Les flammes. Rouges, épaisses, elles ravageaient le bois rond couvert de cuir vernis. A l'intérieur de Kaamelott, on ne pouvait distinguer que l'épaisse fumée noir qui remontait au dessus des remparts de la forteresse. Mais dès que l'on s'approchait de la porte, les reflets rouges s'agitant sur les pierres attiraient notre attention. Des hommes habillés de blancs, serrés d'une épaisse ceinture marron à la taille entouraient le brasier. La tête couverte d'une large capuche blanche, les rendant totalement anonymes, ils regardaient la Table Ronde partir en cendre. Symbole du règne d'Arthur, elle emportait avec elle 15ans de quête du Graal, de réunion de fédérés et surtout, elle signait l'arrêt du gouvernement de l'élu des Dieux, celui qui avait retiré l'épée n'était plus sur l'île et l'homme blanc prenait sa place, secondé par ses disciples habillés comme lui. Lancelot était là, il regardait la table, rongée par les flammes, sans broncher. Pourtant il s'y était assis, prononçant des paroles à la gloire de Kaamelott et au roi Arthur. Mais ce temps là était révolu, la rivalité s'était installée il y a bien longtemps et depuis, l'homme de noir et l'homme de blanc se battaient pour la même chose.
Les flammes. Perceval les regardait dissimulé derrière un rocher. Regardant avec désolation les ruines de son passé, de son amitié avec Lancelot et surtout de son amour envers Arthur, roi qui aujourd'hui avait fuie la folie et la haine de l'homme blanc. « Comment pouvait il ? »Se dit le gallois. La rivalité de Lancelot et d'Arthur remontait à plusieurs mois maintenant mais elle avait toujours était dans le respect de l'adversaire. Tout deux savaient qu'il n'y avait pas la place pour un duo mais savaient aussi qu'ils méritaient autant l'un que l'autre de réussir la quête de ce pouvoir. « Comment il a pu en arriver là ? Comment Lancelot a t il cédé à la folie et la rage? Comment a t il pu défier les dieux pour avancer dans les tréfonds de la perfidité et du machiavélisme ? » Ces questions étaient dans toutes les têtes des fidèles à Arthur, anciens camarades de celui qui était aujourd'hui leur prédateur. Lancelot s'était juré d'arrêter tous les gens, villageois comme chevaliers soutenant le fils Pendragon. L'île n'était plus sûre, Perceval décida de quitter son rocher et partis accroupis, essayant de glisser lentement sur les feuilles pour limiter le bruit de ses pas. Plus il s'éloignait de Kaamelott plus il prenait de la vitesse. Il finit pas partir à toute allure dans les entrailles de la forêt. La nuit était tombée à présent, cela faisait environ 2heures que Perceval courait, sans se retourner, sans relâcher son attention à tout mouvement même furtif. Il avait traversé la forêt, les plaines enneigées et arrivait sur la côte. A la vue des grands rochers il ralentit sa cadence pour enfin trottiner vers un Rocher recouvert de mousse et de branches. Il prit un caillou et frappa 3 fois sur la roche:
« C'est moi, c'est Perceval!
Prouvez le !
-C'est Perceval, je suis partit y a un peu moins d'une dizaine d'heures...
-Cela ne prouve rien! Répondez à cela, si vous y arrivez, vous serez digne d'entrer: -Quel a été l'instrument de notre première rencontre seigneur Perceval ?
-Un saucisson aux noisettes ! (réf Livre VI, épisode 5 Dux Bellorum)
-Bravo! Entrez ami! »
Perceval entra dans une grotte et retrouva son ami Karadoc qui lui serra la main de bon coeur. Ils se mirent à s'enfoncer profondément dans le coeur de la roche pour finalement entrer dans une grotte profonde avec une source au centre. Tout était amménagé et visiblement, une vraie résistance s'était mise au point ici. A la vue du gallois, des femmes et des enfants vinrent à sa rencontre, heureux de le revoir en vie. Les sorties se font rares car les hommes de Lancelot sont à l'affut du moindre mouvement sur toute l'île. Mais ce matin là, Bohort revint de sa cueillette journalière de brindilles pour le feu avec une mine déconcertée. Il avait trouvé un villageois sur son chemin qui l'avertit que Lancelot brûlerait la table ronde au crépuscule. Perceval avait alors décidé de s'approcher le plus possible de Kaamelott pour vérifier l'information. Car si cela était vrai, Lancelot ne prenait pas seulement le pouvoir mais déclarait la guerre à la mémoire d'Arthur et de tout ce qu'il avait bâtit jusque là! La mine déconfite du seigneur de retour de son périple fixa la réponse à toutes interrogations que pourraient avoir les résistants présents. Lancelot avait ruiné toute chance de réconciliation possible et avait signé un déclaration de guerre à tous les partisans de l'ancien roi. Karadoc posa sa main sur l'épaule de Perceval, prit une grande inspiration et s'adressa à la trentaine de résistants présent:
