Fire Emblem : Awakening

ファイアー・エンブレム:覚醒

シー2章・「今大丈夫、あなたを損じません。」

Chapter C.2 - Easy now, girl. I won't hurt you.

Ce fut à l'aube que la stratège se réveilla, engourdie et déboussolée, comme si le monde avait changé autour d'elle. Elle mit un certain temps à comprendre qu'elle était toujours dans sa chambre et, allongée sur sa couche, elle tentait d'analyser cette tente dont la luminosité était encore faible.

Sentant ses yeux brûlés, lourds de poches et secs d'être si tôt levée, elle finit par les frotter avant de bâiller à gorge déployée puis elle s'étira sur toute la longueur de son dos et s'affaissa dans un soupir significatif.

Dehors, seul le chant des quelques oiseaux matinaux retentissait, outre les rares tintements de certaines armes indiquant l'entraînement matinal quotidien. Ce ne fut qu'un faible rayon de lumière, passant par l'interstice du battant de sa tente qui lui donna envie de se lever, non pas les quelques gouttes, vestiges d'une averse virulente, qui lui avaient tantôt donné l'envie de se laisser traîner un peu plus dans les couvertures.

Elle inspira et expira une bonne fois pour toutes avant de sortir les jambes de la couverture. Un frisson la parcourut au contact du pied sur le sol, mais elle préféra penser plus ardemment au soleil pour se donner le courage de se lever de tout son long.

Elle s'habilla, se lava le visage et enfila ses bottes.

Quelle belle matinée en perspective.

Si elle n'avait pas spécialement faim, elle s'attarda cependant à ranger sa tente qui semblait avoir été passée sous une armée de wyvernes en furie, essayant de donner un côté plus attractif, plus sérieux, du moins pour un stratège. Si les autres venaient voir l'état de sa couche, beaucoup aurait du mal à concevoir que la plus organisée des combattantes sur le champ de bataille était une femme aussi désordonnée!

Elle finit par se masser le bas du dos lorsqu'elle termina, plutôt épuisée et découragée par le travail. Elle abandonna l'idée de ranger sa mallette et se contenta de la pousser vulgairement dans un coin où personne n'y prêterait vraiment attention. C'est là qu'elle remarqua la cape que le blond avait laissée, posée sur un des rares tabourets de l'endroit. Elle s'en approcha, l'attrapa entre les doigts et finit par rougir : jamais elle n'aurait pensé agir de la sorte! Il ne fallait pas que cela se sache. En aucun cas.

Mais elle ne pouvait la lui rendre de cette façon : une partie de son odeur à elle s'était empreinte sur le tissu et il risquait d'avoir des doutes sur sa provenance, voire ses faits et gestes.

Pliant la veste avec quelques vêtements, elle décida de les emmener à la rivière qui coulait non loin, petite source d'eau assez pratique pour le camp. De cette façon elle pouvait la laver, la faire sécher et la lui rendre par la suite.

Ni une ni deux, elle parcourut la petite distance qui la séparait du cours d'eau avec un paquet entre les bras surmonté d'un bloc de savon. Par chance il n'y avait personne sur son passage et elle put se consacrer pleinement à son lavage matinal.

Hop, le panier à terre, elle sortit un à un chaque vêtement et le lava minutieusement, en premier la fameuse veste au parfum étrange. D'ailleurs elle mit quelques secondes à la contempler avec insistance, comme si elle pouvait lui révéler quelque chose qu'elle n'avait pas pu faire jusqu'alors.

-N'importe quoi!

Elle secoua la tête, plongea la cape dans l'eau et se mit à décaper avec ardeur, passant le savon correctement et rinçant le tissu en les frottant entre eux. En réalité elle trouvait cela dommage d'enlever cette odeur si particulière avec un savon aussi peu délicat, mais elle ne pouvait pas se permettre de lui rendre ses affaires dans un tel état. D'autant qu'elle ne s'était pas gênée pour le garder auprès d'elle toute la nuit. À cette pensée ses joues se teintèrent de rouge, elle se mordit la lèvre inférieure. Elle n'espérait qu'une seule chose : que personne ne la trouve en flagrant délit.

