Alistair était déjà dans la salle du souper depuis un bon quart d'heure quand Morwen fit finalement son apparition. Elle portait une robe vert clair qui laissait les épaules découvertes et ses cheveux cascadaient librement sur ses épaules seulement ramenés en arrière par un petit peigne en corail. Sa mère lui coula un regard de reproches à cause de son retard mais réajusta affectueusement l'accessoire dans ses cheveux. Après qu'elles eurent échanger quelques mots, il s'étonna de voir la jeune fille venir à lui de son pas fluide.
– Alistair, vous êtes propre comme un sou neuf à ce que je vois, plaisanta-t-elle en guise de salutation.
– Vous aussi, très chère Morwen, répondit-il après s'être assuré que personne ne l'entendrait l'appeler par son prénom.
Il s'habituait facilement à l'appeler par son prénom, appréciant la façon dont elle lui souriait en réponse. Il trouvait la jeune fille d'une beauté vraiment fascinante et le Créateur savait que des belles filles, il en avait vu son content aux quatre coins de Ferelden, qu'elles soient de haute naissance ou pas. Ses yeux émeraude bordés de longs cils étaient perçants, sa peau était légèrement halée attestant de son habitude de passer du temps au grand air et ses lèvres pleines étaient d'une teinte vermeille dont il avait du mal à lever les yeux. D'ailleurs, il les regardait quand elle pencha la tête de côté l'air interrogatif. Il comprit qu'elle venait de lui parler mais trop absorbé par sa contemplation, ses oreilles n'avaient pas voulu lui transmettre le moindre son.
– Je vous demande pardon ?
– Vous n'avez pas entendu ? Vous sembliez pensif, remarqua-t-elle.
Il partit d'un petit rire nerveux, s'en voulant de paraître pour un mauvais auditeur mais elle ne sembla pas lui en tenir rigueur et répéta ce qu'elle avait dit.
– Le souper va être servi, nous devrions prendre place.
Il hocha la tête et lui proposa le bras pour la mener à table. Elle arqua un sourcil surpris mais elle saisit son bras gentiment et Alistair frissonna de l'avoir à cette proximité. Il avait déjà donné le bras à d'autres et s'était senti un peu gêné mais avec elle, le sentiment était décuplé. Il sentait bien qu'il avait les joues en feu mais, par politesse ou simplement parce qu'elle n'avait rien vu, Morwen n'en dit rien. Bien que ce soit lui qui donna le bras, c'est elle qui le mena à table et il la suivit sans un mot.
Maric, Cailan et Anora étaient assis à la table d'honneur en compagnie des époux Cousland. Alistair était sur la gauche d'Anora près de Morwen qui jouait avec son neveu Oren, assis entre elle et sa belle-sœur Oriana. Il n'avait pas raté le sourire moqueur de Cailan quand il était arrivé à table avec elle en rougissant et quand celui-ci avait donné un petit coup de coude à son père pour lui indiquer Alistair de la tête. Maric avait arqué un sourcil avant de lui adresser un sourire entendu. Alistair se promit de ne pas les regarder de tout le repas mais il n'osait pas se tourner du côté de Morwen de crainte de virer au rouge pivoine à nouveau.
Toutefois, en jeune fille de bonne famille, Morwen s'efforça de faire la conversation avec son voisin de table et Alistair ne pouvait pas ne pas lui répondre ou ne pas la regarder sans passer pour un mufle et c'était la dernière chose qu'il voulait. Curieusement, il rigola beaucoup quand elle s'adressait à lui et il se détendit plus vite qu'il n'eut cru possible. Elle avait beaucoup d'humour et encore une fois, il remarqua qu'elle répondait favorablement à ses traits d'esprits. Sans s'en rendre compte ils s'étaient penchés l'un vers l'autre pour murmurer des moqueries sur les invités trop précieux. Morwen ne semblait pas fille faite de porcelaine et pouvait se montrer aussi critique qu'aimable. Il adorait ça.
Le repas s'était merveilleusement bien passé, il n'avait pas rougi une seule fois et il aperçut même Cailan du coin de l'œil qui l'encourageait. Morwen se leva après s'être proposée pour ramener Oren à sa chambre où sa nourrice le coucherait. Toutefois Oren voulut coûte que coûte que ce soit Alistair, son nouveau meilleur ami qui l'accompagne et il céda volontiers à la volonté du petit garçon qui lui permettait de rester avec Morwen sans tout ce monde autour. Il prit Oren sur ses épaules avant de suivre la jeune fille qui ouvrit la voie en rigolant.
Arrivé aux appartements du petit garçon, Alistair le confia à sa nourrice et Morwen se pencha pour lui baiser le front quand il fit mine de pleurer pour les retenir.
– Au lit, Oren ! Je croyais que tu étais un garçon courageux et le Prince Alistair le croyait aussi.
