Jour n°2 : Chiche
Après six heures enfermé dans sa salle de classe, il n'avait qu'une seule envie : soulager sa vessie. Il n'en pouvait plus. D'ordinaire, il se retenait sans trop de difficulté mais la boisson énergisante – et suspecte – de Naruto avait eu un effet diurétique. La malchance l'avait accompagné puisque leur terrible professeur de philosophie leur avait imposé un devoir surprise avec prohibition formelle de se rendre aux toilettes. Évidemment, philosopher tout en priant toutes les entités surnaturelles existantes pour qu'elles passent l'envie d'uriner requérait un sacré effort. Du coup, il n'était pas sûr d'avoir réussi cet examen.
Comble de malheur, ses camarades de classe avaient foncé aux toilettes situées à leur étage et qui leur étaient destinées. En désespoir de cause, il avait bravé le règlement de l'établissement en se rendant à l'étage des troisièmes années. Il espérait de ne pas se faire surprendre par l'un des surveillants chargés de veiller sur le respect du règlement à chaque étage. Vérifiant que le couloir était vide et libéré d'un surveillant, il fonça vers les toilettes des garçons. Il évita au possible de se faire remarquer de celles des filles depuis lesquelles raisonnaient des voix.
Fort heureusement, aucun troisième année n'utilisait les toilettes.
Sans perdre une seconde, il se dirigea vers l'urinoir. Avec empressement, il déboutonna son pantalon, sa vessie le lancinant douloureusement.
Puis, le bonheur.
Le soulagement total, la sensation de légèreté la plus savoureuse de l'univers l'envahit. L'extase pure et indéfinissable. La tête légèrement penchée en arrière, les yeux clos, il savourait ce moment. Déconnecté de la réalité, il fit un bond lorsqu'il entendit la porte d'un cabinet se déverrouiller et s'ouvrir. Lui qui pensait être seul, s'était lourdement trompé. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, regardant par-dessus son épaule, il aperçut une fille.
Et quelle fille.
L'aînée de Gaara en personne. En troisième année, elle faisait partie des filles les plus mignonnes – non – sexys d'après le classement établi par tous les garçons de l'établissement. Et elle était vraiment sexy. Ce statut déplaisait fortement à ses frères qui cassaient la figure de ceux qui osaient faire compliment, osaient lui jeter un regard appréciateur et ceux qui osaient lui adresser la parole. Une telle pratique de la terreur n'empêchait pas les membres de la gent masculine de lorgner sur la belle Temari. En classe avec le plus silencieux mais le plus froid et terrifiant de ses frères, il s'était toujours tenu à carreau, évitant le plus possible de l'observer trop longuement. Une fille causait vraiment trop de troubles. En parlant de troubles, un embarras montre le tenailla subitement. Elle le voyait en train d'uriner !
Il glapit étrangement, émettant un son pas très viril et plutôt ridicule.
La jeune fille l'aperçut dans le reflet du miroir. Sans paraître troublée le moins du monde, elle continua de laver ses mains.
- Coucou, Nara, salua-t-elle, en les rinçant.
Nom de … Que faisait-elle dans les toilettes pour garçons ?
Sa tête médusée l'amusa et elle eut un petit rire.
- C'est plus pratique et rapide de venir ici, expliqua-t-elle, en s'approchant de lui. Tu as vu la foule à côté ? J'en aurais eu pour deux heures.
Incapable de prononcer la moindre parole, il la fixa avec ses grands yeux ronds.
- Ça fait du bien, n'est-ce pas ?
Il hocha péniblement la tête et se dépêcha de terminer, maudissant tous les astres du ciel de l'avoir placé dans une situation aussi embarrassante.
- Belle taille, entendit-il, alors qu'il rangeait son matériel.
Il releva la tête, ses joues s'enflammant brusquement et osa soutenir le regard captivant de la troisième année. Ils s'observèrent ainsi durant de longues secondes, bien longues et il réalisa qu'il n'avait jamais eu l'occasion de remarquer que ses yeux étaient vraiment magnifiques. La sonnerie signalant la fin de la pause les rappela à l'ordre.
