Et voici donc le deuxième chapitre, en espérant avoir votre avis. Le raiting M tient toujours.

The Fortress

Chapitre 2

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"Comprendre quoi? Qu'un jour on se réveille et qu'on ne pleure plus? Combien de nuits j'ai passées, les dents dans l'oreiller, je voulais retrouver les larmes, la douleur, je voulais continuer à geindre. Je préférais ça. J'ai eu envie de mourir, après, quand la douleur m'a envahi le corps, j'étais devenue un manque, un amas de nuits blanches, un estomac qui se vomit, j'ai cru en crever, mais quand la douleur s'est estompée, j'ai connu autre chose. Et c'était pas mieux.
C'était le vide."

Les Déferlantes, de Claudie Gallay

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Et nous descendons, descendons, descendons… C'est sans fin. Combien de marches dévalées, combien d'étages encore ? J'ai l'impression d'exercer, soulevée entre ses bras, une descente en enfer – ce qui est probablement une remarque tout à fait exacte.

Je tremblote de peur et de douleur.

L'appréhension de ce qui va probablement suivre tord de plus en plus intensément mon ventre. Elle me garde éveillée, tandis que mes paupières ne cessent de s'ouvrir puis se refermer, alourdies par l'épuisement.

Bien heureusement.

Je ne veux pas tomber endormie et le laisser profiter de ma personne à sa guise – car, quoi que ce monstre peut bien mijoter, je sais d'avance que ses jeux sauront me briser sans effort.

Ne l'a-t-il pas fait avec toute l'aisance du monde, quelques mois auparavant ? Inclinant dans ma tête des propos incroyablement cruels et efficaces, éclatant la bulle – que je croyais solide – de résignation dont je m'étais entourée au fil des jours passés seule dans cette tour. Il m'a arrachée un hurlement animal et plantée à genoux, vaincue, en se contentant de me parler, une poignée de gardes nous séparant. Alors qu'en sera-t-il, maintenant qu'il me tient complètement à sa merci au coeur de ce château hostile ?

Un sanglot peu discret m'échappe.

Je me sens seule au monde.

Et, plus terrible encore, je le suis.

« Pourquoi une humeur si chagrine, petite Kuchiki ? Ne nous sommes pas montrés suffisamment accueillants ? » susurre Ichimaru tandis que ses pas trouvent l'entrée d'un couloir.

Ouvrant une fois encore les yeux, je me raidis encore davantage lorsque ceux-ci trouvent des trainées de sang encore frais abandonnées sur le sol blanc et que mes oreilles captent des sons peu rassurants – gémissements cassés par la souffrance, appels à l'aide chuchotés avec difficulté, tintements de chaînes, grognements, sanglots hystériques, et, entre autres, un hurlement strident extrêmement mal étouffé par l'épaisseur des murs de ce qui ressemble à un ensemble de cachots souterrains.

« Bienvenue dans ton nouveau chez toi. »

Une boule dans la gorge, je souhaiterais plus que tout au monde ouvrir la bouche et lui cracher une remarque bien sentie à la gueule. Mais j'en suis bien incapable, à mon plus grand malheur. Ma mâchoire maltraitée m'empêche de formuler le moindre mot et m'envoie des ondes cinglantes de douleur à la moindre respiration.

J'ai bien trop mal pour ne serait-ce que songer à sauver ma fierté.

Pour ne serait-ce que me battre.

« J'espère que tu apprécies le décor. » ricane-t-il, s'arrêtant devant l'une des portes – frappée du nombre 74 – et la déverrouillant à l'aide d'un gigantesque trousseau de clefs arraché à l'une de ses poches. « Ce serait préférable, si l'on pense au temps que tu vas passer ici. »

Il me faut un effort infini pour me concentrer sur le décor qui nous entoure.

