L'odeur du café frais tira Clint de son sommeil. Il se retourna en s'étirant àmoitié, profitant des draps propres de son lit. C'était un des plaisirs de la vie civile. Il allait adorer ça. Les draps frais, les oreillers de plume et l'absence de sable. Tout ce qui pouvait le réveiller maintenant étaient les rayons du soleil qui pointaient à travers les rideaux entrouverts et non plus les tirs de mortiers en pleine nuit.
Clint se décida à se lever en entendant du bruit dans sa cuisine, il attrapa un T-Shirt qui trainait au sol et se dirigea vers la cuisine.
-'Lut Tasha, dit-il en tendant la main pour attraper une tasse de café.
Elle lui tapa sur les doigts et éloigna la tasse.
-Non Clint. Avant, je veux tout savoir.
-Café d'abord.
-Non. Informations d'abord.
-Ton collègue, son nom c'était quoi ?
Elle fronça les sourcils et Clint profita de cette distraction pour se saisir de la tasse. Il laissa échapper un gémissement en buvant une gorgée. Le café de Natasha était une tuerie.
-Clint, il s'est passé quoi ? demanda-t-elle en s'asseyant sur un tabouret.
Elle attrapa le pain grillé et commença à étaler la confiture. Clint mordit de bon cœur dans une première tartine.
-J'ai été au rendez-vous. J'ai discuté au moins une bonne heure avec lui.
-C'est génial, non ?
-C'était le pied. Sauf que c'était pas mon rencard.
-Comment ça ?
-C'était pas ton collègue. Mais un gars qui avait aussi un blind-date. Il a cru que j'étais son rencard et j'ai cru qu'il était le mien. Rien de bien grave.
-Mais ?
Clint soupira. Natasha le connaissait par cœur.
-Ca m'emmerde.
Elle se contenta de le regarder par-dessus sa tasse de café, le laissant continuer.
-Il était… C'est un mec bien.
Elle continua de le fixer et il soupira.
-Ok. Trop bien.
-Clint !
Il grimaça, mais la sonnerie de son téléphone empêcha Natasha de lui passer un énième savon sur son manque d'estime de soi. Il y avait déjà eu droit une demi-douzaine de fois… rien que depuis le début de cette année.
Natasha soupira en voyant le sourire méchant que lui renvoya Clint alors qu'il décrochait.
-Barton.
Puis elle remarqua son changement d'attitude, il s'était redressé, se tenant droit, en boxer, T-Shirt froissé et pieds nus au milieu de sa cuisine.
-Oui, monsieur.
L'armée avait probablement sauvé la vie de Clint. Sans son incorporation, il aurait fini en prison, elle en était persuadée. L'armée lui avait fourni une éducation et un cadre de vie, deux choses dont il avait été privé trop tôt.
-Votre café, Monsieur.
Phil attrapa le gobelet que lui tendait son chauffeur tout en vérifiant l'heure et en prenant garde à ne faire tomber aucun dossier.
-Merci. Je devrais en avoir pour deux heures.
-Je serai là, Monsieur.
-Très bien.
Phil se dirigea vers l'entrée de la Tour Stark. Il passa son badge devant l'ascenseur et but une gorgée de café brûlant en attendant son arrivée. Il en était déjà à son deuxième litre de café et il n'était que neuf heures trente. Son emploi du temps du jour était surchargé et il avait besoin d'énergie pour réussir à y faire face.
Lorsque les portes se rouvrirent, Pepper était là, à l'attendre. Elle sourit en le voyant et se saisit de son gobelet de café pour le jeter dans la poubelle la plus proche. Une fois dans son bureau, elle fit signe à Phil de s'asseoir tandis qu'elle se laissa tomber avec grâce dans son fauteuil.
-Voici les documents signés dont nous avions parlé la semaine dernière, Phil.
-Merci, dit-il en les attrapant et vérifiant chaque page une à une.
-Il ne recommencera plus, Phil. J'ai confisqué tous ses stylos à encre invisible.
-J'ai confiance en vous, Pepper. C'est juste que je sais pertinemment ce dont est capable Monsieur Stark.
Elle attendit qu'il range les documents dans son attaché-case avant de se décider à parler de choses non professionnelles.
-Je suis vraiment navrée, Phil.
Phil fronça les sourcils.
-Je ne vois pas…
-Pour hier soir, Phil. Je n'ai pas réussi à vous prévenir que Monica ne serait pas au rendez-vous.
-Monica ?
-Oui… La femme que vous deviez rencontrée hier soir, vous n'aviez pas oublié quand même ?
-Non. Non, du tout. C'est juste que…
-Oh, Philip Jonah Coulson, vous me cachez quelque chose, je le sens. Dites-moi tout !
-Vous êtes une femme curieuse, Mademoiselle Potts, sourit Phil.
-C'est un talent obligatoire lorsque l'on travaille avec Tony Stark.
Phil ne put qu'acquiescer.
-Alors ? Oh, ne me dites pas… Vous avez rencontrez quelqu'un d'autre ?
-C'est juste… C'était juste un quiproquo… Est-ce que nous pouvons passer à autre chose, maintenant ?
-Bien sûr. Evidemment, Phil.
Le regard de Pepper se porta sur le post-it collé sur son agenda, Phil la suivit des yeux.
-Un problème, Pepper ?
-Non, juste… Monica m'a demandé de vous transmettre son numéro, mais je suppose que maintenant…
-Non, non… Donnez-moi ses coordonnées, je vais la contacter.
-Vous êtes certain ? Rien ne vous y oblige.
-Je sais. Je veux le faire.
Il était ridicule de penser encore à Clint. Il n'aurait pas eu l'ombre d'une chance sans ce quiproquo alors autant mettre fin à tout cela le plus rapidement possible. Et quelle est l'expression habituelle ? Quand on tombe de cheval, il faut tout de suite y remonter.
Clint était incapable de dire depuis combien de temps il était dans ce bar miteux, il aurait également été bien incapable de dire combien de verres il avait bu. Tout ce qu'il savait c'est qu'il avait besoin de boire encore. Et encore. Pour chasser cette image de sa tête. Pour ne plus voir ce petit garçon, les yeux écarquillés de peur et le visage couvert du sang de son père.
Il avait contacté sa base dès la seconde où il avait vu que sa cible n'était pas seule mais accompagnée de sa famille, de son fils de dix ans. L'ordre lui était revenu inchangé. Exécutez la mission à tout prix. Et il avait tiré. Il avait éliminé la cible. Une balle en pleine tête. Il avait toujours été un excellent tireur, le meilleur de sa promotion. C'était d'ailleurs pour ça que l'armée lui avait confié une dernière mission avant de le démobiliser.
Il vida cul sec le verre posé devant lui. Il avait besoin d'autre chose. Il avait besoin d'un corps pressé contre le sien, le plaquant contre un mur, des mains sur lui, puissantes, rassurantes, d'une voix dominante lui intimant l'ordre de se déshabiller et de s'installer à genoux sur le lit.
Il retint à peine le gémissement qui passa ses lèvres. Il en avait tellement envie. Tellement besoin.
Il ouvrit brusquement les yeux en sentant quelqu'un pénétrer son espace personnel. L'homme lui sourit et s'appuya contre le bar.
-Tu recherches un peu de compagnie, toi, non ?
-Juste du sexe.
La voix de Clint était rauque à ses oreilles.
-Exactement ce que je cherche. Et quelque chose me dit que je vais pouvoir t'aider avec ton problème.
Clint fonça les sourcils.
-Je sais reconnaître un soumis quand j'en vois un, susurra l'homme à son oreille, envoyant des frissons dans tout son corps.