Ce n'est que lorsqu'elle termina de tout laver qu'elle commença à entendre du bruit, au loin. Elle se retourna pour voir ce qu'il se passait, curieuse de savoir ce qui pouvait déclencher une telle euphorie, et ce fut l'amas de fumée qui se dégageait des tentes qui lui tira la sonnette d'alarme. Déjà les alertes retentissaient, des hommes et femmes couraient en tout sens.

-Au feu, au feu!

Elle ne réfléchit pas, attrapa le panier rempli de vêtements mouillés et courut aussi vite que possible pour atteindre le camp, parcourant hâtivement les « rues » qui s'étaient formées entre les tentes.

-Chrom! Chrom! Se mit-elle à appeler en portant sa voix au-dessus des toiles tendues.

-Il est déjà sur place!

Des pas s'étaient précipités vers elle, venant de derrière, lui attrapant le bras. C'était Stahl, il semblait encore en tenue d'entraînement. Il avait dû être surpris par l'accident, lui aussi et n'avait pas eu le temps de se changer.

-Viens vite!

-Que se passe-t-il?

La jeune stratège se laissa entraîner par le cavalier, lequel l'emmenait sur les lieux. Elle n'avait opposé aucune résistance, au contraire, elle le suivait dans cette frénésie, craignant le pire. Mais il n'avait avec lui aucune information vitale à lui fournir.

-Je ne sais pas, peut-être une attaque! La caserne principale a pris feu!

Ils ne dirent plus un mot jusqu'à ce qu'ils arrivèrent sur place. Autour, de nombreux soldats s'étaient déjà réunis pour faire le constat, et les premiers qui avaient pu intervenir plus rapidement éteignaient le feu qui ne ressemblait plus qu'à un nuage de vapeur grisâtre. Le Prince des Veilleurs était là, encore en tenue de nuit, jetant çà et là l'eau recueillie. Lui aussi avait participé au secours du camp et semblait garder sur le visage et les yeux les traces d'un sommeil agité.

-Chrom!

Le Prince se retourna et plutôt soulagé, accouru auprès de la stratège. Il avait donné son seau d'eau à un soldat qui était venu le récupérer.

-Este, je te cherchais partout!

-On a été attaqué?

-Je ne crois pas, aucune ombre n'a été vue ni même aperçue...

-Un accident?

-Très certainement.

La jeune femme soupira, se tenant le cœur de la main. Elle n'avait jamais été aussi paniquée de son existence, elle préférait même savoir que c'était un accident. Il avait suffi d'un coup de coude ou d'un coup de vent pour que le brasero de la cantine s'enflamme et ne se propage sur toute la caserne. Par chance, le Prince des Veilleurs afficha une expression qui se voulait rassurante.

-Ne t'en fais pas, ça va! On a su gérer la situation.

Il lui tapota l'épaule. Autour, déjà tout le monde avait réussi à récupérer ce qu'il restait et la plupart était déjà rassurée de la fin de cet événement soudain. Stahl faisait signe à tous que le feu était éteint, une joie immense parcourut le camp. Il partit vérifier l'état du campement principal pour se faire une idée et réparer au plus vite les dégâts.

-Par contre tu as l'air épuisée...

À ces paroles, la rosée riva ses yeux sur les iris bleus du Prince, qui, loin d'être effondré, souriait, compatissant, à la fois doux et serein. Il y avait là dans cette expression quelque chose qui la peina, et quelle ne fut pas la hardiesse avec laquelle elle surmonta cette tristesse, se mordant l'intérieur des lèvres jusqu'au sang! Elle dut se faire violence, feindre un sourire.

-Ça va, ne t'inquiète pas.

Elle ne pouvait pas s'effondrer devant lui, elle ne pouvait pas montrer autant de faiblesse alors que lui, frère de la Sainte-Reine, surmontait avec bravoure une telle épreuve. Elle se sentit ridicule, se rendant compte du regard lumineux qui émanait de ses yeux, même imprégnés par la douleur et le désespoir. Avait-elle été trop loin? N'était-elle pas assez proche pour se montrer aussi peu résistante face à cette situation? Si la stratège en personne s'effondrait, que ferait le reste du camp? Toutes ces questions lui traversèrent l'esprit, mais elle ne put que se résoudre à les enrayer pour les oublier, ne serait-ce qu'un instant.

