Salut à tous ! Cette intro était vraiment courte, n'est-ce pas ? Pas de panique, puisque voilà déjà la suite !
D'ailleurs, à propos de l'intro, j'ai modifié un petit détail pas très important, mais je préfère prévenir au cas où : L'expéditeur de la lettre de l'Académie. Pourquoi ? Parce que j'ai décidé entre temps de baser le gouvernement magique français sur le modèle médiéval, et donc plus de Ministre de la Magie. Mais j'avais un peu zappé de corriger l'intro, mea culpa. Enfin, vous verrez ça plus tard, pour l'instant on s'en bat les pavillons de la politique.
Réponse aux reviews ! (oui maîtresse des kiwis, je te vole ta formule !)
Bah tiens, Ywëna, quand on parle du loup ! Alors, un cousin illégitime, avec un autre papa ? Perso je ne partage mon père avec aucun de mes cousins... M'enfin, je ne suis pas une fic après tout. Gryffondoresque ? Nah ! Il est plus retors qu'un Serpentard, ce gosse !
Hello Hiroyu ! En fait c'est France/Belgique/Luxembourg/Espagne/Portugal, ainsi que certains élèves des Pays-Bas, d'Allemagne ou d'Italie (pays qui ont tous trois leurs propres écoles). En revanche, les seuls Anglais qui viennent, ce sont des élèves de Poudlard dans le cadre d'échanges. Quant à la représentation de la Belgique… Tu ne sera pas déçu !
Coucou Lucie, merci d'être passée ! Je te rassures, moi non plus c'est pas mon truc. J'ai le vertige debout sur une chaise… Alors, pour le 17 sepembre, bah c'est tout simple. C'est le jour de la St Renaud. Et l'Académie a été fondée par Godefroy Beauxbatons, vicomte de St Renaud. Petit headcanon issu de La France de Fleur (qui est maintenant ).
Et merci à toi, La Plume de Sucre !
Voilà ! Alors pour ce chapitre, je vous le dit ici et maintenant : Pas d'Académie pour l'instant. C'est loin, il faut bien un chapitre complet pour y arriver. Surtout à pieds…
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2) Le Premier Sorcier
Le reste des vacances fut long. Très long. Puis, le mercredi 16 septembre à 9h30, On frappa à la porte. Trop tôt pour être le facteur, trop tard pour être Freddy Krueger (bien que celui-ci ne soit guère du genre à frapper poliment). Thomas alla ouvrir, et sur le palier se tenait un homme frêle aux cheveux brun clair et aux traits fins, d'une trentaine d'années, vêtu d'un étrange costume jaune moutarde surmonté d'une cravate rose saumon. Passant outre l'agression visuelle qu'il constituait, s'il en était conscient, il arbora un sourire avenant et d'une voix étrangement grave pour son physique délicat, se présenta :
– Bonjour, je suis le professeur Olivier Fauchet. Tu dois être Thomas, c'est ça ? (Acquiescement de l'intéressé) Enchanté ! Ton frère et ta mère sont là ? (Second acquiescement muet) Bien bien bien, entrons alors. Il y a tellement de choses à faire en si peu de temps.
Toujours muet de stupeur, fait assez rare pour être souligné, Thomas s'effaça, et le professeur Fauchet entra. Entendant la porte se refermer, Mathis quitta avec regret son épisode de Wakfu, et alla voir qui venait d'arriver. Quand soudain, un déclic se fit dans sa tête.
– Maman ! Maman c'est lui, il est là !, s'écria-t-il.
Sa mère sortit de son bureau, et s'apprêtait à lui demander de qui il parlait, quand elle vit l'homme qui entrait dans la pièce à vivre accompagné d'un Thomas qui semblait bouillonner de l'intérieur. L'étrange individu sourit à nouveau.
– Bonjour Mathis, bonjour Madame. Eh bien, je vois que j'étais attendu comme la neige en hiver, plaisanta-t-il. La convenance nécessite tout de même que je me présente. Je suis le professeur Olivier Fauchet, j'enseigne l'histoire de la magie à l'Académie de Beauxbâtons. Je vous accompagnerai tout au long de la procédure, et je ferai de mon mieux pour répondre à vos interrogations.
– Bonjour Monsieur, répondit Madame Devaux. Pourrions-nous discuter dans mon bureau auparavant, seuls ?
– Bien sûr Madame, je vous suis.
Accompagnée du professeur Fauchet, elle se dirigea vers son bureau au fond de la pièce, et referma la porte derrière elle. Marianne Devaux n'arrivait toujours pas à réaliser pleinement ce qui arrivait à son fils. Elle qui était d'habitude si rationnelle, elle ne pouvait pas se faire à l'idée que la magie puisse exister, mais elle avait été mise devant le fait accompli, et devait s'adapter.
Après la disparition due à crash d'avion en mer de son mari alors qu'elle était encore enceinte de Mathis, elle avait dû apprendre à se débrouiller. Et bien que sa situation financière fût un peu précaire en ce moment, elle pouvait se vanter d'assurer une vie confortable et équilibrée à ses fils. Elle travaillait comme téléconseillère juridique à domicile, et ses horaires de travail correspondaient à peu près aux horaires d'école des garçons, ce qui simplifiait beaucoup les choses. Et cette femme qui pensait tout maîtriser dans sa vie, se retrouvait face à un homme accoutré comme une mascotte de fast-food qui s'apprêtait à lui parler de magie et d'emmener son fils cadet à la découverte d'un monde étrange. Ça sonnait comme un des romans de fantasy dont Thomas raffolait tant. Ou comme un mauvais trip.
– Comment se fait-il que Mathis est inscrit chez vous depuis sa naissance ? demanda-t-elle.
– Chaque maternité du pays, qu'elle fasse partie du monde magique ou non, est sous étroite surveillance de la Prévôté Magique de France. Dès lors qu'un enfant né avec la magie en lui, il est automatiquement inscris chez nous pour la rentrée de sa dixième année.
– La Prévôté Magique ?