Voilà un lieu qui me fera amèrement regretter de m'être accoutumée au luxe du manoir Kuchiki. Il s'agit d'une cellule de taille moyenne et dénuée de toute fenêtre. Nue, si l'on oublie le lit replié dans un coin, et jonchée de poussière, et humide.

Sans prévenir, ses paumes se dérobent sous mon poids et je m'écrase par terre avec un geignement de détresse.

Bam.

Je ne suis même plus en mesure de crier. La souffrance se répercute comme un hurlement étouffé à travers mes os déjà brisés, ma peau suppliciée par les hématomes déjà apparents, ma tête débordante de terreur. Mes yeux se ferment, et je me sens au précipice de l'inconscience.

Mais je ne peux la laisser m'emporter.

J'aimerais me lever et lui faire payer cette basse action. À ce sale…

Putain

Je me trouve au-delà de la douleur elle-même… au-delà de tout…

Froissement de vêtements, et ses sandales crissent juste à côté de mon oreille. Il vient de s'accroupir. Il me parle.

Je me raccroche à ma réalité. Durement.

« Je n'ai pas les mots pour t'avouer combien je suis désolé. Tu m'as échappée bien malheureusement des mains. »

Une partie de mes cheveux recouvre ma vue, mais j'entraperçois quand même la lueur lunaire de ses cheveux gris. Je veux qu'il parte, me laisse en paix… Mais il ne le fera probablement pas – ce n'est pas dans son tempérament, du moins à ce que j'en sache.

Je le déteste…

Tellement…

Et j'en ai le droit. Il m'a intimidée durant des années, s'est joué de moi au paroxysme de sa cruauté et a cherché à m'empaler sur sa maudite lame tangible.

Qu'il aille en enfer, qu'ils y aillent tous… Aizen, Tousen, Ichimaru… Je les veux morts tous les trois. Je les tuerais un jour et tâcherais de leur rendre, avant ça, ce qu'ils m'ont fait subir coup sur coup.

Mais je suis si seule. Et si impuissante.

Ma maison est bien loin à présent.

Je l'entends rire doucement tandis que des larmes insatiables roulent à nouveau sur mes joues.

Comment peut-on se montrer si indifférent ? Si cruel ?

Je ne comprends pas.

« Ah, petite Kuchiki… J'aurais bien du travail avec toi. » Son doigt soulève l'une de mes mèches, alors qu'il considère sous un meilleur angle mes sanglots hystériques avec son éternel sourire satisfait à la bouche, son autre poing soutenant son menton. Je le déteste… Je le veux mort… « Iyashi No Kakyuu. »

L'halo vert qui s'étire le long de sa paume me surprend. Essaie-t-il… de me soigner ?

Après m'avoir fracassée et fracassée à l'aide de ses poings et de ses pieds durant de longues minutes ?! Où se cache la moindre logique au coeur de ces actions ? Veulent-ils que je meure ou veulent-ils que je vive ? Qu'ils choisissent, ces salopards !

La chaleur du kidô médical, arpentant mon corps en miettes, me réconforte. Et, alors que, ma mâchoire appuyée contre le bitume froid, je sens mes os se reconsolider sous ma chair, lentement, progressivement, l'épuisement a finalement raison de ma volonté.

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Lorsque je m'éveille, je suis tout d'abord persuadée de me trouver enfouie sous mes couvertures, au manoir. Et quand bien même un doute apparaît, persiste, d'abord minuscule puis croissant, irrite mon esprit, je nie l'évidence et me raccroche à cette illusion.

Tout, plutôt que l'horrible réalité.

Je me trouve dans mon lit, au chaud. Les rideaux sont tirés, il fait encore sombre. Bientôt, je devrais abandonner ce confort, m'étirer comme un chat une fois debout et chasser l'engourdissement de mes membres à l'aide d'une douche brûlante. Je revêtirais l'uniforme sombre des shinigamis dont je suis si fière et rejoindrais Nee-sama afin que nous prenions notre petit-déjeuner côte à côte. Un silence singulier s'étirerait entre nous, mais pas un de ceux qui me dérangent. Notre relation est devenue si particulière – et tellement plus saine – depuis l'épisode de ma condamnation à mort. J'apprécie à présent le fréquenter, et il accepte sans le moindre mal ma présence. L'estomac plein, je prendrais le chemin vers le caserne de la Treizième division où Ukitake-taïcho me –

« PITIÉ ! »

Je prends une inspiration par le nez.

