- Partie II -
XIII
Sasuke observait le plafond de sa chambre, pensif. Non, en vérité, il était intrigué. Intrigué par tout ce qui s'était produit dans sa vie depuis les derniers jours, par lui-même, par son comportement qui commençait petit à petit à changer. Il se sentait comme plus léger, peut-être ? Il se doutait bien que cette nouvelle sensation avait tout à voir avec le blond, qu'il avait récemment commencé à considérer comme ce qu'il aurait pu appeler un « ami ». N'était-ce pas ce qu'ils étaient en train d'essayer de construire; une amitié ?
Et puis comme à chaque fois qu'il prenait du temps pour réfléchir activement à Naruto, il repensa à Orochimaru, au moment où Sasuke s'était présenté et que, à l'entente de son nom, le vieux avait réagit étrangement.
« Intéressant », avait-il dit. Pourquoi donc ? Le brun était peut-être très discret, mais il était loin d'être dupe. Même qu'au contraire, son intelligence et sa vivacité d'esprit en avait impressionné plus d'un. N'était-il pas après tout l'héritier d'une famille de prodiges ?
Sa famille; c'était bien ce qui avait semblé tilter dans la tête d'Orochimaru, cette soirée-là, à l'entente du nom complet du brun. Il n'aurait sut dire précisément pourquoi, mais il en était certain: le vieux connaissait probablement l'histoire sordide de l'illustre clan porteur de l'éventail. « Il faut que je sache », se disait-il, convaincu de l'importance de ce détail.
Il s'assit dans son lit, une impression de vide siégeant au creux de son ventre. Il était habité par cette sensation chaque fois qu'il pensait à sa famille, à sa mère, son père... Il ne lui restait plus que son frère, à présent. Mais tous les deux étaient si froids et secrets que c'était à peine s'ils s'adressaient la parole. Ça n'avait pourtant pas toujours été comme ça entre eux; non, avant la tragédie, ils étaient presque inséparables. Depuis, on aurait dit qu'ils vivaient leur deuil dans le silence, ce qui avait finalement creusé un fossé immense entre eux. Ceci dit, Uchiwa Itachi n'avait jamais manqué à son devoir, c'était-à-dire payer le loyer et la nourriture pour les deux afin d'encourager son petit frère à poursuivre assidûment ses études. Il prenait parfaitement ses responsabilités, mais au final ça ne faisait qu'agrémenter le statu quo entre les deux frères. Mais bon, depuis le temps, Sasuke s'était habitué à sa solitude viscérale qui avait remplacé ce qui avait déjà pour lui été une famille.
Soudain, on cogna à la porte.
« Sasuke, tu viens manger ?
- Oui, j'arrive. »
Il entendit son frère s'éloigner tandis qu'il sortait de son lit. D'où lui était donc venue cette habitude de se coucher dans le noir pour réfléchir en silence ? Il passa sa main sur son visage et démêla sommairement ses cheveux avant de se lever et de sortir de sa chambre. La lumière l'aveugla pendant quelques secondes mais, le temps d'arriver dans la cuisine, il avait déjà revêtu son masque d'indifférence.
« Sers-toi, il devrait y en avoir largement pour deux.
- Merci. »
L'aîné quitta la pièce avec son assiette de viande et de riz, laissant Sasuke seul.
« Misère », se dit le plus jeune, ne pouvant s'empêcher de ressentir un pincement au cœur face à la froideur de son grand-frère.
Il se servit néanmoins, mangea rapidement, nettoya la vaisselle et rangea les restes avant d'enfiler son manteau et ses bottes.
« Je vais me promener, dit-il à l'intention d'Itachi.
- Sois prudent », répondit simplement son frère.
Sasuke acquiesça d'un « hm », puis sortit.
Le brun se promenait donc dans les rues à présent froides, le cœur lourd. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer à ce point avec Itachi, lui qu'il avait déjà appelé « grand-frère » ? Où était donc cet homme qui l'avait serré tant de fois dans ses bras lorsque Sasuke pleurait ? Et où était-il, lui, le garçon qui était capable d'enlever son masque devant son aîné ? Le monde avait tellement changé, depuis la mort de ses parents. D'abord son frère, ensuite le mode de vie humble puis finalement l'école publique... Le seul point passablement positif qu'il avait trouvé dans sa nouvelle vie était Naruto, cet espèce de beau blond qui semblait posséder en lui autant de haine que Sasuke possédait de lassitude. Enfin quelqu'un qui avait réussi à créer autre chose en Sasuke que de la pure indifférence ! Peut-être s'était-il intéressé à lui pour tromper l'ennui ?
Dans tous les cas, le brun s'était déjà bien trop attaché à Naruto pour qu'il ait pu le qualifier de divertissement. Car à ce moment de solitude abyssale, Sasuke se rendait bien compte que la seule chose qui réussissait à le rendre un tant soit peu jovial était une pensée pour le blond... Que c'était étrange de penser à quelqu'un d'autre qu'à lui-même, ses parents ou Itachi. D'autant plus qu'il n'arrivait pas vraiment à définir la nature de son intérêt; était-ce une curiosité malsaine, celle de comprendre quelqu'un de fondamentalement haineux, qui l'avait poussé à s'acharner sur le blond comme seul un Uchiwa entraîné pouvait le faire ? Pourtant, en apprenant à connaître Naruto, il avait comprit qu'il n'était pas fondamentalement haineux. Que comme lui, le blond avait une carapace. Était-elle aussi épaisse que ses propres masques ? Probablement pas.
Alors, qu'est-ce qui était si captivant chez Naruto ? Sa remarquable beauté, son sourire épatant ? Non. Enfin, si, un peu, quand même: aussi stoïque fut le brun, il n'était pas insensible aux charmes, et dans ce cas-ci, ces derniers semblaient suinter de la peau du blond. Cependant, ce n'était pas le seul attrait que Sasuke lui trouvait, ni d'ailleurs le plus important.
À ses yeux, Naruto était un « idéaliste-pessimiste ». Assez contradictoire, à première vue. Malgré tout, ça avait un certain sens: le blond croyait fermement que la haine absolue de l'être humain était constructive. Or, selon Sasuke, n'était-ce pas un peu la même chose de dire que l'amour absolu de l'être humain était constructif? En d'autres termes, il trouvait que de choisir soit l'un, soit l'autre, n'était pas réaliste. Il y avait un juste milieu, une part de bien et de mal dans tout; une part d'amour et de haine partout. Il allait falloir vivre avec, et de choisir un camp ou l'autre n'y aurait rien changé. Et puis, qui était mieux placé que lui, l'être le plus las et détaché du monde qui fut, pour savoir qu'il était impossible de rester totalement impassible: lui qui, malgré son indifférence notoire et son masque d'insensibilité totale, souffrait un peu plus chaque fois que son frère était froid avec lui et qui s'empêchait de s'écrouler dès qu'il se rappelait les repas passés en famille ?
Non, il ne croyait pas en l'insensibilité totale, sauf dans des cas pathologiques. Autrement, il se trouvait toujours quelqu'un capable de toucher le cœur d'un autre. Cela était-il problématique ? Peut-être. Mais là n'était pas la question.
Soudain, réalisant qu'il s'était considérablement éloigné de chez lui pendant sa marche, Sasuke reconnût le quartier où il se trouvait. « C'est près de cet endroit que Naruto et moi avons mangé, l'autre jour », se souvenait-il.
Il repensa à cet épisode. Pourquoi lui avait-il tenu la main ? « Pff », fit-il, comme pour effacer cette pensée. « Inutile », se dit-il pour clore le sujet.
Tout à coup, il se souvint qu'ils avaient rencontré Orochimaru dans le quartier. À ce souvenir, il ressentit la plus profonde envie de revoir le pervers pour commencer sa petite enquête. Qui était cet Orochimaru ? Savait-il réellement quelque chose sur la famille du brun ? Sasuke voulait le savoir plus que tout au monde, et quand il voulait quelque chose, le brun ne reculait jamais.
« Il allait travailler », pensa-t-il, tentant d'assembler les pièces du casse-tête.
« Où ? », se demanda-t-il.
D'abord, où aurait-il imaginé l'homme travailler ?
« Dans un bordel », ironisa-t-il intérieurement.
Non, sérieusement, où ?
« Il était passé 22h. S'il allait travailler, logiquement, ç'aurait dût être dans un endroit qui ouvre et ferme tard... », raisonna-t-il, tandis que les indices commençaient à se mettre en place. «... Et où ne détonnerait-il pas ? », continua-t-il.
« Dans un bar », souffla-t-il, certain d'avoir trouvé la réponse à sa question.
Oubliant l'amertume qui l'habitait quelques minutes plus tôt, il décida de faire le tour du quartier, d'entrer dans chaque bar à la recherche d'Orochimaru jusqu'à ce qu'il le trouvât, ce qui se fit rapidement tant le brun était pragmatique et efficace.
Il entra finalement dans une taverne du nom de « La bouteille à la mer », un nœud de nervosité lui serrant les tripes. Ceci dit, son visage resta impassible, l'air presque ennuyé, comme d'habitude. Il détacha son manteau et plaça ses cheveux proprement; il avait bien compris qu'Orochimaru l'avait trouvé de son goût - ce qui n'était pas étonnant, Sasuke étant habitué de créer de l'effet sur les gens avec son physique typique des Uchiwa, et il avait bien l'intention de tirer avantage de cette attirance. Il revêtit donc son expression la plus mystérieuse, sa démarche la plus assurée et prépara une phrase qui allait, dès le départ, lui donner une position de force dans leurs échanges.
il regarda autour de lui et fut tout de suite frappé par l'impression d'insalubrité que l'ambiance dégageait. Il trouva bien ironique qu'Orochimaru, d'apparence extravertie au parlé soigné dans son genre, travaillât dans un endroit pareil: au final, il détonnait tout de même avec ce lieu. À la réflexion, Sasuke se dit que son aîné devait contraster avec pas mal tout, tant il inspirait quelque chose d'unique. Malsain, certes, mais unique.
Il s'approcha donc du bar où Orochimaru ne l'avait pas encore remarqué.
« Ça n'a pas été bien difficile de vous retrouver, Orochimaru », lança-t-il avec une politesse qui lui donnait à la fois une distance sécuritaire et un air supérieur qui avait toujours sut trouver son chemin vers l'orgueil des gens.
L'interpellé se retourna et, dès qu'il reconnut Sasuke, son sourire de reptile s'étira jusqu'à ses oreilles et son visage dépeignit une expression aguicheuse.
« Sa-chan, quel plaisir. Je savais que je te reverrais. »
Sasuke sourit en coin, joueur. Cependant, si le ton faussement courtois du brun devait créer une distance, la familiarité si impersonnelle d'Orochimaru le faisait tout autant, si ce n'était plus.
« Je ne me savais pas si prévisible », fit-il en s'accoudant sur le bar.
Ne jamais donner l'impression qu'il perdait le contrôle. Ne jamais montrer qu'il pouvait être troublé. Rester imperturbable; garder son masque. Ne jamais l'enlever.
« Quoi qu'il en soit, assieds-toi. Je te sers quelque chose à boire ? Sourit le plus âgé, affichant toujours son faciès enjôleur.
- Entretiendrai-vous une discussion avec moi si je m'assieds ?, demanda le brun pour forcer le barman à souscrire à sa demande.
- Nous verrons bien, Sa-chan », rit-il presque, tant il semblait satisfait des événements.
« Avait-il réellement prévu que je vienne le voir ? A-t-il déjà un scénario d'écrit dans sa tête ?, pensa Sasuke. Ne te laisse pas déconcentrer, reste maître du jeu », finit-il.
Le plus jeune s'assit donc, toujours aussi impassible.
« Dans ce cas, je prendrai un bière. »
Orochimaru acquiesça d'un clin d'oeil et lui servit sa boisson.
« Offert par la maison.
- Merci bien », répondit-il avant de boire une gorgée.
« Beurk ! J'ai horreur de cette chose. Bon sang, qui boit ça ? Pourquoi est-ce que je n'ai pas commandé du saké...», pensa-t-il.
- Elle est délicieuse », mentit-il.
Orochimaru sourit et, sans répondre à son commentaire, lança:
- Alors, laisses-moi deviner pourquoi tu es venu à ma recherche - parce que je doute que ce soit pour goûter une de mes si délicieuses bières - : choix numéro un, tu veux mes conseils pour faire une pipe digne de ce nom à notre beau blond national », commença-t-il.
Sasuke manqua de s'étouffer avec sa boisson.
« Oh, excuses-moi, je t'ai surpris, peut-être? » demanda le plus âgé, une fausse expression de naïveté accrochée au visage.
Sasuke tenta de garder contenance tandis qu'il se convainquait intérieurement de cesser de se visualiser en train de sucer Naruto. Tout un travail.
« Non, vous m'avez fait rire, c'est tout, dit-il, le sourire aux lèvres.
« Génial. Je suis génial. », fit-il en pensées, se félicitant pour son légendaire sang-froid.
- Donc, je disais: choix numéro deux, tu es venu me voir pour me poser des questions à propos du passé de Naruto », débita-t-il, sûr de son coup.
Bien que l'idée d'opter pour la deuxième option tenta Sasuke, il préféra jouer sa carte gagnante: celle où il montrait à l'autre qu'il avait tout faux.
« Bien raisonné, mais non », avoua-t-il, un sourire narquois aux lèvres.
Il prit une gorgée épouvantablement mauvaise de sa bière. Orochimaru le regarda faire en détaillant chacune de ses expressions.
« Et bien, pourquoi alors ? » demanda-t-il, l'air soudain moins amusé.
Le plus jeune déposa sa bière.
« " Uchiwa " . Vous connaissez ce nom, n'est-ce pas ? »
Les traits du vieux semblèrent prendre vie. Était-ce finalement son vrai visage ?
« Intéressant, pourquoi penses-tu cela ?
- Quand je vous ai dit mon nom lors de notre dernière rencontre, c'est exactement ce que vous avez dit: " intéressant ". N'est-ce pas le mot que vous utilisez quand vous prenez note d'un élément qui vous semble avoir une certaine importance ? », débita Sasuke, sans décrocher ses pupilles de celles de son interlocuteur.
Soudain, il repensa au moment où il avait tenu la main de Naruto. Orochimaru avait alors dit la même chose; « Intéressant ».
« Je vois que tu es à la hauteur de la réputation de ta famille, et pas seulement à cause de ta beauté, répliqua ce dernier.
- Je la surpasse sans doute sur les deux plans », répondit Sasuke, voulant montrer sa pleine confiance en lui-même.
Orochimaru s'accouda sur la table et passa un doigt sous le menton du jeune Uchiwa.
« Certainement pas, sinon, pourquoi serais-tu venu à ma recherche pour obtenir des informations sur ton propre clan, Sa-chan? »
L'interpellé repoussa gentiment la main du brun, ne manquant pas de prolonger légèrement le contact physique pour déstabiliser son interlocuteur.
« Malheureusement, je ne suis pas encore capable de parler aux morts, rétorqua-t-il.
- J'ignorais qu'Itachi-san était mort », sourit perfidement le serpent.
Sasuke ne répondit rien, ni ne perdit son masque imperturbable. Pourtant, il devait l'admettre, il était vraiment surpris.
« Quoi qu'il en soit, pourquoi répondrais-je à tes questions ? Je ne gagne rien là-dedans, d'autant plus qu'à cause de toi j'ai perdu le meilleur coup de ma vie.
- Vous voulez parler de Naruto ?
- De qui d'autre ? »
Sasuke sous-pesa cette information. Naruto était donc un bon coup ? Bon sang, ce n'était définitivement pas le moment de penser à ça !