– Oui. Nous disposons de notre propre gouvernement, et tentons d'interférer le moins possible avec le monde moldu. La population non-magique ne peut pas connaître l'existence de la magie. Chasse aux sorcières, Inquisition, … Nous avons de très bonnes raisons de nous cacher. Le contraire est aussi vrai, certains sorciers traitent les moldus comme de la vermine, et le meilleur moyen d'éviter le conflit est de séparer les mondes.
– Bien sûr, je comprends. Mais pour les frais d'inscriptions, je fais comment ? Je n'ai pas beaucoup d'argent, et bien que j'aie commencé à mettre de l'argent de côté pour les études de Mathis, je comptais lui laisser pour l'université.
– Eh bien comme pour l'école publique moldue, l'éducation à Beauxbâtons est gratuite. Cependant, il y a les fournitures et les livres à acheter, les uniformes, la baguette. Je peux m'occuper pour vous de convertir cet argent en monnaie sorcière. Quant à l'université, ne vous en préoccupez plus, Mathis pourra étudier autant qu'il veut chez nous. De combien dispose-t-il ?
– J'ai pu économiser mille six cents euros pour chaque garçon.
– Ce qui nous fait donc : deux cents soixante-et-onze gallions, trois mornilles et cinq noises. C'est une somme tout à fait correct. Il ne pourra pas s'acheter un Éclair de Feu avec ça, mais il a largement de quoi tenir toute la durée de ses études.
– Attendez, attendez, moins vite s'il vous plaît ! Combien de temps durent les études ? En quoi consistent-elles ? Quels sont les débouchés ? Et puis d'abord c'est quoi un "éclair de feu" ?
– L'Éclair de Feu est, encore aujourd'hui, le balai volant le plus rapide du monde. Quant aux études, il serait plus simple que Mathis soit avec nous pour en discuter. Il est le premier concerné après tout.
– Repassons à côté alors. Cela pose-t-il problème si Thomas reste pour écouter ?
– Oh non, bien sûr ! Il peut même poser des questions s'il le veut.
Le pré-entretien terminé, le professeur Fauchet et Madame Devaux ressortirent du bureau de celle-ci, Et les garçons qui tentaient d'écouter à la porte reculèrent précipitamment l'air confus. Le professeur ne put réprimer un sourire complice, et les invita d'un geste à aller s'asseoir autour de la table.
Plus sages que ne l'eût jamais espéré Marianne, ses fils allèrent s'asseoir en silence, bien droit, attendant patiemment que le Colonel Moutarde (surnom que Thomas avait attribué à le professeur Fauchet à cause de son accoutrement improbable) se mette parler. Ce qui ne tarda guère à arriver. S'éclaircissant la voix en se penchant légèrement en avant, Olivier Fauchet chargea son regard de tout le mysticisme qu'il pouvait, et de sa voix grave et hypnotisante, il lança :
– Bien. Mathis, tu es un sorcier. Tu possèdes en toi une puissante magie, et c'est notre rôle, en tant que professeurs, de t'apprendre à la contrôler, et à ne pas t'en servir pour faire le mal. Ici en France, l'Académie chargée de former les jeunes sorciers comme toi se nomme Beauxbâtons.
On y enseigne le français, les mathématiques ou encore l'histoire, mais de manière adaptée au monde sorcier. Par exemple, en français vous étudierez beaucoup l'étymologie et la sémantique des mots, afin de comprendre la construction des formules magiques. Personnellement, j'enseigne l'Histoire de la Magie, c'est-à-dire l'histoire des sorciers à travers les âges. Non pas que l'histoire moldue soit inintéressante, mais bien des grands faits historiques ont été influencés par la magie, et c'est à moi de vous transmettre ce savoir telle qu'il est connu du monde magique. Bien sûr, vous suivrez aussi des enseignements spécifiques au monde magique, comme les sortilèges, les potions ou encore le vol sur balai.
L'enseignement à Beauxbâtons dure huit années, réparties en deux cycles. Six ans d'enseignements généraux, si l'on excepte les options, et deux ans d'enseignements spécifiques dans divers filières proposées. Il y a un examen à la fin de chaque période. Tout élève travaillant suffisamment ressortira avec un lourd bagage de connaissances, et pourra aspirer à ce qu'il veut. Les débouchés sont nombreux, même si l'objectif le plus prisé est de décrocher un emploi à la Prévôté.
– Et comment je fais de la magie moi ? demanda Mathis. Je veux dire, il est déjà arrivé des accidents, des choses bizarres autour de moi, mais je contrôlais rien.
– Chaque sorcier possède quelque chose sur laquelle il doit veiller comme sur la prunelle de ses yeux. Ou sur son paquet de chips entamé sur la table si tu préfères. Sa baguette. Cependant, à partir du moment où tu recevras ta baguette, il te sera interdit de pratiquer la magie en dehors de l'établissement avant tes dix-sept ans, (un voile de déception assombrit l'expression de Thomas) sauf en cas d'extrême urgence bien sûr. Cette baguette te servira à canaliser ta magie, et à la transformer en un sort que tu maîtrises.
– Vous pourriez nous faire une démonstration ? S'il vous plaîîîîît, demanda Thomas avec un regard humide de teckel.
Une subtile expression de gêne entâcha le visage jovial du professeur, puis disparut aussi vite qu'elle était apparue. Mais Mathis l'avait vu, habitué à anticiper les humeurs parfois explosives de sa mère, surtout lorsqu'elle était particulièrement stressée par son travail. Il nota quelque part dans sa tête (troisième tiroir de droite, deuxième dossier, à côté de "demander à Thomas de me trouver l'intégrale de Wakfu en streaming") qu'il lui faudrait "Mener l'enquête sur Fauchet une fois arrivé". D'un ton plus hésitant que précédemment, le professeur répondit :
– C'est que, euh, j'aimerais bien, mais l'usage de la magie en présence de moldu est interdit par le Code du Secret Magique. (Il se racla la gorge et reprit d'une voix plus forte) Bon, il va falloir qu'on y aille. Madame, vous avez une voiture ?
– Oui, la petite grise garé devant.