Et me résigne à l'inacceptable en consentant à ouvrir les yeux.

Je ne me trouve pas dans mon lit, soumise au plus atroce des cauchemars, mais étendue le long du sol crasseux d'un des trop nombreux cachots souterrains que comptent les entrailles de Las Noches. Chacun de mes muscles me lance encore. Après tout, les soins médicaux qu'Ichimaru m'a apporté hier soir n'équivalent en rien le gargantuesque pouvoir d'Orihime, et… il est tout à fait possible que ce bâtard souhaite que je ressente malgré tout encore un peu de douleur. Mon uniforme, celui que j'aime tant, est souillé de sang, déchiqueté bien qu'encore mettable.

Avec un effort, je me redresse en position assise et considère l'obscurité d'un œil troublé.

Je ne ressens plus la terreur qui me possédait la veille, mais demeure extrêmement anxieuse face à ce qui m'entoure.

Ichimaru est parti.

Fort heureusement.

Je n'aurais probablement pas supporté de le découvrir à mes côtés lors de mon réveil, moqueur. Mes nerfs, endommagés par ses brimades et ses coups, réclament un peu de solitude.

Mais lorsqu'il reviendra…

Il me faudra être un roc. Je me suis promise de les combattre jusqu'à mon dernier souffle et, sur ce dernier point, je ne compte pas vaciller.

Je serais forte, quoi qu'il en coûte.

Il n'existe pas d'autre option pour moi.

Alors je m'adosse au pied du lit, jambes remontées contre ma poitrine, et je l'attends avec un mental empli d'excellentes résolutions.

Viens donc. Je suis prête.

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« AAAH ! » résonne à nouveau une voix enrouée par l'horreur.

Un tremblement infime me traverse. Mâchoire serrée à l'en briser, je renfonce mon nez dans mes bras.

N'arrêtera-t-il jamais de crier ?

J'ignore qui est cet individu – Arrancar ou Shinigami ? – dont les hurlements se propagent depuis des heures et des heures jusqu'à ma propre cellule. Chacun des sons qui émanent de sa personne m'arrache des frissons d'anxiété, moi qui suis trop empathique pour écouter qui que ce soit se faire torturer sans en ressentir une violente nausée.

Et j'attends.

C'est long. Terriblement long.

Au début, j'ai tenté de me boucher les oreilles mais mon imagination, excitée par la peur, jouait bien trop avec mes sens. J'ai fait des pompes, malgré mon corps endolori. J'ai récité à haute voix les préceptes que les Treize Armées de la Cour forcent à ingurgiter à chaque recrue pour tenter de me vider la tête. Je me suis entendue sur le lit, sans m'endormir. J'ai compté les dallages du plafond, au nombre de cent soixante huit.

Une pensée sordide me laisse affreusement anxieuse.

À quand mon tour ?

Et le temps s'écoule. Et j'attends.

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C'est incroyable de s'apercevoir combien le temps passe ici avec une telle lenteur ces murs, comme si ceux-ci cherchaient à en absorber la moindre seconde pour la rendre interminable. Le supplicié a cessé de crier au bout de plusieurs heures. Le silence est finalement revenu, tout aussi angoissant.

À quand mon tour ?

Je serais bien incapable d'évaluer quelle heure il est à présent, enfermée dans l'obscurité la plus totale, et mes ongles creusent la pellicule de poussière sous mon poids. J'attends.

Mes pensées, elles, ne se taisent pas. Jamais.

À quand mon tour ?

À quand mon tour ?

À quand mon tour ?

