\\ CONTENU EXPLICITE /

Sara le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse dans le hall puis elle reporta son regard sur le numéro inscrit sur sa peau, l'effleura du bout des doigts…

Elle esquissa un imperceptible sourire et secoua doucement la tête ; elle avait compris.

Elle prit la petite serviette en papier qui était coincée sous son verre, l'humecta avec sa salive et effaça l'inscription de son bras. Elle termina sa vodka puis remonta à sa chambre. Lizzie n'avait pas bougé d'un poil, toujours endormie, étendue en étoile sur son lit, enveloppée de son peignoir. Sans bruit, Sara troqua sa robe pour une nuisette, se glissa dans son propre lit et s'endormit rapidement, bercée par la respiration lente et régulière de son amie.

oOo

Le lendemain, un bain de lait agrémenté de pétales de roses, une manucure et un massage aux pierres chaudes avaient occupé leur matinée. Sara et Lizzie avaient ensuite passé l'après-midi à buller au bord de la piscine, profitant du soleil durant de longues heures avant que le week-end ne touche à sa fin.

- Eh ben ! C'est quand même pas donné toutes ces bêtises, soupira Lizzie en s'installant derrière le volant de sa voiture alors qu'elle venait tout juste de régler la note de son séjour.

- Oui mais je trouve que ça vaut le coup, enfin ça m'a fait beaucoup de bien moi, déclara Sara en bouclant sa ceinture côté passager.

- Ouais, c'est vrai que je te trouve meilleure mine qu'à l'arrivée. Tant mieux, c'est bien. Moi aussi remarque ça m'a fait du bien mais tu vois, je crois que je vais pas garder les bénéfices du week-end bien longtemps parce que rien qu'à l'idée de retrouver mes deux monstres, je sens tous mes muscles qui se recontractent !

Sara pouffa de rire et Lizzie démarra la voiture pour reprendre la route.

oOo

Sara fut de retour chez elle peu avant 20 heures. Elle déposa sa valise dans l'entrée, s'avança vers le séjour et constata que Michael et Neena avaient déjà fini de dîner mais que la table n'avait pas encore été débarrassée.

Elle monta à l'étage et, guidée par les voix qu'elle entendait, elle marcha jusqu'à la chambre de Neena. Elle et Michael étaient en train de choisir ses vêtements pour le lendemain ; ils mirent quelques secondes avant de remarquer sa présence.

- Maman ! s'exclama Neena lorsqu'elle la vit près de la porte.

Elle sauta dans les bras de sa mère qui la couvrit de bisous.

- C'était bien le psa ?

- Le spa, corrigea Sara avec amusement. Et oui c'était super. Et toi, ton week-end, c'était comment ? Qu'est-ce que t'as fait ?

- Pleins de trucs ! rapporta Neena avec excitation. Samedi matin, on a regardé les dessins animés ensemble avec papa, et puis aussi après on a été à la piscine l'après-midi, et après on a lu les 101 dalmatiens dans le hamac, on a fait de la peinture aussi…

Tandis que Neena exposait ses activités du week-end à Sara, Michael choisit de s'éclipser. Il échangea un rapide regard avec Sara en passant à côté d'elle puis il descendit au rez-de-chaussée pour débarrasser la table et remettre la cuisine en ordre.

Sara quitta la chambre de Neena une demi-heure plus tard, après avoir écouté le récit de sa fille, l'avoir aidée à finaliser son choix de tenue pour le lendemain et l'avoir enfin couchée.

Elle retrouva Michael au petit salon aménagé sur le palier de l'étage ; il s'était installé sur le canapé pour l'attendre.

- Vous vous êtes pas ennuyés d'après ce que j'ai compris, déclara-t-elle avec un petit sourire.

- Non, confirma Michael. On a passé un bon week-end.

Sara vint s'asseoir sur le bord de la table basse, juste en face de lui.

- Un excellent week-end même. Comme j'en avais pas passés depuis longtemps, confia-t-il. Et c'est grâce à toi.

Sara entrouvrit la bouche mais ne dit finalement rien. Michael se redressa et glissa jusqu'au bord du canapé pour se rapprocher d'elle. Il déposa ses mains sur ses genoux dévoilés par sa robe courte.