« Et bien, si je vous disais que je ne suis pas avec lui, cela changerait-il votre décision ? » proposa Sasuke.
Pour une raison obscure, il se sentit coupable d'avoir dit ça. Naruto ne lui avait-il pas fait promettre de ne pas approcher Orochimaru sous quelque prétexte que ce fut ? En même temps, ce n'était pas en lien avec lui, cette histoire-là. D'autant plus qu'il avait entièrement le droit de faire ce qu'il voulait. Alors pourquoi se sentait-il comme s'il lui jouait dans le dos ? Comme s'il le trahissait, d'une certaine manière ?
« Est-ce vrai ? demanda le plus âgé, une lueur perverse brillant dans ses yeux.
- Et bien, cela ne veut pas dire qu'il voudra encore de vous, mais oui, c'est vrai.
- Hm. Laisses-moi réfléchir. »
Il s'éloigna pour servir un client qui venait d'arriver - le bar était on ne peut plus vide en cette journée de semaine, d'autant plus qu'il s'agissait d'une taverne crade limite désagréable -. Au bout de quelques minutes il revint vers Sasule.
« J'accepte, à une condition, lança le serpent, le visage espiègle comme à son habitude.
- Laquelle ?
- Chaque question que tu me poseras me vaudra une question à te poser. »
« Pourquoi tout le monde fait ça, à la fin ? », pensa Sasuke.
- Marché conclu, fit-il, sans hésiter.
- Parfait. Je te laisse donc commencer, comme convenu.
- Bien. D'où connais-tu ma famille ?
- Uchiwa Itachi. »
Le coeur du brun manqua un battement. Son frère connaissait ce vieux débile ? Si ça se trouvait, lui-même l'avait déjà vu étant petit... Cet homme commençait à être de plus en plus énigmatique, ce qui ne plaisait pas à Sasuke.
« À moi: Pourquoi es-tu proche de Naruto ? », demanda Orochimaru.
« J'aurais dû me douter qu'il me parlerait de lui », pensa-t-il.
- Je ne sais trop, je suppose que je lui ai tendu la main une fois et qu'il s'y est en quelque sorte accroché. »
En disant ces mots, Sasuke se rappela cette fois où, en cours de philo, Naruto semblait prêt à tuer un autre élève et que Sasuke, sans réfléchir une seconde, avait posé sa main sur l'épaule du blond. Il savait qu'il pouvait l'aider, alors d'instinct, il l'avait fait. Et puis cette chose qu'il avait murmuré, " Je n'ai pas tué mes parents ", qu'est-ce que ça voulait dire ? Il n'y avait jamais vraiment repensé, mais à ce moment-là, dans ce bar, il se sentit de nouveau intrigué par ce détail.
« Hm. Très bien, à toi. »
Sasuke sortit de sa rêverie si rapidement qu'il n'en parût rien.
« Comment connais-tu Uchiwa Itachi ?
« Peut-être qu'il ignore qu'Itachi est mon grand-frère », pensa Sasuke.
- Et bien, je n'ai pas toujours mené une simple existence de barman, tu sauras. Plus jeune, j'ai été bien plus dépravé que je le suis aujourd'hui. Et Itachi était... Malheureux, si on veut.
- Que voulez-vous dire exactement ? questionna le plus jeune, priant pour se tromper dans ses déductions.
- Itachi a fait appel à mes services sexuels pendant plusieurs mois, mais ça fait des années, maintenant... »
Son grand-frère et le pervers avaient été... amants ? Quand ? Pendant combien de temps ? Pourquoi ? Son frère était intéressé par les hommes ? Il n'avait certes jamais ramené de filles à la maison, mais jamais il n'aurait soupçonné quoi que ce fut... Pourquoi ne le lui avait-il pas dit ?
« Attends. Rien ne prouve qu'il dit la vérité...», se rappela Sasuke en réprimant un pincement au cœur.
« Bien, à mon tour maintenant: Jusqu'où êtes vous allé, toi et Naruto ? demanda Orochimaru, toujours alerte face aux expression faciales du jeune Uchiwa.
« Ça alors, il ne laissera pas tomber l'affaire ! », pesta intérieurement Sasuke.
- Nulle part, nos rapports ne vont pas dans ce sens », répondit-il.
Le vieux regarda furtivement les mains de l'Uchiwa.
« Intéressant », fit-il.
Quoi ? Pourquoi avait-il dit ça ? Bluffait-il où avait-il réellement noté quelque chose d'important ? « N'entre pas dans son jeu. Bluff ou pas, tu n'auras pas accès à cette information », se dit-il.
« D'accord, alors c'est à moi cette fois. Qu'est-ce qu'Uchiwa Itachi vous a révélé sur notre famille ? »
Orochimaru regarda Sasuke, un immense sourire accroché aux lèvres.
« Pourquoi veux-tu savoir ça ?
- Ça me regarde. »
Le vieux s'accouda à nouveau sur la table, approcha son visage de celui de Sasuke et, à quelques centimètres de la peau du brun, il murmura:
« Pourquoi ne pas lui demander toi-même ? Vous habitez ensemble, non ? N'est-il pas ton grand-frère, après tout? »
Il savait. Et il avait retourné la question à son avantage. La situation devenait trop dangereuse; devait-il se retirer pour conserver sa crédibilité ? Car les chances de reprendre le dessus étaient de plus en plus minces.
Sasuke sourit donc, prit une dernière gorgée de sa dégoûtante bière et se leva.
« Bien, je pense que ce sera tout pour ce soir. Merci pour la bière, Orochimaru, dit-il tandis qu'il s'éloignait du bar, l'air imperturbable.
- On se reverra quoi qu'il en soit, Sa-chan », lança l'interpellé, une expression indéchiffrable accrochée au visage.
Il regarda la bière qu'avait laissée Sasuke sur le comptoir.
« "Délicieuse", pensa-t-il. Tu croyais réussir à me faire avaler ça ? », rit-il intérieurement.
XIV
Sasuke arriva au collège le lendemain avec des cernes jusqu'aux joues. il n'avait presque pas dormi, trop préoccupé par son entretient avec Orochimaru. Comment avait-il pu se faire avoir de la sorte ? Il avait prit le vieux pervers pour une loque humaine obsédée par le sexe alors qu'au final, il était lui-même très perspicace et imprévisible. Aussi, si Sasuke avait réussi à sortir du piège tendu pas le plus vieux dans se mouiller, il n'avait pas trouvé ce qu'il cherchait et Orochimaru, lui, semblait au contraire y avoir trouvé son compte. Cette situation le plaçait en position de nette infériorité, chose qu'il dut tenter de résoudre pendant la nuit dernière et, ceci expliquant cela, il finit par ne dormir qu'une heure ou deux. Sans parler du fait qu'il n'avait absolument pas trouvé de moyen de renverser la vapeur. Était-ce possible: Il s'était fait avoir par un non-Uchiwa ?
Il entra donc dans son cours de philosophie, démoralisé et à moitié endormi. Ceci dit, à l'œil non entraîné, il avait simplement l'air légèrement fatigué.
« Bonjour tout le monde. Avant de commencer, j'aurais deux messages à faire : D'abord, de la part de Mlle. Haruno, un rappel que la fête en honneur de la fin de session est demain, alors, et je cite: " Venez en grand nombre ! ", ensuite, j'aimerais vous présenter mon nouveau stagiaire qui restera dans mon cours d'ici la fin de la session et probablement encore la session prochaine. »
Le professeur pointa le nouveau venu et ce dernier se leva.
« Merci, je m'appelle Hatake Kakashi et je resterai dans ce cours en tant qu'observateur pour un temps indéterminé. Ne vous dérangez pas pour moi, surtout. »
Sasuke mit quelques secondes à reconnaître l'homme. N'avait-il pas été enseignant à l'Académie privée où il allait, avant la mort de ses parents ?
« Pourquoi est-il ici, en "stage" ? », se demanda-t-il: comme face à tout visage qui lui était familier, Sasuke resta sur ses gardes. Il ne voulait certainement pas revivre l'enfer qu'il avait vécu après la tragédie, quand toute l'école l'avait regardé, lui avait parlé et l'avait traité avec pitié. Il ne voulait pas que les gens fussent au courant, pas ici.
Il se détourna donc et redonna toute son attention à Jjiraya-senseï.
« Merci. Donc, puisque votre travail final est à remettre lundi, je vous laisserai ce cours-ci pour continuer à le préparer, mon aide et celle de Mr. Hatake à votre disposition. Allez, au travail ! »
Tous s'attelèrent à la tâche, Sasuke y compris. Il ouvrit ses cahier et relut la question à laquelle il allait répondre: « Sommes-nous libres ? »
Il avait choisit cette question quand il lisait le livre de Camus. Il pensait s'en être tiré avec une conclusion assez satisfaisante, jusqu'au moment où il était tombé sur le papier que Naruto avait écrit et laissé traîner dans son livre. Contrairement à Sasuke, qui avait orienté son interprétation du livre vers les thèmes de la liberté absolue de l'homme, le libre-arbitre et les bonheurs illusoires, le blond avait touché une question autrement plus intéressante, à savoir non pas qu'est-ce qui était visible ou dit vrai, mais qu'est-ce qui était fondamentalement bon; qu'est-ce qui faisait en sorte que l'homme à titre d'individu pouvait aimer ou non la vie. Peut-être était-il même allé jusqu'à poser la question à savoir s'il fallait aimer ou non, tout simplement ?
D'observer la question sous cette perspective avait en quelque sorte brisé toute la motivation du brun à faire un travail qui ne se voulait qu'académiquement parfait. Parce que les questions que Naruto avait soulevée, le brun se les étaient ensuite posées. Il se souvint d'un passage tiré du papier de Naruto:
« Vaut-il mieux faire comme Sisyphe et aimer cette grosse pierre qui devient sienne, même si elle écorche un peu plus ses mains chaque jour; même si à force de temps et d'usure, le simple fait de la pousser suffira à briser ses os ? Ou vaut-il mieux faire comme moi et courir loin, loin de cet énorme rocher, même en sachant que je me prive du peu de bonheur que ce monde terne aurait à m'offrir ? »
Il avait lu ce passage à plusieurs reprises. Quelque chose l'avait captivé dans ces mots, dans le dilemme qu'illustrait Naruto. Sasuke, lui, n'avait jamais eu le loisir de faire ce choix: il était né impassible. On l'avait éduqué à rester ainsi.
Mais aujourd'hui, si toutes ces certitudes tournaient autour de sa capacité à avoir le monde dans sa poche grâce aux mille masques qu'il savait porter, une nouvelle question se posait: Avait-il à présent la possibilité de choisir qui il voulait être?
Il repensa à la fois où il avait saisit la main de Naruto sans réfléchir et que, de manière tout à fait irrationnelle, quelque chose en lui avait crié de ne pas la lâcher. À ce moment-là, précisément, il s'était sentit libre. Libre d'être, tout simplement, sans chercher à comprendre, à analyser, à tirer profit. Libre du monde, de son monde, libre de son passé. Maître de ses choix. Libre.
Peut-être que c'était là qu'il devait creuser, pour son travail ? Trouver cette chose qui faisait qu'un homme était libre ? Pas: « sommes-nous libres ? », mais bien: « qu'est-ce qui rend l'homme libre ? ».
Il relut le début de son travail, sa fiche de préparation où il avait noté sa thèse, ses arguments et sa conclusion. Machinal, pragmatique, clair, net et précis. Il aurait sans doute eu un 100% pour ce travail, en suivant ce plan.
Sasuke leva les yeux vers l'avant de la classe pour regarder rapidement Naruto. En posant ses yeux sur lui, il se remémora toutes les fois où il avait trouvé le blond si impulsif, presque émotif. Il était imprévisible, et c'était ce qui le rendait si captivant. Lui-même semblait ne pas réaliser à quel point il pouvait être surprenant.
« Pour cette fois, je vais essayer de croire en ce que j'écris », se dit Sasuke, comme inspiré par Naruto qui était si intuitif.
Il se mit donc au travail, repartant à zéro.
« " Qu'est-ce qui fait qu'un homme est libre ? "
Certains diront que la Liberté dépend essentiellement des libertés de mouvement, d'expression, d'écriture et de pensée. Autrement dit, qu'un homme libre n'a pas de restrictions sur ces différents plans. D'autres verrons une importance capitale à l'aspect juridique quand il sera question de liberté. Bien que logiques, ces deux thèses ne sont pas celles qui me semblent les plus vraies: En mon sens, la liberté n'existe pas; il faut se l'inventer. En d'autres termes, la liberté d'un homme ne dépend que d'une chose: sa capacité à ressentir qu'il est libre même en sachant qu'il ne l'est pas. »
Sasuke leva à nouveau les yeux vers Naruto, qui semblait gribouiller des choses et d'autres sur une feuille. Soudain, il eut l'impression que quelqu'un l'observait. Instinctivement, il tourna les yeux vers la source de son malaise et vit Kakashi, le regard rivé sur lui. Il se retourna vers son travail, de plus en plus sceptique face à ce nouveau stagiaire. Ceci dit, son inconfort de quitta aussitôt qu'il se remit au travail, soudain inspiré par le début d'une quête de vérité qu'il n'avait jamais cherchée auparavant.
xxx
Quand Sasuke franchit le pas de la porte d'entrée de l'appartement, à l'entente du silence absolu qui y régnait, il constata qu'il était seul. Il en fut d'ailleurs soulagé, convaincu qu'il n'aurait pu trouver une attitude naturelle à adopter vis-à-vis de son frère, après ce qu'Orochimaru lui avait révélé.
Il enleva donc ses souliers et son manteau puis se dirigea instinctivement vers sa chambre. Il y déposa son sac, l'ouvrit, prit ses cahiers d'études et, s'assoyant devant son bureau, il commença à lire, machinalement, comme d'habitude. Ce que les journées pouvaient être longues et pénibles ! En plus, il avait à peine croisé Naruto cette journée-là, ce qui avait rendu le tout encore plus ennuyant. Mais bon, en principe il allait avoir tout le temps du monde pour le voir le lendemain à la fête de fin de session. Enfin, à condition que le blond ait tenu parole.
« Secret ! », se souvint-il soudain. C'était ce qu'avait dit Naruto quand Sasuke lui avait demandé pourquoi il allait à la fête.
Il se rappela de son expression joueuse. Mais pas comme quand Sasuke arborait cette mimique; non, sur Naruto, elle n'était pas ténébreuse ou empreinte de mystère, cette expression. Elle était lumineuse, belle et surtout, irrésistible, si bien qu'à la vue du visage du blond, Sasuke n'avait pu réprimer sa surprise. Et il fallait dire que c'était une chose bien rare que de voir à travers le masque d'un Uchiwa. Mais Naruto s'était-il seulement rendu compte de ce que son expression candide avait généré chez Sasuke ?
Car si son visage semblait surprit, le réel état du brun était autrement bien pire: au moment où il avait été comme attaqué par le large sourire et les yeux rieurs du blond, il avait sentit son cœur fondre lentement, péniblement, comme si ses propres émotions l'avaient nargué. Et, éparpillée en une flaque chaotique, cette impression de chaleur douce s'était furtivement répandue dans sa nuque, son visage, ses bras, son ventre, ses jambes et ce, jusqu'à ce qu'il se sentit entièrement mou et léger. Ça avait été une expérience grisante... Mais ô combien terrifiante. Avait-il déjà ressenti ça auparavant ?
À bien y repenser, Sasuke se dit que ce devait être à cause de cette sensation étrange qu'il avait tenu la main de Naruto. Ça n'avait dû être que le résultat d'un moment d'égarement dû à une surdose de dopamine dans son sang. Quoi d'autre, sinon?
