Note : L'histoire se déroule plusieurs années avant les événements du prologue, alors ne soyez pas débousollés !

Bonne lecture !

Chapitre 1
Un cœur, tellement de miettes

«If I was a flower growing wild and free
All I'd want is you to be my sweet honey bee
And if I was a tree growing tall and green
All I'd want is you to shade me and be my leaves

All I want is you, will you be my bride
Take me by the hand and stand by my side
All I want is you, will you stay with me
Hold me in your arms and sway me like the sea»

- Barry Louis Polisar, extrait de « All I want is you »
Trame sonore du film Juno (à voir absolument !)

Septembre 1979

Il monta vers sa chambre en faisant un effort tout particulier pour ne pas troubler le silence. Jane avait suffisamment de difficulté à dormir depuis quelques semaines, inutile d'en rajouter en la réveillant au beau milieu de la nuit.

Il réalisa vite, cependant, que sa bonne volonté serait vaine. Loin de sommeiller, Jane s'affairait dans son atelier, en témoigne le grondement répétitif de sa machine à coudre. Il traversa silencieusement la large bande de lumière que traçait sur le plancher de bois verni la porte entrouverte. Il entra sans que Jane ne le remarque. Elle était assise, dos à lui, ses cheveux lâchement retenus par deux baguettes de bois. Il pouvait aisément deviner le petit pli qui se traçait toujours entre ses sourcils lorsqu'elle était concentrée.

- Tu sais que tu es une workoholic finie ? fit-il avec une voix où se mêlaient amusement et exaspération.

Elle se retourna vivement, si bien que de nouvelles mèches bouclées tombèrent de son chignon.

- Oh, Remus ! Déjà revenu ? Je ne t'attendais pas avant encore une bonne demi-heure, fit-elle avec un air de surprise après un bref regard à sa montre.

- Déçue ?

- Jamais, voyons !

- Tant mieux, fit-il en prenant appui contre le cadre de porte. Marlene est venue prendre son tour de garde plus tôt que prévu alors j'ai pu filer. Tu ne m'as pas dit que tu avais terminé la robe de Lily ?

Du menton, Remus désigna l'espace dissimulé derrière Jane où ne pouvait se trouver que du tissu. Elle jeta un rapide coup d'œil par-dessus son épaule et son sourire s'élargit un peu.

- Oui, bien sûr. Lily est venue tout à l'heure pour les dernières retouches. God, t'aurais dû voir la scène. Elle pleurait toutes les trois minutes, tellement que j'ai fini par l'éloigner du miroir. Enfin… j'ai mis ça sur le compte du syndrome prémenstruel, termina Jane avec un haussement d'épaule.

Son expression arracha à Remus un sourire. Jane, au contraire de Lily, n'avait jamais eu la larme facile.

- Qu'est-ce que tu couds alors ?

- Tu fais bien de me poser la question, même si, pour être très honnête, tu me prends un peu de cours. Je prévoyais faire quelques ajustements supplémentaires, mais si tu me supplies à genoux, il se pourrait que je craque, fit-elle innocemment avec un air taquin.

- Je te supplie debout, ça fait quand même ?

- Mmm… je trouve ça un peu cheap, mais je vais m'en contenter. Maintenant, ferme tes yeux. Deux secondes.

Il hésita, sourcils froncés.

- Ferme les yeux j'ai dit, sinon tu vas avoir la fessée ! le menaça Jane en le regardant avec des yeux sévères par-dessus ses lunettes.

Mais Remus n'était pas homme à se faire mener de la sorte. Qui plus est, il aurait bien aimé la voir essayer.

- Yeux ouverts non-négociables, fit-il pour le pur plaisir de la provoquer.

La bouche de Jane se tordit en une simili-grimace derrière laquelle Remus décela un machiavélique sourire. Se levant, elle attrapa la règle de bois qu'elle utilisait pour mesurer ses tissus et la fit claquer dans sa main d'un air proprement sadique en s'avançant lentement, attendant que Remus craque. Il ne put retenir son amusement bien longtemps.

- O.K., tu m'as eu, fit-il, levant les mains devant lui pour les poser ensuite sur ses yeux. Il faut quand même te donner ça, tu es franchement persuasive.

Il ferma les yeux et se concentra sur le rire de Jane se répandant dans la pièce comme une volée de petits oiseaux. Puis il y eut un froissement d'étoffes et il put ouvrir les yeux.

- Tadam !

Une rapide opération cognitive permit à Remus de déduire qu'elle tenait dans ses mains une tenue de soirée.

- C'est très joli, fit Remus, mais tu ne comptes pas sérieusement porter ça, c'est une tenue d'homme.

Elle eut un petit sourire moqueur, le regardant vaguement comme s'il venait d'être frappé de déficience intellectuelle profonde. Puis, elle lui tendit le veston et le pantalon.

- Mais...

- C'est pour toi, gros bêta ! Une surprise. Un peu de dernière minute, mais mieux vaut tard que jamais.

- Pour moi ?

- Mais oui ! No offense mais ton autre tenue de soirée est franchement… démodée. Et c'est seulement pour être polie que je n'utilise pas plutôt le qualificatif «laide».

