Kaemon passa une main sur son réveil en forme de dragon pour arrêter les rugissements de la bête. Engourdie et mal réveillée à cause de son rêve, la jeune fille glissa doucement de son lit pour ouvrir les volets de sa chambre. L'aube se levait à peine, et des couleurs orangées parsemaient d'ores et déjà le village de Konoha.

Seule au milieu de cette petite chambre, la jeune ninja en devenir se sentait bien. Un grand nombre de cartes remplissaient les murs, annotés de détails topographiques. Kaemon adorait les cartes, à la grande surprise de son père. Une fois son sabre poli et nettoyé, l'enfant se dirigea vers la fin du couloir. En passant devant la chambre de son paternel, elle donna trois petits coups sur la porte coulissante, comme chaque matin. Elle devina les mouvements de Kakashi rien qu'au son des draps qui se frottaient contre le matelas. La jeune fille poursuivit sa route vers la cuisine pour préparer du café, du thé, du riz et de quoi petit-déjeuner.

Le père Hatake rejoignit sa fille peu de temps en suivant : son oeil unique était fatigué, mais exprimait une tendresse sans égal envers le petit bout de ninja qu'il avait devant lui. Kakashi était un homme marqué par la vie, fâché avec un système qui ne le voyait que comme un ninja raté, un jonin sans avenir. Mais six ans auparavant, alors que tous le prévoyait mort ou déserteur, l'adoption d'une orpheline d'avant-guerre changea sa vie et celui de cette petite.

— Merci pour le café, Kaemon.

L'interpellée hocha doucement de la tête, l'air simple, neutre, avec un tout petit sourire qui se dessinait aux bords de ses lèvres. Le petit-déjeuner se prit comme toujours dans un silence doux et paisible. Les deux êtres n'étaient pas de nature très bavarde, ils s'entendaient très bien sur ce point. Lorsque le dernier grain de riz fut avalée par la jeune fille, elle salua son père d'un baiser sur la joue et se dirigea vers l'extérieur. Juste avant d'ouvrir la porte d'entrée, elle jeta un dernier regard à ce salon peint de manière étrange, parsemé de triangles rouges, or et noir. Un sourire s'échappa de la neutralité autoproclamée de Kaemon, et elle partit.

Son fidèle wakizashi accroché à la taille, la jeune fille descendit les marches de son immeuble et se retrouva dans une rue déjà bien animée. C'était un jour un peu spécial pour elle : il s'agissait d'un jour de repos. Le lendemain, à midi tapante, Kaemon rejoindrait sa promotion de l'académie ninja pour accéder au rang d'aspirante ninja. Le début de pleins de promesses... mais pour l'heure, elle devait parfaire son entraînement. Certains de ses camarades se reposaient, comme la consigne le laissait présager, mais la fille Hatake ne l'entendait pas de cette oreille. Si elle avait du temps libre, autant en profiter pour améliorer ses techniques, et ne surtout pas se laisser distancer par ses camarades.

Kaemon n'appréciait pas spécialement la compétition. Mais elle devait être la meilleure, car son nom et son statut étaient de lourds handicaps, et elle le savait très bien. Porter le nom du ninja sans avenir, lui ressembler tant que les villageois ne savaient souvent pas qu'elle n'était pas née à Konoha... toutes ces petites choses qui faisaient de la jeune enfant quelqu'un de parfois discriminée. Mais elle se battrait, jusqu'au bout, et sans jamais montrer la moindre émotion.

C'est dans cet état d'esprit que l'enfant traversa la place sous son immeuble. Elle passa devant le domaine Hyuga, l'une des familles les plus nobles du village, et se dirigea vers l'hôpital, à l'ouest. Les bâtisses aux formes et aux couleurs désordonnées rendaient cet aspect chaotique mais aussi harmonieux à Konoha. Du brun, du beige, du rouge, du bleu, tout s'élevait dans ce paysage de paix. Avant d'arriver à l'hôpital Nara, Kaemon dût traverser l'allée principale d'où l'on pouvait voir s'élever le bureau du Kage au Nord, sous le Mont Hokage. Même si Kaemon n'aimait pas les bains de foules ou les secteurs avec trop de monde, la fraîcheur de cette matinée d'avril fit qu'elle s'arrêta pour contempler son village. Elle leva un regard fier vers les visages gravés dans la pierre des quatre chefs. Uchiwa Madara, son petit frère Uchiwa Izuna, Senju Tsunade et enfin le jeune Kage actuel, Uchiwa Shisui. Si les deux premiers arboraient les traits durs et autoritaires de deux chefs de guerre, Kaemon eut un regard tendre vers le troisième visage qui était celui de sa grand-mère. Cette dernière avait tant apporté au monde !