Cette question m'obsède. Combien donnerais-je pour savoir ce qui m'attend, pour recevoir ne serait-ce qu'une poignée d'infimes informations…

Que sont devenus Renji, Ichigo, Ishida, Chad ?

Orihime va-t-elle bien ?

Le Gotei 13 a-t-il été informé de ma capture ou bien me pense-t-il morte ?

Comment Nii-sama gère-t-il cette situation difficile ?

Que veut faire Ichimaru de moi ? Me torturer ? Me violer ? Me tuer ? M'extirper des informations capitales ?

Serais-je tuée sitôt qu'ils se seront lassés de mon cas ?

Serais-je autorisée à revoir Orihime ?

Révérais-je un jour la lumière du soleil ou vont-ils me laisser croupir dans les ténèbres pour le restant de mes jours ?

Que vais-je devenir au coeur de ce ramassis de merdes ?

À quand mon tour ?

À quand mon tour ?

À quand mon – la ferme. LA FERME.

Alimenter mes peurs est la dernière chose à faire ici.

Un gargouillement est rejeté par mon ventre, et j'y glisse ma paume avec souci. Comptent-ils me nourrir ? Je suis affamée, affaiblie, hagarde. L'absence de Sode No Shirayuki alimente un creux terrible en mon sein, elle que je n'ai retrouvé qu'il y a très peu de temps.

Ne pourraient-ils me la rendre ? Juste pour quelques minutes, juste pour entendre le timbre assuré de sa voix traverser mes pensées et renforcer mes barrières. J'ai besoin d'elle.

Mon corps se fige brutalement. Après un tel temps d'attente, le moindre son est devenu à mes oreilles source de tension, et celui-ci se trouve être plus intriguant que les autres auparavant.

Quelqu'un avance dans le couloir.

Quelqu'un dont la démarche est tranquille. Quelqu'un qui paraît savoir exactement où il compte se rendre.

Je retiens mon souffle et –

Le temps cesse, lorsque la porte donnant sur ma cellule crache un son de cadenas et est lentement poussée par une main aux longs doigts pâles. Je me recule, une boule dans la gorge. La lueur blanche du dehors m'éblouit violemment les yeux, si bien que je place un bras devant mon visage et attends de m'être complètement accommodée à la lumière pour l'abaisser.

Auréolé, Gin Ichimaru déplie son poing et m'adresse un coucou enthousiaste, tout sourire.

Mon tour est venu.

« Bonjour à toi, petite Kuchiki. »

Mon visage se tord en une grimace ouvertement dégoûtée. Cette fois-ci, il ne saura me meurtrir de ses sarcasmes répugnants.

Sans baisser les yeux, je me relève lentement sur mes pieds et réponds d'une voix calme :

« Vous êtes en retard, Ichimaru. »

Son sourcil se hausse, sujet à un étonnement amusé.

« Rien de plus étrange, que cette absence de hiérarchie dans ta voix. » relève-t-il. « Je me sens tout nostalgique de l'époque où tu te tordais les mains dans l'ombre de ton frère, n'osant pas m'adresser le moindre regard. Au-delà de ta frousse, tu éprouvais alors une forme de respect à mon égard. »

« Vous ne le méritez dorénavant plus. » je rétorque froidement.

« Quelle tristesse. »

Il s'approche de quelques pas, et la porte en fer se referme derrière lui dans un crissement des plus inquiétants. Nous demeurons face à face dans l'obscurité, sans bouger ni émettre le moindre son. Je retiens mon souffle, à la fois déterminée et anxieuse face à ce qui va suivre.

« Shoumei No Ute. » déclame-t-il tranquillement.

Apparaissent au creux de ses paumes tendues une couronne de flammes blanches, laquelle projette aussitôt un éclairage fructueux à travers la cellule, ne permettant d'en tapir le moindre recoin dans une obscurité désormais morte. Je n'ai jamais appris ce kidô de ma vie, comme on ne nous enseignait généralement à l'Académie que les hadô et bakudô, utiles en situation de combat.