- Tu n'aurais pas dû…

- Ne commence pas ! Comme si j'allais te laisser te pointer là-bas habillé comme mon arrière-grand oncle ! Tu as pensé à mon honneur dans tout ça ? C'est quand même moi qui me suis assurée que James soit assez élégant pour que Lily veuille encore le marier, que Sirius soit assez craquant pour pouvoir ramener n'importe quelle fille chez lui, et que Peter semble avoir un sex-appeal qu'il n'a pas. Tu croyais vraiment que je t'avais oublié ?

Elle lui balança gentiment son poing dans l'épaule et Remus sourit.

- Et en guise de remerciement, je n'accepterai rien de moins que des danses à volonté, reprit Jane avec un petit ait innocent qui sonnait terriblement faux.

Cette fois, il éclata rire devant son audace.

- Ne comptes pas trop là-dessus, fit-il et Jane eut une petite moue dépitée.

- Rabat-joie !

- Moi je dis ça pour toi ! C'est à tes orteils que je pense !

Il y a des choses qui n'ont pas de prix, comme faire rire Jane Bennett avec une blague d'orteils. Pour tout le reste, il y a mastercard. Quoiqu'encore faut-il avoir la marge de crédit.

- Tu es trop dur avec toi-même, fit Jane.

- C'est James qui est trop dur avec moi. Il m'a traité de « pingouin danseur » la première fois que j'ai mis les pieds sur une piste de danse et je n'ai pas réussi à le faire mentir depuis.

- Le suit va t'aider pour ça, fit-elle en désignant sa dernière création d'un mouvement assuré du menton. Et si ça ne suffit pas, je pourrai te donner des leçons privées.

Quelque chose remua drôlement dans la région de son nombril et Remus mit le tout sur le dos de son estomac vide. Ça permettait d'éviter l'introspection. Fabuleuse invention que le déni.

Il restait planté comme un piquet à fixer son complet tout neuf lorsqu'il songea – et il était à peu près temps – qu'il serait aimable de la remercier.

- Merci.

Il s'approcha pour l'embrasser sur la joue et il lui semblait que son visage était un radiateur.

- Tu me remercieras après l'avoir essayé.

Un clin d'œil, puis elle ferma la porte derrière elle en sortant de la pièce. Il s'empressa d'enfiler le veston par-dessus son t-shirt et changea de pantalon, puis défila dans le corridor sous les sifflements admiratifs de sa styliste.

- Est-ce que tu voudrais que je raccourcisse le pantalon un peu ? Disons un demi-pouce ? demanda Jane en s'approchant pour vérifier que le tissu tombait bien.

- Non, ça va. Je l'aime comme ça.

- Sûr ? Parce que c'est pas plus de trouble.

- Sûr. Merci.

Elle leva vers lui un regard pétillant dans lequel il y avait tant de tendresse que Remus en fut gêné. Il était toujours fasciné de voir à quel point elle pouvait être aimante malgré les trahisons particulièrement douloureuses qu'avaient dû être celles de son père et, récemment, de son ex. Sans compter le décès de sa mère. Mais même orpheline et célibataire, elle continuait de se battre et Remus trouvait incroyable que son rire soit encore aussi pur.

Prit d'un soudain élan d'affection qu'il tenterait plus tard de ne pas regretter, il l'enlaça, la serrant contre lui et c'est avec une pointe de désappointement qu'il se détacha finalement d'elle.

- Je suis contente que ça te plaise, fit Jane en regardant une dernière fois Remus de haut en bas. Le dernier problème à régler reste celui de ta protection en cas qu'une horde de femmes en chaleur ne tente de s'en prendre à toi.

- Oh…

- Je ne te le fais pas dire. Peut-être que Sirius serait partant pour le poste de garde du corps.

- Sans aucun doute. Surtout si tu lui dis qu'il risque d'être attaqué par de belles femmes. Il adore ça.

- Sacré Sirius, quand même !

Il souriait encore stupidement une minute plus tard, seul dans sa chambre, en enfilant un pyjama. Quand il en ressortit, avec la noble intention d'aller se brosser les dents, il trouva Jane assise dans le salon, balançant un pendentif devant ses yeux comme pour s'hypnotiser elle-même.

- C'est comme ça que tu croies pouvoir t'endormir ? demanda-t-il, mi-amusé, mi-concerné.

- Bof.

Elle reposa le pendentif sur la table basse et s'enfonça plus profondément dans son fauteuil. Ses paupières s'ouvraient et se fermaient lourdement.

- Tu commences à m'inquiéter, fit-il sincèrement en s'asseyant près d'elle.

Elle haussa les épaules. Il savait bien que la fatigue lui pesait lourd et que ce qui l'empêchait de dormir était plutôt sa suractivité cérébrale.

Ils se laissèrent envelopper de silence pendant un moment, puis Jane fit la gaffe de bâiller. Remus sauta sur l'occasion.

- Allez, c'est le temps d'aller dormir.

Se levant, il lui tendit la main, question de lui mettre un peu de pression, mais elle ne faisait que le fixer d'un air désintéressé.

- Tu ne voudrais quand même pas être cernée pour le mariage, fit-il.

Elle lui fit un petit sourire effronté.

- J'ai un petit bâton magique pour ça. Un petit coup en dessous des yeux et bye bye cernes et poches. C'est magique, je te jure.

