David ne pouvait malheureusement par revenir en arrière et effacer ce qu'il avait dit tout comme il ne pouvait défaire ce qu'il avait fait de mal. Il l'avait mal jugée à l'époque, mais aujourd'hui les choses étaient bien différentes.
Lisa Plenske était une femme formidable et elle ne cherchait pas à le façonner comme le faisait Mariella. Non, Lisa l'acceptait comme il était, elle pensait même comme lui. Lisa le soutenait quoi qu'il se passe sans même se poser de question.
De plus, en y réfléchissant, à chaque fois que quelque chose n'allait pas, c'était vers elle, Lisa Plenske, qu'il se tournait et non vers Mariella. Le nombre de fois qu'il ne s'était pas endormi chez son assistante. Il n'avait réellement confiance qu'en elle.
« Lisa… je ne joue pas du tout. Je t'ai embrassée parce que j'en avais envie et j'ai envie de recommencer d'ailleurs. Ce que j'ai dit à Max ce jour-là, dans les toilettes, était stupide et je ne te connaissais pas, je ne cherchais même pas à te connaître, mais aujourd'hui les choses sont bien différentes, crois-moi… »
Lisa avait fermé les yeux essayant de retenir ainsi de nouvelles larmes qui menaçaient de rouler le long des ses joues. Elle fixa ensuite la moquette.
« Lisa, regarde-moi » lui demanda-t-il en glissant son index sous son menton pour lui relever doucement la tête pour qu'elle le regarde dans les yeux.
Combien de fois Lisa Plenske n'avait-elle pas rêvé que son patron l'embrasse. Et maintenant qu'il l'avait enfin fait, elle n'arrivait pas à apprécier pleinement ce moment car pour une raison ou une autre elle ne le croyait pas sincère.
« Ce n'est pas juste… » commença Lisa. Elle le regarda dans les yeux alors que de nouvelles larmes se frayaient un chemin le long de ses joues jusqu'à ses lèvres.
« Lisa, dis-moi ce qu'il y a… qu'est-ce qui n'est pas juste ? Tu ne voulais pas que je t'embrasse ? » la questionna-t-il doucement.
« Si, justement, et il est bien là tout le problème… » dit-elle en éclatant en sanglots.
« Comment ça ? Explique-toi. » lui demanda-t-il en la prenant dans ses bras.
« David… promets-moi d'abord de ne pas te moquer de moi et de me laisser finir avant de dire quoi que ce soit.
« Je te le promets… »
Lisa glissa ses bras autour de David et le sera très fort avant de relâcher son éteinte et de reculer un peu afin de pouvoir le regarder dans les yeux.
« Je ne sais vraiment pas par où commencer… » soupira-t-elle.
« Dis-moi, simplement ce que tu as sur le cœur, Lisa… »
Elle le regarda dans les yeux pendant quelques instants encore avant de prendre une profonde inspiration et commença : « autant que je me souvienne, les moqueries ont commencé à la maternelle et n'ont jamais vraiment cessé depuis… Tu sais comment les enfants de la maternelle m'appelaient ? 'Serpent à lunettes', sympa comme surnom n'est-ce pas ? »
David ne répondit rien, il la regardait avec des yeux tristes.
« Les années qui suivirent ne furent pas vraiment meilleures niveau surnoms et mon intelligence était la seule chose de vraiment bien que je possédais et que je possède toujours. Je n'ai jamais eu qu'un seul véritable ami : Jürgen. Il ne s'est jamais moqué de moi, ni n'a ri de moi ni même ne m'a utilisée comme pas mal de monde le fait… oh, de toute manière cette idiote de Lisa ne se rendra compte de rien… » Des larmes roulaient à nouveau le long de ses joues.
David Seidel sentit tout à coup sa gorge se serrer, lui aussi avait pensé de la même manière au début…
« Seulement cette pauvre imbécile de Lisa Plenske se rendait très bien compte de ce que les autres voulaient, faignant de ne rien voir afin d'avoir l'impression d'avoir des amies. Et cette idiote avait le cœur brisé tous les soirs… Quant aux garçons… » la voix de Lisa s'estompa et elle essuya ses larmes d'un revers furieux de la main avant de continuer.
« Eux, ils m'ignoraient carrément ou bien alors ils se jouaient de moi… me demandant si je voulais sortir avec eux pour ensuite éclater de rire et dire : 'mais enfin, ma pauvre fille, comment peux-tu croire une seule seconde que je puisse vouloir sortir avec toi ?' Alors tu vois… et toi quand je t'ai vu pour la première fois… d'abord nous nous sommes rentrés dedans et tu m'as regardée de la tête aux pieds avec un drôle d'air et tu as poursuivi ton chemin comme si de rien n'était. Puis je t'ai vu ici chez Kerima et je… » Lisa s'arrêta et déglutit.