– Bien, alors Mathis, tu devrais aller commencer à faire tes valises pendant que je fais signer quelques papiers ennuyeux à ta mère.
– Thomas, va aider ton frère s'il te plaît. Et surtout ne le laisse pas prendre n'importe quoi. Je vérifierai.
Pendant que les adultes s'occupaient de la partie administrative (donc chiante), les garçons montèrent faire la valise de Mathis. Enfin, plus précisément, Thomas alla chercher la grosse valise familiale dans la chambre de sa mère, la jeta sur le lit de Mathis, puis jeta lui-même sur le sien, en conseillant son frère en ponctuant ses paroles de gestes nonchalants du poignet.
– Tu devrais pas prendre ça, ça te fera du poids pour rien dans la valise. Ta lampe de chevet ? Tu crois pas qu'il aura des trucs magiques pour t'éclairer ? D'abord, tu penses qu'il y aura des prises de courant là-bas ? Si, tu prends les pulls polaires ! Maman t'y obligera de toute façon. Laisse de la place, j'ai vu sur ta liste que tu vas devoir te trimballer un chaudron en étain et une balance en cuivre. Mais non ça sera pas lourd. De toute façon il y a des roulettes sur la valise, banane. Ta trousse de toilette, des serviettes, du gel douche…
– Hé, tu pourrais me donner un coup de main au lieu de donner des ordres !
Tendant la jambe, Thomas mis un coup de pied dans le postérieur de son frère, et répondit :
– Tiens, ça, ça vaut au moins deux coups de main. Tu te démerdes mon gros. Déjà que tu m'as volé ma place en tant que sorcier de la famille, je vais pas en plus devenir ton groom.
– Sérieusement, tu es jaloux ? Je suis désolé, moi j'ai pas choisi ce qui m'arrive hein !
– Mais non je déconne, tête d'endive. Je suis content pour toi ! Et pis de toute façon j'aurais pas pu attendre jusqu'à dix-sept ans pour faire de la magie partout. T'es plus patient que moi. Plus sage aussi ?
– Moi sage ? lança un Mathis hilare. Non, je dirais plutôt que toi tu cherches à attirer l'attention alors que moi je m'en tamponne l'oreille avec une babouche. On est tous les deux bordéliques, mais toi en plus t'es un clown.
– Touché. Bon, ça m'a l'air pas mal, on descend voir c'est quoi la prochaine étape ? Je t'aide à porter la valise dans les escaliers.
– Merci.
La valise prête, les deux frères descendirent au rez-de-chaussée. Mathis vit tout de suite que sa mère avait pleuré, mais ne dit rien. Né juste après la disparition de son père, Mathis n'avait jamais vu sa mère parfaitement heureuse. Lui-même faisait preuve d'une mélancolie inhabituelle pour quelqu'un de son âge, qui transfigurait en un détachement sentimental et même un certain cynisme, mécanisme de défense qu'il avait développé face aux moqueries des autres. Les orphelins, même d'un seul parent, ne sont jamais épargnés.
Se recomposant une expression qu'elle voulait joyeuse (mais qui, soyons honnête, lui donnait des airs d'Ombre allergique au pollen), elle expliqua la suite à ses fils.
– Les garçons, nous nous rendons à un genre de gare magique à Chambéry en voiture. Monsieur Fauchet va nous accompagner, et vous pourrez lui poser toutes les questions que vous voulez. Le trajet est assez long, alors j'espère que vous avez assez de questions.
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Et le signal de départ fut prononcé. Quittant le bourg natal, la petite citadine turbo diesel 1,9 L gris requin 4 portes se dirigea nonchalamment vers Chambéry-City. Durant la majorité du trajet, Thomas et le professeur Fauchet se livrèrent à une joute verbale.
– Et les trolls ?
– Ça existe.
– Les géants ?
– Aussi.
– Les ogres, les dragons, les gobelins ?
– Oui, oui et oui.
– Euh… Les nains ?
– Non. Enfin il y a des personnes de petite taille partout, mais cela n'a aucun rapport avec la magie. Sauf si c'est dû à un sort, bien sûr.
– Les elfes ?
– Pas tel que les moldus l'entendent. Mais nous avons des elfes de maison. Imagine un farfadet d'un mètre de haut qui a pour seul habit une sorte de taie d'oreiller sale, parce qu'il ne la quitte sous aucun prétexte.
– Ah ouais, ça change des elfes de la fantasy.
– À mon tour. Quand je suis arrivé, tu m'as dévisagé avec insistance. Ma tenue est étrange, c'est ça ? j'étais sûr que quelque chose n'allait pas. C'est peut-être la cravache ?
– On dit cravate. Non, ça va à ce niveau. Le problème c'est plus la couleur. Vous ne vous habillez pas comme ça tous les jours ?
– Non, dans le monde magique, tout le monde porte des robes de sorciers. C'est une autre culture. Certains né-moldus comme ton frère, ou sangs-mêlés, portent parfois des habits moldus, mais je viens d'une famille exclusivement sorcière, et j'ai grandi loin de tout moldu.
Ils devisèrent ainsi sur les différences entre leurs mondes respectifs, pendant que Mathis et sa mère écoutaient patiemment, jusqu'à l'entrée de Chambéry. Là, le professeur guida Marianne dans le dédale des rues, jusqu'à un vieux bâtiment décrépi aux airs de biscuiterie désaffectée. Pourtant, de nombreuses personnes habillées plus ou moins étrangement entraient et sortaient comme d'un hall de gare.
– Bienvenue à la gare de la Compagnie de Transportation de Chambéry. Transportation est la contraction de "transport" et "téléportation". C'est un système exclusivement français qui consiste en un réseau de tunnels qui vous emmènent là où vous le demandez en un instant. Il suffit de marcher sur une vingtaine de mètres, et vous vous retrouvez à l'autre bout du pays en un instant. Malheureusement, les moldus sont interdits là où nous nous rendons. Il vous faudra donc faire vos adieux dans le hall. Bien sûr, les élèves peuvent revenir pendant les vacances de Noël et les vacances de printemps. Ou pas, c'est comme vous le sentez.