Remus était décidément trop fatigué pour faire l'effort d'être psychologue et opta donc pour la démonstration de force physique.

- Tu ne me donnes pas trop le choix, fit-il, penché vers elle si bien que leurs yeux étaient à la même hauteur.

Il lui aurait raconté une bonne blague qu'elle n'aurait pas eu une expression différente.

- Est-ce que je suis dans le trouble ? demanda-t-elle et son visage se fendit en un large sourire.

- Mets-en !

Et avant qu'elle puisse dire ou faire quoi que ce soit, il l'avait agrippé par la taille et balancé sur son épaule comme une vulgaire poche de pommes de terre. Elle ne se débattit pas bien fort, sans doute de peur qu'il l'échappe, mais elle fit malgré tout savoir qu'elle n'appréciait pas la manœuvre.

- Remus ! Remus Lupin, pose-moi par terre ! Tout de suite ! Sinon je vais… je vais… je vais te dire des choses pas fines, tiens ! Pose-moi !

Elle multiplia des avertissements et des menaces qui ne pesaient pas bien lourd et auxquelles Remus restait indifférent jusqu'à ce qu'il la dépose dans son lit et la plaque contre le matelas. Elle cessa de s'agiter à contrecœur et Remus remonta les couvertures sur elle. Elle lui jeta un dernier regard et, battue, elle ferma les yeux, la tête contre l'oreiller.

- Bonne nuit, espèce d'autocrate.

- Bonne nuit.

Mais plutôt que de gagner son lit, Remus s'assit près d'elle et Jane rouvrit aussitôt les yeux.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Il ne répondit pas, mais leva plutôt la main et, les doigts dans ses cheveux, lui massa la tête. L'effet fut presque instantané. Jane ferma les yeux, ses épaules se relâchèrent et sa respiration se fit progressivement plus lente. Elle étira un bras hors des couvertures et, à l'aveuglette, chercha pour l'autre main de Remus dont elle prit l'index et le majeur dans son petit poing. Elle se laissait doucement gagner par le sommeil.

Il attendit qu'elle semble suffisamment endormie, puis retira ses doigts de sa chevelure avec toute la délicatesse du monde, souriant pour lui-même.

- Dors bien, Janylee, murmura-t-il.

Il sortit de la chambre, faisant attention de laisser la porte entrouverte. Jane préférait dormir avec la porte entrouverte.


La dernière fois que Marlene avait fait l'expérience d'une atmosphère aussi lourde, elle ne portait rien d'autre qu'un déshabillé et se trouvait nez à nez avec la femme de l'homme auquel elle venait savamment d'apprendre comment stimuler adéquatement un point G. Ça aurait au moins pu lui valoir un petit merci, mais la dame n'avait pas vu la chose sous cet angle, sinon elle n'aurait de toute évidence pas tenté de l'empaler à grands coups de chandelier. C'était précisément ça le problème avec l'amour. Dès qu'ils étaient en couple, les gens perdaient tout sens critique et c'était une plaie.

Mais ça, c'était une autre histoire.

Pour l'heure, l'ambiance était tendue.

Marlene également.

Et le pire dans l'histoire était qu'elle tenait le peigne, défaisait les nœuds et jamais auparavant ça n'avait semblé aussi dangereux.

En reculant d'un pas pour entrevoir dans sa globalité le derrière de la tête de Lily et en réalisant que celle-ci en était réduite à gruger ses huit couches de vernis à ongles, Marlene songea avec une certaine lassitude qu'une parole encourageante pourrait être bienvenue. Et puisqu'elle n'avait jamais été réputée pour la vivacité de son imagination, elle choisit le recours aux classiques.

- Tu sais ce qu'on dit, Lily. Pas de nouvelles, bonne nouvelle…

Le regard appuyé et lourd de sens que lui renvoya son amie convainquit Marlene de s'en tenir à la coiffure, ce qu'elle fit avec un certain soulagement. Elle retourna donc à sa bouteille de fixatif et ses épingles à cheveux et ne pipa plus mot.

Il fallait vraiment que le temps ait les deux pieds dans le même escarpin pour avancer aussi lentement. On n'avait pas idée de faire planer un tel suspense.

Avec un certain amusement, Marlene songea qu'il allait peut-être falloir adhérer à la suggestion de Sirius finalement…

« C'est pas compliqué ! Tout le monde tout nu ! Et, mesdames, je jure de ne m'attarder qu'à votre beauté intérieure, pour celles que ça pourrait inquiéter…»

À ce moment, il y eut de l'agitation au rez-de-chaussée…

… Puis des pas pressés dans l'escalier…

Lily sauta sur ses pieds et Marlene suivit le mouvement avec un brin de panique, faisant une espèce de cage avec ses mains autour de la coiffure haute de la mariée, comme si ça allait vraiment empêcher quoi que ce soit de tomber.

- ALLÉLUIA BABY ! lança énergiquement Jane en faisant irruption dans la chambre.

Oh… est-ce qu'elle avait vraiment…

- Tu as réussi ?! Tu as vraiment réussi ?!

- Oh yesss ! Comme une neuve !