- Ce que tu m'as dit vendredi, et le fait que tu me remettes face à mes responsabilités ça m'a ouvert les yeux, reprit-il. Je me suis laissé déborder par le boulot et je voyais même plus à côté de quoi je passais. Elle a trois ans et demi, elle va rentrer à l'école… Le temps passe déjà trop vite sans qu'on ne puisse rien y faire et moi j'étais en train de le laisser filer sans en profiter. Je me disais que c'était juste l'histoire de quelques mois et qu'après je pourrais rattraper le temps perdu, sauf que… ça se rattrape pas. Et rien ne mérite que je sacrifie même le plus anodin des moments que je peux passer avec elle.

Sara entendait dans sa voix la peine que lui infligeait ce qu'il avait réalisé durant ces deux jours. Elle avait l'irrésistible envie de le prendre dans ses bras pour le réconforter mais elle s'efforça de rester à l'écouter sans bouger. Il saisit ses mains dans les siennes avant de poursuivre.

- Et je me suis rendu compte que toi aussi je t'avais négligée, souffla-t-il, la gorge plus nouée que jamais. J'ai passé deux nuits sans t'avoir à mes côtés et j'ai compris ce que t'as pu ressentir. Ces derniers jours, peut-être que je dormais dans le même lit que toi mais j'étais pas vraiment là, avec toi. Pour toi. Alors que tu mérites toute la considération du monde…

Michael porta une de ses mains à sa bouche et y déposa un long baiser qui implorait son pardon. Sara ferma les yeux pour mieux savourer le contact et son cœur commença à s'emballer. Elle sentit ensuite le visage de Michael s'approcher du sien et ses lèvres se poser à la commissure des siennes. Elle enveloppa son cou d'une main.

- Michael..., souffla-t-elle.

- Je vais dire à Schreiber que je refuse la place, murmura-t-il contre sa peau.

Sara secoua doucement la tête et se recula légèrement pour pouvoir le regarder.

- C'est pas ce que je veux, déclara-t-elle. Je sais que cette promotion est l'évolution logique de ta carrière. Tu vas pas rester un simple ingénieur toute ta vie alors que t'as toutes les capacités requises pour endosser plus de responsabilités mais… je voudrais simplement que t'arrives à concilier famille et travail sans en négliger un au profit de l'autre. Et surtout pas le premier au profit du second.

Michael opina et vint apposer son front contre celui de Sara. De son pouce il caressa sa joue.

- On va refaire un essai, souffla-t-il. Mais si ce travail se révèle trop prenant je laisserai tomber. Et ce sera pas un problème. Pendant longtemps mon job a été toute ma vie mais ça fait quatre ans et demi que c'est plus le cas.

Sara esquissa un petit sourire et Michael captura ses lèvres dans un tendre baiser. Elle y répondit sans la moindre réticence alors il sut qu'il pouvait approfondir. Il amena leurs langues à se rencontrer, à se chahuter sensuellement, et il commença à faire glisser une main vers le haut de sa cuisse. Elle le stoppa, se détacha de sa bouche. Il l'entendit prendre une profonde respiration, tremblante de plaisir et de désir ; elle tentait de garder le contrôle pour un cours instant encore. Il comprit à son regard qu'elle voulait simplement qu'ils regagnent leur chambre avant d'aller plus loin. Il la prit alors par la main et l'entraîna avec lui dans leur sanctuaire.

À peine avait-elle fermer la porte derrière elle qu'il reprit ses lèvres avec une avidité presque violente. Elle referma ses bras autour de son cou et colla son corps au plus près du sien. Il fit un pas pour la plaquer contre le mur ; avec une douceur virile, sa main caressa la ligne fuselée de sa cuisse avant de s'insinuer sous sa robe. Sa hanche, la chute de ses reins, ses fesses…

Il quitta un instant sa bouche pour embrasser la peau chaude de son cou. Le souffle haletant, Sara ne pouvait retenir ses gémissement, entre excitation et impatience. Plus qu'une envie, cette étreinte était devenue un besoin. Un besoin vital. Et avec ses lèvres, sa langue, ses mains de retour sur son corps, elle retrouvait toutes les grisantes sensations qui accompagnaient le bonheur d'être désirée. Plus réceptive que jamais, elle sentait chaque parcelle de son être s'électriser, comme enfin réveillées après un long sommeil.