Le groupe sortit de la voiture puis entra dans le hall de la compagnie. Dans cet ordre, bien sûr, ce qui leur évita bien des désagréments. Olivier Fauchet les guida vers une salle similaire à une gare de campagne moldue, où la mention "Transportation Directe – Bourg Enchanteur" apparaissait à intervalle régulier sur les murs.
– Voilà, c'est ici que l'on se quitte. Je vais vous laisser un peu d'intimité, annonça le professeur Fauchet, avant de s'éloigner vers un portique similaire à un scanner corporel d'aéroport.
– Ça y est, t'y es mon gars, dit simplement Thomas.
– Soit sage, travaille bien, donne-nous souvent des nouvelles, dit sa mère. On t'aime !
Elle prit son fils dans ses bras, puis Thomas serra également son frère, qui s'éloigna vers le professeur. Il se retourna une dernière fois et fit un signe de main, avant de passer le portique. Là, le professeur paya l'homme au guichet, qui lui donna deux jetons dorés percés d'un trou triangulaire. Celui-ci en tendit un à Mathis, puis lui expliqua le fonctionnement de la transportation.
– Voilà, c'est tout simple. Tu jettes le jeton dans le tunnel en annonçant ta destination. Ensuite tu traverses le tunnel, et tu es arrivé. Ici, le tunnel n'est relié qu'au Bourg Enchanteur, et la destination que tu annonces correspond au quartier ou à la boutique que tu veux visiter. Nous allons commencer par aller chercher de l'argent à la banque. On ne peut passer qu'un par un, alors tu passeras en deuxième, je t'attendrai de l'autre côté. Ce que tu dois dire est "Gringotts".
– D'accord.
Le professeur se plaça face au tunnel, puis jetant son jeton d'un mouvement sec du poignet, il prononça le nom de la banque, puis avança dans le sombre tunnel en pente avant de disparaître dans l'ombre. À son tour, Mathis lança son jeton puis prononça d'un ton magistral :
– Gringotts !
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Mathis s'engagea dans le tunnel, et fut surpris de constater qu'une lumière vive provenait aussi de l'autre bout du tunnel, alors qu'il y faisait si sombre. Au bout d'une vingtaine de mètres, il déboucha dans ce qui ressemblait au hall d'un palais de justice —d'après les séries américaines en tout cas— empli de personnes de tout sexe et de tout âge, presque toutes vêtues de robes noires. En se retournant, Mathis constata avec surprise que le tunnel qu'il venait d'emprunter avait disparu. À quelques mètres de lui, un individu facilement visible dans la foule, même pour un aveugle, attendait. Mathis alla rejoindre le professeur, et le suivit en silence à l'étage vers un guichet titré "Service de retrait – Banques moldues". Derrière ce guichet, un étrange être humanoïde de petite taille au crâne épais et au nez aussi long et crochu que ses doigts. Gobelin, pensa-t-il.
Le professeur parlementa avec le gobelin-caisse, et lui parla même dans un étrange idiome guttural, ce qui sembla ravir celui-ci. Mathis entendit mentionner son nom et celui de sa mère, puis le gobelin quitta son guichet pour se diriger vers un monte-charge derrière lui, et descendit dans les entrailles de la banque. Peu de temps après, il reparut chargé d'une bourse assez garnie, et la tendit à Olivier Fauchet, qui la remit à Mathis.
– Ceci, Mathis, est ton argent pour faire tes achats de fournitures. Je te conseille d'aller en premier acheter ta baguette, dans la boutique Brisebois en face de la banque, puis d'aller faire tailler ton uniforme. Je te conseille Gaichiffon, ils font des tarifs préférentiels sur les uniformes scolaires, et ceux-ci sont de bonne facture. Le temps d'effectuer le reste de tes achats, et l'uniforme sera prêt. Moi je vais aller me changer, et je te retrouve à la fin de la journée. Ne t'inquiète pas, tu ne risques rien. Les gendarmages veillent au grain à tous les coins de rue, surtout en période de rentrée.
Prenant la bourse qu'il glissa dans la poche, Mathis quitta la banque par la grande porte, et se dirigea droit vers une boutique à la façade étrangement constituée de troncs d'essences variées, ce qui choquait d'autant plus que le reste du bâtiment, et du quartier, était en marbre blanc. Au-dessus de la porte et des vitrines translucides, un panneau indiquait "Baguettes Brisebois, une affaire de famille", le tout surmonté de deux immenses baguettes de bois croisées. Mathis pris son courage à deux mains, et entra.
À l'intérieur, l'ambiance était feutrée mais chaleureuse comme une maison de vieille dame, l'odeur de vieux chou en moins. La décoration rappelait un pub irlandais, avec du vert et du bois moulé partout. La boutique était presque déserte à l'exception d'un homme qui discutait avec le couple au guichet au fond de la boutique. Ne sachant que faire, Mathis se dirigeait lentement vers le dit guichet, quand soudain…
– Salut ! T'es tout seul ? demanda une voix féminine derrière lui.
– Ah… Hum…
Devant lui se tenait une fille d'approximativement son âge, un peu plus petite, et assez jolie. Sa robe, ses souliers et ses lunettes de soleil était tous pourpres, de même que ses cheveux qui semblaient chatoyer, voire étinceler malgré le manque de lumière. D'un geste habile, elle retira ses lunettes qu'elle glissa dans ses cheveux, révélant ses yeux… pourpres également. D'un ton badin, et reprit.
– Salut, moi c'est Émeraude, mais tout le monde m'appelle Émi, et toi ?
– Mathis.
– Je parie que tu arrives en première année, je ne t'avais jamais vu avant. T'es venu choisir ta baguette ?
– Oui, comment tu…
– La boutique est à mes parents, et j'adore regarder quand les nouveaux ont leur première baguette. Regarde la mienne !
Elle sortit sa baguette et la montra en la décrivant. Elle était assez longue, peut-être un peu trop pour sa petite main, presque noire, et une infime aura bleutée et froide semblait l'entourer. À son extrémité, le bois se torsadait de sept tours en spirale, et se terminait en une pointe semblable à une pyramide miniature sculptée.