Il n'en fallut pas plus pour que l'hystérie s'empare des trois femmes. Jane tendit la robe immaculée à une Lily sautillante avant d'entreprendre elle-même la macarena de la victoire. Marlene fit preuve d'un peu plus de réserve dans sa chorégraphie improvisée pour la simple raison que le futur de l'œuvre architecturale qu'était la coiffure de Lily apparaissait précaire.

- Lily Potter n'aura pas à se marier en rouge sauce tomate ! scanda Jane en levant le poing au ciel.

- Woo-hoo !!

Le soulagement remplaça progressivement l'euphorie et Jane se laissa choir sur le lit avec un profond soupir.

- Quelle aventure, nom d'un chien…

Apparemment, elle en était encore secouée. Marlene jeta un œil à la robe et fut carrément soufflée. Plus rien n'était apparent. Les sorts de détachement n'étaient pas difficiles en soi mais particulièrement capricieux, spécifiques et délicats d'application et il fallait s'y connaître pour trouver le bon du premier coup. Surtout avec les tissus fins… et blancs.

- Comment tu as fait ? interrogea Lily qui avait elle aussi de la difficulté à y croire.

Jane se redressa sur un coude et la rotation oculaire que firent ses iris bruns suggéra que ça n'avait pas été une mince affaire.

- Eh bien, disons que j'ai vite compris qu'il me fallait une professionnelle, alors j'ai été voir Mme Guipure. On a essayé tous les sorts anti-tâches possibles ! Finalement, la seule chose qui a marché, vous ne me croirez pas, c'est une espèce d'eau de javel pleine de mottons qu'on a fait maison. J'ai couru bord en bord du Chemin de Traverse pour avoir tous les ingrédients et peux-tu croire que LA chose que j'ai eu de la difficulté à trouver, c'est de la poudre d'ongles d'orteils ! Vraiment, j'ai failli faire un don personnel.

- Pourquoi des ongles d'orteils ?

- Va savoir. Ça a marché. Le reste je m'en balance !

Jane se releva pour constater à travers la glace l'état de son maquillage et de sa coiffure qui venaient apparemment de faire un brusque retour en tête de ses priorités.

- Ah… misère de misère…

Un peu lasse, elle attrapa sa trousse à maquillage, sa robe et ses bijoux et s'excusa pour aller remettre un peu d'ordre dans son apparence.

Mais le timing était mauvais. À son dixième pas hors de la chambre, elle tomba face à face avec Peter…

- Oh Jane ! Jane, il faut que je te parle, je suis tellement désolé ! Tellement, tellement, tellement, je…

- Ça va, Peter, c'est réglé.

- Peut-être, mais je suis un imbécile ! Je ne savais pas et… et… et mes mains étaient moites… j'ai pas voulu, je suis vraiment, tellement, dés…

- Je sais, tu l'as dit. Mais c'est arrangé, alors arrête de t'en faire. Ça aurait pu arriver à n'importe qui…

D'accord. Ça ce n'était pas sincère parce qu'il n'y avait vraiment que Peter pour faire une gaffe pareille, mais pauvre lui, il était complètement mortifié. Et comme ça avait été finalement sans conséquences, Jane était prête à mettre en application les enseignements du petit Jésus.

- Mais fais-moi quand même plaisir et ne t'approche pas trop de Lily, continua-t-elle en s'efforçant de sourire.

- Bien sûr, oui ! Et je ne m'approcherai pas à moins de dix mètres de la sauce à crevettes non plus !

Une seconde. Qu'est-ce que…

- Est-ce que tu viens de dire « sauce à crevettes » ?

- Euh… ouais, répondit Peter, perplexe.

Il n'y avait bien sûr pas de mot assez fort, mais « putain de merde » était certainement celui qui s'approchait le plus.

- Tu veux dire que c'est avec de la sauce à crevettes que tu as tâché la robe de Lily?

Probable que même une formation béton en interprétation théâtrale n'aurait pas permis à Jane de cacher l'étendue de sa frustration. Et à en juger par la façon dont il ratatinait sur place, Peter l'avait très bien saisi.

- Je… euh… je… te l'ai pas dit ?

Respire Jane… respire… c'est ça… Peter n'est pas méchant, il est juste un peu – trop – maladroit…

Et non il ne lui avait pas dit, parce que ça lui aurait décidément sauvé un temps fou !

- Je… suis désolé

- Personne de mort, Peter. Arrête de t'excuser.

Un peu zombie, Jane contourna Peter pour s'enfermer dans la salle de bain… et peut-être mordre solidement dans une serviette pour se calmer…

Une demi-heure plus tard, lorsqu'elle mit le pied hors de la salle d'eau, Jane était fraîche comme une rose. Elle était désormais la preuve vivante qu'on pouvait faire des miracles pour l'humeur avec un peu d'eau froide et des techniques de respiration abdominale. Mais lorsqu'elle revint dans la chambre de Lily, l'odeur suffocante du fixatif qui la prit à la gorge neutralisa une bonne partie de son zen.

- Mon dieu, Marlene, relaxe, dit-elle en allant ouvrir la fenêtre. Sa coiffure va tenir jusqu'à après-demain !

- Non, mais regarde ça ! fit Marlene en désignant fièrement le derrière de tête de Lily. Ça va prendre plus que de la chance pour que ça résiste à de la salsa et à une bonne baise !