À bout de souffle, Michael releva son visage vers le sien. Il caressa son front, ses cheveux, et la contempla avec une intensité transcendante.

Son regard solidement ancré au sien, Sara eut la confirmation de ce qu'elle avait compris la veille. Elle ne voulait se sentir désirée par aucun autre que lui. Et au-delà de l'envie d'être convoitée, elle voulait se sentir aimée. Parce que c'était finalement bien plus qu'un simple contact physique qui lui avait manqué. Elle avait besoin qu'il lui exprime son amour, qu'il lui démontre la force de ses sentiments. Elle avait besoin de se savoir indispensable à lui comme il l'était à elle. Il était son oxygène. Elle s'en était retrouvée privée et avait commencé à suffoquer. Mais ce soir-là, enfin, alors qu'elle lisait dans son regard l'amour inconditionnel qu'il lui portait, elle respirait de nouveau à pleins poumons et se sentait plus vivante que jamais.

- Tu m'as manqué, murmura-t-elle.

Il sourit et happa ses lèvres avec plus de ferveur encore, comme pour combler la carence. Il lui ôta sa robe, elle lui retira son tee-shirt, et il reprit le baiser avec une ardeur féroce. D'un geste aveugle mais expert, il la débarrassa de son soutien-gorge puis l'entraîna avec lui vers le lit où ils se laissèrent tomber ensemble.

Michael recouvrit le corps de Sara du sien et resta quelques secondes à la contempler en se demandant par tous les saints comment il avait bien pu se passer d'elle pendant tout ce temps. Il fondit de nouveau sur ses lèvres, l'embrassa langoureusement, avala ses soupirs d'abandon. Elle pétrissait la peau de son dos au rythme du plaisir qui ondulait dans son ventre comme une houle australe.

Il plongea dans son cou et déposa de légers baisers sur sa peau fine et sensible. Sa main enveloppa son sein pour le cajoler avec douceur et Sara poussa un gémissement lorsqu'il commença à en taquiner la pointe durcie. Elle bouillait de le sentir en elle, il le savait, mais il adorait user et abuser de sa patience.

Il laissa traîner ses lèvres sur son décolleté avant de venir happer un mamelon offert qu'il suçota et câlina de sa langue. Sara agrippa une main à sa nuque et tenta désespérément de ne pas succomber avant l'heure.

Michael descendit sur son ventre et sentit ses muscles se contracter sous ses baisers. Il se redressa le temps de lui enlever sa petite culotte qu'il fit glisser avec une lenteur délibérée le long de ses jambes. Il se débarrassa ensuite des derniers vêtements qu'il portait puis il reprit position au-dessus d'elle.

Leurs corps s'épousaient étroitement. Leurs visages se câlinaient, leurs souffles se mélangeaient et leurs regards s'étaient soudés. Michael sentit les cuisses de Sara s'ouvrir davantage sous son bassin et ses jambes se replier de chaque côté de ses hanches. Elle l'attendait, offerte, mais il prit un malin plaisir à faire durer le supplice, laissant leurs sexes se frôler et attiser un peu plus leur excitation afin que la délivrance soit meilleure encore.

- Michael, finit-elle par implorer.

Il esquissa un sourire et lui caressa les cheveux du bout des doigts. Sans cesser de la couver du regard, il la pénétra enfin, lentement, sensuellement. Elle gémit ce plaisir libérateur dans un cri rauque et se cambra pour mieux l'accueillir. Lorsqu'il fut entièrement immergé en elle, elle noua ses jambes autour de lui et descendit ses mains sur ses fesses. Elle les caressa, puis les pressa pour espérer lui faire amorcer un mouvement. Mais il avait décidé de l'asservir encore un peu. Elle le supplia silencieusement du regard. Il déposa un baiser sur ses lèvres puis il fit glisser sa bouche jusqu'à son oreille.

- Je t'aime, souffla-t-il juste avant d'imprimer un premier coup de reins.