– Ébène et plume de phénix des glaces, 29.7 centimètres, très souple. Et toi, tu penses avoir quoi ?
– Euh, j'y connais rien, c'est la première fois que j'en vois une.
– Ah tu es né-moldu. Maman ! S'écria-t-elle si soudainement que Mathis trébucha en reculant de surprise. On a besoin de toi !
Sa mère quitta l'arrière du guichet, et alla rejoindre sa fille et Mathis.
– Bonjour, que puis-je pour vous ? demanda-t-elle ?
– Il est né-moldu, il n'a jamais vu de baguette, glissa Émeraude.
– Je suis venu choisir ma baguette, répondit Mathis.
– Ah, très bien. Bienvenue chez nous, …?
– Mathis. Mathis Devaux.
– Bienvenue Mathis. Alors tout d'abord sache que c'est la baguette qui te choisira, et non l'inverse. Installe-toi à la table derrière les étagères de gauche, je t'apporte quelques baguettes qui pourraient te convenir. Émi, va me chercher la grande boîte bleue, la H-3, dans l'arrière-boutique, s'il te plaît.
Pendant que les enfants allèrent aux lieux indiqués, Madame Brisebois attrapa quelques boîtes sur les étagères, et les emmena sur la table. Elle s'assit en face de Mathis, et en ouvrit une entre eux. Elle contenait une baguette brune unie, toute droite, sans la moindre particularité.
– Cette baguette est une baguette témoin. La réaction qu'elle aura en ton contact m'aidera à trouver la bonne baguette. Prends-la dans ta main. Oui comme ceci. Maintenant agite doucement le poignet. Un peu plus vite.
Mathis suivit les instructions, et une pluie d'étincelles rouges ne tarda pas à surgir de la baguette. Là où les étincelles touchaient la table, une fleur dorée poussait. Mathis les regarda avec émerveillement, mais Madame Brisebois fit claquer sa langue d'agacement.
– Tu devrais être plus gentil avec tes parents, dit-elle d'un ton réprobateur en lui reprenant la baguette des mains. Tiens, essaie celle-ci.
Elle tendit une autre baguette à un Mathis interloqué, d'un bois plus clair et strié. Mathis l'agita, mais rien ne se passa.
– Mmmh, pas d'acacia pour toi. J'aurais dû m'en douter, très peu de Nés-Moldus en ont une. Ah, tu m'as l'air d'être un jeune homme bien compliqué. Ah, voyons ci cette essence te conviendrait mieux.
Cette nouvelle baguette était faite de pin. Plus légère et très souple, celle-ci était aussi démesurément longue, et son manche était clairement marqué par ce qui semblait être une poignée d'épée médiévale, la garde en moins. Cette fois-ci, lorsque Mathis l'agita, une bulle de lumière douce apparut et flotta délicatement dans les airs. Mais lorsqu'elle éclata en touchant le bois de la table, un bruit rappelant la sirène d'un paquebot retentit, si fort que les vitrines volèrent en éclat, et qu'Émeraude, qui revenait avec une grosse boite, tomba à la renverse. Pendant qu'elle se relevait, sa mère ramassa la boîte, et en tira une plus petite.
Dans la fine boîte de bois peinte en rouge et or reposait une baguette beige, légèrement rosée. Aux yeux de Mathis, elle semblait avoir la taille et la forme idéale. Elle aussi munie d'une poignée, celle-ci était cependant plus fine, et évoquait plutôt le sabre ou le fleuret. L'autre partie de la baguette, elle-même semblable à une lame, était légèrement ondulée sur toute la longueur. De très fines gravures représentant des rosiers en bouton couraient tout au long de la baguette.
– Il me semble avoir trouvé ce qu'il te faut. C'est une des premières que mon mari a fabriqué, je pensais qu'on ne la vendrait jamais. Essaie-la, mais je suis convaincue d'avoir déniché ton âme-sœur-baguette.
Mathis prit la baguette, et trouva qu'elle lui allait parfaitement en main, comme si elle avait été modelée dans celle-ci. Lorsqu'il l'agita, une pluie d'étincelles dorées jaillit dans un bruit de scintillement, et ces étincelles se dirigèrent vers le cœur de Mathis avant de disparaître.
– Eh bien, il est clair qu'elle t'a choisi avec enthousiasme. Chêne rouge et cheveu de Sphinx, 25 centimètres exactement, rigide et dense. Une baguette idéale pour le duel. Bien, ça te fera quinze gallions s'il te plait. (Mathis calcula rapidement dans sa tête, d'après les informations que lui avait données le professeur. Presque 90€. Mathis grimaça) Oui je sais, ça peut sembler un peu cher, mais nos baguettes sont garanties à vie, tout type de réparation ou de remplacement inclus. Et puis, ce n'est pas comme si tu allais en changer tous les ans.
Mathis sortit l'argent de sa bourse, remercia la commerçante, et se dirigea vers la sortie lorsqu'une voix l'interpela.
– Attends-moi, je vais t'accompagner. Les courses tout seul, ce n'est pas drôle !
Extrêmement surpris, Mathis constata qu'elle avait désormais les cheveux d'un violet plus sombre, parsemé de mèches bleu ciel, mais surtout, plus grave, que les yeux de la jeune fille était maintenant jaune citron. Se voyant dévisagée, Émeraude attrapa une de ses mèches bicolore et lança "Ah ça ? Je suis métamorphomage !" comme s'il s'agissait d'une évidence, puis sortit de la boutique en entraînant un Mathis stupéfait par le bras.
– Allez, suis-moi, on va aller faire tailler ton uniforme ! Tu as une préférence ?
– Euh, hésita Mathis, le professeur Fauchet m'a conseillé Gaichiffon.
– Ah, tu as déjà rencontré un professeur ? Ouais c'est bien chez eux, d'ailleurs le mien vient de là-bas.
