Chapitre 1 : Le prévôt dans les pattes

Le prévôt en chef des US Marshals Sam Cullen avait dans les mains un dossier bouillant. Un agent spécial du FBI était mort pendant une enquête sur une série de meurtre, sa tête envoyé en cadeau à sa partenaire d'enquête, une fouine arrogante et insupportable. Malgré toute l'hostilité qu'ils entretenaient pour les fouines de tout genre – ces scientifiques imbus d'eux-mêmes qui ne cherchent qu'à dénigrer tous ceux qui se trouvaient autour d'eux – les directeurs du FBI ne pouvaient se permettre de perdre un de leur meilleur atout, leur partenariat avec l'Institut Jefferson en général et Tempérance Brennan en particulier. Cette femme, malgré son côté totalement fastidieux, avait à elle seule résout plus d'enquête que toute son escouade des crimes majeurs réunie. En dépit de tout ce qu'on disait d'elle et la certaine indépendance que le Bureau tentait d'avoir en ce qui la concernait, elle y était totalement indispensable.

C'était la raison pour laquelle cet homme entrait dans son bureau. Son meilleur agent. L'homme de la situation. Dans toute sa carrière, il avait le meilleur taux de réussite de son escouade et son expertise allait être mise à rude épreuve.

« Monsieur, avait dit l'homme de forte stature devant lui.

- Asseyez-vous Booth.

- Je suppose que vous voulez me parler de quelque chose d'important.

- Docteur Tempérance Brennan.

- L'auteure?

- Vous la connaissez?

- J'ai lu ses livres, été… témoin de ses réalisations. Pas mauvaise.

- Eh bien, Dr Brennan a retrouvé hier dans son bureau, la tête de son partenaire du FBI du jour décapitée et dénuée de peau.

- Seigneur!

- En effet, ils enquêtaient sur une série de meurtre et apparemment que le meurtrier en question n'aimait pas beaucoup qu'on s'approche trop près de lui.

- Vous voulez qu'on l'entre dans le programme de protection des témoins?

- Non. Le FBI veut qu'elle reste en poste pour trouver, arrêter et emprisonner ce malade mental avant qu'il ne fasse plus de victime. Apparemment, elle est la seule qui peut y arriver.

- Et ils vont risquer sa vie pour ça!

- Elle est la meilleure dans son domaine… au monde! Apparemment, le monde ne peut pas se passer de son expertise et c'est pour ça que nous aurons besoin de la vôtre, Booth.

- Mon…?

- Votre expertise. Vous avez travaillé pour le FBI, non? Vous étiez un agent? Vous allez devenir son partenaire et son garde du corps. Vous allez la suivre partout, dans le laboratoire, au FBI, même chez elle. Vous allez aménager avec elle, vous allez la suivre sur les scènes de crime. Il n'est pas question que vous ne la quittiez des yeux.

- Patron…

- Ce n'est pas une suggestion, Booth. Votre mission commence maintenant et se terminera lorsque le docteur Brennan et vous aurez terminé son enquête. Allez faire vos valises vous déménagez à Arlington ce soir.

- Monsieur…

- Vous voulez ajouter quelque chose Marshall Booth? Avait dit le vieil homme avec autorité.

- Non monsieur. Je … avait dit Booth en pointant la porte.

- Exactement ».

Il avait appris le dossier. Il avait compris à quoi il avait affaire. L'horreur des corps retrouvés dans le marais, l'horrible découverte du docteur Brennan, mais surtout le personnage qu'elle était. Il n'avait pas enquêté depuis presque huit ans déjà. Il n'avait pas enquêté depuis… regardant du coin l'œil un coin particulier de son bureau pratiquement vide, il secoua la tête. Même s'il avait autrefois adoré son métier, rien ne l'attirait à nouveau vers les meurtres et les enquêtes. Il était bien content de simplement s'occuper de garder en sécurité les témoins en attente de procès. Il ne s'avouerait pas heureux; mais parfaitement satisfait.

Il avançait vers l'auditorium où elle donnait leçon cette journée-là. Avec la situation présente, il ne devait pas prendre de temps, il devait commencer immédiatement. À la porte se trouvait son amie Camille qui, armée d'un pistolet, semblait faire le guet.

« Seeley! Avait-elle dit en l'apercevant. Mais que diable fais-tu ici?