« Bon, dans une heure tu es libre. Reste concentré. » s'intima le brun avant de retourner à ses lectures.
Il replongea dans ses livres, tentant tant bien que mal de repousser des images du blond qui essayaient de pénétrer ses rétines.
xxx
Samedi arriva finalement. Étrangement, Sasuke anticipait un peu l'occasion et tout ce qui gravitait autour; l'ambiance, le taux surélevé d'alcoolémie, les gens qui allaient se ridiculiser, le dénouement de la fête et, surtout, le contexte dans lequel il allait voir Naruto. Les deux allaient fort probablement être un peu saouls, ce qui allait rendre propice le sous-tirage d'informations. Il avait certes plusieurs questions à poser au blond, ce qui agrémenta sa hâte. Enfin, il allait découvrir des détails inédits !
Sasuke se demanda vaguement pourquoi il cherchait tant à obtenir des réponses d'une telle futilité, mais la question se perdit dans l'oubli alors qu'il ouvrait son placard à la recherche de vêtements pertinents à porter pour la soirée.
Il voulait être beau, ça allait de soi, mais ce qu'il voulait d'autant plus, c'était de déstabiliser Naruto, car le brun avait bien compris l'attirance que ce dernier éprouvait pour lui. Cependant, contrairement à son habitude, Sasuke avait été heureux de constater ce fait. Heureux ! N'était-ce pas une grande première pour le légendaire Uchiwa Sasuke, « Glaçon de roc » de son petit nom ? Enfin. Force était aussi d'admettre que Naruto était loin de le laisser indifférent, ce qui rendait ultimement le combat plutôt neutre, à condition bien sûr que ce dernier eut remarqué l'attirance que le brun avait à son endroit, ce qui n'était probablement pas le cas. En ce sens, il possédait une énorme avantage sur Naruto.
Sur ces pensées, le jeune Uchiwa observa sa penderie à la recherche de quelque vêtement qui l'aurait mis en valeur. En poussant les supports à linge les uns à la suite des autres, il tomba finalement sur quelque chose d'intéressant: un pull fin, ajusté, bleu marin et aux manches très longues. Le tissu était d'une douceur incroyable, probablement que c'était une imitation de cashmere. Il le décrocha du cintre, le déposa sur son lit avant d'enlever son propre haut pour l'enfiler. Il se regarda dans la glace, certain de son choix.
Le col roulé très élastique tombait parfaitement à l'orée de son cou, et son pourtour remontant légèrement vers le haut, cachant parfois son menton, lui donnait une petite touche de mystère qui lui allait à merveille. « Bon, au moins ça de réglé, se dit-il. Le pantalon maintenant... » finit-il.
Il fouilla alors dans ses tiroirs et opta pour un jean noir ajusté qui lui allait parfaitement et qui irait tout aussi bien avec ses habituelles bottes noires. Ceci étant réglé, il enleva ses vêtements pour ne pas les salir, en enfila d'autres et se prépara à partir pour aller acheter de l'alcool. Et cette fois-là, il n'allait pas boire de bière ! « Beurk ! », pensa-t-il en s'en remémorant le goût.
Il se retrouva donc rapidement dehors à déambuler dans les rues en direction d'un supermarché où il comptait acheter de l'alcool fort. Il en trouva un quelques minutes plus tard et, alors qu'il comparait les différents prix pour les différentes bouteilles, une pensée vint le prendre par surprise.
« Est-ce que Orochimaru m'a menti ? », se demanda-t-il, l'espérant quelque peu.
Il ne savait quelle était la chose qu'il craignait le plus; que son frère ait eu des rapports sexuels avec ce vieux pervers pendant plusieurs mois ou la simple idée que Itachi lui ait menti pendant tout ce temps. Car bien qu'il s'était habitué à l'immense fossé entre lui et son grand-frère, Sasuke n'arrivait pas à rester complètement indifférent face à cette triste situation.
« Grand-frère », murmura-t-il, simplement pour se rappeler ce que ça faisait de prononcer ces mots.
Allait-il avoir l'occasion de les lui dire à nouveau ?
Ce vide qu'avait laissé ses parents en mourant, cet immense creux dans sa poitrine, son grand-frère n'était-il pas sensé l'aider à le remplir ? Non, Itachi n'avait jamais été sensible. D'aussi loin que le jeune Uchiwa se souvenait, jamais son frère n'avait démontré d'amour ou d'affection. Aussi, si on disait de Sasuke qu'il était de glace, son frère devait être le plus solide des rochers. Impossible à faire bouger, impossible à traverser.
La vérité, c'était que Uchiwa Itachi était si impossible à saisir que tous ceux qui avaient tenté de faire partie de sa vie s'étaient retrouvé face à une masse de froideur inébranlable. Et dans ces cas-là, devant quelque chose d'impossible à manier ou même à atteindre, l'aventurier contournait. Tout le monde avait toujours contourné Uchiwa Itachi. Peut-être était-ce aussi pour cela qu'il était devenu d'autant plus détaché de tout, même de son propre frère. Pourtant, tout ce que Sasuke avait toujours voulu, c'était que son grand-frère eut agit avec lui comme un grand-frère se devait d'agir. Avec amour ?
Malheureusement, tout ce que ce dernier avait trouvé à lui donner fut une solitude cuisante et le besoin de combler les vides avec des obsessions sur sa famille et sur lui-même.
« Si ce qu'a dit Orochimaru est vrai, alors peut-être... », pensa-t-il, réalisant soudain un détail.
Peut-être que ce vieux serpent savait des choses sur son frère, des choses que ce dernier n'aurait jamais dites ? Peut-être que, en fin de compte, il allait pouvoir l'aider à comprendre cette personne qui avait peu à peu transformé Sasuke en un amas de lassitude, de tristesse et de froideur ?
« Il savait que je tirerais cette conclusion. Il attend simplement que j'aille le retrouver... le salaud », se dit-il.
Il détestait se faire prendre par surprise. Il fallait dire que ça n'arrivait pas souvent, mais quand c'était le cas, ça l'enrageait. Cependant, le brun se devait de garder son calme. Ça faisait tellement longtemps que sa rage n'avait pas explosée, qui savait ce que ça pouvait donner si elle le faisait sans crier gare...
« Est-ce que je peux vous aider ? »
Sortant de ses pensées, il se retourna vers le commis qui se tenait à côté de lui.
« Non merci , répondit Sasuke sans montrer son trouble.
- D'accord, je vous laisse, dans ce cas. »
L'homme s'en alla, laissant le brun à nouveau seul devant les bouteilles. Combien de temps était-il resté planté là ?
« Misère, voilà que je prends les mauvaises habitudes de Naruto », ironisa-t-il intérieurement.
Il se décida donc à prendre une bouteille de rhum brun qu'il s'empressa d'aller payer à la caisse.
xxx
Quand Sasuke sortit de sa chambre pour se rendre à l'entrée de l'appartement, il fit bien attention pour ne pas tomber nez-à-nez avec son grand-frère. Ce ne fut pas bien difficile à faire, puisque Itachi était plutôt occupé donc inattentif. Il enfila alors rapidement son manteau, chaussa en tout hâte ses souliers, prit son sac dans lequel se trouvait son alcool et quitta sur un simple:
« J'y vais, je risque de rentrer tard. »
La seule réponse qu'il eut lui parut bien lointaine:
« Sois prudent », entendit-il par-delà les murs qui séparaient l'entrée de la chambre de Itachi.
« Pour faire changement », pensa Sasuke avec amertume.
Sur ce, le jeune Uchiwa claqua la porte et se dirigea prestement vers l'arrêt d'autobus qui allait le mener au collège.
Quelques minutes plus tard il était dans ledit bus, un nœud d'anticipation lui creusant légèrement le ventre. Naruto allait-il être présent ? Lui-même allait-il découvrir quel était ce « secret » au nom duquel le blond se rendait à la fête ? En quelques instants, Sasuke oublia toute la mélancolie qui l'avait envahie plus tôt lorsqu'il avait pensé à son frère.
La simple idée de mener cette douce bataille contre Naruto lui donnait une motivation inébranlable. Mais surtout, derrière cette combativité sans commune mesure, subsistait en lui, cachée, une petite braise chaude et belle qui semblait prendre de l'expansion à mesure que le brun découvrait Naruto. Et plus le tison grandissait, plus Sasuke avait l'impression d'exister. Comment aurait-il pu se l'expliquer ?
Dans tous les cas, le seul fait d'y réfléchir lui faisait oublier tout le reste; son passé, ses problèmes, ses regrets... Et, bien que cette sensation de liberté ne durait en général qu'un bref instant, chacun de ces moments en valait définitivement la peine.
Bref, quand ses yeux tombèrent sur la façade du collège, son nœud dans le ventre se resserra. « Enfin, on y est », se dit-il plus ou moins consciemment. Il descendit de l'autobus, les yeux toujours rivés sur la bâtisse.
« Pourquoi suis-je dans un tel état ? », se demanda-t-il, son excitation assez inhabituelle, venant de lui.
Il avança vers l'établissement comme le bus reprenait la route. Voilà, il était seul, la route derrière lui et la soirée devant. Il ne pouvait qu'avancer, à présent. « Ok, il ne faut pas dramatiser non plus... Ce n'est qu'une stupide fête, tout de même... » se disait-il, tandis qu'il marchait vers l'entrée. Il était vrai qu'il n'avait jamais assisté à une telle soirée, mais qu'est-ce qu'un Uchiwa ne pouvait surmonter, après tout ? « Reste calme, allons », s'intimait-il intérieurement.
Plus vite qu'il ne l'aurait cru, il atteignit l'entrée. il ouvrit la porte et aussitôt il entendit de la musique retentir comme en écho autour de lui. Il entra et suivit les sons ainsi que les affiches pour trouver la salle. « J'aurais peut-être dû écouter ce qu'elle avait dit l'autre jour en classe, tout compte fait... », regrettait-il, se trouvant idiot à marcher dans les couloirs sans trop savoir où il allait.
Soudain, il vit quelques étudiants qui couraient dans tous les sens, visiblement déjà saouls, et constata que le son s'amplifiait désormais de manière significative à chaque pas qu'il faisait. « Bon, je dois être dans la bonne direction », se rassura-t-il. Il continua d'avancer, enjambant des verres vides et autres déchets par-ci, par-là et, au bout d'un certain temps, il se retrouva devant un des gymnases, dont les portes étaient grandes ouvertes et d'où la musique retentissait avec force.
« Tu es en retard », dit une voix derrière lui, au-dessus de son épaule.
Sasuke, déjà un peu nerveux, sursauta légèrement.
« Et bien, c'est à mon tour de te faire peur, on dirait ! » ajouta Naruto, tout sourire.
Le brun chercha une réplique dans sa tête, mais à la vue du magnifique blond qui se tenait devant lui, il eut trop le souffle coupé pour dire quoi que ce fut.
Pourtant, à l'inverse de lui-même, Naruto n'avait visiblement pas mis d'efforts dans son habillement; il ne portait qu'un simple t-shirt blanc et un jean bleu pâle assez large. Il avait simplement l'air de se foutre royalement de son apparence... Et malgré tout, la couleur de son haut faisait ressortir de hâle de sa peau puis mettait en valeur l'étincelle de ses cheveux dorés. Et ses yeux ! Que dire des deux perles céruléennes qui semblaient à présent illuminer son visage ! Décidément, le blond était d'une beauté tout à fait spectaculaire et le pire, si on en jugeait par le « je-m'en-foutisme » envers tout ce qui concernait son apparence en général, c'était qu'il n'en était probablement même pas conscient.
Mais il y avait autre chose, Sasuke le voyait. Le blond avait quelque chose de plus qu'avant, un détail dans son sourire ou dans son regard, mais quoi ? Et était-ce cela qui le rendait encore plus lumineux qu'à son habitude ?
Le brun sentit monter en lui une chaleur agréable qui semblait pousser sur ses pieds pour qu'il avança vers Naruto; qui donnait l'impression d'alourdir sa cage thoracique pour l'inciter à se coller à lui.
« Sasuke ? » demanda le blond, voyant que l'interpellé ne réagissait pas.
Ce dernier reprit aussitôt contact avec la réalité.
« Oui ?
- Ça va ?
- Ouais, j'étais ailleurs, désolé. »
« Je commence vraiment à prendre cette mauvaise habitude de Naruto... », se gifla-t-il intérieurement.
- Bon, tu veux déposer tes trucs ? Mon casier est en face du gym, demanda Naruto sans relever l'étrangeté du comportement de son ami.
- Ça tombe assez bien, je dois dire. le miens est à l'autre bout de la place.»
Ils se rendirent donc ensemble vers la case du blond où Sasuke déposa ses choses, ne gardant que son alcool avec lui. Ceci étant fait, tous deux se retrouvèrent à nouveau devant le gym.
« Si je comprends bien, tu m'as attendu devant sans même être certain que j'allais venir, lança Sasuke, ayant totalement retrouvé son contrôle.
- Hors de question que je rentre là-dedans tout seul ! Rit Naruto, avec honnêteté.
- Pourquoi, tu as peur ? se moqua le brun.
- Et toi ? » rétorqua le blond sur le même ton que son interlocuteur.
Le sourire de Sasuke s'élargit. Ses échanges avec le blond lui avaient manqué. Comment avait-il pu s'en passer pendant une semaine ?
« Nous verrons bien, répondit-il, énigmatique.
- Alors, on y va ?
- Allons-y. »
Ils avancèrent d'un pas décidé et se retrouvèrent dans la fosse aux lions, incertains de ce qu'il fallait faire, ce qui les mena à employer la solution toute indiquée dans ces cas-là: boire, boire et re-boire pour dissiper le malaise.
XV
Sasuke et Naruto, en retrait, ingurgitaient leur alcool. Sur le visage du blond se lisait un profond inconfort mais aussi une certaine détermination que le brun s'étonna de découvrir. En fait, plus il pensait à l'évolution de sa relation avec Naruto, plus il réalisait que ce dernier changeait, petit à petit. Il se souvint de la première fois où il avait interagi avec lui, à quel point il avait été captivé par toute la haine que son camarade de classe dégageait. Il revit la froideur du blond, contrastant avec la maladresse dont il avait fait preuve lorsqu'ils étaient tombés face-à-face alors que lui-même se rendait à un de ses cours, dans le pavillon d'arts.
Puis, il repensa à leur première « vraie » discussion, dans la librairie, à ce que Naruto avait dit quant à a vision de la misanthropie. C'était à ce moment-là que Sasuke avait réellement commencé à être fasciné par lui, qu'il eut envie d'en connaître plus. Le brun sourit en coin à cette pensée. « Je ne me savais pas si nostalgique », ironisa-t-il intérieurement.
Il bu une gorgée à même sa bouteille de rhum, non sans jeter un regard furtif vers son ami, qui, malgré son malaise apparent, affichait toujours cette même détermination. À ce moment-là, Sasuke aurait aimé être capable de lire dans son esprit pour saisir le fond de sa pensée.
Quelque chose avait indéniablement changé chez Naruto et, à son grand damne, le brun n'arrivait pas à se l'expliquer. Comment cela avait-il pu se produire sous ses yeux sans qu'il ne s'en fut aperçu ? Lui qui ne manquait jamais le moindre détail, qui prenait tout en note quelque part dans sa tête, quand avait-il baissé sa garde au point de passer à côté d'un élément aussi crucial ?
Que s'était-il produit pour que le blond, haineux, renfermé et froid, se transforma tranquillement en... - quel mot aurait-il pu utiliser pour décrire cette impression ? - En quelqu'un de plus doux ?