Elle sut qu'il voulait ajouter quelque chose, elle alla l'en empêcher. Mais il se ravisa à la dernière minute et finit par soupirer.

-Ah au fait, tu peux prendre ta journée! Les alentours sont plutôt sûrs d'après nos espions et on aura encore quelques jours de repos ici.

Elle écarquilla brusquement les yeux, surprise. Ce fut elle, cette fois-ci, qui alla répliquer mais il la coupa dans son élan.

-Tu en as besoin, tu es notre stratège. Si tu n'es plus là, on ne pourra rien faire sans toi. Alors repose-toi, je préfère te savoir en forme à nos côtés lorsque les batailles reviendront.

Il n'avait pas tort en un sens, mais lui n'avait pas l'air mieux. Était-ce également de l'apparence? Elle ne saurait que trop dire. Malgré tout, le Prince fut assez convaincant et elle ne put que le remercier chaleureusement de la pause qu'il lui accordait. Elle ne savait pas si les informations qu'il lui avait données étaient vraies, mais elle savait qu'elle ne pouvait négliger sa santé, et s'apitoyer sur son sort alors que les Veilleurs chargeraient des ennemis n'était pas non plus une façon pour elle de les aider.

Elle avait décidé de rentrer et de sécher les quelques vêtements qu'elle avait lavé. Avoir une journée de repos pour elle était un luxe qu'elle ne pouvait gaspiller, elle se mit donc à réfléchir rapidement sur ce qu'elle pourrait faire.

-C'est bien la première fois que je n'ai pas à faire quelque chose... c'est plus compliqué que prévu.

Elle prépara un sort de vent rapide et efficace, ce qui put sécher les vêtements en une seule fois, puis elle se mit à les plier. Elle marinait ses idées sans savoir quelle activité l'occuperait. Si elle s'entraînait, elle risquait de se faire gronder et ce n'était pas le but recherché.

Finalement la jeune stratège se décida tout d'abord à plier la veste de Libra avant de parcourir le camp, le paquet sous le bras, pour retrouver la fameuse tente du moine combattant. Il y avait de fortes chances qu'il ne soit pas là s'il devait s'occuper autant des blessés que des armes lourdes, mais elle ne pouvait pas faire comme si elle n'avait jamais eu sa cape. Elle se sentirait coupable.

Arrivée devant la tente, elle hésita quelques secondes, le cœur battant. Que pouvait-elle dire? Qu'elle avait gardé sa veste avec elle toute la nuit? Ce n'était pas correct. Elle n'était pas plus prête que cela, elle tripotait la veste avec une certaine nervosité.

Mal lui en prit, car le battant de la tente la heurta de plein fouet. Elle recula brusquement, se tint le visage dans le feu de l'action, laissant tomber la veste sur le sol gadoueux.

-Aïe aïe!

-Este?! Ça va?

Elle entrouvrit ses yeux larmoyants avant de les écarquiller.

-Libra...!

Le jeune homme sembla tout d'abord médusé mais n'osait la toucher.

-Je ne t'ai pas fait mal? Viens, il faut te passer quelque chose de froid!

-Ça va, ne t'inquiète pas!

Elle mit un certain temps avant de comprendre que Libra était là, devant elle, à essayer de la soulager comme il pouvait. Lui qui était si impassible avait le regard de l'inquiétude maladive. Elle finit tout de même par accepter d'entrer, encore légèrement étourdie du coup qu'elle s'était pris sur le nez, se frottant l'extrémité douloureuse. Elle avait à peine eu le temps de reprendre la veste.

Le blond imbiba un linge d'eau froide et la fit asseoir pour lui tamponner doucement le nez.

-Excuse-moi, je ne savais pas que tu étais là...

Elle fit non de la tête.

-C'est moi, j'ai hésité...

-Hésité?

Elle se reprit brusquement, ses joues rosirent.

-Je t'ai apporté ta veste! Détourna-t-elle subitement en se tenant le lingue mouillé sur le nez et attrapant de l'autre main la cape pliée. Elle remarqua à la dernière seconde qu'elle était tombée. Je l'avais pourtant lavée...

Le moine écarquilla légèrement les yeux puis sourit, amusé.