- Camille!

- Ne m'appelle pas Camille.

- Ne m'appelle pas Seeley.

- Tu n'as pas répondu à ma question. Que peux-tu bien faire dans le hall d'entrée de la American University?

- La même chose que toi, semble-t-il. J'enquête.

- Tu… je croyais que tu avais quitté le FBI.

- Marshall Seeley Booth en mission spéciale, dit-il en montrant son badge.

- Ha! Ha! Ne me dis pas… tu es sur le dossier du docteur Brennan? Avait-elle rit.

- Exactement. Je commence ma mission aussitôt que j'aurai réussi à lui parler. Elle est vachement difficile à rejoindre.

- Je ne peux rien te dire d'autre que bonne chance, Seeley », dit-elle alors qu'elle poussa la porte pour laisser entrer le jeune agent qui pénétra dans l'enceinte de l'auditorium.

Il ne lui prit pas beaucoup de temps avant de réaliser qu'il était dans de beaux draps. N'avait-il pas mis le nez dans la pièce qu'il sentit son cœur battre à tout rompre. S'avançant vers le podium où elle expliquait les différents types de macération, il ne pouvait la quitter des yeux. Il avait vu des photos d'elle dans le dossier et sur la couverture de ses romans, mais elles n'avaient rien à voir avec la vigueur et la présence d'esprit de la femme qui se trouvait devant lui. Il s'attendait à voir une femme morne, terne, qui n'est avivée que par les cadavres et les ossements; mais la femme devant lui était vivante, passionnée, passionnante, éclatante, vivante et vivifiante. Elle parlait de la macération comme s'il s'agissait de ce qui avait de mieux au monde. Avant de savoir ce qu'il faisait, il leva la main.

« En enlevant la chair sur les ossements des victimes, ne détruisons-nous pas les preuves?

- Au contraire, on révèle les preuves, s'exclama-t-elle alors que la cloche annonçant la fin des cours sonna. Merci beaucoup, à la semaine prochaine.

- Autre chose, les preuves importantes ne sont-elles pas dans la chaire? Je veux dire les poisons, les balles de révolver et coups de couteau?

- Les indicateurs importants sont dans les ossements si vous regardez bien.

- C'est donc votre truc ça.

- Oui, je suis la meilleure du monde, affirma-t-elle en le regardant un instant d'un air nerveux. Si vous voulez bien m'excusez », dit-elle finalement en refermant sa serviette avant de sortir par une porte à l'arrière de la classe.

Il fut décontenancé un instant. Un moment, il fleuretait pratiquement avec elle et la seconde suivante, elle avait disparu. La suivant à la porte arrière de la classe, il ne put arriver à temps avant qu'elle se referme à clé derrière elle. Il soupira un moment, tentant de cogiter un moment sur la manière dont il pourrait la rattraper. Utilisant ses meilleurs trucs de policiers qu'il avait acquis durant ses années d'enquêteur, il sortit une vieille carte de bibliothèque qu'il n'avait utilisé qu'une seule fois à une époque aujourd'hui révolue, la glissa entre la porte et son cadre et força la serrure qui s'ouvrit sans plus de force. Accélérant le pas afin de la rattraper avant qu'elle n'entre dans sa voiture et qu'il la perde, il descendit les escaliers au pas de course et poussa avec vigueur la porte qui menait au stationnement.

Il n'avait pas fait trois pas de l'autre côté de la porte qu'en trois coups, il se retrouva sur le dos, un pied sur sa gorge et le souffle coupé, se demandant sincèrement comment il s'était retrouvé dans cette position. Il était le meilleur marshal de tout Washington D.C. pour l'amour du Ciel.

« Monsieur, pourquoi me suivez-vous? Avait demandé une voix connue alors que Booth tentait de regarder par-dessus le pied pour s'assurer qu'il avait été bel et bien attaqué par Brennan.

- Wô! Je crois qu'on s'est mal compris.

- Si ça ne vous dérange pas trop, JE vais poser les questions. Alors répondez : pourquoi me suivez-vous?

- Marshal Booth, du département de protection des témoins. On m'a chargé de m'occuper de votre sécurité. Et si vous me laissez prendre mon badge, je vais vous le prouver.

- Laissez-moi faire, dit-elle en s'accroupissant sur lui, toujours en gardant une position offensive, pour fouiller dans les poches de son manteau.