Doux, voilà ce qu'il devenait, ou plutôt ce qu'il semblait aspirer à devenir: sa détermination, presque flamboyante, semblait peut-être appeler à l'indomptable, mais plus il y pensait, plus Sasuke comprenait qu'en fait cette force résultait d'une douceur nouvelle, comme s'il désirait ne plus réagir avec haine et dédain, mais plutôt avec gentillesse et courage.
Où était donc passé celui qui lui avait murmuré qu'il n'avait pas tué ses parents; Ce même homme qui avait regardé un autre étudiant avec une rage presque tangible ?
« Me répondrait-il si je le lui demandais ? » pensa Sasuke, avant de se ressaisir intérieurement. « Quelle idée ! Je ne peux pas l'aborder de manière aussi crue, évidemment qu'il ne m'en dirait rien. À quoi est-ce que je pensais... »
Il regarda à nouveau Naruto, qui prenait à son tour une gorgée de son scotch, également à même la bouteille.
« Alors, on survit ? » le nargua Sasuke en tentant de ne pas avoir l'air troublé pas quoi que ce fut.
En vérité, le brun était on ne peut plus nerveux; jamais il n'avait été à ce genre de fête et même s'il était réputé pour son sang froid légendaire, au final il craignait de ne pas savoir exactement comment réagir dans une telle situation.
« Je crois que oui, l'alcool aide, en tout cas », répondit le blond, ne cachant pas son inconfort.
Pourquoi était-il tout à coups si transparent, comme s'il n'essayait même pas d'avoir l'air en contrôle ? Le brun ne comprenait décidément plus rien, ce qui, il dut se l'avouer, le déstabilisa quelque peu. Ceci dit, il n'en laissa rien paraître.
Il décida donc de prendre l'avantage en saisissant cette occasion en or pour entrer dans un sujet qui le titillait depuis un bon moment.
« Je me demande encore pourquoi tu es venu ici, ah oui, c'est vrai, ton " secret " », se moqua-t-il.
Le blond rit de bon coeur, surprenant - encore ! - Sasuke.
« Ça t'a vraiment chicoté, hein ? Ce " secret ", sourit-il, narquois.
- On ne peut rien te cacher, rétorqua le brun en arborant un air faussement séducteur.
- En effet; j'ai du flair, moi, vous saurez, répondit-il en embarquant dans son jeu.
- Ah, vraiment ?
- Absolument ! », fit-il en touchant son nez de son index, geste qu'il joignit instinctivement à un clin d'oeil moqueur.
Sans quitter le regard défiant de l'autre, tous deux prirent une autre gorgée de leur breuvage. Un silence se fit, où régnait une provocation moqueuse et mutuelle, à savoir qui craquerait le premier. Ne voulant pas lâcher le morceau, Sasuke accepta d'essuyer cette défaite mineure dans l'optique d'une plus grande victoire.
« J'ai droit à une question, non ? sourit-il.
- Si tu es prêt à me donner une réponse.
- Je prends le risque, rétorqua-t-il.
- Ça tu l'as dit », répondit le blond du tac-au-tac.
Le sourire de Sasuke s'élargit, appréciant malgré lui le sens de la répartie du blond ainsi que l'impression de pleine confiance qu'il dégageait. Pourtant, il se doutait bien que ce pari risquait de lui coûter cher. Mais comme il l'avait dit, il était prêt à prendre le risque.
« Alors, quel est donc ce mystérieux " secret " ? demanda-t-il, anticipant déjà sa satisfaction.
- C'est... »
Il se pencha à l'oreille du brun et susurra, ses lèvres touchant presque l'oreille de son ami:
« ... mon travail de philo », finit-il, avant de se redresser lentement, un sourire vainqueur sur le visage.
Le brun resta figé sur place, mitigé à savoir si c'était à la réponse inattendue du blond ou à la sensation de chaleur diffuse au creux de ces reins qu'était dû sa désorientation momentanée. Pantois, il n'arrivait pas à détacher ses prunelles de Naruto, qui arborait une expression moqueuse tout en joignant ses lèvres au goulot de sa bouteille pour s'y abreuver.
Le brun fixa la bouche de son ami, voluptueuse et attrayante, puis fut soudain submergé par une nouvelle vague de chaleur.
« Bon sang, qu'est-ce qui m'arrive ? » s'inquiéta-t-il en pensées.
Comme au ralenti, Naruto libéra sa bouche et, pour essuyer une goutte d'alcool qui perdurait sur sa lèvre inférieure, passa son pousse contre celle-ci en la déformant provisoirement, exhibant ainsi sa texture à la fois molle et épaisse. Le brun ne put s'empêcher de désirer cette chair indolente qui semblait l'appeler avec une force inconnue. À nouveau, son corps fut prisonnier d'une poussée de fièvre.
« À mon tour, maintenant », sourit le blond, de plus en plus irrésistible aux yeux de Sasuke.
Ce dernier, n'ayant plus la présence d'esprit nécessaire pour répondre quoi que ce fut, resta muet: tout ce à quoi il pensait se résumait à de violentes envies charnelles pour son ami.
« Alors, voici ma question : » commença le blond.
Il laissa quelques secondes de suspens qu'il combla avec sa sensualité: quand Naruto avait-il autant gagné confiance en lui ?
« À quoi penses-tu précisément en ce moment-même ? » finit-il.
Le cœur de Sasuke manqua un battement. Quoi ? Comment allait-il répondre à ça ? Par un mensonge ? Il allait bien le falloir... Mais lequel ? « Merde ! » pesta-t-il intérieurement. Le brun était bien trop déstabilisé pour mentir de quelque façon que ce fut ! Allait-il simplement lui dire la vérité ?
Les yeux écarquillés, il resta immobile. Naruto avait-il prévu tout ceci ? Cela signifiait-il que ce dernier connaissait tout l'effet qu'il pouvait faire au brun ? Et surtout, Sasuke était-il en train de perdre à son propre jeu ?
« Naruto ! Tu es venu ! »
L'interpellé se retourna vers Hinata.
« Ouais, j'ai trouvé un petit espace dans mon horaire », blagua-t-il, faisant rire sa camarade de classe.
Depuis quand Naruto était-il si amical ? Il était vrai que la jeune femme et lui travaillaient ensemble, mais malgré tout, c'était presque impensable pour Sasuke d'imaginer le blond discuter avec tant d'aisance...
« l'alcool », se dit-il, foudroyé par un éclair de raison.
L'alcool, mais bien sûr !
Le brun reprit confiance. Il avait trouvé une échappatoire sans conteste; un mensonge par omission. Il allait survivre à ce moment pénible, au final.
« Un Uchiwa retombe toujours sur ses pattes ! », se dit-il, fier de son coup. Ceci dit, sans l'arrivée impromptue de Hinata, il aurait été cuit. D'ailleurs, cette dernière s'éloignait à présent du blond, qui se retourna vers Sasuke.
« Alors ? Ta réponse ? »
Le brun approcha sa propre bouteille de sa bouche et dit, avant de prendre une gorgée:
« Je me disais que je commence à être un peu saoul. »
Parfait !
Il ferma les yeux tandis qu'il s'abreuvait, une expression qu'il savait satisfaite collée sur le visage. C'était moins une !
xxx
La fête battait son plein quand Sasuke constata qu'il était vraiment saoul. Certes, il pouvait marcher passablement bien et sa bouche n'était pas encore pâteuse, mais il se sentait anormalement léger et euphorique. Autre fait important: il perdait ses moyens et, surtout, son sang froid.
À chaque fois qu'il regardait Naruto, un violent désir s'emparait de lui. Ceci dit, il savait qu'il ne devait pas lui sauter dessus car ç'aurait été un peu déplacé et contraire à ses plans. Malgré tout, son corps se réchauffait considérablement à la simple vue du blond, ce qui, aussi agréable cela fut-il, corsait un peu les choses. Après tout, l'idée de cette soirée et de cette ingestion d'alcool était sensée être le sous-tirage d'informations; aussi, si le brun perdait vraiment tous ses moyens, il allait échouer à cette tâche.
Il regarda donc sa bouteille, tentant de choisir si cette dernière était devenue sa meilleure amie ou sa pire ennemie. Boire encore, ou pas ?
L'ivresse lui procurait une sensation de grande liberté, de rébellion, même. De sentir qu'il aurait pu faire n'importe quoi tant il se foutait des conséquences lui donnait l'impression qu'il pouvait être quelqu'un d'autre; qu'il était en droit de tout expérimenter, comme si le lendemain il allait se réveiller dans un autre corps, son vrai corps. Sa vraie vie.
Oui, pour lui, être saoul c'était comme vivre dans un rêve mais à cent miles à l'heure. Un rêve éveillé empreint d'un millier de sensations étrangères à sa vie charnelle.
Mais il avait des buts, il devait s'en tenir à son plan. Parce qu'il n'avait jamais fait autrement. Parce qu'il avait peur, paradoxalement, de conséquences qu'il était à peine en mesure de concevoir, dans son état actuel.
Alors que faire ? Boire encore, ou pas ?
Il leva les yeux pendant une seconde et vit Naruto parler plus loin avec Hinata. Pourquoi lui parlait-elle tout le temps ? C'était chiant, à la fin ! Il était juste allé aux toilettes et en revenant elle l'avait presque Kidnappé... C'était à croire qu'elle en pinçait pour lui. « Désolée ma grande, ce beau blond irrésistiblement sexy est cent pour cent gai ! Et devines-quoi ? Je suis probablement la seule personne ici avec qui il se meurt de coucher en ce moment. Pas toi; MOI ! », pensa-t-il, avant de rire dans sa barbe.
Malgré tout, en les regardant bien, il constata l'aise que Naruto avait avec sa collègue et camarade de classe. Ils riaient tous deux de bon cœur, semblaient ne pas manquer de sujets de discussion, sans parler des expressions un peu gênées qu'elle arborait de temps à autres... Clairement, elle le draguait. Et, soudain, Sasuke douta de lui. Naruto était certainement attiré par les hommes - ça il n'y avait aucun doute là-dessus -, mais peut-être était-il bisexuel ? Et Hinata était vraiment très belle, dut-il admettre à contrecœur.
Il détourna les yeux, supportant difficilement le spectacle et quelque peu troublé par ses propres réflexions. Après tout, Naruto était libre de faire ce qu'il voulait, non ? Leur petite bataille n'était qu'un combat d'orgueil et une rivalité entre amis, alors pourquoi ressentir de la jalousie envers Hinata ? Ou pire: pourquoi être possessif envers Naruto ? Il était vrai que Sasuke était très attiré par le blond et inversement, mais cela ne voulait pas dire que ce dernier appartenait exclusivement au brun, ni qu'il ne devait être attiré que par lui.
Alors pourquoi de telles pensées ?
Soudain, une chanson commença et Hinata s'excita. Il l'entendit au loin dire que « c'était sa chanson » et bla bla bla puis, sous le regard horrifié de Sasuke, elle invita Naruto à danser. « Tu ne vas pas accepter, rassures-moi ? », pria-t-il intérieurement. Et quand il vit la belle brunette tirer Naruto par le poignet vers la piste de danse, le brun sentit en lui naître une rage qui lui était inconnue.
« Tu veux jouer à ça, hein ? », dit-il à voix basse.
Sasuke observa à nouveau sa bouteille et, sous une impulsion nouvelle, il prit sa décision: boire encore.
Il but une bonne gorgée d'alcool fort et déposa fermement sa bouteille sur la table contre laquelle il était appuyé, résolu comme jamais à trouver un moyen de faire pâtir le blond.
« Non mais pour qui il se prend ? D'abord il me laisse en plan pour papoter avec l'autre pimbêche et après il va danser avec elle sans un même un peu d'égard pour moi ! Alors là, tu peux être sûr que je vais t'apprendre à la dure comment on traite un Uchiwa ! », rageait-il intérieurement.
Force était de constater que si Sasuke était déjà de nature déterminée et irréductible, son taux élevé d'alcoolémie accentuait considérablement ces traits de caractère. Sans oublier le fait suivant: Sasuke obtenait toujours ce qu'il désirait. Point à la ligne.
Il les observa quelques secondes, tous deux dansant lascivement sur une musique langoureuse. Ce n'était pourtant pas vulgaire, ce qu'ils faisaient. En fait, ils auraient tout aussi bien pu être deux amis dansant ensemble pour le plaisir. Mais en toisant le corps de Naruto qui se balançait avec rythme, ses bras finement musclés aux grandes mains posées sur les hanches de la jeune femme, ses cheveux blonds cachant par moments des bribes de son visage, Sasuke ne put s'empêcher de brûler de désir et de jalousie. La vérité, c'était qu'il mourait d'envie d'être à la place d'Hinata.
« Oh que non, ce n'est pas ton corps sublime et sensuel qui vont te sauver de ma douce vengeance, mon beau ! », pensa-t-il, comme pour se convaincre de décrocher ses yeux du corps de Naruto, révoltant d'érotisme, qui se déhanchait avec une aisance et une sexualité déconcertantes.
« Sasuke ? »
L'interpellé se retourna lentement vers la source de la voix qui venait de l'apostropher, encore trop lâche pour quitter complètement le blond du regard. Lorsque son cou intima fortement à ses yeux de suivre le mouvement, il constata son interlocuteur.
« Neji, comment ça va ? répondit-il, anormalement familier.
- Très bien, je suis surpris de te voir ici, il me semble que ce n'est pas trop ton truc d'habitude ce genre de fête, non? souriait-il, une once de moquerie dans la voix.
- Tu crois ? Pourtant tu me connais à peine, rétorqua-t-il sur le même ton que son camarade de classe.
- Malheureusement », ajouta-t-il, cette fois flirteur.
Sasuke connaissait Hyuuga Neji par l'entremise du programme d'arts, où ils étaient dans la même classe de dessin. Tous les deux avaient sensiblement le même niveau, ce qui avait souvent emmerdé Sasuke. Mais ce soir-là, en voyant son camarade, les cheveux exceptionnellement détachés et tombant sur le côté de son visage, sa chemise grise au col ouvert ainsi que ses pantalons noirs ajustés, sans compter la quantité d'alcool que Sasuke avait dans le sang, ce dernier lui trouva un certain charme. Ok, il était vraiment sexy, et visiblement attiré par la gent masculine.
Pourtant, cette constatation n'engendra pas de désir envers Neji, mais bien l'échafaudage d'un plan visant Naruto. Et oui, toutes les pensées du brun étaient monopolisées dans l'idée d'un seul et unique but: faire goûter sa vengeance au blond, saveur Uchiwa.
« Tu danses, Neji ? », demanda-t-il, alors qu'il prenait sa bouteille qui traînait sur la table collée derrière ses jambes, sans quitter son interlocuteur des yeux.
Il approcha le goulot de sa bouche et en but une gorgée lentement. Neji le détailla, ce qu'il voyait lui plaisant visiblement. L'Uchiwa décolla finalement ses lèvres humides et présenta la bouteille à son ami pour l'inviter à en boire aussi. Il ne refusa pas, entrant dans le jeu du brun.
Un sourire un coin, il colla la bouteille à ses lèvres et but. Aussitôt qu'il eut terminé, il s'approcha langoureusement de Sasuke et colla son torse contre celui de l'Uchiwa pour déposer la bouteille sur la table derrière lui, sans manquer d'effleurer son cou de son souffle, au passage. À cet instant, Sasuke ne put se retenir de penser que Neji était tout à fait désirable.
« Et toi ? » fit-il au creux de la nuque du brun, en lui prenant les deux mains avec douceur.
Neji recula d'un pas et se retrouva face à Sasuke, leur visage séparé par seulement un ou deux centimètres. Et, au lieu de dire quoi que ce fut, Sasuke se contenta de sourire en coin, l'air hautain. Il savait que Neji était comme lui: compétitif. Il ne lui résisterait définitivement pas si ce dernier avait l'impression qu'il ne pouvait l'avoir. Il prendrait le pari.
