renverser Voldemort et revenir au temps des guerres et des conquêtes, et ceux qui ont déjà guerroyé et qui souhaitent garder le confort de ce pays fade et dominé. Ce sont eux qui ont le pouvoir… »

Sa voix se durcit soudain.

« Je ne peux pas attendre d'être vieux et gras moi aussi, pour avoir le pouvoir. Et même s'il m'était offert, je ne le voudrais pas comme ça. En fait, le pouvoir en lui-même ne m'intéresse pas. L'anarchie et la guerre, voilà ce qui me plaît.

Tu ne t'es pas trompée sur moi, Lucy. Je vais faire partie de ce fichu groupe et même t'aider à le rassembler… Je sais où il faut se rendre… »

Il s'interrompit puis reprit plus légèrement :

« Je dois y aller chaque année. Je n'ai qu'à avancer ma visite… »

« V… Ta visite où ? »

« A Poudlard, bien sûr ! »

Poudlard… la capitale de l'Angleterre et même la capitale du monde de Voldemort… Après avoir découvert Wolf, la capitale de son pays, Lucy visitait des endroits de plus en plus importants.

Wolf lui avait paru éloignée… Mais Poudlard, c'était si loin, beaucoup plus loin…

Partir où que ce soit avec Deimos Greyback, la personne possédant le super pouvoir de terrifier les gens ou de les mettre terriblement mal à l'aise, le loup-garou le plus féroce et vicieux au monde, était aussi hasardeux, et leur périple jusqu'à Poudlard s'annonçait dantesque.

Mais Lucy sentait, elle savait au fond d'elle même ce qu'elle devait faire.

Fais confiance à Deimos. Suis-le. Suis-le… à Poudlard.

Le chapitre suivant sera intitulé « Du loup aux serpents » et publié le 24 mars. Vous pouvez retrouver la réponse à vos reviews et d'autres informations sur « Learn to crawl » sur le blog learntocrawl (adresse dans mon profil)