Il était amusant de voir à quel point les enfants étaient manipulables. Il cessa immédiatement de pleurer et hocha la tête avant de se tourner vers les bras de sa nourrice qui leur fit un signe de tête amusée avant de refermer la porte, les laissant seuls dans les couloirs du château. Il déglutit lentement, se rendant compte que c'était la première fois où ils étaient vraiment seuls tous les deux. Elle se balança étrangement d'un pied sur l'autre avant de lancer d'une petite voix qu'elle tentait de rendre amusée :
– Nous ferions peut-être bien de nous dépêcher de retourner à la salle de banquet où ma mère risque d'envoyer un chaperon pour me ramener dans ses jupons comme une bonne jeune fille.
Alistair rigola nerveusement alors qu'elle rappelait de façon indirecte qu'il n'était pas d'usage pour un jeune homme et une jeune femme d'être seuls ainsi. Mais Créateur! il était ravi de l'avoir que pour lui. Cette fille était vraiment spéciale pour le sortir ainsi de ses habitudes. Elle commença à marcher dans la pénombre éclairée régulièrement par des lanternes suspendues au plafond, le bruit de ses pas étouffé par le long tapis qui suivait le prolongement du couloir. Il la suivit en silence mais il trouva cela dérangeant, aussi tenta-t-il de relancer une nouvelle conversation.
– Assisterez-vous à la chasse donnée par votre père dans deux jours ?
– Hmm ?
Alistair ne s'était pas aperçu qu'elle s'était arrêtée pour se retourner afin de lui répondre et lui rentra dedans dans sa marche. Elle vacilla légèrement sous le choc et par réflexe il la saisit par la taille pour la stabiliser même si elle n'avait pas donné à penser qu'elle allait tomber pour si peu. Il sentit la chaleur de son corps sous la finesse du tissu de sa robe et alors que sa main reposait dans le creux de ses reins, elle frissonna légèrement. Sa bouche était entrouverte dans une demi-surprise et Alistair se retrouva une fois de plus à contempler ses lèvres sans pouvoir en détacher les yeux.
Il leva son autre main et suivit le contour de sa lèvre inférieure avec son pouce. Il sentit le souffle de Morwen s'accélérer mais elle ne se dégagea pas de son étreinte. Quand ses yeux rencontrèrent les siens, il se pencha vers elle et posa les lèvres sur les siennes qui étaient merveilleusement douces. Elle colla un peu plus son corps contre le sien, ses seins menus pressés contre son torse et lorsqu'elle entrouvrit les lèvres, il passa la langue à l'exploration de la bouche de la jeune fille. Elle avait un goût d'hydromel, mais c'était Morwen qui l'enivrait.
Lorsqu'elle émit un petit gémissement satisfait et referma ses bras autour de sa nuque, cela envoya une décharge dans son corps et malgré lui il se sentit si excité qu'il eut un début d'érection. Affreusement gêné et effrayé qu'elle ne découvre à quel point ce baiser l'avait éveillé il se détacha d'elle et la tint à bout de bras, trop heureux que son pourpoint soit assez long pour cacher son entrejambe. Elle papillonna des yeux, le souffle court. Sous la lumière partielle des lanternes il devinait la rougeur sur ses joues et quand elle se mordit la lèvre, Créateur, il n'eut qu'une seule envie, la coincer contre le mur et poursuivre ses baisers.
– Je... je...
Elle le fit taire en mettant son index en travers de ses lèvres.
– Non. Pas un mot, mon Prince. Il... Il faut vraiment que nous retournions à la salle de banquet, maintenant.
Et elle se retourna et marcha d'un pas un peu plus pressé en lissant nerveusement sa robe. Il marchait derrière elle en mettant toute sa volonté pour paraître le plus normal possible malgré son excitation qui n'était pas complètement retombée. Il n'en revenait pas, il avait embrassé la fille Cousland et il lui semblait qu'elle avait apprécié même s'il était un peu dérouté à présent. Il ne voulait pas qu'elle croit qu'il ait fait cela avec préméditation même s'il était vrai que l'idée lui avait cent fois traversé l'esprit depuis qu'il l'avait vue pour la première fois à Dénérim. Il avait incroyablement apprécié ce moment et il ne supportait pas l'idée qu'elle puisse en être dérangée, au final.
Juste avant de passer les doubles portes surveillées par des gardes du château, il la saisit par le poignet et la fit pivoter vers lui. Elle lança un regard au garde et celui-ci détourna les yeux.
– Quoi, Alistair ? Ce n'est ni le moment et surtout pas l'endroit, dit-elle à voix basse.
– Vous êtes en colère ?
Elle soupira et son visage s'adoucit même si elle conservait un air indécis.