Puis, comme pour répondre au raisonnement du brun, Neji fit glisser ses mains sur les bras de Sasuke et arrêta sa descente au contact de ses homologues. Il les prit doucement et recula d'un pas. Le jeune Uchiwa suivit, lentement, tandis que Neji continuait de se diriger vers la piste de danse à reculons.
Décidément, cet homme savait comment s'y prendre pour jouer avec la sensualité. Non, la sexualité, pure et simple.
Ils atteignirent finalement l'endroit, où Neji tira le brun vers lui en un ultime coup qui élimina la distance entre leurs deux corps. Incessamment, il entreprit de poser ses mains sur les hanches de Sasuke en une poigne ferme et sexuelle, tandis qu'il intimait un déhanché impudique. Son partenaire, lui, enroula ses bras autour de son cou, suivant les mouvements de bassin à la perfection. La jambe de Neji passa soudain entre celle de Sasuke, permettant ainsi à leur deux corps de s'emboîter encore plus lascivement. L'Hyuuga semblait être dans une transe et le brun fit mine d'être dans le même état.
Parfait, maintenant Sasuke pouvait observer le fruit de son travail.
Il se retourna avec volupté pour coller son dos contre le torse de Neji, et remit ses mains autour du cou de ce dernier. Il sentit ce dernier s'enhardir contre lui, mais Sasuke n'en avait plus rien à faire. Son plan était en marche et se déroulait comme prévu: en se retournant, il vit naruto qui était face à lui, à quelques mètre de distance, et qui le regardait fixement.
« Que la partie commence », pensa le brun, alors qu'il lançait un regard défiant au blond.
Ce dernier, les yeux d'abord emplis d'une incompréhension certaine, répondit ensuite par la même expression de défi qu'arborait son ami. Sasuke ne put s'empêcher de sourire en constatant que même dans un moment pareil leur rivalité persistait; que leur petit jeu continuait.
Alors, sans lâcher Naruto des yeux, il accentua son déhanché en le rendant encore plus langoureux et explicite. Il enfonça ensuite ses mains dans les longs cheveux de Neji, qui répondit à ce geste en passant subrepticement le bout de ses doigts sous la bordure du haut de Sasuke. Ce dernier fit mine de soupirer d'aise, sans manquer de montrer son visage frôlant soit-disant l'extase au blond. « J'espère que tu meurs de jalousie en ce moment, Naruto », jubilait-il intérieurement.
Comme pour répondre à la pensée du brun, le visage du blond dépeignit une frustration contenue. Cependant, il ne laissa pas ses traits le trahir d'avantage et revêtit à nouveau un regard défiant. Mais le brun savait qu'il avait déjà gagné: il était inconcevable que son ami joua le même jeu avec Hinata.
Soudain, ce dernier, dont les mains étaient posées nonchalamment sur les hanches de son amie, se resserrèrent autour de sa taille avec lenteur. Il avança ensuite son visage contre la nuque de la jeune femme jusqu'à ce qu'ils fussent collés joue contre joue. Puis, pour finaliser son geste, il arbora un sourire en coin avant de mordre légèrement sa lèvre inférieure. Devant cette expression absolument excitante, le brun ne put réprimer un faible gémissement: seulement en voyant le blond arborer un tel faciès, le corps de Sasuke s'était réchauffé et son entre-jambe, activée.
Il avait osé. Et Hinata, dont le sourire s'était élargit, répondait clairement à son avance. Il avait osé. Comment avait-il osé ?!
Sasuke, malgré son désir grandissant pour le blond, répondit à l'injure du tac-au-tac: Il glissa sa main contre la joue de Neji, intimant ce dernier à tourner son visage, ce qu'il fit. Sasuke pouvait lire dans les yeux du Hyuuga toute l'envie que ce dernier lui portait. Et avec tout le pragmatisme dont il était capable, il fit taire la petite voix qui lui disait que c'était hypocrite et vil de se servir de quelqu'un de la sorte, et embrassa son camarade. Le baiser n'eut pas le temps d'être chaste que Neji quémandait déjà l'accès avec sa langue à la cavité humide de Sasuke, qui devait admettre que son ami était loin de mal embrasser.
« Je me demande si Naruto embrasse bien », pensa-t-il furtivement.
Puis soudain, une sensation étrange s'empara de lui. Il savait que tout ceci était un jeu et que son manège avec Neji n'était qu'un plan pour faire enrager Naruto, mais il ne put s'empêcher de penser que cette situation était d'un horrible faux. Et surtout, jamais Sasuke ne s'était sentit de la sorte lorsqu'il avait utilisé quelqu'un pour arriver à ses fins. Quelque chose clochait avec lui. Quelque chose clochait avec cette situation. Puis, lorsqu'il ouvrit les yeux, détachant ses lèvres de celles de son ami, en voyant le visage de ce dernier, il comprit.
Ç'aurait dû être Naruto qui l'embrassait. Pas Neji, ni n'importe qui d'autre. Juste Naruto. Parce que c'était ce dont il avait réellement envie; parce que c'était ce qui lui semblait vrai.
Il tourna sa tête vers l'objet de ses pensées, appréhendant la suite. Ce baiser avait-il été le défi de trop ?
Mais lorsqu'il croyait regarder l'endroit où Naruto dansait plus tôt, il vit que Hinata était seule, dans sa bulle. Il était partit.
« Merde », pensa le brun, alors qu'il se décollait prestement de Neji.
« La chanson n'est pas terminée, lui dit ce dernier avec une sensualité qui dégoûta Sasuke.
- J'ai envie de pisser, merci pour la danse », répondit-il froidement.
Sur ce, il s'éloigna en toute hâte sous le regard incompréhensif du Hyuuga. Mais le brun n'en avait cure. Il devait retrouver Naruto. Pourquoi se sentait-il ainsi, comme si le monde ralentissait, prêt à arrêter de tourner ? Et quelle était cette boule qui nouait ses tripes ?
Non, Sasuke savait très bien quelle était cette sensation. Il l'avait expérimenté quand il avait attendu dans la salle d'attente à l'hôpital lorsque ses parents avaient passé des heures à l'urgence. Quand il avait vu le visage étrangement neutre du médecin au moment où ce dernier s'était avancé vers lui pour lui annoncer la tragédie. Quand il avait sentit que le monde s'apprêtait à s'écrouler. Que le sol allait se dérober sous lui.
Il avait peur.
Et ce simple constat lui fit se demander: peur de quoi ? De quoi avait-il donc si peur ?
Ses pieds le guidaient sans même qu'il n'eut à y penser. Rapidement, il passa de la marche rapide à la course, priant pour que le blond ne fut pas déjà partit. Il sortit du gym, continuant sa lancée à travers le couloirs. Il fit un arrêt à la salle de bain: aucune trace du blond. Il poursuivit son ascension vers la sortie principale du collège, anxieux à l'idée que Naruto eut quitté l'immeuble. Puis, à travers la porte vitrée, il vit s'éloigner dans le froid hivernal une tête blonde. Avait-il vraiment eu le temps de prendre ses affaires dans son casier pendant que Sasuke embrassait Neji comme un idiot ?
Il n'eut pas le temps de faire un calcul approximatif de la durée du baiser qu'il avait échangé plus tôt avec ledit Neji. Sans plus attendre, il poussa la porte avec force et se retrouva dehors en train de poursuivre son ami.
Est-ce que « ami » était encore le bon terme pour les définir ? Parce que visiblement, Sasuke n'aurait jamais réagi de la sorte face à un «ami ». En fait, en y repensant, jamais il n'aurait fait tout ce manège stupide pour rendre jaloux un « ami ».
Comment se faisait-il qu'il comprenait tout ça maintenant ?
« Naruto ! » cria-t-il avant de réfléchir à ce qu'il allait dire ou faire.
Ce dernier se retourna, neutre, et s'arrêta. Essoufflé, Sasuke le rejoignit.
« Oui ? , répondit-il simplement.
- Tu t'en vas ? demanda savamment le brun entre deux goulées d'air glacé.
- Qu'est-ce que j'ai l'air de faire ? » rétorqua le blond, son ton maintenant moqueur ne cachant pas son regard las.
Sasuke prit appui sur ses genoux pour reprendre son souffle avant de relever la tête, un sourire en coin.
« À toi de me le dire », ajouta-il, incapable d'user d'autre chose que de son habituelle malice.
Naruto rit faiblement dans sa barbe, ironique, en regardant le sol gelé.
Il leva ensuite les yeux vers Sasuke qui attendait une réponse. Puis, perdus dans le regard de l'autre, le temps sembla s'arrêter. Le vent qui soufflait autour d'eux ne faisait plus un bruit, comme la température glaciale ne dérangeait pas le brun le moins du monde. Il se perdait dans deux lagons d'une beauté surréaliste avec une aisance et une paix sans noms. Ni l'un ni l'autre n'aurait sut dire combien de temps s'était écoulé quand le blond prit la parole.
« Je n'ai plus d'alcool, en fait. J'allais en acheter avant que tout ne ferme. »
Naruto détourna le regard des puits d'encre de Sasuke, observant un point fixe imaginaire au loin.
« C'est vrai ? demanda le brun, incapable de cacher son nouvel espoir audible dans sa voix.
- Dis donc, à t'entendre on dirait presque que tu avais peur que je m'en aille ! » le nargua Naruto en regardant à nouveau le brun.
Ce dernier détourna prestement le visage pour cacher sa gêne d'un rire cynique. Ceci dit, il ne releva pas la réplique de son ami, trop soulagé pour le faire. Puis, reprenant tout juste son souffle, il demanda:
« Je peux t'accompagner ? »
Les yeux de Naruto s'écarquillèrent sous la surprise pendant une fraction de seconde, puis il répondit.
« Si tu veux.
- Un peu d'air frais ne me fera pas de mal », dit-il, alors qu'il se redressait pour entamer la marche.
Sasuke grelottait presque tant il avait froid, mais il s'en balançait. Tout allait bien.
XVI
Orochimaru marchait, arborant toujours ce déhanché qui lui était caractéristique, en regardant les adresses au-dessus des portes de maison autour de lui. Il posa soudain ses yeux sur un bout de papier en arrêtant sa marche. Il compara ensuite les nombres inscrits sur sa feuille à ceux sur la façade du bloc appartement où il s'était arrêté. Il sourit, satisfait.
Il avança vers la bâtisse et poussa la porte extérieure. Il fit de même avec celle de l'intérieur et fut content de constater qu'elle ne lui résistait pas. « Se sera plus amusant si je lui fait une surprise », jubilait-il intérieurement.
Il monta un étage, puis deux, puis trois et arriva finalement devant la porte qu'il cherchait: 326. Il cogna puis, quelques secondes plus tard, elle s'ouvrit.
« Orochimaru ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
Ce dernier sourit de cette expression perverse qu'il revêtait presque en permanence.
« Je n'y peux rien, je m'ennuyais de toi, Ita-chan. »
Ce dernier avait les cheveux nonchalamment détachés, tombant en cascades sur ses épaules couvertes d'une chemise à moitié détachée. Visiblement, il était seul chez lui, à son aise. Aussi, ne s'attendant pas à un tel visiteur, il arbora une certaine surprise.
« Tu ne m'invites pas à entrer ? roucoula l'aîné des deux.
- Oui, désolé », répondit l'Uchiwa en ouvrant d'avantage la porte.
Orochimaru entra en observant les lieux. Pas de décoration, des meubles bon marché, des pièces exiguës, le plafond bas...
« Et bien, ça change du manoir Uchiwa, fit remarquer ce dernier.
- On s'y habitue.
- J'imagine. »
Comme si Itachi n'était pas là, il continua de détailler l'appartement. Il se promena vers la cuisine qui était minuscule et presque intégrée au salon. Après avoir noté le four et le poêle semblant dater d'une autre époque ainsi que le plancher de bois taché, il changea de pièce pour regarder le salon. Il n'y avait qu'un petit canapé en cuir usé ainsi qu'une télévision de taille peu impressionnante.
« Pourquoi n'as-tu pas gardé quelques de tes anciens meubles ? Tout ça fait bien pitié, si tu veux mon avis, lança Orochimaru, nullement arrogant.
- Sasuke ne voulait rien avoir qui venait de notre ancienne maison. J'imagine qu'il voulait repartir à zéro.
- Je vois », répondit-il.
Ayant fait le tour du salon, il quitta à nouveau la pièce et se dirigea vers un étroit couloir semblant mener aux chambres.
« Qu'est-ce que tu veux, Orochimaru ? » dit Itachi, arrêtant son aîné d'une poigne ferme sur son bras.
Ce dernier regarda la main posée sur lui et, après quelques secondes, se retourna vers le brun.
« Je te l'ai dit, je m'ennuyais de toi », fit-il en effleurant le menton d'Itachi du bout des doigts.
Ce dernier détourna légèrement la tête, intimant sans conviction Orochimaru d'enlever ses mains de sur lui. L'aîné accéda à sa requête, sachant néanmoins que s'il avait insisté, Itachi ne lui aurait pas résisté.
Il se libéra du bras de l'Uchiwa et se rendit vers une table entre le salon et la cuisine autour de laquelle étaient placées deux chaises. Il s'assit, et Itachi le rejoignit.
« D'accord, alors en tant que personne qui s'ennuyait soit-disant de moi, qu'es-tu venu faire ici ?
- J'avais envie de te voir et de te parler.
- Me parler de quoi ?
- De toi, de nous.
- Arrête de charrier, je te connais. Si tu avais voulu me parler de ''nous'', tu n'aurais pas attendu deux ans pour le faire. »
Orochimaru s'accota sur ses coude, l'expression joueuse.
« Touché ! »
Itachi rit dans sa barbe.
« T'es incroyable...
- Et c'est pour ça que tu m'aimes, non ?
- Je ne t'aime pas.
- Ah bon ? Alors pourquoi es-tu seul depuis notre petite aventure ? »
Orochimaru vit son cadet tiquer à ce détail, ce qu'il remarqua uniquement parce qu'il le connaissait à la perfection.
« Parce que je m'occupe de faire vivre mon frère, alors imagines-toi donc que je n'ai pas le temps de rencontrer des gens.
- Ah oui, ton frère, c'est vrai... Comment va-t-il, d'ailleurs ?
- Bien, je crois. Mais qu'est-ce que ça peut te faire, de toute façon ?
- Mais rien, pas besoin d'être aussi susceptible ! »
Il se mit à rire.
« J'ai l'air de trouver cette situation drôle, peut-être ? fit Itachi.
- Non, mais moi si.
- Je vais te le demander une dernière fois: qu'est-ce que tu viens faire chez moi ? »
Orochimaru reprit un peu de son sérieux. Surtout qu'en voyant le visage presque fâché du brun, il se dit qu'il ne devait pas trop en mettre, non plus.
« Je suis venu te demander un service.
- En quoi est-ce que je pourrais bien t'être utile, Orochimaru ? Ça fait deux ans qu'on ne s'est même pas adressé la parole, et aujourd'hui tu me demandes un service ! »
Ce dernier observa son cadet, attendrit. Même s'il jouait le jeu du parfait salaud manipulateur, il devait admettre qu'Itachi lui avait vraiment manqué.
« Il n'y a qu'avec moi que tu peux être si émotif, Ita-chan », sourit-il, nostalgique.
Itachi parut surpris, autant par la remarque d'Orochimaru que par la tendresse dans sa voix.
« Qu'est-ce que tu veux ? », se reprit-il, cette fois plus froid.
Son changement d'attitude arracha un sourire à l'aîné des deux.
