Il régnait un vacarme assourdissant et inhabituel dans la salle commune de Serpentard. À peine avait-elle mis un pied dans la pièce qu'Olga s'était retrouvée au centre d'un petit attroupement. On voulait lui serrer la main, se présenter en mettant en avant une noble ascendance, lui souhaiter la bienvenue dans la maison de Salazar, ou encore exprimer son inappétence sur le fait qu'elle ait été élevée par des Moldus. Mais la clameur était sans méprise dominée par Walburga Black, dont les doigts étreignaient son bras avec fermeté, telles des serres un joyau nouvellement acquis. Elle semblait s'être donnée pour mission d'éloigner flatteurs et curieux.
Un peu plus loin dans la salle commune, commodément installé sur un élégant divan, un petit groupe de garçons n'avait pas encore pris la peine de saluer leur nouvelle camarade. L'un d'eux, assurément le plus séduisant, était plongé dans un épais grimoire tandis que trois autres jouaient sans grande vigueur une partie de cartes explosives. Seul le dernier observait avec intérêt l'accueil réservé à sa récente condisciple.
L'un des joueurs de cartes reposa son jeu avec ennui et leva les yeux vers lui.
— Tu la fixes depuis déjà cinq minutes, pourquoi ne vas-tu pas te présenter, toi aussi ? À moins que ce ne soit Black qui te fasse un tel effet ?
— Ne dis pas n'importe quoi, fit Rabastan Lestrange avec un geste sec de la main.
Ses yeux considéraient avec mépris ces Sang-mêlés obséquieux qui piaillaient autour de Lvov. Les deux autres joueurs se désintéressèrent à leur tour de la partie et se joignirent à la conversation.
— Vous avez vu l'article dans le journal ? demanda Antonin.
— Bien sûr, tout le monde l'a vu. Mon père dit que Dippet a tenté d'étouffer l'affaire, mais que c'était sous-estimer la Gazette que de croire qu'ils allaient se priver d'écrire un article aussi juteux. C'est manqué pour la discrétion.
— De toute manière Grindelwald ne mettra jamais les pieds en Angleterre, on dit qu'il a bien trop peur de Dumbledore.
— Ce que tu peux être naïf, Augustus, il doit avoir tout un tas d'espions en Europe, le Royaume-Uni compris. Mon père dit que c'est méprisable de faire couler le sang sorcier, et apparemment les Lvov ont une généalogie qui ferait pâlir d'envie beaucoup de monde dans cette pièce.
Antonin balaya ses camarades du regard et fit une petite grimace, hochant la tête vers le troisième joueur qui n'avait pas encore parlé.
— J'ai entendu ma mère discuter avec la tienne, Abraxas, après que l'article eut paru elles se demandaient qui aurait la chance d'épouser un aussi bon parti.
— Ça n'a pas l'air de t'emballer, en tout cas nettement moins que Rabastan, ricana Augustus.
— Surveille tes propos Rookwood, dit Malfoy en lui jetant un regard noir, Rabastan est promis à ma sœur.
Augustus eut le bon goût de baisser les yeux devant cet impair, et se mura dans un silence boudeur.
Antonin se tourna vers le dernier garçon du groupe.
— Et toi Tom, qu'en penses-tu ?
L'interpellé releva un peu la tête de son livre il avait parfaitement suivi la conversation. Il jaugea un instant l'objet de la discussion. Lvov regardait vers leur table, elle lui jeta un coup d'œil avant de sourire à Lestrange. Il replongea dans sa lecture.
— Elle a de très beaux cheveux.
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Olga remuait minutieusement le contenu de son chaudron. Ses cheveux avaient dû être relevés en un chignon parfait, mais les vapeurs se dégageant de la potion l'avaient avachi. Trois tours dans le sens des aiguilles d'une montre, un tour dans le sens inverse. Ajouter les poils de botruc. Trois tours dans le sens des aiguilles d'une montre.
Pour ce premier cours de rattrapage, Slughorn surveillait avec attention sa jeune élève, se levant régulièrement de son bureau pour aller renifler les effluves s'échappant de la mixture. Il repartait à chaque fois avec une moue approbatrice.
— J'ai terminé, professeur.
Oui, elle avait terminé. Du point de vue du livre, sa potion était parfaite. Merveilleuse couleur, merveilleuse texture, et non moins merveilleuse odeur. Elle avait pourtant le sentiment qu'il manquait quelque chose.
— Admirable, miss Lvov, admirable ! J'accorde vingt points à Serpentard ! Toutes vos potions ont été confectionnées dans le respect des règles de l'excellence ce soir. J'attends naturellement de vous que cela continu.
Loin de partager cet enthousiasme pour le moins débordant, Olga avait fermé les yeux pour se concentrer. Elle ouvrit subitement les paupières et leva la tête vers Slughorn.
— Professeur, pensez-vous qu'il soit possible d'ajouter un peu d'achillée sternutatoire ? Ainsi la potion Antianaphylactique pourrait fonctionner comme une sorte de vaccin et non plus comme un filtre à prise instantanée. Peut-être qu'en réduisant l'achillée en poudre fine on pourrait également tempérer les effets indésirables. Il y a déjà eu une expérience de ce type chez les Moldus, et cela avait échoué, mais combinée avec des plantes magiques, tel que le Voltiflor, qu'ils n'ont pas à leur disposition…
Slughorn écoutait la jeune fille parler sans discontinuer, un sourire ébahi et quelque peu carnassier fleurissant sous sa grosse moustache.