- Oh là! Bones! Qu'est-ce que vous faites? Demanda-t-il décontenancé, sentant les mains de Brennan caresser son torse à la recherche de son badge et de son arme.

- Je ne m'appelle pas Bones, dit-elle comme s'il s'agissait de la chose la plus simple du monde.

- Je sais ce n'est qu'un surnom, dit-il alors que Brennan trouva la plaque de son assaillant.

- Pourquoi? Demanda-t-elle en observant bien la plaque.

- Vous travaillez avec les os? Les os, c'est bones en anglais. D'où le fait que je vous appelle Bones.

- Ne m'appelez pas Bones. Je ne sais pas qui vous a dit que j'ai besoin qu'on me protège, dit-elle en lui remettant sa plaque et son pistolet, mais il est clair que vous devrez lui annoncer que votre mission est annulée. Je n'ai pas besoin de la protection de personne, annonça-t-elle en tournant les talons pour retourner à sa voiture.

- Je crois que vous avez tord, dit-il en se levant.

- Pardon? Arrêta-t-elle immédiatement sa marche pour se tourner vers lui. Je n'ai jamais tord.

- Un meurtrier vous a envoyé la tête d'un des meilleurs agents du FBI dans une boîte par la poste. Vous avez définitivement besoin qu'on vous protège.

- Et c'est vous qu'on a envoyé, rit-elle en se tournant à nouveau pour retourner à sa voiture.

- Que vous le vouliez ou non, vous m'aurez dans les pattes jusqu'à ce que vous ayez mis ce malade mental derrière les barreaux. Non seulement je suis le meilleur marshal que cette ville ait connue depuis vingt ans, mais j'ai été aussi agent spécial du FBI pendant plusieurs années. Je sais ce que je fais et je sais surtout à quel genre de timbré on pourrait avoir affaire ici.

- Vous êtes modeste, avait-elle réponde sarcastiquement.

- Disait la femme qui se présentait comme étant la meilleure anthropologue judiciaire du monde.

- Je SUIS la meilleure anthropologue judiciaire du monde.

- Et je SUIS, se moquait-il en utilisant le même ton qu'elle, le meilleur agent-spécial-barre-oblique-marshal que cette ville n'ait jamais connu. Alors, vous êtes prête à retourner à la maison?

- La maison?

- Oh! On ne vous a pas dit? Je dors chez vous ce soir, sourit-il avec arrogance.

- Vous pouvez toujours rêver », avait-elle dit en pénétrant dans sa voiture. Booth la regarda partir, souriant toujours. Cette femme était enrageante, mais en même, et il ne pouvait savoir pourquoi, il y avait un quelque chose chez elle qui l'attirait plus que tout. Sans perdre davantage de temps, il pénétra dans son SUV et prit la route vers une aventure qui ne s'annonçait autre que palpitante.


Tempérance Brennan sortit de sa voiture et en claqua la portière avec fureur. S'approchant, elle pénétra dans le building et s'approcha du concierge.

« Est-ce que quelqu'un à demander à me voir?

- Non.

- Me parler?

- Non.

- À savoir où se trouvait mon appartement?

- Non.

- Est-ce que quelqu'un que vous ne connaissez pas est simplement entré, continuait-elle son interrogatoire avant que le gardien ne lève les yeux de son journal d'un air agacé.

- Je n'ai vu, parlé ou même senti quelqu'un de la soirée. En fait, vous êtes le premier signe de vie qu'il y a eu dans cette pièce depuis plus de deux heures », dit-il avec colère avant de retourner à son journal.

Elle n'insista pas davantage. Clairement, soit cet homme n'avait pas décidé de l'aider, soit il n'avait vu âme qui vive depuis quelques heures. Peu importe la situation, il ne lui serait d'aucune utilité. Elle s'avança donc vers l'ascenseur, monta au dernier étage où se trouvait son condo et s'arrêta devant sa porte pour fouiller dans son sac afin de retrouver ses clés.

« Vous savez, Bones, n'importe qui peut pénétrer ce building. Il s'agit d'une vraie passoire à spaghetti ».

Elle sursauta.

« Votre porte n'est pas verrouillée. Peut-être devrez-vous changer votre serrure?

- Vous avez brisé ma serrure?