J'espère un jour pouvoir te rendre fière, Oba-chan...

L'enfant reprit sa marche. Elle contourna le grand hôpital aux murs blancs immaculés pour atteindre la bordure du domaine Uchiwa, et se rendre à la porte Ouest. Elle se signifia aux chûnin qui gardaient la porte et se rendit à l'un des terrains d'entraînement situé à l'extérieur du village. Là-bas, elle serait tranquille.

Le terrain d'entraînement numéro quatre était toujours vide, ou du moins la plupart du temps. Très éloigné du village et en plein milieu de la forêt qui englobait celui caché au milieu des feuilles, c'était l'endroit idéal pour les âmes solitaires comme Kaemon. Sans perdre plus de temps, elle s'attela à ses exercices au sabre. Elle enchaîna plusieurs heures durant de nombreux kata, avant de passer aux armes à distances. Dans la dernière partie de la matinée, Kaemon arrêta tout mouvement avant de se concentrer. Elle enchaîna plusieurs signes avec ses mains. Ses doigts s'entremêlaient de manière précise, comme s'ils dansaient.

Rat. Tigre. Chien. Boeuf. Lapin.

Elle s'arrêta brusquement en sentant de l'énergie bouillonnante stagner au niveau de sa gorge.

Non, pas maintenant. Un simple rondin de bois ne mérite pas autant de puissance...

Le soleil au travers des feuillages lui indiqua que midi venait de passer. Pleine de sueur et les muscles un peu endoloris, la jeune fille aux cheveux d'argents entreprit de rentrer au village pour aller manger. Son père n'était jamais chez eux à l'heure du déjeuner, alors elle mangeait souvent à l'extérieur. En repassant devant le quartier Uchiwa, surplombé de toits en briques rouges, Kaemon nota la présence de deux camarades qu'elle reconnut sans mal. La première était la benjamine de la famille principale des Uchiwa, Sasuno, et aussi la petite soeur de l'Hokage. Lorsque cette dernière remarqua Kaemon, elle s'inclina respectueusement en sa direction, faisant tomber ses longues mèches couleur corbeau devant ses yeux. Kaemon lui rendit son salut.

— Oh mais, c'est Kaemon-san ça !

Une fille beaucoup plus ronde que Sasuno ou Kaemon faisait de grands signes de mains envers cette dernière, qui se sentit déjà lassée de la présence de la rouquine. Akimichi Ichiho n'était pas quelqu'un de respectable ni d'intéressant, et se retrouvait toujours dans les derniers aux classements de l'académie, à la différence de sa meilleure amie Sasuno, mais aussi de Kaemon. Toutes deux se disputaient souvent la première place, toutes matières confondues. Ichiho entraîna la Uchiwa vers Kaemon, qui dût marquer un temps d'arrêt.

— Bonjour Ichiho-san, Sasuno-san.

— Je paris que tu étais partie t'entraîner ! Hein, coquine !

— Comme souvent Ichiho-san.

— Bien, bien, bien, bien, bien.

Kaemon toisa la grande rousse d'un air neutre. Ichiho semblait réfléchir à quelque chose de manière intense. Après un coup d'oeil lancé à Sasuno, elle finit par sourire de toutes ses dents en regardant la jeune Hatake.

— Ecoute, j'ai un truc à te proposer. Tu fais quelque chose demain matin ?

— On a notre remise des diplômes à midi.

— Ok. Je viens te chercher chez toi à 7h !

— Pour ?

Un regard complice fut jeté à Sasuno.

— Pour déterminer qui sera la meilleure aspirante entre nous trois ! répliqua Ichiho, un grand sourire sur les lèvres.