« D'abord, c'est en lien avec ton frère.
- Quoi, c'est lui que tu veux te taper maintenant ? Si tu veux te faire la famille au complet je suis désolé de t'apprendre qu'il est un peu trop tard, fit-il, de nouveau émotif, faisant rire Orochimaru.
- C'est vrai qu'il a pas mal bien vieilli, mais tu sais que c'est toi mon favori, sourit-il.
- C'est ça, alors, tu lui veux quoi à mon frère ?
- Bien, tu dois connaître ses... penchants, disons.
-... De quoi tu parles ?
- Tu l'ignores ?
- Mais de quoi ! »
Orochimaru avança faiblement son visage vers Itachi.
« Qu'il est gai !
- quoi ?
- Gai, homosexuel, attiré par les hommes, friand de la gent masculine, je te fais un dessin ? À moins que tu ne préfères une démonstration, si tu vois ce que je veux dire...
- J'avais compris, merci. Ça m'a juste surpris... Je l'ignorais, c'est tout.
- Bon, maintenant que ce n'est plus le cas, il va falloir que je t'explique le reste de la situation.
- Vas-y, bon sang...
- Tu es toujours aussi beau quand tu fais l'insensible... Mais moi je sais que tu es très heureux de me voir, Ita-chan, fit-il en souriant mielleusement tout en touchant la main de Itachi.
- Je ne parierais pas là-dessus », répondit-il sèchement en récupérant sa main.
Le bas-ventre d'Orochimaru commençait tranquillement à s'éveiller en voyant l'Uchiwa contenir ses émotions. Il devait tant avoir à lui reprocher ! Tant de choses à lui dire ! Et pourtant, il essayait de jouer la carte de l'indifférent. Mais Orochimaru avait appris à décoder le code Uchiwesque, aussi, il savait très bien que son ex-amant se mourait encore de lui. Et ça l'excitait.
Cependant, l'heure n'était pas aux bons souvenirs ou à la baise torride. Il était venu demander service à Itachi, ce qu'il allait faire. Ensuite il verrait s'il voulait s'amuser un peu avec lui. Mais pas avant.
« Donc, comme je disais, ton frère est gai et a présentement une personne en vue. C'est cette personne qui m'intéresse.
- Et qu'est-ce que j'ai à faire là-dedans ?
- J'aimerais bien que tu dissuades ton frère de voir cette personne.
- Pourquoi ferais-je une telle chose pour toi ?
- Pourquoi pas ?
- Sérieux, tu demandes ? J'ai un millier de raisons de te jeter immédiatement dehors et de faire en sorte de ne plus jamais te croiser ! Pourquoi te rendrais-je tel service ?
- Et bien... »
Orochimaru se leva sous les yeux quelques peu inquiets d'Itachi. Il s'approcha dangereusement de ce dernier et, rendu à quelques centimètres de lui, il passa la paume de sa main contre la joue de son ex-amant avant de se pencher vers son visage.
« Parce que tu ne peux rien me refuser, n'est-ce pas? »
Après avoir murmuré cette phrase, il s'avança et posa ses lèvres sur celles d'Itachi. Quelques secondes de retenue inutile plus tard, il sentit son cadet se détendre et entrouvrir lentement sa bouche pour répondre au baiser. Que c'était bon de sentir le brun contre lui à nouveau ! Pendant une seconde, il se dit presque que ses lèvres étaient suffisantes et qu'il n'avait plus besoin du sexe brutal de Naruto. Cependant, il se ressaisit rapidement et balaya cette pensée d'un revers de main. Orochimaru savait ce qu'il était : instable, accro au sexe et manipulateur. Mais ce dont il était encore plus certain, c'était qu'il ne pouvait être amoureux. Jamais.
Il approfondit donc leur baiser et profita de l'ouverture des lèvres de son ex et futur- amant pour enfoncer sa langue dans la cavité d'Itachi, sachant à quel point ce dernier aimait leurs baisers profonds et passionnés. Et, désormais incapable d'y remédier, l'Uchiwa remonta ses mains le long des cuisses d'Orochimaru dans une caresse à la fois tendre et désireuse. Ce dernier, pris d'une violente excitation, laissa s'échapper un soupir d'aise de la commissure de ses lèvres.
La machine était en marche, et si Orochimaru prétendait avoir le contrôle de la situation, quand Itachi tira sur le revers de ses cuisses pour le forcer à s'asseoir à califourchon sur lui, l'aîné perdit alors tous ses moyens. Il enroula férocement la nuque de l'Uchiwa de ses deux longs bras, qui s'emmêlèrent autour de sa tête tels deux longs serpents avides de sa peau. Puis, comme Orochimaru mordait la lèvre inférieure de son cadet, les mains de ce dernier entreprirent une ascension d'abord sur les cuisses de son amant, pour ensuite s'arrêter sur ses fesses qu'il massa de bas-en-haut et de haut-en-bas en touchant du bout des doigts l'intimité d'Orochimaru à travers son pantalon moulant, ce qui arracha un gémissement sourd à son aîné. L'Uchiwa sourit contre les lèvres de son amant, à la fois satisfait d'être encore capable d'autant l'exciter que d'enfin retrouver ce corps qui lui avait tant manqué.
Soudain, Orochimaru commença à se déhancher sans pudeur sur le membre érigé d'Itachi, volant à ce dernier un son qui était à mi-chemin entre un gémissement et un grognement. Les choses commençaient vraiment à dégénérer, autant pour Orochimaru qui perdait tout contrôle sur lui-même et qui se laissait aller aux caresses parfaites de son amant, que pour Itachi, perdu entre sa rancœur et tout l'amour qu'il éprouvait pour son aîné.
Ce dernier, de plus en plus ardent sous la torture qu'il infligeait à leur deux membres durcis et désireux l'un de l'autre, déroula ses bras d'autour de la nuque d'Itachi et glissa ses mains sur le torse de on amant pour détacher sa chemise déjà entrouverte. En sentant les longs doigts d'Orochimaru sur sa peau, le brun frémit et soupira bruyamment, arrachant un râle d'excitation à l'aîné. Leurs corps se répondaient parfaitement sans même l'assentiment de leur conscience. Et si cette dernière leur disait de se fuir l'un-l'autre, tout le reste leur signifiait qu'ils étaient précisément à leur place, et ce même après deux ans de silence. Sauraient-ils encore se dispenser de leur contact, maintenant qu'ils s'étaient souvenus de la justesse de chacun de leurs gestes envers l'autre ?
Orochimaru enleva le vêtement à son cadet avec grande joie et l'envoya valser plus loin dans la pièce. Sans plus attendre, il s'attaqua à la gorge pulsante du brun comme il enfonçait ses grandes mains dans son cuir chevelu, le faisant râler avec toute la bestialité et la sexualité que son corps avait contenu pendant deux ans. Itachi ne pouvait plus le nier: jamais quelqu'un n'avait réussi à le rendre fou comme Orochimaru le faisait. Ce dernier le connaissait vraiment par cœur, en tous points. Et autant chaque fois qu'il en venait à cette évidence il se haïssait, autant à ce moment-là, il voulait bien croire que sa longe attente n'avait pas été vaine; qu'enfin, l'homme qu'il aimait depuis des années allait peut-être lui revenir.
Il aurait tout donné pour ça. Mais ce qu'il se demandait, c'était s'il allait être prêt à sacrifier son frère pour Orochimaru; pour ses lèvres brûlantes sur son torse, pour ses longues mains enfonçant ses griffes dans ses épaules, pour ses coups de hanches savants; enfin, pour l'illusion qu'Orochimaru l'aimait encore, allait-il être prêt à détruire ce qui lui restait de sa famille ?
Il n'avait pas le temps d'y penser, ni l'envie, ni le courage. Tout ce qu'il désirait à ce moment-là, c'était de faire jouïr son amant pour ne plus jamais le voir partir. Ou du moins, essayer de toutes ses forces.
XVII
Naruto et Sasuke marchaient silencieusement en direction d'un magasin près où ils pourraient acheter de l'alcool. Naruto semblait être perdu dans ses pensées et Sasuke, lui, se demandait bien à quoi pensait le blond. En fait, il mourrait d'envie de le savoir.
« À quoi tu penses ? »
Naruto rit.
« Et toi ?
- Je pense à me demander à quoi tu penses. Maintenant tu es obligé de répondre, puisque j'ai répondu à ta question », sourit Sasuke, victorieux.
Dire qu'il n'avait même pas prévu le coup ! C'était à croire qu'il était instinctivement opportuniste, même quand il avait l'esprit embrumé par l'alcool.
« Eh bien, tu ne perds pas le nord, sourit vaguement Naruto.
- Jamais », répondit Sasuke.
Néanmoins, Naruto ne répondit pas. Pensait-il à ce qu'il allait répondre ? Ou refusait-il simplement de le faire ?
« Alors, cette réponse ? demanda le brun.
- Je ne sais pas trop à quoi je pense, honnêtement. Je sais que je suis saoul et que j'ai envie de boire plus. Je me dis quelque part dans ma tête qu'en ce moment tu dois te les geler, que je devrais te prêter mon manteau, sauf qu'en même temps, je n'ai pas envie de le faire. Mais c'est stupide, non ? Tiens, prends-le. J'ai encore plus froid juste en te regardant grelotter comme ça », débita-t-il en enlevant son vêtement pour le tendre à Sasuke.
Mais de quoi parlait-il ? Sasuke réalisa à peine que Naruto était en train de déposer le manteau sur ses épaules.
« C'est... vraiment à ça que tu pensais ? s'aventura le brun, incertain par rapport à son ami.
- On peut dire. Ou on peut aussi dire que je pensais à moi qui devrais te dire à quoi je pensais, non ? »
Qu...
Ah, voilà ce dont il était question. Sasuke sourit: il appréciait toujours invariablement le sens de la répartie du blond, même si ce dernier avait presque l'air de mauvais poil. Quoi espérer d'autre, après ce qu'il avait fait avec Neji devant lui ? Mais peu importait: Sasuke était bien déterminé à redonner la bonne humeur à Naruto.
« D'accord, alors tu veux que je te dise à quoi je pense réellement, c'est ça ? sourit le brun en resserrant le manteau autour de lui.
- À moins que tu ne veuilles te contenter de la réponse que je viens de te donner ?
- Peut-être.
- Ou peut-être pas », rétorqua le blond.
Sasuke lança un regard à son ami qui avait les yeux fixés droit devant lui. Il semblait inébranlable, inflexible comme un pilier rigide et enfoncé dans la terre pour s'allonger jusqu'au ciel. Cette force nouvelle qu'il dégageait, d'où venait-elle ? Cette puissance, cette confiance qui donnait l'impression à Sasuke qu'il était infiniment petit et faible, quand avait-elle germé ?
Sasuke soupira. Il avait vraiment prit un sacré retard par rapport à l'évolution de son ami. Tout ça à cause d'une semaine à peine passée sans se voir ! À ce rythme, il allait finir par ne plus rien contrôler du tout. « Fais quelque chose ! » se dit-il instinctivement. Mais ses jambes étaient molles, sa bouche un peu pâteuse et son cerveau, engourdi sous le poids de son ivresse, ne voulait plus rien savoir de « gagner » ou de « perdre ». Tout sembla soudainement prendre tellement plus d'importance que ces deux simples notions ! En fait, il n'était même plus question de savoir si perdre ou gagner était important; il était carrément dans un autre ordre d'idées.
Il regarda Naruto et se souvint de son corps se balançant à un rythme soutenu, se déhanchant avec provocation contre une personne qui n'était pas lui. « Naruto représente tellement plus qu'une victoire ou une défaite », se surprit-il à penser.
Il ne s'agissait plus de se battre contre Naruto pour prouver sa supériorité; il s'agissait de se battre contre lui-même pour accepter que le blond lui donnait le sentiment d'être, tout simplement.
« Alors, on se dégonfle ? » le nargua blond sans détourner les yeux de la route.
Une force de la nature: voilà ce qu'il inspirait au brun. Soudain, ce dernier fut prit d'une vague de désir pour Naruto. Il avait envie de sa force, il désirait cette certitude. Il voulait de ce réconfort.
« Ok alors. Je me disais que tu était foutrement beau quand tu dansais tout à l'heure », avoua-t-il, sans pouvoir s'empêcher de jouer la carte de la franchise dans le seul but de se retrouver en position de supériorité par rapport à Naruto en créant un effet de surprise.
Visiblement, peu importait les grandes résolutions et les prises de conscience du brun, Sasuke restait Sasuke, et ce même malgré Sasuke.
Ceci dit, la réplique du brun fit son effet: les joues de son ami prirent une teinte rouge tomate qui donna grandement envie à l'Uchiwa de mordre dedans.
« Quoi, je t'ai pris par surprise, peut-être ? On dirait que tu es gêné, c'est drôle ton visage est rouge foncé ! » le nargua-t-il.
Avec la tête qu'il faisait, comment Sasuke était-il sensé résister à son envie de l'embarrasser encore plus ?
« L-la ferme ! bredouilla Naruto en détournant le visage.
- Ce que tu es mignon quand tu rougis ! rit Sasuke, en s'approchant de Naruto pour voir son visage malgré tous les efforts du blond pour l'en empêcher.
- Arrêtes avec ça ! grogna-t-il.
- Allez, c'est pas la fin du monde !
- Mais je sais bien ! s'emporta-t-il.
- On dirait presque que tu ne t'es jamais fait complimenter ! »
Naruto frotta vivement ses bras avant d'enfoncer ses mains dans ses poches de jeans. Il ne répondit rien.
« Naruto ?
- Quoi !
- Allez, ça va ! Je me paie ta tête, c'est tout !
- Je sais ça !
- Bon, alors pas besoin de le prendre comme ça, non ? Et puis, je t'ai dit que tu étais foutrement beau, pas que tu sentais la charogne !
- Mais arrêtes de dire ça ! s'énerva à nouveau Naruto.
- Dire quoi !
- C'que tu viens de dire, bon sang !
- Naruto, j'ai dit plein de truc, il va falloir que tu soies plus clair. »
Sasuke jubilait. Son ami était encore plus beau - si c'était possible ! - quand il était mort de gêne. Lentement, cette situation commençait à réchauffer une certaine partie de son anatomie.
Tout à coup, le blond s'arrêta sec. Il ferma les yeux et arbora une expression concentrée. Sasuke, qui s'arrêta à son tour, n'arrivait pas à croire qu'un simple compliment avait pu mettre Naruto dans un tel état; lui qui était un peu plus tôt tellement fort et inébranlable.
Le blond se positionna face à Sasuke, prit une grand inspiration et se lança:
« Ne me dis plus que je suis... foutrement beau... quand je danse.
-Ah ! C'était donc ça le problème. Il fallait le dire plus tôt.
- ...
- Et bien, j'ignorais que tu étais incapable de prendre un compliment.
- La ferme !
- Ok, mais avant tu dois me dire à quoi tu penses, tu te souviens ? »
Naruto leva les yeux vers Sasuke avant de laisser tomber sa tête vers l'arrière, désespéré. La transparence du blond surprit - encore - Sasuke, mais il n'en laissa rien paraître. Il aimait être surprit par Naruto. C'était d'ailleurs une des choses qu'il avait toujours aimé chez lui, et il se rendait compte que ce trait de personnalité lui plaisait de plus en plus.
Soudain, le blond ramena sa tête devant lui et se racla la gorge, comme pour se préparer à commencer un discours.
« Bon. D'abord je suis mal à l'aise, comme tu as pu le remarquer, commença-t-il.
- C'est un bon début », répondit le brun en voulant dire « mais encore ? », ce que Naruto comprit.
Ce dernier soupira et continua.