Les gloussements de Lily et Jane ponctuèrent à merveille la blague et, pour faire bonne figure, Jane sortit une bonbonne supplémentaire de son sac.

- Avec ça, elle va pouvoir perdre la tête sans s'inquiéter de sa mise en plis.

- Je savais bien que j'avais raison, fit Marlene avec orgueil. J'ai toujours raison.

- Sauf quand tu as tort, précisa Lily.

- Sauf quand j'ai tort, mais c'est tellement rare.

Les trois filles passèrent l'essentiel des minutes suivantes à glousser comme trois petites dindes assises devant un slideshow de photos osées de Brad Pitt. Jane vint qu'à se demander si respirer trop de vapeurs de fixatif pouvait rendre imbécile et se promit de lire un jour les mises en garde.

Une fois Lily coiffée et maquillée, Marlene partit s'occuper de son propre look et Lily enfila sa robe avec émotion. Jane avait le cœur serré en la regardant tournoyer gracieusement sur elle-même et savait fort bien que ça n'avait rien à voir avec sa fierté de couturière.

Lily se tourna vers elle avec un sérieux qui ne collait pas du tout à la situation et Jane craignit qu'elle ait deviné…

- Jane… je t'aime.

Soulagée, elle éclata de rire dans sa main.

- Tu m'as vraiment fait peur. Ne me regardes plus comme ça, s'il-te-plaît.

Lily sourit, mais il semblait qu'elle voulait dire autre chose et Jane anticipa une fois de plus.

- Je ne sais pas comment te remercier de tout ce que tu as fait pour James et moi pour le mariage, fit Lily en prenant place sur le lit, ses doigts caressant le tissu de la robe. Sans parler de l'épisode de la sauce tomate !

- Ouais, paraît que c'était de la sauce à crevettes finalement… maudit Peter…

Mais Lily semblait trop concentrée pour mesurer toutes les implications de ce que son amie venait de dire et continua comme si de rien n'était.

- Et je sais que ça n'a pas dû être toujours facile pour toi en considérant… tu sais…

Jane n'avait pas peur des mots. Et elle n'aimait pas qu'on la ménage comme une petite chose fragile.

- Tu peux finir ta phrase.

- Si tu préfères… alors ça n'a pas dû être toujours facile en considérant ta rupture d'avec Michael.

Jane leva les yeux au plafond avec un mouvement de tête qu'elle voulait à la fois dégagé et exaspéré, mais c'était difficile de jouer juste…

- Si tu essaies de me faire pleurer…

- C'est exactement ce que j'aimerais. Ça serait une bonne chose que tu pleures un bon coup… faire sortir le méchant…

Et Lily lui proposait ça vingt minutes après qu'elle ait refait son maquillage, elle n'avait vraiment pas de classe.

Jane plaqua une expression exaspérée comme un masque de cire sur son visage et chercha la porte de sortie la moins pénible possible.

- J'ai versé plus que mon quota de larmes sur Michael…

- Il y a un mois on commençait à préparer ton mariage ! Ça paraît impossible que tu puisses te tenir devant moi aujourd'hui et être vraiment, seulement, simplement contente pour moi et James, parce que si c'était moi, je me sentirais complètement démolie.

Il fallait que ça cesse bientôt… tout était en train de fendiller…

- Justement… je ne suis pas toi, Lily. Toi et James, c'est… merveilleux, tandis que Michael et moi ça s'est avéré ne pas l'être finalement. Mais… un n'a rien à voir avec l'autre et oui, je suis vraiment contente pour toi aujourd'hui. Vous le méritez vraiment.

Sa voix avait craqué sur la fin… merde… pourvu que Lily ne l'ait pas entendu…

Dans quelques secondes à peine, elle se sentirait mal d'avoir menti à sa meilleure amie, mais à l'instant, garder sa carapace intacte était sa seule priorité. Elle voulait désespérément cesser d'être envieuse du parfait bonheur de son amie… mais c'était tellement dur…

Lily considéra Jane avec des yeux sévères pendant un moment, puis sembla comprendre qu'elle perdrait son temps à argumenter davantage. Jane en profita pour éloigner le sujet une fois pour toutes.

- Allez, viens, qu'on aille montrer à tout le monde que je sais me servir d'une machine à coudre, fit-t-elle avec une bonne humeur feinte en escortant Lily hors de la chambre.


La cour arrière de la maison d'été des Potter était pleine de beau monde dans leurs tenues de soirée. Pour une fois qu'ils revêtaient des vêtements propres pour autre chose que des enterrements. Il y avait plusieurs membres de l'Ordre, quelques amis de Poudlard, le père de Lily et la mère de James. C'était à peu près tout. Le couple avait émis le désir d'une cérémonie intime et, conséquemment, le nombre d'invités était réduit, mais personne ne s'en plaignait. Ça créait une atmosphère conviviale, l'impression d'être en famille.

Il faisait tellement beau qu'ils n'avaient même pas pris la peine d'installer une marquise. C'était devenu tellement rare de voir le soleil briller autant…

Remus alla s'asseoir à l'avant. À sa gauche, James et Sirius entouraient une Mme Potter à l'air absent qui fixait ce qu'il y avait autour d'elle avec des yeux neutres et vides, apparemment insensible aux paroles que lui adressaient tendrement les deux jeunes hommes de sa vie.