Mathis et Émeraude se dirigèrent vers la boutique du tailleur. Celle-ci, au bout d'une petite ruelle calme, arborait une devanture de pierres sculptées roses et pastels, et l'enseigne, bien que de bois, semblait constituée de la plus délicate dentelle. À l'intérieur on apercevait plusieurs dames vêtues de rose et de pastel également qui s'affairait autour de quelques jeunes sorciers, sûrement des futurs étudiants eux aussi. L'un deux, un garçon plus large que haut, semblait donner du fil à retordre à la tailleuse, car au moindre mouvement il faisait sauter les épingles, et elle tentait tant bien que mal de le faire se tenir tranquille. Une dame plus âgée se dirigea vers le duo, et d'une voix douce, elle les salua.
– Bonjour jeunes gens, que puis-je pour vous ? Émeraude, il y a un problème avec ton uniforme ?
– Non, aucun souci, répondit celle-ci, on vient pour l'uniforme de mon ami.
– Je vois. Suivez-moi jeune homme, on va voir ce qu'on peut faire.
Mathis suivit la dame vers une cabine, lui demanda sa taille, et lui tendit un uniforme en lui demandant de se changer puis de monter sur le tabouret devant elle. L'uniforme consistait en une chemise blanche, un pantalon et un veston bleu clair, et un genre de foulard noir. Sur le côté gauche du veston était cousu ce qui devait être l'emblème de l'école, le même écusson qui ornait la lettre. En se changeant, Mathis repensa à ce qui venait de se passer. "Mon ami". Cette fille était du genre rapide. Habituellement il était un garçon discret qui ne se faisait que difficilement de nouveaux amis, préférant le calme de ses pensées au contact humain. Il n'était pas asocial, mais favorisait la véritable amitié plutôt que la popularité. Il n'avait pas l'habitude de se retrouver avec des gens qui le prenait d'affection si rapidement. Et puis merde, on s'en fout de tout ça ! Il avait une vraie baguette, c'était un vrai sorcier ! La classe à Vegas ! Revenant au moment présent, il se rendit compte que les manches de cette chemise étaient bien trop grandes.
Il ressortit de la cabine puis monta sur le tabouret comme demandé, et la vendeuse effectua ses ajustements sous le regard moqueur d'Émeraude. Cette fille était un grand mystère, rayonnante de joie. Lorsque la tailleuse fut satisfaite, elle sortit sa baguette et l'agita vers le haut d'un petit mouvement rapide, puis s'exclama :
– Voilà, c'est fini ! Tu as été très coopératif, merci. Maintenant, va te rechanger en essayant de ne pas faire tomber les épingles. Je leur ai jeté un sort d'adhésion, mais on ne sait jamais. Ensuite, tu pourras repasser d'ici une heure, j'aurai fini les ajustements.
Mathis remit ses propres habits, puis ressortit de la boutique avec sa nouvelle amie. Prenant son courage à deux mains, il la questionna.
– Émeraude, c'est quoi un métamorphomage ?
– Je t'ai dit de m'appeler Émi, répliqua-t-elle. Un métamorphomage, c'est quelqu'un qui peut se transformer comme il veut, quand il veut.
– Ouah, tu as appris à faire ça où !?
– Je ne l'ai pas appris, on ne peut pas. Je suis née comme ça !
– Ah, fit Mathis un peu déçu. Tu peux me montrer ?
Émi se concentra, puis d'une contraction du visage similaire à celle que l'on a lorsqu'on reçoit un coup dans l'estomac, elle changea. Presque instantanément, sa chevelure déjà inhabituelle se teinta en arc-en-ciel, et ses délicates boucles se lissèrent alors que ses cheveux poussaient à vue d'œil. Lorsqu'ils atteignirent l'arrière de ses genoux, ils cessèrent de pousser, et Mathis reporta son attention sur le visage d'Émeraude. Ses yeux jaune citron devinrent bleu roi constellés d'étoiles dorées qui tournoyaient sans s'arrêter. Puis son nez s'allongea et s'affina très légèrement, lui donnant des airs de mannequin de vitrine. Enfin, sa peau prit une teinte plus ambrée, luisante comme si elle s'était enduite d'huile de massage. Émerveillé, Mathis ne pouvait détacher ses yeux d'Émeraude, qui lui fit un clin d'œil en souriant.
– Et hop ! Oui bon je sais, j'aurais pu faire plus discret, mais j'aime tout ce qui flashe ! plaisanta-t-elle.
– Non non, tu es parfaite ! s'exclama un peu précipitamment Mathis. En fin je veux dire c'est parfait, tes cheveux… Euh, ta magie…
– T'inquiètes, je vois ce que tu veux dire, rigola la jeune fille. J'avoue que je me suis surpassée sur ce coup-là. Bon allez viens, t'as encore plein de trucs à acheter. On devrait aller à Bracàfabric en premier, comme ça tu pourras te servir de ton chaudron comme d'un sac-cabas.
– Okay, je te suis.
Mathis et Émi se rendirent chez Bracàfabric où il acheta un chaudron d'étain et une balance de cuivre, puis il passa acheter ses livres, plumes et encre à la Librairire, et tout un tas de choses peu ragoûtantes à Flamelisse , vendeur d'ingrédients magiques et alchimiques. Enfin, la liste mentionnait la possibilité pour les élèves d'avoir un familier.
– Viens, on va chez Dandeloir & Fils, c'est la meilleur animalerie magique du Bourg Enchanteur, proposa Émi. En plus, ils ne vendent que des animaux autorisés à Beauxbâtons, donc tu pourras y choisir ce que tu veux.
Ils remontèrent ainsi la rue vers la banque, puis prirent une autre rue presque parallèle à la première. Ils entrèrent dans la boutique où une odeur lourde et désagréable régnait, et Émi prit l'initiative de lister tous les animaux à Mathis en les montrant de la main telle une guide touristique.