— Miss Lvov, je suis agréablement étonné de l'étendue de vos connaissances alors que vous venez tout juste de découvrir notre monde.
— Les Moldus appellent cela de la chimie, c'est une matière que j'ai toujours beaucoup aimé. En réalité j'ai déjà appris tous mes manuels scolaires, et je passe beaucoup de temps à la bibliothèque, avoua Olga dont les joues s'empourprèrent de plaisir. Depuis la visite du professeur Dumbledore, j'ai essayé d'apprendre tout ce que je pouvais sur la magie, pour rattraper mon retard, vous comprenez ? Pour rattraper le fait d'avoir été éduquée par des… des Moldus -ses joues rougirent un peu plus, mais de gêne cette fois.
— Miss Lvov, il n'y a aucune honte à avoir un quelconque lien avec des Moldus ils font partie de ce monde au même titre que les sorciers. Les enfants nés-de-moldus sont confrontés aux mêmes problèmes que vous lors de leur arrivée à Poudlard, cela ne les empêche ni de progresser, ni de réussir. Ne vous laissez pas embrigader par ce genre d'idéologie peu importe le sang, seul compte le talent. À ce propos, -le ton de Slughorn changea radicalement- il se trouve que j'organise parfois quelques dîners dans mes appartements, réunissant les espoirs montants du futur monde sorcier –quelque chose de très familial. Me feriez-vous l'honneur de votre présence lors de la prochaine soirée ?
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Le ciel était parfaitement bleu en cette semaine de septembre. Le soleil flamboyait de toutes ses forces, projetant ses rayons à travers les vitraux de la salle de sortilège. Il y régnait un joyeux brouhaha, les élèves ayant pour exercice l'attraction de coussins. Nombre de maladroits ramassaient le leur en pleine figure, ou bien se baissaient au dernier instant, le laissant ainsi s'écraser sur la tête de leur voisin. Olga se baissa elle-même juste à temps pour en éviter un.
Le professeur Flitwick l'avait mise seule dans un coin de la salle, avec pour consigne d'effectuer un Wingardium Leviosa sur son propre coussin. Il lui avait montré le geste, et lorsqu'il l'avait jugé satisfaisant, était reparti s'occuper du reste de la classe. Olga tourna, puis abaissa maintes fois sa baguette sans que rien ne se produise. Malgré son assiduité, elle dû s'avouer vaincue après de nombreux essais, forcée de constater que son coussin n'avait bougé d'un iota.
— Un problème miss Lvov ? finit par lui demander Flitwick.
— Je n'y arrive pas, professeur, répondit-elle contrariée.
— Pourtant votre mouvement ainsi que votre incantation sont parfaits. Aviez-vous auparavant expérimenté votre baguette ?
— Non professeur, c'est la première fois.
— Permettez ? dit Flitwick, tendant haut son petit bras pour s'en emparer.
Elle lui tendit la baguette, qu'il examina sous toutes les coutures avant de lui-même jeter le sort. Le coussin s'envola proprement, avant de revenir au sol.
— Le problème ne vient pas de votre baguette, miss. Ne vous inquiétez pas, cela arrive de temps en temps avec des premières années. Cela devrait passer rapidement.
Honteuse, elle réessaya pour la forme mais ne produit pas plus de résultat.
...
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De nombreux élèves se déversaient des grandes portes en direction du parc. Tous voulaient profiter des derniers rayons de cette fin septembre et ils étaient beaucoup à ne pas avoir cours à cette heure. Olga répondit au signe de Walburga, qui partait en divination –Dippet avait jugé utile ne pas surcharger son emploi du temps plus que nécessaire. La masse d'étudiants s'éparpilla, la plupart s'installant aux abords du lac. Olga chercha un coin plus tranquille, et se dirigea vers un arbre avoisinant un gros rocher plat. Tandis qu'elle s'approchait, elle constata que la place était déjà occupée par une vipère se dorant au soleil.
— Bonjour Madame, siffla-t-elle, puis-je m'asseoir à côté de vous ?
Le serpent se redressa légèrement, inclinant la tête vers l'origine du bruit.
— Bien sûr, petite humaine. Cela me fait plaisir d'avoir un peu de conversation, je n'avais jusqu'ici rencontré que des individus braillards que ma seule vision suffit à faire fuir.
— Je vous remercie, dit Olga en s'agenouillant dans l'herbe fraîche.
— Certains tentent même de me jeter un sort ! Impossible de faire la moindre sieste sans être dérangée.
— Il ne faut pas leur en vouloir, la plupart sont facilement impressionnables. Mais je vais vous laisser vous reposer, je tâcherai de ne pas faire de bruit.
— C'est très aimable à vous.
La vipère reposa la tête sur la pierre brûlante et se rendormit. Olga s'assit en tailleur et s'adossa à l'arbre avant d'ouvrir son livre d'arithmancie –une matière où elle excellait.
Dans l'ombre non loin de là, Tom Jedusor, mâchoires crispées, n'avait rien perdu de la scène.
Il n'était plus unique.
...
Hum, voilà qui ne commence pas de la meilleure façon pour notre petite Olga... Et vous qu'en pensez-vous ? Bises et merci d'avoir lu ! =DD