-Ce n'est pas grave, ne t'inquiète pas. Et puis, c'est ma faute, je l'ai laissée avec toi.

Este secoua vivement la main, gênée.

-Du tout, ça ne m'a pas posé problème! Désolée de te l'emmener seulement maintenant... Tu aurais pu en avoir besoin.

Il se mit à rire, d'un rire cristallin dont elle n'avait jamais deviné la douceur. Ce genre de rire que l'on a du mal à regarder et à écouter sans rire soi-même. Elle le contempla littéralement, ses lèvres s'étaient étirées spontanément.

-Quoi? Demanda-t-elle, sourire aux lèvres. Son rire était presque contagieux.

-Non rien, je trouvais juste que tu étais mignonne à t'inquiéter pour quelque chose d'aussi anodin!

Son visage vira au rouge pivoine, sa main vint cacher ses lèvres le temps de réaliser, avant de lui donner un petit coup sur le bras.

-Mais! Comment peux-tu dire ça si sérieusement!

Il se mit à rire d'autant plus, il n'avait jamais eu ce rire si caractéristique et dont on pourrait se souvenir devant les autres. Du moins, pas depuis qu'il était arrivé au camp. Elle sourit plus franchement mais détournait le regard, beaucoup trop gênée pour le coup.

-Merci, tout de même.

Elle le regarda de ses yeux noisettes, comme surprise. Il lui indiqua le tissu qu'il avait entre les mains.

-Pour la cape.

Elle fit semblant d'être désintéressée, haussa les épaules.

-Ce n'est rien...

Il la rangea dans ses affaires sans vraiment la dépoussiérer, soulignant ce manque d'attachement aux choses futiles. Ce n'était pas un homme d'église pour rien, il était serein en tout circonstance, de lui émanait quelque chose de particulier qui détendait ses épaules rigides. Il n'avait pas l'air de posséder d'objet précieux d'ailleurs, sa tente était assez impersonnelle et dénuée de décoration.

Néanmoins, dans la contemplation de cette silhouette étrange et assurée, ses pupilles furent attirées par de magnifiques couleurs qui trônaient dans le coin de son regard comme si la lumière éblouissante éclairant un paysage sortait tout droit d'une fenêtre. Sa conscience réagit lorsqu'elle comprit que dans cet angle vivait, libre et subtile, une œuvre dont elle ne soupçonnait pas l'existence. Ses paupières s'agrandirent, ses iris s'illuminèrent. Elle mit quelques secondes avant de réagir.

-Quelle magnifique tableau! S'exclama-t-elle soudain, comme absorbée par une telle beauté.

Elle se leva spontanément, se rapprocha de la toile tendue sur un modeste chevalet. Elle ne pouvait plus défaire son regard d'elle.

-Quel éclat! Et tous ces détails! Est-ce toi qui l'as fait? Demanda-t-elle, émerveillée, se retournant pour chercher une confirmation dans le visage du jeune homme.

Celui, malgré la surprise, hocha doucement la tête en se rapprochant d'elle.

-Je trouve qu'il te ressemble...

-Vraiment?

-Il dégage une certaine mélancolie... répondit-elle en hochant la tête à son tour, embrassant la toile de son regard.

-De la mélancolie?

Elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire, peut-être qu'il ne le prendrait pas comme un compliment. Elle secoua la main.

-Ah... ce n'était pas une critique, ne le prend pas mal! Tu peux même oublier ce que je viens de dire, après tout je ne m'y connais pas vraiment.

Il esquissa un sourire.

-Je ne n'y connais pas grand chose non plus... je veux dire, à l'art.

-Pourtant tu as du talent!

-D'après ce que l'on m'a dit j'ai de la technique, mais mes œuvres manqueraient d'âme.

La rosée écarquilla les yeux et, paraissant outrée, elle s'emporta.

-Qui a osé dire ça? C'était juste un jaloux! Ton tableau est une œuvre d'art! Elle dégage tellement d'émotions que je ne saurais les décrire, j'en suis bouleversée! Elle fit une petite pause pour confirmer de son regard la totalité de la peinture. Elle est pour quelqu'un en particulier?

