First time I spoke

Comté du Wiltshire, Angleterre. 7 mai 1981.

Lucius marchait dans les allées de ses jardins soigneusement entretenus par sa femme. Narcissa Black, devenue Malfoy il y avait un peu plus d'un an, adorait par dessus tout la botanique. Elle aimait les plantes, et Lucius aimait l'harmonie qui se dégageait des plantations multicolores. Depuis longtemps déjà, il était rare de voir Lucius sourire. Il se posait des questions ces derniers temps. Depuis la naissance de son fils Draco, il doutait. De tout. Ou presque. D'abord, ce dont il était certain : son amour pour sa femme était sincère, quand bien même son mariage n'était que connivence, il avait découvert en Narcissa une jeune femme pleine de bon sens, une jeune femme cultivée avec qui il pouvait passer des heures à discuter de tout et de rien. Il aimait apprendre d'elle, elle aimait apprendre de lui. Lucius s'amusait encore parfois, quand ils étaient seuls, à lui faire la cours qu'on ne lui avait pas laisser le temps de faire. Ensuite, l'importance de son fils. Draco était arrivé dans sa vie comme un cheveu sur la soupe. Lucius ne se sentait pas prêt à assumer un enfant, encore moins dans le climat orageux qui régnait alors, et qui règne encore aujourd'hui. L'aristocrate blond soupira.

- Maître, couina une petite voix. Le jeune maître Draco est éveillé.

Lucius tourna les talons et s'en fut à grand pas vers le manoir. Sans décrocher un mot à son elfe de maison. Rapidement, il laissa ses doutes aux fleurs et ne se concentra plus que sur son fils. Il entendit à peine l'elfe de maison transplaner dans la chambre de son fils, pour veiller sur lui jusqu'à ce que Lucius ou Narcissa n'arrive dans la chambre. Narcissa étant malade depuis une semaine, elle ne pouvait se déplacer. Lucius se hâta donc de monter à l'étage, et pénétra dans la chambre silencieuse de son fils. L'elfe de maison était penché au dessus du berceau. Sursauta, la créature s'inclina face à Lucius et disparut, laissant un sort pour faire léviter de petites formes qui se mouvaient gracieusement dans les airs, changeant régulièrement de formes. Lucius les balaya de la main et se pencha au dessus de son fils qui tendit les bras vers lui en riant doucement. L'écho du rire de Draco se répercuta dans toutes les fibres du corps de son père qui trembla de plaisir. Ce petit son merveilleux le combla de bonheur. Lucius attrapa délicatement son fils et le serra dans ses bras, puis il l'emmena dans le salon, près de la cheminée où crépitait un feu sans chaleur. Il s'installa sur le rocking chair qu'utilisait d'habitude Narcissa pour bercer son fils. Draco tendrement lové contre son torse babillait gentiment, jouant avec les longs cheveux blonds. Lucius admira son fils. Ses grands yeux bleus métalliques, sa petite bouche vermeille, ses joues rondes, ses petites mains qui enserraient des mèches de cheveux blonds. Lucius échangea ses cheveux contre ses doigts. Il agita doucement sa main, empêchant son fils de manger ses doigts. Draco riait toujours. Lucius laissa défiler le temps sans même s'en rendre compte. Ce n'est qu'une heure ou deux après, quand son meilleur ami Severus Snape dérangea son feu qu'il se rendit compte que le jour déclinait.

- Bonsoir, Lucius, salua le jeune homme.

- Bonsoir, Sev', répondit Lucius, sans lâcher son fils du regard.

- Bonsoir, Draco, fit l'ancien Serpentard, en s'approchant du père et son fils.

- Ev ! s'écria Draco. Ius !

Les deux hommes se figèrent. Lucius échangea un regard avec son meilleur ami.

- Draco, souffla le jeune père.

- IUS ! répéta l'enfant. EV !

Draco montrait chacun des deux hommes en prononçant une syllabe à chaque fois. Les deux hommes sourirent, pour la première fois depuis très longtemps, les deux hommes sourirent de bonheur.

- Lucius, répéta l'aristocrate. Et oncle Sev' …

- Cius ! répéta l'enfant. Ev !

- Lu-cius … Sev' … articula le blond, euphorique, alors que Severus attrapait une chaise pour s'asseoir près d'eux.

- Sev' ! s'écria l'enfant, heureux d'avoir l'attention des deux grandes personnes. Cius !

Draco frappa dans ses mains, tout content. Il essaya vainement d'attraper les cheveux de son père ou de son parrain. Chacun des deux hommes articulait leur prénoms. Ce n'est qu'à l'annonce du dîner, que les deux hommes décidèrent d'en parler à Narcissa, faisant servir le repas dans la chambre des jeunes parents.

- Narcissa ! s'écria Lucius, tout fier et content. Draco ! Draco parle !

Le blond entra précipitamment dans la chambre sombre et alluma quelques bougies, laissant le temps à sa femme de se faire à la nouvelle lumière.

- Lucius ? Mais enfin, de quoi parlez-vous ? S'étonna la jeune mère.

- Draco a prononcé nos noms, expliqua succinctement le ténébreux brun.

Severus entra à son tour dans la chambre, portant délicatement son fardeau endormi. Narcissa se redressa sur son séant et le salua comme il se devait. Lucius s'installa près de sa femme et fit signe à son meilleur ami de les rejoindre. Le brun hésita une seconde, puis il porta l'enfant à sa mère qui le prit avec délicatesse, de peur de lui faire mal. Draco s'agita doucement dans son sommeil mais ne donna aucun signe de réveil. Les trois amis mangèrent donc en silence, attendant que l'enfant ne se réveille. Il leur fallu attendre une bonne heure avant que Draco ne s'éveille, réclamant à son tour à manger, qu'on se chargea de lui apporter rapidement.

- Lucius ! reconnu l'enfant. Sev !

Mais un nouveau visage avait fait son apparition. Un visage féminin. L'enfant tendit ses bras vers le nouveau visage et en caressa maladroitement les contours soyeux.

- Narcissa, articula Lucius, tout fier.

- Cissa ! sourit l'enfant.

La jeune mère eut les larmes aux yeux. Son fils parlait. Il avait prononcer son nom, avec celui de son mari et de son meilleur ami. Les deux hommes en qui elle avait le plus confiance. Les deux hommes à qui elle donnerait sa vie en fermant les yeux. Elle serra l'enfant contre elle aussi fort qu'elle le pouvait sans l'étouffer.

- Je t'aime mon ange, je t'aime … souffla-t-elle.

Lucius prit sa femme et son fils dans ses bras, souffla à son tour ces quelques mots synonymes de bonheur. Et Severus assista à la scène, un léger pincement au coeur, il aurait tellement aimé vivre ça, lui aussi.