Un silence total régnait dans la pièce alors que David observait Lisa. Lisa, elle, regardait David. Ils étaient les yeux dans les yeux comme un peu avant qu'il ne tombe dans la piscine.
« Et tu quoi ? » demanda David doucement sans la quitter des yeux.
Tu ne peux plus revenir en arrière à présent Lisa autant tout lui dire. Allez, jette-toi à l'eau, l'heure de vérité à sonner…
« Je… je suis… tombée… amoureuse de toi… oui, Sabrina avec toutes ses moqueries avait raison. Je suis amoureuse de toi depuis le premier jour où j'ai posé les yeux sur toi, David, et, lorsque Sabrina m'a dit que si jamais tu l'apprenais, tu allais me virer, Jürgen et moi avons inventé cette histoire de fiançailles pour que tu crois que j'en aimais un autre… pour que tu ne me vires pas car je préférais avoir mal de te voir avec Mariella que de ne plus te voir du tout… et si tu étais heureux avec elle, j'étais heureuse pour toi. Ton bonheur fait le mien… » murmura-t-elle.
« Lisa…tu m'aimes donc tant que ça ? »
« Non, David, je ne t'aime pas tant que ça… je t'aime à en mourir. C'est pas du tout la même chose. J'ai l'habitude d'être rejetée par les hommes, ça, c'est pas nouveau. J'avais déjà aimé aussi, mais jamais je n'ai aimé aucun homme comme je t'aime toi. Je n'ai jamais rien ressenti d'aussi fort pour quelqu'un avant… JAMAIS. Je sais que tu ne m'aimes pas et que tu ne m'aimeras jamais comme je t'aime, mais je préfère ressentir la douleur que de ne plus jamais ressentir ce que je ressens en ce moment, ce que je ressens à chaque fois que tu te trouves dans la même pièce que moi. Je ferais n'importe quoi pour toi. »
Tomber amoureux est la chose la plus facile à faire au monde, mais également la plus incontrôlable. Nous n'y sommes jamais préparés. Nous ne sommes pas préparés ni à la force que cela peut avoir ni a la douleur que ceci peut engendrer.
Lisa continua encore comme poussée par une force. Il fallait qu'elle lui dise tout ce qu'elle avait sur le cœur car elle n'en aurait sûrement jamais plus l'occasion et, si elle s'arrêtait maintenant, elle ne pourrait plus se regarder en face car il y aurait toujours ce vide.
« Jürgen me traite de folle, et je le rend cinglé à cause de mes histoires, je ne lui parle que de toi. Même lorsqu'il me rappelle le nombre de fois que tu m'as blessée, je te défends et te trouve des excuses, c'est plus fort que moi. T'aimer me fait parfois si mal, David… mais je ne peux pas faire autrement, même si je le voulais. Je m'en veux même pour ça et me traite d'imbécile. Il n'y a que dans les contes de fée que ce genre de choses arrive. Un homme comme toi tombant amoureux d'une fille comme moi. Sabrina avait raison. Les fois où tu me vois comme une amie et cinq minutes après, tu me reproches quelque chose, je ne peux même plus les compter sur mes doigts tellement il y en a et pourtant je continue à éprouver cette chose si forte pour toi. Dis-moi ce que je dois faire ? je sais que pour mon bien, je devrais partir et retourner à la compagne mais, pour une raison que j'ignore, je n'y arrive pas, je ne peux pas m'y résoudre… que faut-il que je fasse ? »
David avança lentement vers elle, mais Lisa ne le vit pas. Elle continua à lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur.
« Et le nombre de fois où j'ai provoqué une situation – la majorité du temps par accident sans le voir en plus – en espérant que tu réagisses d'une certaine façon, tu ne voyais jamais rien ou pire encore ta réaction était toujours à l'opposé de ce que j'espérais. Comme le suçon que Jürgen m'a fait dans l'espoir que tu me vois enfin comme une femme et non une simple assistante… Il t'a fallu trois heures pour le remarquer et ensuite voilà que tu me parles d'un double mariage ! Alors que moi, comme une idiote, j'avais dans l'espoir que tu serais jaloux. Encore une stupide erreur de ma part, je devrais vraiment arrêter de croire au conte de fée… sans parler de l'île aux paons…»
Il s'approcha encore d'elle.