Ichimaru frappe une fois dans ses mains. Les bougies s'élèvent alors vers le plafond, en lévitation, et y demeurent suspendues.

Il incline ensuite la tête vers moi, et je m'empêche de peu de reculer d'un pas, bien que cette option s'avère tentante. J'aimerais pourtant prolonger le plus possible de distance entre nous, mais cela trahirait ma peur.

« Nous pouvons donc débuter. »

« Que comptez-vous me faire ? » je marmonne en me mordant la lèvre.

Il expire un rire.

« Tu le sauras bien assez tôt, ne te montre donc pas si impatiente – je devine combien tu vas adorer la suite. Maintenant, amène-toi. »

Je ne bouge pas d'un pouce. Hors de question de lui obéir, qu'importe la portée de l'ordre.

Je ne lui céderais pas le moindre centimètre de terrain. Il devra tout m'arracher de la gueule au prix de ses efforts, au prix de moi-même.

Il me contemple longuement, rictus aux lèvres, puis laisse émerger hors de sa poche quelque chose. J'étrécis les yeux dans une maigre tentative de prendre compte de ce qu'il s'agit, et émets un tressaillement en le définissant. Et il sait, ce connard, il sait rien qu'en m'observant combien ça fait mal.

« Hors de question. » je siffle, partagée entre la crainte et la fureur. « Je ne le porterais pas. »

« As-tu l'impression que je viens de t'offrir le choix ? Moi, pas vraiment. »

« Je me fiche que vous l'ordonniez ou non. Je ne le permettrais en aucun cas. »

« C'est vexant. » Ichimaru passe avec désinvolture une main dans le gris de ses cheveux. Il écrase un soupir exagéré et secoue lentement la tête, tel un père s'apprêtant à réprimander avec gentillesse sa fille insolente. « Un jour de passé, et la leçon, que Kaname-kun et moi t'avons inculqué avec tant de bonne volonté, t'est déjà passée au-dessus de la tête ! Serait-il nécessaire que je renouvelle l'expérience, petite Kuchiki ? »

J'halète de colère à présent.

Il souhaite me frapper à nouveau ? Qu'il le fasse ! Il ne m'effraie pas !

… Ou juste un peu.

« Ne vous avisez pas de… ! »

Sous mes yeux écarquillés, Ichimaru se dissipe dans ce que je sais pertinemment être un shunpo, son corps se fondant dans l'air avec une rapidité rare. C'est à peine si je distingue son mouvement d'attaque.

Le quart de seconde suivante, ses doigts froids – voire visqueux – s'enroulent autour de ma nuque. Je pousse un cri étranglé. Me contorsionne de tous les côtés, me plie, me débats aussi violemment que me le permet mon corps affaibli.

Mais il me maintient toujours en place. Cela sans le moindre mal. Avec une telle force que j'ai l'impression que mes os vont bientôt exploser, ainsi enserrés entre son pouce et son index.

Je veux – je veux qu'il me lâche !

Puis il déploie son énergie spirituelle.

Brutale. Pernicieuse. Animale.

Et bien trop insupportable pour moi.

Son étreinte se relâche, et je m'écroule contre le sol, aux portes du malaise. De la sueur froide s'écoule par tous les pores de ma peau, mes membres sont écrasées par terre par cette force monstrueuse, et mes mains tremblent, et ma bouche crache des gémissements inaudibles, et mes jambes se recroquevillent, et du sang s'échappe hors de mes narines, et je pleure, et je pleure encore, et je pleure, et je suis peu à peu écrasée, et cela dure depuis des minutes, trop de minutes, jusqu'à ne plus pouvoir en respirer, presque plus, et d'un coup plus du tout, PLUS DU TOUT !

La pression s'envole. Je demeure à terre, haletante, toussant convulsivement. Des larmes noient encore mes joues, et je suis pour le moment incapable de me relever tant mes jambes sont parcourues de spasmes.