– Non, bien sûr que non. Mais, encore une fois, ce n'est ni l'heure ni l'endroit pour converser à ce sujet. Nous aurons tout le temps demain. Ou après demain. Je compte bien convaincre Mère de ma laisser participer à la chasse. Père ne sera pas dur à convaincre mais Mère tient vraiment à montrer à Dame Anora à quel point je suis une bonne fille. Autant pour elle.
Elle concéda un léger sourire et dégagea son bras avant de pénétrer la salle. Il la suivit doucement, certain que n'importe qui pourrait s'apercevoir qu'il était sous le coup de l'émotion. Il évita soigneusement de l'approcher et alla à la rencontre de son père tandis qu'elle rassurait Oriana sur le compte d'Oren.
– J'ai cru voir que tu passais une agréable soirée en compagnie de la fille de Bryce, Alistair, dit Maric avec un petit ricanement.
– Hmm. C'est vrai. Elle est... Tout paraît plus simple avec elle. Et plus compliqué aussi, paradoxalement. Mais elle est vraiment... waw!
Maric observa Alistair un instant et éclata d'un grand rire qui fit se retourner Cailan et quelques personnes proches. Alistair rougit un peu mais supporta le rire de son père.
– Eh bien, on ne peut pas nier qu'elle t'ait fait forte impression. Je jurerai que mon fils est amoureux.
– Quoi? Moi ?
– Oui, toi. Tu es aussi mielleux que l'était Cailan en présence d'Anora avant. Même si Cailan avait plus d'assurance avec les femmes que toi. Et jusqu'à présent, aucune fille ne t'a fait tourner la tête et le Créateur sait que nombre de jupons féréldiens s'y sont essayés.
– Alors, j'avais raison, hein ! Assura une voix dans le dos d'Alistair.
Il ne se retourna même pas pour voir Cailan arriver en lui donnant une tape dans le dos.
– Mon petit frère a enfin trouvé la perle rare. Elle est très jolie. Si elle avait quelques années de plus, c'est peut-être elle que j'aurai épousé à la place d'Anora.
– Tu souhaites vraiment te faire étriper par ton épouse, mon fils, demanda Maric.
– Le Créateur me préserve qu'elle m'entende parler ainsi. Quand elle est fâchée, j'ai l'impression que même une armée ne saurait me protéger de sa colère.
– Eh oui, aussi improbable que cela puisse paraître, cette enfant t'aime, Cailan.
– Et je l'aime aussi, Père. Mais la vie est trop courte, j'ai envie de m'enivrer du parfum des fleurs même s'il y en a qu'une seule que je butine. Anora le sait, c'est pour ça qu'elle me supporte. Elle sait que je ne la tromperai pas.
Maric secoua la tête d'un air désenchanté et Alistair leva les yeux au ciel. Ils savaient tous deux que Cailan aimait réellement Anora et qu'il ne l'avait jamais trompée jusque là, mais ça ne l'empêchait pas de faire du charme de ci de là, parfois sans grande discrétion.
– De toute façon, c'est d'Alistair que nous parlions, reprit Cailan avec fermeté. Où en es-tu avec la demoiselle ? Tu as quand même dû profiter des quelques minutes où vous étiez seuls pour lui voler un baiser ou la peloter un peu ?
– Cailan, je t'en prie. Un peu de respect pour la fille de notre hôte, prévint Maric.
Alistair avala sa salive de travers et toussa alors qu'il savait pertinemment que son visage était à nouveau dans de délicates teintes écarlates. Pourquoi fallait-il que Cailan se soit joint à la conversation ? Il songea à son baiser avec Morwenn, à son corps svelte pressé contre le sien et il manqua de peu d'avoir une nouvelle érection. Il devrait apprendre à mieux se maîtriser.
– Alistair, tout va bien ? Cailan ne t'a tout de même pas embarrassé avec ses questions ?
– Hmm. En fait... Je... ou plutôt nous... euh... balbutia-t-il sans oser croiser le regard ni de l'un ni de l'autre.
– Alors tu l'as embrassée ? Oui ?
Il hocha brièvement la tête, pensant qu'il valait mieux avouer plutôt que de se faire harceler par Cailan. Son frère eut à nouveau un rire franc qui déclencha quelques regards curieux alentours et lui donna une nouvelle tape dans le dos. Alistair fixa ses pieds comme s'ils étaient tout à fait intéressants et serra les poings pour s'éviter de trembler. Maric eut un petit rire amusé.
– Elle te l'a rendu, ce baiser au moins ?
– Ma foi, oui. Elle y a... répondu.
– Eh bien, on dirait bien que je vais avoir cette charmante brunette comme future belle-sœur.
Après ce commentaire de Cailan, Alistair décida qu'il avait décidément assez rougi pour toute une vie et décida de prendre congé. En quittant la salle, il regarda Morwen qui lui fit un signe de main si imperceptible qu'il crut même l'avoir imaginé.