Il regarda son tableau un long moment, comme s'il réfléchissait à quelque chose de spécifique lui aussi, peut-être un passé ou une personne qu'elle ne connaissait pas. Ses yeux parurent alors aussi limpides que de jeunes ruisseaux, aussi doux qu'une légère brise de printemps, et elle se surprit à le contempler.

Le blond reprit.

-Non, je ne passe jamais commande.

-Oh...

Elle ne savait pas vraiment si elle devait être soulagée ou déçue. Si une autre personne ne recevait pas ce tableau, elle n'était pas plus certaine de pouvoir le récupérer. Mais le prêtre sembla deviner ses intentions et pencha légèrement la tête sur le côté, comme pour attirer son attention.

-Tu as l'air d'y tenir, tu le veux?

La proposition la surprit, ses joues rosirent. Sur le coup, elle n'était pas sûre d'avoir entendu ce qu'elle désirait tant entendre.

-Vraiment? Je peux l'avoir?

Il confirma une nouvelle fois et la prit délicatement entre les mains pour la lui tendre.

-Si elle te plaît tant, je te l'offre.

Son visage se mit à rayonner d'une aura de douceur et de joie qui prit le jeune prêtre au dépourvu.

-Bien entendu, avec grand plaisir!

Il écarquilla légèrement les yeux, restant un moment figé sur sa radiance. Elle prit le tableau avec beaucoup de délicatesse et le regardait de cette façon qu'ont les femmes de faire lorsqu'elles éprouvent un sentiment indéfinissable. C'est ce qui le laissa ébahi quelques secondes avant qu'il ne remarque son sourire plus prononcé et plus franc. C'était également la première fois qu'il le voyait, comme si cette toile lui révélait un côté d'elle qu'il n'avait jamais vu alors.

-Ah que je suis contente! J'en prendrai soin, promis!

Elle souriait bêtement mais elle n'en était pas moins heureuse. Il lui fallut cependant quelques minutes pour se rendre compte qu'elle avait donné, elle, la veste salie alors qu'il lui faisait offrande de sa toile.

-AH! Redonne-moi ta cape, je vais la laver!

Il haussa les sourcils.

-Tu t'inquiètes encore pour ça? Il rit de nouveau, elle fut tout simplement subjuguée. Pas de soucis, après tout je la salirai encore aujourd'hui. Sois rassurée! D'ailleurs, merci de me l'avoir rapportée.

Ses yeux marquaient une certaine franchise qu'elle n'avait jamais remarqué, une certaine vérité qui ne ressortait pas lorsqu'il était avec les autres, mais qu'elle avait parfois eu l'occasion de voir sur le champ de bataille. Était-ce ce regard là qui le définissait? Elle pourrait en être fière d'y avoir assisté, car elle devait certainement être la première à l'avoir vu sous un nouveau jour.

-Hm... , elle fixa de nouveau la toile, bon, je vais de ce pas l'accrocher alors! Je ne peux plus attendre!

Il sourit, elle emballa la toile dans sa propre veste en faisant attention de ne pas l'abîmer.

-Tu veux quelque chose pour le recouvrir?

-Non, ça ira! Et puis tu as déjà tant fait pour moi! Merci beaucoup!

-Ce n'est rien.

Elle s'était levée, avait pris le temps de le remercier encore et encore puis s'en était retournée à une vitesse qu'elle ne s'était jamais cru permise. Si elle avait oublié beaucoup de choses, c'était que son esprit était absorbé par cette toile délicate et subtile qui conservait encore le parfum mystérieux du moine combattant, un parfum rappelant à la fois la chaleur étrange qu'il dégageait mais aussi la distance presque séculaire qu'il instaurait entre lui et le monde.

Une fois dans sa tente, elle installa le tableau en tête de son lit et recula pour voir ce que cela donnait. Elle ne put qu'exprimer sur son visage auparavant si triste le sourire de quelqu'un d'heureux. Il était incroyable comme une toile pouvait faire sourire des gens, par de simples traits égayer sa journée et par de simples couleurs révéler la profondeur du cœur d'une personne.

Elle y pensa sincèrement en la contemplant si longuement.

Elle trouva le monde plus beau encore qu'il ne l'était.

Mais elle était loin de se douter que cette œuvre n'était que la première représentation d'un paysage qui n'était encore qu'esquissé.