« Ok, ensuite... je pense à boire ? » tenta Naruto sans la moindre once de lucidité.
Sasuke leva un sourcil, complètement incrédule.
« Et après on me dit ''ou peut-être que je pensais à penser à ce à quoi je pensais et bla bla bla''-
- Ça va, ça va ! Je fais ce que je peux je te signale !
- Et moi je te rappelle que j'ai été tout à fait honnête !
- Je sais, c'est bon !
- Alors vas-y, fais juste dire à quoi tu pense à l'instant-même !
- C'est ce que j'essaie de faire !
- Si t'essaie c'est parce que tu ne dis pas à quoi tu penses à ce moment exact, sinon t'aurais pas à penser, crétin !
- Non mais t'es pas possible, tu le sais ça ! fit Naruto en augmentant le ton de sa voix, exaspéré.
- Et toi tu essaies de changer de sujet ! insista-t-il.
- Ce que tu peux être borné ! enrageait le blond.
- Oui, et alors ! Moi au moins je joue franc-jeu ! rétorqua Sasuke.
- Mais moi aussi ! s'offusqua l'un.
- Visiblement pas ! s'échauffait l'autre.
- OK ALORS ! Je me disais que j'avais très envie de te sauter dessus et de t'faire l'amour, ça te va !? » cria-t-il pour faire taire Sasuke une bonne fois pour toutes.
Mais instantanément, il bloqua sa bouche d'un grand coup de paume comme s'il espérait pouvoir ravaler ses mots. Chose qui s'avéra tout à fait inutile, il allait sans dire.
Soudain, ce fut au tour de Sasuke de rougir. Certes, il s'était un peu attendu à ce que Naruto réponde quelque chose du genre, mais entre l'entendre directement de la bouche du blond et le fait de se l'imaginer, il y avait un monde. Et il était aussi une multitude de choses que le brun n'avait pas prévues telles que, par exemple, ses genoux fébriles sous une vague intense d'excitation, ses yeux écarquillés par la surprise ainsi que l'érection monstre qui commençait à durcir dans son pantalon à l'idée de se faire faire l'amour par Naruto.
Il s'imagina les lèvres du blond parcourant chaque centimètre de sa peau, ses soupirs et ses grognements de désir, ses longs doigts forts entrer en lui pour mieux en ressortir ainsi que leurs deux corps enchâssés; les muscles de Naruto au-dessus et autour de lui, sa peau hâlée, sa chevelure blonds ainsi que ses yeux céruléens prenant toute la place, l'odeur de sa sueur embaumant la pièce et le rythme effréné de leurs ébats; à la fois tendre et bestial, Naruto le prenant et le faisant jouir à coups de bassin, lui faisant hurler son nom, l'y forçant.
Oui, Sasuke en mourait d'envie, et son sexe douloureux le-lui faisait bien savoir.
« Sasuke ? Est-ce que t-tu... Tu rougis ? »
L'interpellé revint sur terre, prenant bien soin de couvrir son érection en resserrant encore le manteau sur lui.
« Possible, répondit-il pour éviter la question tout en reprenant la marche vers la destination initiale.
- Ça alors, c'est bien la première fois que je te vois rougir ! » sourit Naruto en rattrapant le brun.
« Pourquoi est-il si satisfait, lui ? - Putain qu'il est beau ! Qu'est-ce que je donnerais pour qu'il me prenne là, tout de suite...- Non ! calmes-toi Sasuke, cal - Que je me calme ? Non mais tu l'as vu ! Il est carrément bandant et ce n'est pas qu'une façon de parler, si tu veux des preuves t'as qu'à demander des renseignements au sud, hein ! - Je sais tout ça, mais là t'as l'air un peu con à ne rien dire devant la moquerie qu'il vient de - Est-ce que t'avais déjà remarqué à quel point il est esthétiquement parfait ? Je veux dire, oui sa beauté est frappante, mais il n'est pas juste beau; il est parfait ! - Ok, j'abandonne. - Merde qu'il est beau... »
Attends, rembobine. La moquerie ? « Merde ! » pensa-t-il.
« Et pour que ça arrive il a quand même fallut que tu me dises que tu voulais me faire jouir ! répliqua le brun juste assez rapidement, arrachant une autre crise de '' rougite-aigüe '' à Naruto.
- Ar-Arrête ! Et j'ai jamais dit que je voulais te faire j-jouir !
- Ah, désolé. Ça c'était juste tiré de mon imagination qui s'est amusée à décrire la suite dans ma tête; tu as dis quoi déjà, exactement ?
- Une fois c'était bien assez... rougissait-il à nouveau, exaspéré par sa propre personne.
- Ok alors, je vais devoir m'en souvenir tout seul, était-ce: '' j'ai envie que tu me suces et que je te pénètres ensuite avec force '' ?
- Q-QUOI ? s'exclama-t-il.
- Ah non, alors peut-être que c'était: '' Je me meurs de te prendre dans tous les sens et de t'entendre crier mon nom ? ''
- PUTAIN SASUKE ARRÊTE ! criait le blond.
- Mais aides-moi alors ! Qu'est-ce que tu m'as dis ? »
Naruto s'arrêta à nouveau, Sasuke l'imitant, et regarda ce dernier dans les yeux. Et avec tout le sérieux du monde, il lui dit, d'une voix posée et irrévocable:
« Je t'ai dit, et écoutes-moi bien parce que je ne le dirai pas deux fois: '' j'ai très envie de te sauter dessus et de te faire l'amour ''. C'est bon, là ? » répéta-t-il lentement.
Comme quoi la seconde écoute n'était pas moins limite pornographique. En fait, elle l'était d'autant plus; comme si c'était davantage difficile pour Sasuke de se soustraire à son excitation maintenant qu'elle était installée et là pour rester.
Naruto ne quittait pas Sasuke des yeux, et vice-versa. Ils étaient là, l'un attendant la réponse de l'autre et l'autre attendant d'être capable de contrôler son corps pour dire quoi que ce fut. Or voilà, ce contrôle n'arrivait pas.
Le brun avait donc définitivement perdu le peu de maîtrise de soi qui lui restait.
Son corps mourrait de chaud, même s'il était en proie au froid glacé de l'hiver, son sexe et son bas-ventre bouillonnaient, puis son cerveau était manifestement partit se coucher car l'heure ne semblait plus être à la rationalité. Aussi, il devait se battre en redoublant d'efforts pour ne pas faire une chose dont tous les deux se tuaient d'envie, c'était à dire se sauter dessus. Pourquoi tant d'énergie gaspillée ?
« Ne pas montrer ses faiblesses, ne pas enlever son masque, toujours garder la tête haute, prouver sa supériorité, rester impassible. » pensa-t-il automatiquement.
Il avait bien appris ses leçons. Il savait à quoi sa famille lui aurait dit de s'en tenir. Mais la triste vérité était claire, pourtant. Pourquoi se défiler d'elle ? Ses parents étaient morts et son frère aurait probablement préféré vivre une vie simple où Sasuke n'était pas un boulet. C'était ça, la putain de vérité.
Mais Naruto était là, lui; droit, fort, beau, fascinant et surtout, il le voulait. Oui, Naruto le désirait. Il voulait bien aimer un peu Sasuke, et peu importait qu'il ne fut question que de sexe. Parce qu'aussi superficiel que ça ait pu être, ça voulait dire quelque chose. Ça voulait dire que Naruto trouvait Sasuke Uchiwa beau, attirant, sexuellement désirable et peut-être plus, qui savait ?
Comparativement à ça, que diable pouvait bien vouloir dire ses vieux préceptes familiaux à la con ? Mais rien du tout !
Alors oui, son entre-jambe était en feu et son pauvre corps se consumait. Et quand il avança vers Naruto et qu'il tomba dans ses deux yeux perdus, il n'eut qu'une seule et unique chose à dire:
« Mes ancêtres peuvent bien aller se faire foutre. »
Sasuke n'eut pas le temps d'entendre le faible « mais de quoi du parles ? »: il fondit sur les lèvres du blond et se mit à l'embrasser avec toute la bestialité qu'il gardait prisonnière dans son entre-jambe douloureuse. Oui, il le voulait vraiment très fort, probablement plus que Naruto, d'ailleurs. Et tant pis pour le reste. Demain allait être une autre journée; demain, il allait regretter. Demain, il allait s'excuser et allait revêtir son triste masque à nouveau. Mais pour cette nuit-là, rien à faire de l'éventail rouge et blanc: les seules couleurs qu'il pouvait voir en peinture, c'était un bleu céruléen, un beige hâlé et un blond doré.
Et, comme pour répondre à cette pensée, Naruto prit conscience de ce qui se passait et commença à bouger ses lèvres, d'abord lentement, ensuite de manière agréablement surprenante puis finalement avec un expertise difficile à concurrencer. Sasuke sentit les deux bras forts du blond passer sous son manteau, celui qu'il avait prêté à Sasuke, pour étreindre ses hanches avec force, arrachant un grognement de plaisir au brun. Ce dernier enroula ses propres bras autour de la nuque de Naruto tandis qu'il lui mordait la lèvre inférieure, le faisant grogner à son tour. Tous deux semblaient se nourrir des soupirs de l'autre, pour autant qu'ils respiraient.
Tout à coup, Naruto enfonça sa langue dans la bouche de Sasuke, qui n'en demanda pas moins pour grogner de plus belle en enfonçant ses ongles dans le cou du blond tout en remontant vers sa chevelure où il arrêta son ascension pour empoigner ses cheveux. Au tour de Naruto de grogner d'excitation, mais cette fois, il le fit en descendant sa main droite vers la fesse de Sasuke, qu'il empoigna avec force, rapprochant par le fait-même leurs deux bassins. Résultat: le choc inévitable de leurs érections monumentales. À ce contact fatidique, les deux hommes gémirent contre les lèvres de l'autre.
À bout de souffle, ils brisèrent leur baiser et par la force des choses tous deux plongèrent dans le regard de l'autre.
« Quel bleu épatant », pensa Sasuke en contemplant les pupilles embrumée de désir de Naruto. Il n'avait jamais vu ses yeux de si près.
Naruto était indéniablement la personne la plus désirable que Sasuke avait eut la chance de rencontrer. Oui, « chance » était le bon mot. Quelle personne captivante, qu'il avait connue haineuse, introvertie et incomprise. Même lui, au départ, avait mal jaugé le blond; il l'avait cru froid comme lui, indifférent face aux autres et l'avait conçu comme étant le simple résultat d'un passé torturant et semé de lourdes embûches. Comme lui.
Mais en apprenant à le connaître et surtout depuis cette courte soirée, qui pourtant lui en avait apprit beaucoup plus sur le blond que les quelques semaines qui s'étaient écoulées depuis leur première rencontre, il avait réalisé ceci: Naruto et lui avaient certes des points en commun, mais ils étaient beaucoup plus différents que ce qu'il avait crut à la base. En fait, il s'était mépris sur toute la ligne.
Naruto n'était pas froid, il essayait juste de se soustraire à un monde qu'il croyait le détester. Non, le blond était lumineux, intempestif et chaleureux. Et surtout, il remettait en question les choses qui l'entouraient sur une base spécifiquement émotive: il ne se disait pas misanthrope parce qu'objectivement la haine de l'être humain était constructive, mais bien parce qu'il avait besoin de haïr pour ne pas aimer ceux qui le détestaient. Pour ne pas être déçu. Comment cela n'avait-il pas été si clair plus tôt, pour Sasuke ? N'avait-il pas toujours remarqué le tiraillement qu'éprouvait Naruto entre se lier d'amitié avec lui ou prendre ses jambes à son coup pour ne pas souffrir de la déception ?
« Vaut-il mieux faire comme Sisyphe et aimer cette grosse pierre qui devient sienne, même si elle écorche un peu plus ses mains chaque jour; même si à force de temps et d'usure, le simple fait de la pousser suffira à briser ses os ? Ou vaut-il mieux faire comme moi et courir loin, loin de cet énorme rocher, même en sachant que je me prive du peu de bonheur que ce monde terne aurait à m'offrir ? »
N'était-ce pas précisément de ça dont Naruto parlait, à ce moment-là ? D'eux, de leur amitié ?
Alors il ne lui sembla plus être indifférent, mais au contraire très sensible face aux autres. Il les estimaient tellement, eux et leur naturel sociable, leur cohésion, leur amitié, si bien que par sa différence par rapport aux autres dont s'était convaincue le blond, il avait préféré les détester plutôt que de les envier, voire les aimer.
Naruto était donc tout sauf misanthrope; il était, selon Sasuke, l'exemple même de l'être le plus humain qui fut.
Le brun envia cette force. Car pour lui, c'était de cela dont il s'agissait.
Pour lui qui ne connaissait rien à l'impulsivité, enfin, qui était plutôt novice en la matière et qui savait seulement comment gérer les comportements humains au moyen de masques et de manipulation, Sasuke ne se sentait pas humain, mais ventriloque: il n'était qu'un marionnettiste qui maniait ses visages au bout d'un millier de cordes expertes et qui leur donnait les voix et les mots qu'il jugeait nécessaire de donner.
Mais loin d'être maître de ses visages, il en était l'esclave. Et c'était ça, sa grande faiblesse. Par crainte de s'emmêler dans ses fils, il n'avait jamais jugé bon de descendre de son piédestal de papier pour prendre place sur la scène. Il n'avait jamais vécu.
« Sasuke ? » demanda timidement le blond.
Ce dernier délaissa ses réflexions et renoua avec la réalité, beaucoup plus belle et flamboyante que ses pensées.
« Hm? répondit-il, faute d'autres mots.
- Pourquoi ? »
Sasuke rit faiblement. « Pourquoi », répéta-t-il en pensées. Quelle petite question pour une aussi grande réponse.
« J'en avais envie », fut le meilleur résumé que Sasuke trouva à répondre.
D'un commun accord, il se séparèrent. Pas qu'ils avaient particulièrement envie de délaisser le corps de l'autre, mais par la force des choses, c'était ce qui s'était imposé. Parce que leur baiser ne les avaient engagés en rien; parce que ni l'un ni l'autre n'avait la présence d'esprit d'expliquer quoi que ce fut pour satisfaire ce besoin répandu de toujours tout définir.
Alors ils se tenaient là, face à face, incapables de dire quelque chose en rapport à ce qui venait de se passer, outre ce qu'ils s'étaient déjà dit. Pourtant, Sasuke aurait tellement eut à dire. Et tellement à interroger.
Mais l'heure n'était pas aux questions; le temps des masques était revenu. Lourde et harassante, cette vérité s'était dictée d'elle-même entre les deux oreilles de Sasuke: il n'était pas question de changer qui il était. Il n'y arriverait pas, pas comme ça, pas si vite. Il avait peur de le faire; il en avait toujours eu peur.
Qu'est-ce qui fait qu'un homme est libre ?
La réponse sembla évidente, à ce moment-là. Ce qui rendait sa liberté à un homme, c'était sa capacité à se soustraire de tout ce qui l'avait toujours définit malgré lui.
Alors soudainement, il réalisa pour la première fois à quel point il était loin d'être libre. Et peut-être Sasuke idéalisait-il son ami, mais il eut à cet instant-là l'impression que, même dans sa supposée misanthropie, Naruto, d'une certaine façon, lui, était libre. Simplement parce qu'il avait fait le choix de se définir par lui-même.
« Est-ce qu'on rentre ? demanda tout à coup Naruto.
- Et l'alcool ? demanda Sasuke à son tour, se rappelant soudain ce pour quoi ils étaient dans la rue à peine vêtus.
- À l'heure qu'il est, tout doit être fermé de toute façon.