« Est-ce que tu as la moindre idée de ce que j'ai pu ressentir lorsque tu as mis ta veste sur moi et que tu t'es couché derrière moi en mettant ton bras autour de ma taille pour que je n'ai plus froid… tout ce que je souhaitais, c'est qu'il n'y ait pas de bateau qui vienne nous récupérer le lendemain matin. Je voulais que cette nuit ne s'arrête jamais. Tout cela ne restera jamais que de beaux rêves et de magnifiques souvenirs que je chérirai pour toujours… je… »
Lisa fut coupé dans son 'monologue' par les lèvres de David sur les siennes, mais ce baiser n'avait rien à voir avec celui qu'elle avait posé sur les lèvres de David sous le gui. Oh non…
C'était un vrai baiser comme celui que l'on voit dans les films. Lisa était incapable d'avoir une seule pensée, sa tête s'était vidée d'un coup de toutes idées ; tout n'était soudain plus que sensations… ses bras s'enroulèrent comme par eux-mêmes autour du cou de David.
Si elle ne devait avoir que ce baiser-là, autant en profiter un maximum et en faire le meilleur, tant pis pour ce qui arriverait par la suite.
David ne fut lui non plus pas préparé à ce qu'il ressentirait au moment où il toucherait les lèvres de Lisa – c'est vrai, il avait eu envie de l'embrasser après ce qu'elle venait de lui dire mais il ne s'attendait pas vraiment à ressentir quelque chose de spécial. Elle était celle vers qui il se tournait en cas de problèmes, celle à qui il se confiait mais cela ne voulait rien dire…
Seulement, au moment où ses lèvres avaient touché celles de la jeune femme, un frisson lui avait parcouru l'échine dorsale et un noeud s'était formé dans son estomac, ou plutôt des papillons. Non, ce n'était pas possible, David ne pouvait pas être tombé amoureux de Lisa. Et pourtant…
Lisa commença à répondre au baiser. Elle s'attendit presque à ce qu'il fasse marche arrière mais il n'en fit rien. Au contraire, il approfondit le baiser et en fut le premier surpris. Il se rendait compte qu'il aimait ça, il aimait embrasser Lisa. Il ne savait pas vraiment ce qui avait changé, si c'était la déclaration, le fait qu'elle n'avait pas peur de lui dire ses quatre vérités en face,… Tout ce qu'il savait c'est que maintenant il ne ressentait plus uniquement de l'amitié pour Lisa.
Ils se séparèrent par besoin d'air. « Wouah » firent-ils tous les deux à l'unisson. David lui fit un sourire de gamin.
« Lisa… » dit-il encore hors d'haleine en appuyant son front contre celui de la jeune femme.
« David… je crois qu'il vaut mieux que je m'en aille maintenant. Sinon, je vais me mettre à croire que tu m'aimes vraiment, et je ne veux pas me faire encore des idées. Je chérirai ce baiser pour le restant de ma vie… »
Elle voulut se dégager mais David Seidel ne la lâcha pas, il resserra ses bras autour d'elle.
« David, s'il te plait, laisse-moi partir… »
« Non, Lisa, je ne te laisserai pas partir… je t'aime. »
Lisa Plenske ferma les yeux quelques secondes, elle pensait avoir mal entendu ou rêvé – une nouvelle fois – les paroles de David.
« Qu'est… qu'est-ce que tu viens de dire ? » demanda-t-elle doucement.
« Je viens de te dire que je t'aime, Lisa Plenske, oui, je t'aime ! »
« David, tu n'es pas drôle. »
« Lisa, je n'ai aucune envie d'être drôle, je ne te raconte pas d'histoire, je ne joue pas non plus avec toi. Et si cela peut te rassurer je suis aussi surpris et confus que toi mais je t'aime… »
« Dans ce cas, prouve-le moi… » lui demanda-t-elle sur un ton défiant.
« Très bien, mais pas ici. Viens ! » un sourire espiègle se dessina sur les lèvres de David alors qu'il l'entraînait par la main.
David se dirigea vers la porte en tenant Lisa par la main. Elle le suivit. Il s'arrêta devant la porte et se tourna vers elle.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Lisa qui sentait un nœud se former tout au fond de sa gorge, pensant qu'il s'était ravisé.
Il regarda au-dessus d'eux, un sourire aux lèvres. Elle leva la tête et sourit. Elle se rapprocha encore plus de lui tout doucement et il glissa sa main droite le long du bras de la jeune femme pour ensuite laisser ses doigts caresser sa joue et ensuite soutenir sa tête derrière son oreille avant de poser une nouvelle fois sa bouche sur celle de Lisa.
Celle-ci continuait cependant à douter, bien que ses doutes commençaient à se dissiper doucement car elle se demandait comment un homme comme David, qui avait une fiancée telle que Mariella qui niveau beauté était bien plus belle qu'elle, pouvait tomber amoureux d'elle.