Savait-elle seulement pourquoi elle était là ?

Savait-elle que c'était un jour important ?

- C'est triste, hein ? murmura Peter qui avait prit place à sa droite.

Remus répondit par un faible hochement de tête en détournant prestement les yeux, gagné par la désagréable impression d'avoir espionné une scène privée.

Les invités prenaient progressivement leurs places en discutant joyeusement. Alastor et Dorcas étaient assis juste derrière lui. Un peu plus loin sur sa gauche, Hagrid, Fabian, Gideon et Benjy s'échangeaient des anecdotes de taverne et les lèvres de McGonagall, assise juste devant, frémissaient bien malgré elle. Emma et Owen étaient là aussi. Scott était assis à côté d'Alice et Frank. En fait, il ne manquait qu'Emeric, dont personne n'avait plus eu de nouvelles depuis six semaines déjà.

Des éclats de rire attirèrent son attention vers la porte de la demeure où M. Evans lévitait à deux pieds du sol sur sa chaise roulante avec un plaisir manifeste. Quelques mètres derrière lui, Jane souriait largement, sa baguette en l'air.

M. Evans n'était plus très en forme maintenant. C'était un peu compliqué, médicalement parlant, mais, d'après ce que lui en avait dit Lily, il avait fait un «AVC à l'hémisphère gauche». Pour ce qu'en savait Remus, ça aurait très bien pu être un virus. Il était en chaise roulante et avait perdu l'usage de son bras droit en plus d'avoir beaucoup plus de difficulté à s'exprimer maintenant. Il cherchait constamment ses mots et n'arrivait pas à formuler ses idées clairement, alors c'était moins facile de le comprendre. C'était de l'aphasie, si on en croyait Lily. Là encore, Remus aurait pu penser que c'était une sorte de maladie de la peau.

Il ignorait comment on était sensé se comporter avec une personne aphasique. Est-ce qu'il fallait parler plus fort, ou encore par signes ? Mais en regardant l'aisance avec laquelle Jane se penchait pour se mettre à la hauteur de M. Evans, pour lui parler simplement et en utilisant des gestes, il songea qu'il pensait trop, beaucoup trop.

Puis Dumbledore se leva et fit signe que la cérémonie allait commencer. L'instant suivant, Jane prenait place juste à côté de lui sur la chaise que James avait délaissé.

Tous se retournèrent lorsque Lily apparut, absolument ravissante dans sa longue robe blanche, au bras de son père… qui flottait toujours deux pieds au-dessus du sol !

Il jeta un regard de biais à Jane qui lui répondit par un clin d'œil. Il remarqua que M. Evans bombait fièrement le torse.

- C'est pour qu'ils soient à la même hauteur, murmura Jane dans son oreille et son souffle lui envoya un frisson dans le dos.

Ils parvinrent à l'avant de l'allée et Jane reposa le père de Lily au sol. Il laissa difficilement aller le bras de sa fille et de fines larmes striaient ses joues parsemées de taches pigmentaires. Il ne dit rien et Remus se demanda si c'était l'aphasie qui l'empêchait de trouver les mots ou s'il n'en aurait trouvé aucun même avant.


Il la vit se détacher de Lily, puis disparaître à l'intérieur de la maison. Il n'aurait su dire si c'était la main portée à son visage ou encore l'inclinaison de son torse, mais il sut que quelque chose n'allait pas.

Lorsqu'il parvint au haut des escaliers menant aux chambres, il l'entendit finalement. Elle sanglotait. Son cœur se serra à la fois de tristesse et de malaise.

- C'est qui ? demanda-t-elle, la voix tremblante, en entendant le bruit de ses semelles contre le bois verni.

Il pouvait l'imaginer, de l'autre côté du mur, essuyant frénétiquement ses yeux, replaçant ses cheveux…

- C'est moi.

Il s'arrêta devant la porte close et y posa le front, la main contre la poignée.

- Remus, s'il te plaît… vas-t-en...

- Non.

Ça n'avait pas été bien plus sonore qu'un murmure.

- Je vais entrer.

Il tourna la poignée et poussa doucement la porte.

Elle était là, assise sur le plancher frais, pieds nus, la tête vers l'arrière, révélant ses yeux rougis et ses joues humides. Sa robe avait remonté au-dessus de ses genoux et Remus pouvait voir ses cuisses fines se dessiner sous le tissu. Sa respiration était rapide et irrégulière mais elle ne pleurait plus. Il fut déchiré de la voir ainsi, mais à cela se mélangeait une certaine forme de soulagement. Enfin, la barricade tombait.

Il retira son veston qu'il lança négligemment sur le lit et s'assit à côté d'elle. Elle ne le regarda pas, fixant sans vraiment le voir le mur opposé. Remus leva une main dans ses cheveux qu'il caressa tendrement.

- Je suis tellement stupide, murmura-t-elle, pressant sa paume contre son front.

- Bien sûr que non.

- Oui !

- Non.

Il prit son petit menton entre son pouce et son index et dirigea son visage pour pouvoir la regarder dans les yeux.

- Tu es une personne extraordinaire qui n'a pas voulu croire qu'elle aimait quelqu'un de stupide.