« Mes amis, l'heure est grave. Lancelot veut notre mort, et pire, celle de notre roi bien aimé. Nous ne pourrons pas rester éternellement enfermé dans cette grotte sans nourriture digne de ce nom, notamment de la viande! Je propose que nous organisions une chasse dans la forêt la plus proche et que nous fassions sécher tout le gibier recueilli, nous pourrons alors résister en bonne santé et durant plusieurs lunes. Sans viande, c'est la mort et celle de Kaamelott! »
Tous le regardèrent avec interrogation, le fait que Karadoc parle de nourriture n'était pas en soi une surprise car le mois de résistance dans cette grotte n'avait été rythmé que par la plainte du seigneur de Vanne qui ne supportait plus le poisson. Mais qu'il lie la viande séchée à la survie de Kaamelott était, même de sa part, une association étonnante! Mais une voix roque vint briser ce silence interrogateur. Léodagan, résistant malgré lui, proposa alors une réunion de la plus haute importance à l'écart des femmes des gens du peuple. Alors autour d'un feu se retrouvèrent Bohort, Karadoc, Perceval, Yvain, dame Séli, la seule femme mais pas moins forte et déterminée que les chevaliers, le maître d'arme, Merlin, Père Blaise, Venec et pour finir Léodagan. Tous se mirent à parler en même temps et à s'échauffer les voix pour savoir qui allait devenir le chef de la résistance ,quand Perceval cria pour stopper ce brouhaha inaudible et sans intérêt. Il n'était pas l'heure de décider qui allait régner mais plutôt de savoir comment ramener le seul qui pouvait sauver la Bretagne de l'infâme Lancelot, Arthur. Venec souligna qu'il savait où il était car c'est lui l'avait emmené à Rome pour le sauver de la chasse à l'homme organisée par le traitre. La discussion reprit mais avec calme et tous tombèrent d'accord rapidement. C'était décidé, Perceval, Karadoc, Merlin et le maître d'arme partirait pour Rome à l'aube, à bord du bâteau de Venec. L'espoir d'une Bretagne libre se tenait entre leur main.
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Lancelot avançait sans cligner des yeux, d'un pas décidé et déterminé. Il avait réduit en cendre cette table ronde ridicule. Il était maintenant le chef et tenait cette place de droit! Certes il n'avait pas retiré l'épée mais les dieux l'avait choisit pour autre chose, de bien plus grand et glorieux que le destin d'Arthur. En pensant à ce nom, Lancelot butta. Il l'avait sincèrement aimé et cru en ce Roi que tout le monde attendait en Bretagne il y a 15ans. Il se souvint qu'il s'était qualifié de loyale à son premier entretien avec celui qui était devenu, un peu plus tard, son ami. Mais comment être loyal à un homme sans ambition, à la recherche du Graal durant 10ans et qui n'avait réussi qu'à fédérer des terres. Non, il ne pouvait pas. Il voyait plus grand et plus fort! La Bretagne avait besoin d'un chef qui sache ce dont il parle et surtout ce qu'il veut! Pas un soit disant breton débarquant de Rome. Soudain, des bruits de feuilles stoppèrent ses pensées quelque peut narcissiques. Lancelot se retourna et fixa un buisson en levant la main au ciel pour faire signe à ses hommes d'arrêter tout mouvement. Il ne clignait pas d'un oeil, il s'avançait lentement vers l'arbuste qui cachait potentiellement un ennemi. Plus il progressait, plus il approchait sa main vers son épée au fourreau. Alors qu'il se tenait à un mètre du feuillage, il bondit en dressant son épée comme lors d'une attaque sur un champ de bataille. Plongea sa main dans les feuilles, attrapa ce qui semblait être un col et souleva le dissimulé de toute sa force, décuplée avec l'adrénaline. Mais ce qu'avait attrapé Lancelot n'était pas ce dont il imaginait. Il écarquilla ses yeux bleus et lâcha le col de ses mains. Un cri retenti alors sous le choc de la chute. Une grande tresse ébouriffée, mêlée à des feuilles laissa la place à un visage sale et blême. Lancelot regarda cette chevelure tenter de remonter avec peine du sol puis fixa des yeux noirs. Ils étaient si profonds, si beaux. Le sentiment qui parcourut le corps de l'homme blanc n'avait atteint le coeur de ce dernier qu'une seule fois, c'était il y a plus d'1an maintenant. Ce souvenir surgit immédiatement de sa mémoire, comme si le frisson de son coeur était lié à ce souvenir. Il était alors seul dans son camp de fortune, au début de son aventure en solitaire, lorsqu' il entendit un bruit derrière son drap jaune qui lui servait de porte. Croyant que c'était le seigneur Bohort, qui avait pris l'habitude de l'importuner chaque jour passant pour le convaincre de revenir à Kaamelott, il cria de colère, pestant contre ces visites intempestives. Mais lorsqu'il souleva le mur de tissu, il ne vit pas Bohort mais une silhouette bien connue. Il l'avait tant contemplé en secret, il l'a connaissait par coeur. Ce corps se tenait aujourd'hui de nouveau devant lui et lui procura le même sentiment de surprise et d'amour que ce jour là. Lancelot murmura alors ,en fixant ce regard noir dégoulinant de larmes: «Guenièvre »..