– Alors, à droite nous avons les chouettes et hiboux, grand classique pour les sorciers. Trop classique si tu veux mon avis. Pareil pour les chats. Là, les chatons à crinière de lion, c'est des fléreurs. Ils sont super mignons, et intelligents. Là tu as tous les rongeurs : rats, souris, musaraignes, hamsters… Ici il y a des boursoufs et des jobarbilles, aussi ennuyeux qu'ils en ont l'air. Dans les vivariums au fond, il y a des crapauds, des serpents de toutes les couleurs, et… Quoi, t'as trouvé quelque chose ?
L'attention de Mathis était focalisée sur un vivarium où se reposaient plusieurs gros lézards très colorés. L'un d'eux était rouge sombre tacheté de noir, avec une double crête qui soulignait ses sourcils et se rejoignaient sur son dos. Il ressemblait à un dragon miniature. Celui-ci se rendit compte de la présence de Mathis, et le fixa d'une intensité déconcertante pendant une dizaine de secondes, comportement plutôt félin d'habitude, puis détourna son attention.
– Gecko a crête de Grande Terre, expliqua Émi. Mon père en avait un avant, il l'avait ramené de Nouvelle-Calédonie. Mais celui-ci à une couleur vachement bizarre.
– Ces magnifiques spécimens sont issus de divers croisements génétiques, répondit le vendeur qui observait désormais le vivarium à leurs côtés. Celui-ci possède un quart de sang de salamandre. Son grand-père paternel : il semblerait que seuls les mâles sont fertiles. Il possède une magnifique couleur et une espérance de vie bien supérieure à celle d'un gecko à crête normal, et dégage de la chaleur comme une bonne tasse de café. Il lui arrive parfois de cracher des étincelles ou de chauffer plus fort, mais il n'est pas dangereux. Il est très affectueux et intelligent, et son alimentation est celle d'un lézard habituel, insectes et fruits, accompagnés cependant de piments ou de poivre, pour garder son tonus.
– Je le prends ! s'exclama Mathis sans la moindre hésitation.
– Bien, je vous offre un mélange spécialement conçu pour lui. Nourrissez-le matin et soir avec ceci, et donnez-lui un piment frais une ou deux fois par mois.
La transaction effectué, le vendeur attrapa le lézard dans le vivarium, et le tendit délicatement vers Mathis. Celui-ci prit le gecko par-dessous le ventre comme le vendeur, et sursauta lorsqu'il se mit à grimper à toute vitesse le long de son bras, avant de se figer agrippé à son épaule. Mathis sentait la chaleur douce irradier sur le côté de son visage.
– Hé hé hé, on dirait qu'il t'a rapidement adopté, constata le vendeur. Et vous mademoiselle, que puis-je pour vous ?
– Rien, merci, j'ai déjà un animal.
– Ah bon, c'est quoi ? demanda Mathis.
– Tu verras, fit-elle d'un air mystérieux.
Puis, lui tirant la langue, elle courut hors de la boutique et s'arrêtant une vingtaine de mètres plus loin, elle lui fit de grands signes sous les regards blasés des passants.
– Eh ben, ça va pas être triste, marmonna Mathis.
Une fois Émeraude rejointe, ils retournèrent chez Gaichiffon récupérer l'uniforme de Mathis. La journée était bien avancée, mais ce n'étais toujours pas l'heure du rendez-vous avec le professeur Fauchet.
– Si tu veux on a qu'à aller faire un tour au Decathlon, proposa Émi.
– Il y a un Decathlon ici ? Vraiment ?
– Magik Decathlon, oui, tout au bout de la rue de la gare. Il parait que c'est une filiale du Decathlon moldu, mais je ne suis jamais allé dans le monde moldu, et d'ailleurs, je ne sais même pas c'est quoi une "filiale".
La chose décidée, ils se dirigèrent donc vers le Magik Decathlon. L'immense intérieur était très similaire à un Decathlon moldu au niveau de l'organisation, mais le contenu différait. À la place des tentes pliables se trouvaient de vieilles tentes, et Mathis eut l'énorme surprise de constater qu'elles étaient plus grandes à l'intérieur, bien plus grande. Mais bon, c'est magique, et s'étonner de chaque truc magique qu'il voit, ce n'est pas très constructif. Ressaisis toi-Mathis ! En lieu et place des vêtements de sport se trouvaient des robes épaisses, et des tenues colorées qu'Émi présenta comme des tenues de Quidditch.
Elle expliquait les règles du Quidditch lorsqu'ils arrivèrent au fond du magasin, où étaient aligné des dizaines de balais. À côté d'un magnifique spécimen qu'Émi présenta comme l'Éclair de Feu se trouvait un emplacement vide où figurait la mention "Projet Thunder".
– Le prochain balai de Randolf Spudmore, présenta Émi. C'est déjà lui qui a inventé l'Éclair de Feu.
– Ah. Oh.
– Ouais, moi aussi je trouve ça cool.
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.
Les amis restèrent encore près d'une heure dans la grande surface, et lorsqu'ils en sortirent, le soir arrivait, et le soleil avait déjà bien décliné. Mais surtout, il pleuvait à torrent. Ils restèrent à l'abri de la devanture du magasin.
– Aaah je déteste la pluie, pesta Mathis. Je vais être tout trempé !
– C'est juste une averse de fin de journée, ça arrive souvent ici en Bretagne, l'humidité du soir et la chute de pression, un truc comme ça. Ça va durer dix minutes maxi.
– En Bretagne ? Attends, on est en Bretagne ? cria presque Mathis interloqué.
– Ouaip m'sieur, à 3-4km au sud de Karnak, tu sais, où il y a le truc de druides avec des cailloux partout.
Mathis s'attendait à tout de la magie, mais pas à se retrouver à l'autre bout du pays sans même s'en être rendu compte. Décidemment, il allait de surprise en surprise, et les choses ne s'arrangèrent pas lorsqu'Émi lui suggéra de ranger son blouson dans sa valise lorsqu'il mettrait son uniforme.
– L'école est dans le sud, tu vas crever de chaud avec ça.