Elle eut un petit rire désenchanté.

- C'est exactement pour ça que je suis une imbécile… aveugle en plus.

- La seule personne qui devrait avoir honte, c'est Michael… lui et la petite épaisse qu'il s'amusait à ramener au motel.

En retard, Remus réalisa que ça n'avait peut-être pas été la meilleure chose à dire. Et, effectivement, Jane eut un long et profond soupir avant de se décomposer en sanglots à nouveau. Se maudissant d'avoir trop parlé, il passa un bras autour des épaules de la jeune femme et l'attira à lui, la berçant doucement.

- Ça fait tellement mal, Remus…

Ces cinq petits mots lui transpercèrent le cœur bord en bord et, du coup, il pressa Jane plus fort contre lui comme si sa peine allait lui sortir par les pores à la manière du jus d'une orange.

Il ne l'avait jamais vu verser une seule larme auparavant. Pas même après qu'elle ait laissé Michael. Il l'avait vue déprimée, il l'avait vue en colère, il l'avait vue sauter des repas, l'avait vue insomniaque, mais jamais en pleurs. Il savait qu'elle avait pleuré, mais toujours seule. C'était peut-être ça le plus terrible.

Elle était toute gracile entre ses bras et pendant une fraction de seconde, Jane avait cinq ans et sanglotait violemment, convaincue que papa était parti de la maison parce qu'elle avait cassé sa montre sans faire exprès.

Puis, brusquement, la Jane de dix-neuf ans se redressa et lança un juron.

- Et dire que je n'ai rien vu venir, absolument rien, Remus !

- Je sais.

- Il me trompait depuis plus de six mois, et avec une de mes amies en plus ! Et je n'ai jamais rien vu venir ! Ça aurait pu être moi, Remus… ça a failli être moi… dans la robe…

Un instant, son regard sembla s'obscurcir et Remus craignit qu'elle ne fonde en larmes à nouveau, mais elle se reprit bien vite, animée par une frustration qu'elle ne pouvait plus contenir.

- Tiens, fit-elle en lui fourrant un petit objet dans la main. Jette-la, vends-la, fais-la fondre, je m'en fous.

Remus découvrit, toute petite dans sa paume, la bague de fiançailles de Jane.

- Et, pendant qu'on y est, tu sais où je pourrais trouver de l'essence pas cher pour brûler sa cabane ?

Cette fois, il éclata franchement de rire et la prit par la main pour la calmer un peu.

- Premièrement, Jane, tu es une sorcière, et une sacré bonne, alors pas besoin d'essence pour jouer les pyromanes…

- Oui, mais c'est beaucoup plus amusant quand…

- Deuxièmement, l'interrompit-il en levant la main. J'ai une meilleure idée.

- Permets-moi d'être sceptique, fit-elle en posant ses deux mains sur ses hanches.

- Je te jure, écoute. Alors ce que je te propose, c'est de… disons… « sublimer » ton sentiment négatif…

- Je t'arrête tout de suite ! Si c'est une tentative pour me vendre la méditation transcendantale, je ne suis pas intéressée.

- Non, non. Je voulais dire « sublimer » dans le sens de « dans l'art »…

Cette fois, il eut droit à un regard d'une grande perplexité.

- Tu veux dire comme les artistes dépressifs ou héroïnomanes et qui se défoulent en écrivant des poèmes déprimants ou en peinturant des toiles en rouge et noir ?

- Euh… ben… oui et non, en fait…

- Tu veux que je me mette à la peinture ?

- Non, je veux que tu viennes danser avec moi !

Elle fit un petit « oh » surpris, puis se tourna vers lui avec une certaine hésitation. Si elle ne voulait pas danser, ce n'était certainement pas lui qui allait s'en plaindre.

- Tu… tu crois vraiment que ça me remonterait le moral ?

- Convaincu. Je suis le pingouin danseur après tout. Ça peut juste être comique.

- Mouais… mais là…

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Elle se mordit la lèvre en levant des yeux timides vers lui.

- En fait j'ai… peut-être… un peu ensorcelé ton toxedo… pour que tu ne puisses pas me refuser une danse.

Il hésita brièvement entre éclater de rire ou être carrément outré et opta pour un mélange des deux.

- Quoi ?!

Jane haussa les épaules, un peu fière bien qu'elle ne l'aurait jamais admis.

- Je préférais ne pas prendre de risque.

- Je vois ça, mais bon, comme tu me prends dans une bonne journée, je suis prêt à te donner une chance. Si tu le désensorcelle maintenant, je promets de ne te refuser aucune danse de toute la soirée. Deal ?

- Deal mets-en !

Il lui sourit l'attira dans ses bras. Il voulait la serrer juste encore un peu pendant qu'il avait une excuse pour le faire. Elle se pressa longuement contre lui, sa tête reposant contre son épaule, et elle soupira.

- Remus Lupin… tu es vraiment un être charitable.

- C'est vraiment la meilleure qualité que tu m'as trouvé ? fit-il, sourcils froncés.

Elle rit silencieusement dans son cou ce qui lui donna un frisson dans la nuque.

- Compte-toi déjà chanceux que je n'aie pas plutôt dit « gentil » !