J'ignorais jusque-là que le reiatsu d'Ichimaru atteignait de tels niveaux de puissance.

J'ignorais que son énergie spirituelle irait jusqu'à me mettre dans un pareil état.

Mais dans une si petite pièce… sans doute celle-ci s'est-elle condensée davantage, me donnant l'impression d'avoir du béton sur le dos.

« Pauvre, pauvre fillette. »

Il rit, et – et –

Clac.

Le collier de chien se referme autour de ma gorge, me laissant dévorée par l'humiliation. Je pousse une exclamation blessée, et commence à tirer dessus de toutes mes forces. Peut-être qu'avec un peu de chance…

Mais rien à faire.

Évidemment. Sinon quoi ce ne serait pas drôle.

Je n'ai pas ressenti de tels sentiments pathétiques depuis le jour ensoleillé où Aizen a verrouillé ses doigts autour du collier du même ordre encerclant mon cou, et m'a traînée à sa suite comme un stupide animal. Mon esprit chancèle de honte à cette pensée.

Quel est son objectif ?

« Tu compte imiter la serpillière toute la journée ? »

Mes yeux me brûlent. Tant bien que mal, je me relève sur un pied, puis l'autre et lui adresse le regard le plus haineux de mon répertoire. Ce qui n'est pas bien difficile à trouver.

« Vous êtes un monstre. »

Ce n'est assurément pas la vérité la plus terrible qu'on ait dû lui asséner, loin de là, mais les mots me manquent. Je subis un cocktail d'émotions plus assommantes que les autres – chagrin, colère, honte, haine, culpabilité – et serais bien la dernière à savoir quoi en penser.

« Allons, allons, il n'y rien qui justifie d'en venir à de telles méchancetés, petite Kuchiki. Je trouve que cet accessoire te met très beauté, ne vois-tu pas ? Maintenant, ayons une discussion entre personnes civilisées. »

« Je vous emmerde ! » je crache en luttant de plus belle contre mon collier.

« Et tu m'en vois comblé. »

« À quoi sert-il, votre collier ?! »

Son mauvais sourire s'élargit autant qu'il est encore imaginable.

« Ça, c'est une surprise de ma concoction. À présent, j'aimerais que tu possèdes l'amabilité de répondre à quelques questions. »

Je ne réponds même pas, finissant par abaisser mes deux bras le long de mon corps et le considérer avec angoisse. Mon inconscient me hurle que le pire ne va tarder à se déferler dans cette pièce.

Et mes années en tant que shinigami ne m'ont jamais – au grand jamais – préparée à subir un interrogatoire, quel qu'il soit.

« Nous allons par conséquent commencer tout en simplicité. Quel est le nom des deux sœurs d'Ichigo Kurosaki ? »

Quoi ?

Qu'est-ce que peut bien signifier ?

Un ricanement un peu forcé émerge de ma bouche, tandis que je secoue la tête, complètement incrédule face à cette question stupide. Ce n'est assurément pas une excellente idée, que de lui répondre de cette façon, mais qu'importe après tout ? D'une manière ou d'une autre, il m'arrachera encore bien et bien des hurlements.

« Vous vous moquez de moi ? »

« Oh ? J'aurais fait ça ? Moi ? » fait-il, facticement outré par mes soupçons.

« J'hallucine… Êtes-vous incompétents ? Attardés ? Vous connaissez Ichigo depuis l'épisode du Hogyokou, et bien depuis plus longtemps auparavant encore, et je suis prête à parier que vous l'avez toujours surveillé de près. Que vous savez tout de sa personne – la première fille qu'il a embrassée, ce qu'il avale comme céréales au réveil, la couleur de ses sous-vêtements. »

Ichimaru demeure imperturbable, son sourire demeurant parfaitement en place. Il attend. Mais quoi ?

Je ne lui céderais rien !