Une fois l'averse finie, Émeraude proposa à Mathis de se changer chez elle pendant qu'elle récupérait sa valise et se changeait elle aussi. À leur arrivé, Émi monta l'escalier quatre à quatre, et son père indiqua à Mathis une petite remise dans laquelle il pourrait se changer. L'uniforme lui allait très bien, parfaitement ajusté et assez doux. La coupe était chic et seyante, mais la couleur bleu clair ne plaisait pas forcément à Mathis. Il noua le foulard en un ersatz de cravate, et sortit de la remise.
Dans la boutique l'attendait Émi, vêtue d'une petite robe du même bleu clair que son uniforme par-dessus un chemisier blanc, de grandes chaussettes blanches et d'un foulard noir plus fin que le sien. Le long de sa bretelle gauche apparaissaient quelques pin's cartoonesques. Elle avait repris son apparence pourpre du début de journée, et avait conservé ses souliers pailletés et ses lunettes teintées. Elle tirait derrière elle une grande valise au motif écossais sur laquelle reposait un étrange oiseau. Une espèce de vautour anorexique vert foncé, avec une petite crête et le bout des plumes et du bec noir brillant.
– C'est quoi ce truc ? demanda Mathis. C'est ton familier, ou c'est le monstre qui l'a mangé ?
– Je te présente Korrigan, mon augurey. Je l'ai depuis que j'ai six ans. Hé ce n'est pas un monstre, il est super mon oiseau !
– Ouais, super. Super flippant même.
– Tss, tu n'as aucun goût. Bon allez viens, on va être en retard à la gare de transpo.
Émeraude et Mathis se dirigèrent donc vers cette dernière. Dehors, il faisait déjà nuit depuis un moment, et lorsqu'ils arrivèrent en vue de la gare, Mathis reconnut le professeur Fauchet qui se dirigeait vers eux avec un air soulagé. Il avait revêtu une robe noire au col et aux ourlets des manches et du bas bleu ciel.
– Enfin tu es là Mathis ! J'étais inquiet, je pensais que tu t'étais perdu. Ah, mais je vois que tu t'es fait une amie ! Très bien, tu t'intègres vite dans notre monde. Bon, on va rejoindre les autres et prononcer le départ pour Beauxbâtons.
Ils se dirigèrent tout trois vers un large couloir, et Mathis put enfin prendre conscience de l'immensité de la gare. Alors que l'arrivée se faisait dans les boutiques, et qu'il n'avait vu qu'un seul tunnel à la gare de Chambéry, il se retrouvait maintenant face à un immense hall plein de portiques métalliques, de guichets et d'entrées de tunnel dans tous les sens. Des centaines, peut-être des milliers de sorciers transitaient d'un tunnel à l'autre, tel un immense carrefour où toutes les autoroutes du pays se seraient rejointes. Tournant la tête vers la droite, il aperçût un groupe croissant d'enfants de son âge, tous en uniforme, qui attendait. Autour d'eux, d'autres adolescents plus âgés discutaient par groupe, riaient ou traversait le tunnel indiqué comme étant le "Trajet direct pour Beauxbâtons – Personnes autorisées uniquement".
Ceux-ci, au contraire des plus jeunes, arboraient des foulards bleu, rouge ou jaune, et un écusson de la même couleur apparaissait sur le côté droit de leur veston ou robe, mais on retrouvait toutes les couleurs au sein d'un même groupe. Se rapprochant, Mathis constata avec surprise que certains plus vieux que les autres, mais encore trop jeunes pour être des professeurs, ne portait pas l'uniforme, mais arborait tout de même les écussons sur leurs hauts.
Rejoignant le groupe de futurs 1ère année, Mathis et Émeraude observèrent de plus près leurs futurs camarades. Des petits groupes commençaient déjà à se former, et toutes les discussions tournaient autour de ce qui les attendait. Certains se vantaient, certains paniquaient, d'autre encore attendait en silence en se rongeant les ongles, ou observait d'un air curieux les familiers des autres. Korrigan et le gecko de Mathis était ceux qui attiraient le plus les regards, bien qu'Émi elle-même ne soit pas en reste.
Enfin, le professeur Fauchet (qui marchait aussi vite qu'un vieillard boiteux sous tranquillisants) les rejoignit, et une fois que l'attention de chacun fut tourné vers lui, il exposa les choses à venir.
– S'il vous plaît, un peu de calme. Merci. Bon, certains d'entre vous me connaissent, d'autre non. Je suis le professeur Fauchet, et je vous enseignerai l'Histoire de la Magie. Je suis aussi chargé d'encadrer les élèves de première année, particulièrement les enfants nés-moldus. Enfin bref, à chaque signal, passez dans le tunnel par deux en prononçant "Beauxbâtons" à haute et intelligible voix. Vous serez pris en charge de l'autre côté par ma collègue, et lorsque les derniers seront passés et que je vous rejoindrai, nous pourront nous diriger vers le château. Commençons. Vous deux, approchez-vous. Allez-y ! Les suivants, on se rapproche… Allez-y !
Et ainsi de suite jusqu'à ce que ce soit presque le tour de Mathis et Émi. Celle-ci se tourna vers Mathis, et lança :
– Je suis toute excitée, on va enfin voir Beauxbâtons !
– Ouais, moi aussi. Par contre j'espère qu'ils ont pas prévu de nous faire poireauter pendant des heures avant le dîner, parce que je crève la dalle.
– C'est clair. Ah au fait Mathis, faut vraiment que tu lui trouves un nom, dit-elle en désignant le gecko du doigt.
– Ouais, je réfléchis à un nom qui en jette.
– Genre "Catapulte" ?
– Ouais, absolument.
– Eh vous deux, vous pourrez discuter de l'autre côté, coupa le professeur Fauchet. Allez-y.
Le duo s'élança vers le tunnel, tirant avec énergie leurs valises roulantes, ce qui avait pour effet dans le cas d'Émi de secouer violemment son augurey qui se cramponnait tant bien que mal à la poignée de la valise, et s'y engouffrant en courant, ils lancèrent d'une même voix :
– Beauxbâtons !
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Voilà voilà, nous sommes à quelques mètres magiques de l'Académie ! Rendez-vous dans deux semaines pour la suite !