Les autres suivirent. Doux et subtils, puis plus puissants et profonds. Sara bascula sa tête en arrière, ferma ses yeux, les rouvrit, chercha le regard de Michael, réclama ses lèvres. Elle gémissait à chacun de ses mouvements et empoignait ses épaules un peu plus fermement à chaque fois. Elle sentait le plaisir se répandre dans tout son corps, l'amour de Michael déferler dans ses veines, la nourrissant d'un bonheur et d'une extase sans pareil.

Bientôt le tempo se fit plus rapide, l'assaut plus violent, et la jouissance s'annonça. Un ultime coup de reins et Sara sombra dans les abysses d'une volupté sans égale. Michael se lassa partir avec elle avant de s'écrouler sur son corps, harassé mais comblé.

Ils restèrent étroitement enlacés de longues secondes pour savourer leur plaisir jusque dans ses derniers effluves. Puis Michael se redressa légèrement et ancra son regard à celui de Sara. Il lui caressa tendrement la joue tandis qu'elle effleurait le contour de son visage du bout de ses doigts.

- T'as pas le droit de nous priver de ça, souffla-t-elle.

- Ça n'arrivera plus, promit-il.

Elle afficha un sourire.

- Y a intérêt, confirma-t-elle. Parce que je t'aime trop pour pouvoir le supporter.

Il répondit d'un long baiser déposé sur ses lèvres.

oOo

La dernière semaine des vacances scolaires avait filé sans qu'on s'en aperçoive et le grand jour était arrivé, bien trop vite au goût de beaucoup.

Dans l'entrée, aux pieds de l'escalier, Sara aida Neena à enfiler ses sandalettes. Puis elle replaça une mèche de cheveux échappée de sa natte en la coinçant sous une petite barrette. Elle lui tendit un petit gilet que la fillette s'empressa d'enfiler et enfin elle lui installa son petit sac à dos sur les épaules. Elle resta ensuite quelques secondes à la contempler avec émotion.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? finit par demander Neena.

- Pour rien, lui sourit Sara. Aller, on y va, faudrait pas être en retard dès le premier jour. Michael, t'es prêt ?

- J'arrive, répondit-il depuis le salon.

À l'extérieur, le soleil brillait et il faisait déjà très chaud pour un début de matinée. Il régnait une certaine effervescence dans le quartier. Des voitures quittaient leur allée ou leur garage, des voisines pipelettes discutaient de part et d'autre des haies qui séparaient leurs jardins, et bon nombre d'écoliers de tous âges, cartable sur le dos, arpentaient les trottoirs dans une seule et même direction avec plus ou moins d'enthousiasme.

Neena adressa un petit signe de la main à madame Walker en passant devant la maison de la quinquagénaire qui était devenue sa nourrice depuis le déménagement. Meredith Walker, occupée à ramasser son journal sur son perron, lui rendit son signe et lui souhaita une bonne journée. Sara reprit la petite main de sa fille dans la sienne et Michael s'empara de l'autre. C'est ainsi entourée de ses parents que Neena parcourut pour la première fois un chemin qui allait devenir quasi-quotidien durant les années à venir.

Arrivé devant l'école, Michael s'arrêta et sortit un petit étui en cuir noir de la poche de son pantalon.

- Je vais prendre une photo, annonça-t-il en préparant son appareil numérique.

- T'es sûr que c'est nécessaire, soupira Sara avec lassitude.

Michael s'était en effet découvert une passion démesurée pour la photographie depuis la naissance de Neena.

- Oui, oui, aller ! insista-t-il. Installez-vous sur les marches.

Sara se résigna à s'asseoir sur une des marches du perron et garda Neena debout auprès d'elle. Michael immortalisa l'instant, consulta le résultat sur l'écran de l'appareil photo avec satisfaction puis s'approcha.

- Dans quelques années, quand elle sera diplômée de Harvard ou de Yale et qu'on fêtera ça, on ressortira cette photo et on se souviendra de sa première rentrée scolaire, expliqua-t-il avec une fierté anticipée.

Sara secoua la tête avec amusement puis elle gravit le reste des marches pour accompagner Neena dans le hall d'entrée de l'école. Là, dans le brouhaha ambiant, des parents tentaient de rassurer leurs progénitures qui affichaient des mines inquiètes ou versaient de chaudes larmes, plus ou moins silencieusement.

- Pourquoi ils pleurent ? demanda Neena dans un murmure.

Sara s'accroupit pour se mettre à sa hauteur.