Son regard s'était perdu sur la piste de danse depuis un moment déjà. Remus se dandinait maladroitement avec Jane qui s'efforçait courageusement de lui inculquer les pas de base et les deux pouffaient de rire aux cinq secondes. Mais Sirius n'avait d'yeux que pour elle. Il guettait les moindres mouvements de sa robe rouge, les éclats de soleil réfléchis sur sa peau, chacun de ses éclats de rire.

- Je t'aime.

Deux petits mots. Apparemment, c'était tout ce qu'il fallait pour se creuser une tombe. Il le réalisa avant même de croiser son regard. Il le lisait dans son silence.

Un coup de vent souleva ses longs cheveux noirs, exposant momentanément la fine peau de son cou. C'était du vrai biscuit pour les yeux.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Qu'est-ce que tu crois ? Ça veut pas mal toujours dire la même chose.

L'appareil photo que James avait ensorcelé pour qu'il immortalise la soirée sans avoir besoin de photographe s'arrêta juste devant elle. Elle prit la pose, puis il y eut un flash et elle recommença à danser. Il se laissa hypnotiser par le mouvement de l'ourlet de sa robe.

- Et alors ? Tu ne dis rien ?

Son inquiétude lui enserrait les trippes.

- Qu'est-ce que tu veux que je dise ? répondit-elle en haussant ses épaules nues.

Il détourna vivement les yeux. Si la réponse ne lui venait pas naturellement, alors il préférait largement qu'elle ne dise rien.

Elle agrippa le bras de Jane et ensemble elles se mirent à danser quelque chose qui ressemblait à de la salsa. Il ne l'avait pas souvent vu avec ce genre de sourire.

- Merlin… je suis vraiment le pire des cons…

Il se sentait puérile soudainement. Il voulait se lever, partir, cacher son visage qu'il savait trop transparent. Et en profiter pour recoudre en paix le patchwork qui lui servait de cœur.

- Attends, Sirius, merde ! C'est juste que… pourquoi il faut toujours que tu compliques tout ?

C'était elle qui compliquait tout, mais ça, il se voyait mal le lui dire

Elle leva les yeux dans sa direction et il fit un effort presque surhumain pour se détourner. Puis elle regarda ailleurs et il reprit sa contemplation.

- On n'est pas bien comme ça ? Je serai jamais la fille qui va te pondre des bébés Black, ça je te l'annonce tout de suite…

- Je sais, murmura-t-il pour lui-même.

- … mais on pourrait quand même s'amuser tous les deux.

Évidemment. Mais il voulait plus. Bien plus.

Il n'en pouvait plus de la voir lui échapper, ce qu'elle finissait toujours par faire. Parfois au propre, mais la plupart du temps au figuré. Parce qu'elle n'était jamais bien loin, comme si elle guettait ses moindres faiblesses pour l'attirer à elle encore… et le blesser encore… pour qu'il la rejette encore… et encore…

Il n'en pouvait plus d'avoir mal.

- Tu peux la fixer, mais ferme au moins la bouche. Ça atténue l'effet pervers, fit James avec un manque criant d'empathie en s'asseyant sur le tabouret à côté de lui.

- Je ne la fixe pas, dit Sirius, revenu à ses sens.

- Je peux toujours trouver un synonyme, si tu préfères. On peut dire que tu la mangeais des yeux, que tu la déshabillais du regard ou encore…

Sirius décocha une claque qui manqua James par un demi-pouce. La chanson venait à peine de se terminer qu'elle approchait Scott pour la danse suivante. Sirius se raidit dans sa chaise.

- De la compétition, fit de nouveau James.

- Ferme-la.

- J'essaie juste de te mettre en garde. Je ne compte plus les fois où j'ai ramassé ton amour-propre à la petite cuillère.

- Ne t'en fais pas. Je n'embarquerai pas.

- Content de voir qu'il te reste un peu de volonté.

- Dis plutôt de l'orgueil.

L'orgueil… c'était bien la seule chose qui pourrait le garder un peu à l'abri. Mais s'il n'avait que ça pour se protéger, autant essayer de sortir sec d'une tempête tropicale avec rien d'autre qu'un bonnet de douche.

- Est-ce que tu vas vraiment avoir cette tronche-là toute la soirée à cause de Marlene ? Parce qu'avoir su on ne l'aurait pas invitée.

Sirius renversa la tête par en arrière en soupirant.

- Ça pourrait remonter mon moral que tu m'accordes un slow.

James éclata de rire mais, une seconde plus tard, il avait agrippé Sirius par le collet et ils dansaient langoureusement l'un contre l'autre sur l'air de My giant love for you, ne manquant pas de provoquer l'hilarité générale. Et l'appareil photo continuait de voler sur la piste de danse, croquant sur le vif les sourires et les éclats de rire.

Mais Lily se réappropria rapidement son homme, tandis que Jane exigeait une danse de demoiselle d'honneur à garçon d'honneur et Sirius se fit un apparent plaisir à y consentir. Autant profiter des quelques moments de bonheur que la vie leur accordait encore.


- Fin du chapitre 1 -

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(Désolée pour la passe éducative sur l'aphasie ! Déformation professionnelle J'ai pas pu m'en empêcher ! :p Mais ça aura éventuellement son importance)