- Non mais elle tellement facile à crocheter ».

Elle se retourna et le regarda. Il était grand à côté d'elle. Son regard chocolaté la pénétrait comme des rayons X. Il gardait son petit sourire arrogant et insupportable à souhait alors qu'il s'avançait vers elle d'un pas lent.

« Bones, que vous le vouliez ou non. Vous faites désormais partie du programme de protection des témoins. Votre intimité et votre vie telle que vous la connaissiez est désormais terminée. Vous êtes en danger. Entre le moment où vous avez quitté l'American University et que vous êtes arrivée ici, j'ai fait le même chemin, ai réussi à crocheter votre serrure, me servir un verre d'eau – j'aime bien votre masque des Ababdehs que vous avez dans votre bibliothèque en passant, quoique vous n'auriez jamais dû allez au Soudan seule dans aucune protection. C'est une des régions les plus dangereuses du monde après tout – j'ai refermé votre porte sans la verrouiller, dit-il en y plaçant la main sur la poignée, et je me suis caché derrière l'ascenseur en attendant de vous faire peur pour vous prouver à quel point l'illusion que vous avez d'être en sécurité à cause de vos trois formes d'arts martiaux que vous maîtrisez est vaine, finit-il en tournant la poignée et en ouvrant la porte. Il se retourna vers Brennan et sourit à la voir complètement bouche-bée.

- Ne m'appelez pas Bones, dit-elle en pénétrant dans son appartement.

- 'Ne m'appelez pas Bones'? C'est tout ce que vous ayez trouvé? Rit-il incrédule en agrippant son sac avant de pénétrer dans l'enceinte de son appartement.

- Que croyez-vous que vous êtes en train de faire? S'enquiert-elle n'en croyant pas ses yeux.

- J'emménage chez vous, dit-il le plus sérieusement du monde.

- Euh, non, je le refuse.

- Ce n'est pas vraiment votre décision à prendre, Bones. Ok? Où je dors?

- À un endroit qui n'est pas dans mon appartement, répondit-elle du tac-au-tac, complètement furieuse.

- Encore une fois, Bones, ce n'est pas vraiment votre décision, continua-t-il.

- Ne m'appelez pas Bones.

- Ok, je suppose que je devrai trouver moi-même où je dormirai, dit-il en avançant dans l'appartement. Votre condo est réellement superbe en passant. Je suppose qu'en tant que meilleure anthropologue du monde, vous devez vous faire un paquet de roupies.

- Je fais mon argent en dollars américain, le corrigea-t-elle naturellement, et non en roupies indiens… Et même si je trouve cette constatation embarrassante, ma principale source de revenue est les droits que je reçois pour la vente de mes livres et non mon métier d'anthropologue ».

Il la regarda un instant, ne croyant pas ce qui venait de se passer. Avait-elle réellement cru qu'il pensait qu'elle recevait son salaire en roupies?

« Waouh, cette enquête sera marrante!

- Laissez-moi comprendre un instant. Vous êtes marshal et agent du FBI?

- Je suis un ex-agent du FBI qui a, disons, changé de carrière. J'ai passé les sept dernières années comme marshal pour le programme de protection des témoins. Je suis, moi aussi, le meilleur dans mon domaine, sourit-il. J'ai été tireur d'élite dans l'armée en Somalie, Irak et quelques autres endroits que je ne peux pas mentionner.

- Ah bon.

- J'avais, aussi, le meilleur taux de réussite au FBI.

- Et si vous étiez si bon, pourquoi avez-vous changé d'orientation professionnelle?

- Ah, ça c'est à moi de le savoir et à vous de découvrir. On ne peut pas tout se dire le premier soir, Bones. Gardons un brin de mystère. Alors où vais-je dormir? » Sourit de son sourire arrogant qui devenait tranquillement sa marque de commerce.

À suivre...

NA: J'ai été surprise de voir à quel point la plupart d'entre vous était content que Sully soit mort avant même que l'histoire commence. Personnellement, je n'ai pas de problèmes avec Sully. C'était clair dès le départ que les choses ne dureraient pas. Beaucoup plus clair qu'avec Hannah avec qui j'avais beaucoup plus de difficulté (il l'a demandé en mariage! Je n'en reviens toujours pas de celle-là). Bref, laissez-moi savoir ce que vous en pensez! Merci!