- Et bien… parce que c'est très nouveau l'école pour eux, alors ça leur fait un peu peur

- Pour moi aussi c'est nouveau, mais j'ai pas peur.

- Non, rigola Sara. T'as peur de rien toi !

Elle déposa un bisou sur le front de sa fille puis elle se releva en voyant une petite femme blonde arriver vers elle avec un grand sourire. C'était Anita Freeman, la directrice de l'école maternelle. Michael et Sara l'avaient rencontrée lorsqu'ils étaient venus inscrire Neena. Elle avait rapidement compris que la fillette était la petite-fille du gouverneur Tancredi et s'était enthousiasmée à l'idée de recevoir une élève aussi prestigieuse. Ils s'étaient alors empressés de demander à ce que Neena ne bénéfice d'aucun traitement de faveur.

Anita échangea une poignée de mains avec Sara, puis avec Michael, avant de se pencher vers Neena.

- Alors ? C'est le grand jour ?

- Oui.

- Sois la bienvenue !

- Est-ce que je suis dans la même classe qu'Ashley ? interrogea Neena.

- Ashley Spencer, compléta Sara.

- Ah oui, visualisa Anita. Euh… oui, oui, je crois que vous êtes dans la même classe. Vous êtes avec mademoiselle Lerry, elle est très gentille, tu vas voir. Et très compétente, ajouta-t-elle à l'attention de Michael et Sara.

- On en doute pas, lui assura ce dernier.

- C'est la troisième salle sur la gauche, indiqua Anita. Je vous dis à bientôt, déclara-t-elle avant de filer à la rencontre d'autres parents.

Ashley était déjà dans la salle de classe et Neena courut la rejoindre. Michael et Sara firent rapidement connaissance avec l'institutrice, une jeune femme douce et souriante, puis ils allèrent saluer Olivia et Ned Spencer, leurs voisins et parents d'Ashley.

Quel couple étrange que les Spencer. Elle, pas bien grande, le teint halé, des cheveux de jais coupés dans un carré effilé, extravertie, joviale mais autoritaire. Lui, haut à se cogner la tête dans les étoiles, blond, légèrement dégarni, la peau transparente, soumis, effacé, décrochant rarement un sourire. Pas difficile de savoir qui portait la culotte. La quarantaine bien tassée, les Spencer avaient deux grands fils, de 22 et 17 ans. Et les commères bien informées savaient qu'Ashley était arrivée bien plus tardivement et dans des circonstances particulières. Après avoir appris que son mari la trompait, Olivia avait décidé de lui faire un enfant dans le dos afin de s'assurer qu'il ne la quitterait pas pour sa maîtresse. Homme responsable et père de famille aimant, Ned avait mis fin à sa relation extraconjugale lorsqu'il avait appris la grossesse de sa femme, lui offrant ainsi le résultat qu'elle espérait.

- C'est bien que Neena et Ashley soient ensemble, commenta Olivia. Mais j'espère qu'elles se contenteront pas de rester toutes les deux et qu'elles iront se mêler aux autres.

- Elles sont très sociables, y aura pas de problèmes à craindre de ce côté-là, enfin je crois pas, déclara Sara.

- Oui… Bon, toujours est-il qu'elles ont l'air ravi de rentrer à l'école, c'est déjà ça parce que ça semble pas être le cas de tout le monde ici, soupira Olivia en roulant des yeux, exaspérée par les braillements ambiants. Aller, bonne journée ! lança-t-elle avant de quitter la salle avec son mari.

Michael et Sara allèrent retrouver Neena, l'embrassèrent, lui rappelèrent que c'était madame Walker qui allait la récupérer à trois heures et demi et enfin lui souhaitèrent une bonne journée. Avant de partir, Sara ne put s'empêcher de lui répéter qu'il ne fallait pas qu'elle hésite à le dire à la maîtresse si elle avait envie d'aller aux toilettes.

- Oui, oui, je sais, tu me l'as déjà dit pleins de fois, rétorqua Neena sans lever son nez du puzzle qu'elle avait commencé.

Sara esquissa un sourire amusé, embrassa une dernière fois sa fille et se résigna enfin à quitter la pièce avec Michael. En sortant de l'école, elle accrocha son bras à sa taille et il enveloppa ses épaules du sien.