David Seidel m'aime ! Il m'aime enfin ! Il vient de me le dire, je n'en reviens pas, oui mais pourquoi ? Comment ? Après tout je suis toujours Lisa Plenske de Göberitz, une fille de la campagne…tu devrais peut-être le lui demander…
Mais attendons de voir où il m'emmène.
David ouvrit lentement la porte de son bureau et vérifia qu'il n'y avait personne près de son bureau. Il ne voulait pas tomber sur cette pipelette de Sabrina. Il voulait que cela reste leur secret pour le moment. Cela apportait ce petit côté excitant à une relation. De plus, Lisa et lui avaient besoin de parler et de passer un peu de temps seuls tous les deux.
Il la regarda et lui fit un sourire espiègle...
Il fit passer Lisa devant lui, celle-ci ouvrit la porte et lorsqu'ils furent sorti tous les deux de son bureau David ferma la porte. Il lui reprit la main en se dirigeant vers l'ascenseur.
« David, attends, mon manteau. » Il lui lâcha la main le temps qu'elle puisse récupérer son manteau.
David l'attendit avant d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur. Lorsque la jeune femme vint à nouveau se tenir à côté de lui, il lui sourit et lui reprit la main.
Les portes s'ouvrirent et ils entrèrent dans la cage de métal. Une fois les portes refermées, Lisa fit quelque chose qu'elle n'aurait jamais pensé être capable de faire. D'un autre côté, c'est David Seidel qu'elle avait à côté d'elle dans cet ascenseur et ils étaient seuls, pas à trois, quatre ou cinq, non, ils étaient tous les deux.
Elle jeta un rapide coup d'œil à l'homme qu'elle aimait depuis la première fois qu'elle l'avait vu puis elle réfléchit deux secondes.
« Vas-y, Lisa, lance-toi ! » lui souffla une petite voix.
Lisa respira un grand coup, fit un pas en avant vers le panneau de contrôle de l'ascenseur et le stoppa dans sa course.
Voilà que je me prends pour Gibbs maintenant…
Surpris, David se retourna vers elle et la regarda intrigué. Lisa se rapprocha de lui, laissa tomber son manteau qu'elle portait sur son bras. Elle s'avança encore d'un pas et glissa ses bras autour de son cou.
David lui enroula les siens autour de sa taille et Lisa mit la tête légèrement de côté et, fermant les yeux, elle captura les lèvres de David. Elle avait bien l'intention de lui montrer qu'elle n'était pas nunuche et qu'elle savait embrasser. Le baiser qu'ils avaient échangé dans son bureau ne serait rien à côté de celui-ci.
Lisa se mit à l'embrasser passionnément, poussant David contre une des parois de l'ascenseur, laissant ensuite ses doigts jouer dans ses cheveux noirs. Celui-ci la remercia mentalement de l'avoir poussé en arrière car il avait l'impression que ses jambes se dérobaient sous lui. Il recula doucement la tête pour casser le baiser : s'il ne prenait pas une inspiration, il allait défaillir. Aucune femme ne l'avait jamais embrassé comme ça.
« Wow » fut tout ce que David Seidel put dire.
Lisa baisa les yeux, se sentant tout à coup embarrassée, « Désolée. »
« Désolée ? Lisa… regarde-moi… » fit-il en relevant son menton à l'aide de son index.
« Aucune femme ne m'avait jamais encore embrassé comme ça. Dis, ce n'est pas toi qui m'a demandé de te prouver que je t'aime ? On dirait plutôt que c'est toi qui viens de me prouver que tu m'aimes… » sourit-il.
Elle leva sur lui un sourire timide « Ca ne signifie pas que tu ne dois plus le faire. »
« T'en fais pas, j'ai bien l'intention de te le prouver, Lisa… »
« Si c'est mon cadeau de noël, promets-moi qu'il ne sera pas éphémère. »
« Il sera éternel, Lisa… » dit-il en se penchant à nouveau pour l'embrasser mais il s'arrêta à quelques millimètres de sa bouche.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-elle sur un ton légèrement frustré.
« Il faudrait peut-être redémarrer l'ascenseur... »
« On est vraiment obligé ? » sourit-elle.
Il sourit à son tour, appuya sur le bouton et se perdit dans un nouveau baiser. Il se sentait comme un ado. Une sensation qu'il n'avait plus éprouvée depuis très longtemps. Ils se séparèrent un peu avant l'ouverture des portes.
« Où m'emmènes-tu ? » demanda-t-elle en ramassant son manteau.
« Surprise… »
A suivre…