« Alors qu'est-ce que cela te coûterait que de répondre à ma question ? » me lance-t-il au bout de quelques secondes de silence.

« Tout. »

Il expire un ricanement, puis répète calmement :

« Quel est le nom des deux sœurs d'Ichigo Kurosaki ? »

« Je n'ai aucune idée de ce dont vous me parlez. »

Contre la peau de mon cou, le collier en cuir émet une minuscule vibration puis –

Je hurle. De tout mon être.

C'est atroce, inimaginable, tenace ! La douleur rampe dans tout mon corps, qui s'écroule dans la poussière aux pieds d'Ichimaru, secoué par des spasmes complètement incontrôlables, et je – je – je – je –

Je HURLE.

Les décharges électriques roulent contre ma chair, l'incendiant, la laissant presque fumante, et je tire sur l'emprise du collier, je tire de toutes mes forces dans l'espoir d'arrêter pour toujours la douleur et –

La souffrance s'éteint d'un coup. Je retombe par terre en tremblant et respirant trop fort. Complètement paniquée, je demeure affaissée un moment dans la poussière, comme je cherche à récupérer mon souffle ainsi que le contrôle de moi-même.

J'ai peur, j'ai si peur…

Je n'ose même plus bouger d'un pouce, de crainte que le collier ne me supplicie à nouveau, et cela jusqu'à ce que la sandale de ce… de cet horrible monstre ne s'enfonce dans ma hanche et ne me retourne sur le dos. J'émets un sanglot, terrorisée.

Ma vision est floue. Je respire très mal.

« Les mensonges ne sont pas admis dans notre conversation, petite Kuchiki. »

« Mais – mais… ! » je bafouille, tellement mal en point que ma voix suit difficilement le cours de mes pensées désorientées. « Bordel, que voulez-vous donc de moi ? »

« La vérité, si tu veux bien. Quel est le nom des deux sœurs de ton a-mou-reux ? »

J'ignore pourquoi, mais l'appellation narquoise qu'il donne à la relation purement fraternelle que moi et Ichigo partageons me rend folle de rage. Il n'a aucun droit d'en parler. Mes mèches collent à mon front, imbibées par une sueur malsaine et mes mains tremblent encore beaucoup. Je me relève malgré tout du mieux que je peux et projette, au meilleur de mes capacités actuelles, mon poing vers sa mâchoire.

« Je ne vous dirais RIEN ! »

Malheureusement, mon coup ne trouve que le vide.

Je cligne des yeux, hébétée.

Ses doigts choppent aussitôt mon poignet encore tendu, l'entraînant dans une douloureuse clef de bras. Je me retrouve pressée contre son torse, au paroxysme de ma panique, et tente de me débattre vainement. Il plonge son visage dans mon cou, me glaçant d'autant davantage, et je l'entends inspirer profondément mon odeur.

C'est alors qu'une certitude me frappe de plein fouet.

Je ne suis plus rien.

Rien.

Ma vie se trouve entre ses mains.

Il pourrait très bien briser ma nuque à deux mains, et nul ne l'en empêcherait, et rien n'en serait changé. Je pourrais très bien mourir dans cette cellule sombre, juste pour m'être obstinée à ne pas lui révéler deux petites vérités qu'il connaît probablement très bien.

Et je ne veux pas… oh mon dieu, je ne veux pas mourir !

Mais je ne veux pas – je ne peux pas ! – l'implorer non plus de me laisser la vie sauve. Surtout pas.

Et pourtant…

« S'il vous plaît… » je chuchote, les lèvres tremblantes, avec la certitude qu'il compte, dès la seconde suivante, dégainer son zanpakutô et m'ouvrir la gorge.

Il rit doucement.

Il rit de ma peur, de mes souffrances, de mes blessures.

Je le hais.

« Je suis navré, ma douce, mais tu dois apprendre. »

Crac.

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Vos reviews sont toujours les bienvenues.

Lybeah.