- Tu ferais mieux de te dépêcher si tu ne veux pas te faire choper ici, prévint-elle, tandis qu'il demeurait immobile et bouche bée.
Il se ressaisit et fila vers les lavabos pour se laver les mains. Quelle idée stupide qu'il avait eue de venir ici pour pisser, sérieusement !
- Si tu continues de me regarder comme ça, je te dénonce au surveillant de troisième année, menaça-t-elle.
Il ne remarqua qu'à ce moment qu'il était effectivement en train de la reluquer dans le miroir. Et merde, si jamais cette histoire remontait à Gaara, il serait fichu.
- Je pourrais te dénoncer aussi : tu squattes les toilettes des garçons alors que c'est formellement interdit, renchérit-il.
Il la vit plisser les yeux et croiser les bras sur sa poitrine. Son instinct de survie interprétait très mal ce geste. Il allait en baver.
- Chiche ?
- Chiche, affirma-t-il, sûr de lui ou plutôt sûr de sa stupidité.
Au moment où elle s'apprêtait à répliquer, un autre troisième année pénétra dans les toilettes. Celui-ci fut particulièrement surpris de les voir. Étonné qu'une fille soit dans les toilettes des garçons et qu'un première année ait eu l'audace de venir dans les toilettes des troisièmes années.
- Que faites-vous là ? interrogea-t-il.
Avant même qu'il ne défende sa cause, la jeune fille sortait son badge de surveillante de troisième année et l'agrippa par le col de sa chemise.
- Justement, j'étais sur le point de ramener ce gamin à son étage, répondit-elle.
Ils échangèrent un regard dans lequel il crut comprendre qu'elle le défiait de la dénoncer à son camarade. Mais il n'était pas totalement stupide. S'il osait la dénoncer, elle saurait comment justifier sa présence dans les toilettes réservées à la gente masculine : elle l'avait vu entrer et venait lui donner une heure de colle. Et il n'était pas certain que son excuse à lui serait valable. Il serait perdant, triplement perdant, s'il la balançait : non seulement il aurait une heure de colle mais ses frères lui feraient la peau. Acculé, il garda le silence et se laissa traîner en dehors des toilettes par la poigne ferme de la jeune fille. En silence, ils descendirent les deux premiers étages heureusement déserts.
- Tu n'as pas intérêt à répandre quoi que ce soit sinon je dirais à tout le monde que tu as un tout petit riquiqui outil, compris ? avertit-elle, en le transperçant de son regard.
Il fut tenté de répondre par l'affirmative en prenant un air abattu. Mais un courage survint subitement et il se tourna vers elle avec un air espiègle.
- Chiche ?
Elle ouvrit la bouche pour répliquer mais se tut au dernier moment. Ce gamin était vraiment particulier.
- File rejoindre ta classe, gamin, dit-elle, de mauvaise grâce.
- Tu ne me donnes pas d'heure de colle ?
- T'en as vraiment envie ? Remets encore une fois les pieds ici et je te consigne jusqu'à la fin de l'année.
Un large et narquois sourire fendit son visage et elle ne parvint pas à se défaire de l'idée qu'il préparait un traquenard. Son petit frère lui avait soufflé un mot sur la perspicacité surprenante de ce gamin.
Il était ravi de la perspective de se faire surprendre et sermonner par cette fille. Les surveillants étaient obligatoirement chargés de surveiller les indisciplinés lors des heures des colles. Enfreindre les règles paraissait amusant si elle appliquait l'ordre.
- Chiche, Temari, lança-t-il, avec un sourire en coin.
Si elle avait eu le temps, elle l'aurait attrapé par l'oreille et l'aurait molesté jusqu'à ce qu'il retire cet air moqueur de sa face de gamin. Ledit gamin profita de son immobilisme pour fuir et rejoindre l'étage inférieur.