- Elle a grandi trop vite, déplora-t-elle dans un marmonnement boudeur, fâchée contre le temps qui semblait prendre un sournois plaisir à s'écouler sans qu'on ne s'en rende compte.

- Je sais, souffla Michael en lui déposant un baiser sur la tempe.

- J'ai l'impression que c'était hier que je lui changeais ses couches, que j'en profitais pour grignoter ses petits pieds et qu'elle riait aux éclats, se souvint Sara, nostalgique.

Michael savait le sujet sensible et il n'osa pas lui dire qu'elle retrouverait certainement bientôt le bonheur de s'occuper d'un petit bébé.

En traversant la rue, ils croisèrent une jeune femme qui tenait contre elle, calé dans un porte-bébé ventral, un nourrisson âgé d'à peine deux ou trois mois. Sara ralentit l'allure et Michael la vit suivre l'enfant du regard. Il resserra l'étreinte de son bras pour la ramener un peu plus étroitement contre lui et agita doucement son pouce pour caresser son épaule. Le retour jusqu'à la maison se fit dans le silence.

Une fois rentrée, Sara se dirigea directement vers la cuisine. Elle ouvrit le réfrigérateur, attrapa une petite bouteille de jus de fruits et vint se poster devant la fenêtre pour perdre son regard sur le jardin. Elle essaya d'ouvrir sa bouteille mais le bouchon résista. Elle s'y reprit à plusieurs fois, rassemblant toutes ses forces pour tenter de le dévisser mais il ne voulait rien savoir. Elle s'agaça, ses yeux se mirent à briller et elle finit par balancer la bouteille dans l'évier avant d'éclater en sanglots.

Michael vint se blottir contre son dos et l'encercla de ses bras. Il savait bien sûr que son désarroi n'avait rien à voir avec un bouchon récalcitrant. Il la berça doucement et déposa un baiser dans son cou.

- On l'a fait une fois, souffla-t-il. Y a pas de raison qu'on n'y arrive pas une deuxième. Neena est arrivée sans qu'on le lui demande et le prochain fera pareil. Il s'invitera quand on s'y attendra le moins mais que lui en aura envie.

- Mais s'il a pas envie, redouta Sara dans un murmure.

Michael la lâcha et la fit pivoter pour qu'elle se retrouve face à lui. Il saisit tendrement son visage entre ses mains et passa ses pouces sur ses joues pour en chasser les larmes.

- Non, ça j'y crois pas une seconde, déclara-t-il. On est de bons parents, t'es une maman fantastique, les gosses doivent se battre pour atterrir chez nous… Tiens d'ailleurs c'est peut-être pour ça qui y a toujours personne. Ils ont dû organiser… je sais pas… hum… un tournoi de poker géant par exemple, pour savoir lequel gagnera sa place ici, expliqua-t-il en posant le bout de son index sur le ventre de Sara. Et ils n'ont pas encore fini, la lutte est acharnée !

Sara eut un petit rire et Michael captura ses lèvres dans un doux baiser. Elle enroula ses bras autour de lui comme un boa kidnappe sa proie et il comprit qu'elle ne voulait pas qu'il arrête. Il emmena alors sa langue à la rencontre de la sienne, la fit reculer de quelques pas puis la souleva pour l'asseoir sur le plan de travail. Elle ouvrit les jambes pour lui permettre d'être au plus près d'elle et il insinua ses mains sous ses vêtements pour aller caresser son dos. Ils continuèrent leur langoureux baiser de longues secondes encore jusqu'à ce que la sonnerie du téléphone retentisse. Sara tourna la tête vers le combiné.

- Réponds pas, protesta Michael en reprenant ses lèvres.

- C'est peut-être important, murmura-t-elle dans sa bouche.

Elle attrapa le téléphone pendu au mur tandis que Michael s'attaquait à son cou pour se consoler.

- Allo ? répondit-elle. Oui, c'est moi… Quoi ?… Oui. Oui, évidemment… D'accord, merci.

Lorsqu'elle décolla le combiné de son oreille, Michael voulut reprendre ses lèvres mais Sara plaqua une main sur sa bouche pour le repousser d'un geste lent et sans vigueur. Elle avait la mine déconfite, le teint livide.