- Hm. Ok alors, rentrons. »
Sur ce, les deux prirent la route du collège et passèrent le trajet dans un silence difficile à caractériser. Tout ce que Sasuke pouvait en dire, c'était que d'une manière tout à fait étonnante, il ne ressentit aucun malaise pendant leur marche de retour, comme s'il ne s'était rien passé entre eux.
Une part de lui regrettait de ne pas en avoir parlé au moment opportun, mais l'autre part lui disait qu'il était trop tard de toute façon et que de regretter ne lui servait à rien.
Il ne sut dire exactement quelle part de lui était la plus juste, au final.
XVIII
Appuyé sur son coude, Orochimaru observait Itachi tandis que ce dernier dormait. Il effleura sa beau diaphane du bout des yeux, haut-perchés, incapable de se résoudre à la toucher réellement. C'était tellement étrange d'être là, dans ce lit qu'il connaissait si bien, face à cet homme qu'il connaissait tout autant, sinon mieux.
Il soupira. Il s'était vraiment laissé prendre à son propre jeu; lui qui voulait garder le contrôle sur tout, dès que ses lèvres eurent touché celles d'Itachi, il ne sut que perdre pied au creux des bras qui l'avait si souvent enlacé. Il aurait dû savoir que c'était dangereux pour lui de jouer avec le feu, surtout avec son magnifique brun: Itachi savait manier les flammes avec une aisance qui avait toujours dépassé Orochimaru. Il n'avait jamais été de taille à résister à l'Uchiwa, et il le savait. Au fond de lui, il le savait très bien: c'était du délire de se rendre chez le brun, de lui demander un tel service en tentant d'empêcher la nostalgie de s'emparer de lui. Orochimaru n'était pourtant pas dupe; après tout, c'était bien parce qu'il s'embrasait dangereusement en présence du brun qu'il était partit sans un adieu, deux ans plus tôt. Et le voilà qui revenait à la charge, désarmé puis encore et toujours en proie à son désir et à son affection pour Itachi. Il s'était jeté dans la gueule du loup en se convaincant - vainement - qu'il serait le plus fort des deux.
Il replaça distraitement une mèche de ses longs cheveux et, au passage, palpa son lobe d'oreille comme il avait l'habitude de le faire quand il devait réfléchir.
Comment allait-il se sortir de cette situation indemne ?
« Je ne te dérange pas trop j'espère », dit Itachi d'une voix légèrement enrouée.
Orochimaru réprima un frisson de bien-être à l'entente de ces paroles si typiques de son ex-amant. Il devait faire quelque chose, dire quelque chose, et vite. Vite !
« Tu as réfléchis à ma demande ? »
Itachi cligna quelques fois des yeux pour mieux se réveiller, passa une main sur son visage et regarda finalement le plafond, pensif. Suite à plusieurs secondes de silence, il répondit:
« Qu'est-ce que je suis sensé te répondre ?
- ''oui'' », dit simplement Orochimaru.
Le brun soupira avec ironie.
« On parle quand même de mon frère, tu réalises un peu ce que tu me demandes ? »
Le serpent caressa la joue du brun d'un revers de main.
« Le feras-tu ? »
L'Uchiwa ne répondit pas. Il ferma les yeux et accentua le contact de sa joue sur les doigts de son ex-amant, savourant ce contact. Il lui avait tellement manqué. Il inspira pour s'imprégner de l'odeur d'Orochimaru, dont il voulait profiter pour le temps qu'elle existait, là, à la disposition de ses narines. Son corps en entier aurait voulu encore profiter de lui, l'aimer comme il ne pouvait le faire qu'avec son aîné.
Sans réellement s'en rendre compte, il approcha sa propre main de celle de son amant et glissa ses doigts entre ses homologues, voulant se délecter de leur douceur.
Qu'allait-il faire ? Pendant deux ans il avait souffert de son départ, et maintenant il était là. Là ! À portée de corps ! Était-ce si difficile de croire qu'il allait tout faire pour pouvoir le récupérer ?
« Vas-tu le faire ? réitéra Orochimaru.
- Ai-je vraiment le choix ? murmura l'Uchiwa.
-Je ne sais pas. À toi de me le dire. »
Les yeux toujours fermés, Itachi sourit avec une certaine mélancolie.
« Reviendras-tu me voir, si je le fais ? M'abandonneras-tu encore? »
Orochimaru sourit avec malice, comme il savait si bien le faire.
« Cette fois-ci ne t'as-t-elle pas suffit ? Cette démonstration tout à fait gratuite d'affection n'était-elle pas à la hauteur de ton désir ? »
Itachi ouvrit lentement les yeux. Son regard, fixé sur le plafond, mit un certain temps à s'encrer dans les pupilles d'Orochimaru. Puis, la morosité dans son sourire s'accentuant, il dit:
« Cette fois-ci était-elle vraiment gratuite ? »
Ce dernier sourit pour cacher sa propre amertume. Il ne rétorqua cependant rien, incertain pour une rare fois de sa capacité à trouver les mots justes entre le mensonge et la vérité.
Voyant que son aîné ne disait rien, après un cours silence, Itachi répondit:
« Je le ferai. »
XXX
« Alors, qu'est-ce que tu comptes faire ? »
Kakashi prit une gorgée de saké en réfléchissant. Son ami avait raison: qu'allait-il faire ? Maintenant qu'il avait quitté son emploi à l'école privée - à son plus grand bonheur - et qu'il avait intégré la classe de Jiraya, quel était son plan ? D'abord, quelle avait été son intention dès le départ ?
C'était difficile à dire en vérité, ce qui s'avérait d'autant plus étonnant: Kakashi n'avait jamais été quelqu'un d'impulsif ou d'irréfléchi. Or voilà, le « cas Sasuke » l'avait toujours captivé, autant lorsqu'il travaillait à l'école privée que maintenant, en tant que « stagiaire » de philosophie dans la classe de Jiraya. Alors il avait agi sans vraiment se donner la peine d'élaborer un plan, animé par l'idée qu'enfin il allait pouvoir faire quelque chose pour ce garçon qui, pour une raison compliquée à cerner, lui rappelait un peu ce qu'il avait été quelques années plus tôt. Peut-être cherchait-il à être cette personne qu'il aurait aimé avoir quand il était plus jeune ?
« Je ne sais pas encore, j'y pense », répondit-il honnêtement.
Il prit la feuille sur laquelle était imprimée la précédente dissertation philosophique de l'Uchiwa sur la table basse devant lui et la relut pour la énième fois.
« Est-ce qu'une bataille peut n'être gagnée qu'au moyen de la tromperie ?
Sun Tzu, dans l'Art de la guerre, dit: '' l'art de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combat ". Peut-être qu'ici l'auteur parlait de réelles guerres où s'affrontent des armées menées par des généraux sur les champs de bataille, cependant, la façon dont j'ai interprété cette citation se situe davantage, si ce n'est spécifiquement, dans le domaine de la philosophie que dans celui de la stratégie militaire. Aussi, puisque j'ai pour mon dire que la philosophie sert à servir à celui qui l'utilise comme moyen, j'utiliserai cette idée, celle de la tromperie, pour démontrer ici une thèse déjà éprouvée et appliquée. Voici donc ma question: pouvons-nous gagner une bataille en n'usant que de tromperie ?
Parce que je ne crois ni au choc des vérités, à la franchise pure et dure, à la nécessité de n'user que du bien dans une situation de conflit; ni à la force des poings, à la loi du plus fort et à la victoire de la majorité; car si, comme le dit notre vieux sage chinois, " l'art de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combat ", il n'y a que par la tromperie que cela est possible. Et c'est donc en elle que je crois. »
« Tu sais que ça ne risque vraiment pas d'être facile », avisa Jiraya avant de tirer sur le filtre de sa cigarette.
Kakashi leva les yeux du texte pour regarder son interlocuteur.
« Qui a dit que je voulais que ce soit facile ? »
L'aîné rit et bu une nouvelle gorgée de saké.
« Ça c'est du Kakashi tout craché, sourit-il.
- Mais je crois que j'ai ma petite idée, dit-il, sérieux.
- Déjà ? »
Le stagiaire posa à nouveau les yeux sur la dissertation de l'Uchiwa.
« Tout être humain, de par sa nature profondément vaniteuse, se doit de définir ses rapports inter-personnels dans une optique de victoire ou de défaite: " Est-ce que je suis capable d'obtenir cette personne ? Est-ce que je peux apprendre à connaître telle personne au point où il/elle me considère comme son/sa confident/e ? Puis-je me montrer meilleur/e que cet homme/cette femme ? Suis-je capable de prouver à tous ma valeur ? " etc.
Répondez " oui " à ces questions, ça rimera avec " victoire ". Faites le contraire et vous y lirez " défaite ". Conséquemment, user de tromperie, de manipulation et d'un esprit aiguisé en société s'avère indispensable pour satisfaire notre vanité: si par exemple on veut qu'une personne en particulier tombe amoureuse de nous, ce n'est pas par les poings qu'on va y arriver, de même que lorsqu'on veut gagner la confiance de quelqu'un. Donc bien avant de dire que la tromperie est utile, je constate qu'elle est même fondamentale. »
Kakashi appréciait la pensée articulée de Sasuke autant qu'il était captivé par la façon dont il concevait le monde et les rapports entre les gens. Vraiment, il allait être difficile à approcher ! Ceci dit, il ne se dégonfla pas. Il avait une idée.
« Et bien, il suffisait juste d'y penser un peu, répondit-il finalement.
- Ok, c'est quoi ton plan ? »
Il leva les yeux vers Jiraya, son air éternellement impassible altéré par un faible sourire en coin:
« D'abord, il va falloir que tu me laisses donner un cours. »
XIX
Sasuke hésitait à rentrer chez lui: il était gêné de la façon dont il s'était emparé de la bouche de Naruto un peu plus tôt dans la soirée - même s'il ne le laissait pas paraître -, ne se sentait plus du tout assez saoul pour supporter n'aurait-ce été qu'une seconde de plus l'atmosphère désagréable de la fête et surtout, il n'avait plus d'alcool pour noyer toutes ces sensations agaçantes. Mais oui, il hésitait.
D'une part, une certaine partie de lui, irrationnelle - étrangement, car cette dernière se montrait rarement - , lui disait que s'il partait, il y avait des chances que Naruto ne finisse avec quelqu'un d'autre ce soir-là et, d'autre part, il mourait d'envie d'avoir une autre occasion d'embrasser le blond. En fait, toutes ses « parts » étaient irrationnelles. Il eut un court vertige en réalisant cela.
Donc dans toute la splendeur d'un Uchiwa fatigué, irrité par la musique et par ses prises de consciences soudaines, Sasuke frictionna sa nuque de ses deux mains encore froides tandis qu'il attendait que Naruto ne revienne des toilettes, accoté contre le mur à l'entrée de la salle où avait lieu la fête. Rester, partir, rester, partir, rester, partir... Que c'était fatiguant de réfléchir quand une musique assourdissante et insupportable explosait contre ses pauvres tympans.
Le brun prit une grande inspiration en levant la tête vers le plafond, comme pour mieux laisser entrer l'air dans ses voies respiratoires, et soudain, il entendit des éclats de rire provenant de sa gauche. Il reconnut facilement le timbre de voix - profond et sexy - de Naruto, alors il tourna instinctivement la tête vers lui.
« Sa'ske, on est sauvés: j'ai trouvé de quoi boire ! » sourit Naruto avec le même entrain qu'un enfant de onze ans qui s'était fait offrir une glace.
Tout à coup, ledit Sas'ke remarqua qu'aux côtés du blond - dont le sourire donnait envie de lui bouffer affectueusement le visage - se trouvait Kiba, ce qui eut tôt fait de le surprendre. N'avait-il pas traité Naruto de nazi, en classe ?
Sasuke réalisa que le blond et l'autre étaient maintenant à à peine deux mètres de lui quand l'autre l'apostropha.
« J'avais amené une bouteille de whisky en plus pour Shikamaru, mais il n'est pas venu.
- Imagines-toi que son ami c'est mon voisin d'en-dessous ! Si c'est pas une coïncidence ! » s'émerveilla Naruto.
« En espérant que ton voisin d'en-dessous soit moins con que ton nouvel ami », ironisa intérieurement Sasuke en les écoutant d'une oreille distraite.
- Mais il organise une fête chez lui en ce moment si jamais vous voulez partir d'ici, moi en tout cas j'y vais un peu plus tard, sourit Kiba en tendant la bouteille à Naruto, qui en but une gorgée.
« Génial... Comme si on avait envie d'aller faire copain avec une bande d'imbéciles », répondit l'Uchiwa en pensées.
- Bonne idée ! En plus c'est juste en-dessous de chez moi ! »
« Ouais, des génies comme ça, il s'en fait plus - attends, quoi ? »
Naruto venait-il vraiment de dire qu'il voulait aller à cette fête ? « Non mais je rêve ! »
« T'en veux ? fit le blond, daignant finalement accorder un peu d'attention à Sasuke.
- Non merci. » répondit ce dernier plus froidement qu'il ne l'avait prédit.
Le blond haussa les épaules et bu une autre gorgée. Kiba et lui continuèrent de parler quelques instants puis l'intrus finit par partir rejoindre la fête.
« Tu comptes vraiment aller à cette fête de débile ? demanda Sasuke aussitôt que les deux furent seuls, sans pourtant détourner les yeux du mur en face de lui.
- Parce que tu crois qu'on peut faire plus débile que là où on est présentement ? se moqua le blond.
- Ben, déjà si y'a ce Kiba-truc qui vient te parler, on vient de passer de " débile " à " limite supportable ".
- Il est très bien Kiba ! fit Naruto, d'un ton amusé pour une raison obscure.
- Ouais, surtout quand il te traite de nazi devant toute la classe en soulignant une partie de ton passé qui t'as très vraisemblablement fait souffrir », débita Sasuke.
Aussitôt dit, il regretta ses mots. Il regarda Naruto pour la première fois depuis plusieurs minutes, et fut étonné de découvrir non pas de la tristesse, mais un doux sourire, si léger qu'il donnait l'impression de simplement flotter sur son visage. Sans savoir pourquoi, le coeur de Sasuke rata un battement et il se détourna, cachant par le fait même ses joues rougissantes derrière ses cheveux sombres.
« Merci de t'inquiéter pour moi, mais j'en ai finit avec la rancune. J'ai envie d'autres choses, maintenant. Et puis il s'est excusé », dit simplement Naruto d'une voix presque tendre.
Le brun écarquilla les yeux. Son ami avait raison: il s'inquiétait pour lui; d'une certaine façon, il prenait sa défense. Il faisait preuve de solidarité envers Naruto. Il ne l'avait même pas réalisé avant que ce dernier ne le lui ait dit.
« Je ne m'inquiète pas pour toi, c'est juste que je le trouve profondément con et que je vois mal quel intérêt il y aurait à parler avec cette race d'imbéciles, se rattrapa Sasuke de manière peu convaincante.
- Si tu le dis », répondit Naruto avant de tendre à nouveau la bouteille de whisky au brun.
Ce dernier la prit et, regardant le blond avec méfiance de derrière ses cheveux, il en bu plusieurs gorgées.
« Tu n'avais pas dit que t'en voulais pas ? remarqua Naruto.
- Tch, pas question que je boive l'alcool que ce gars nous a donné devant lui, répondit Sasuke avec mépris.
- T'es pas croyable », rit-il.
Content de retrouver un peu de leur bonne vieille complicité, Sasuke sourit.
« Je sais, ça. »
xxx
La pièce semblait irréelle, baignant dans une fumée éclairée de quelques faibles lampes orangées tandis que résonnait contre les murs rouges une musique à mi-chemin entre de l'électro et des chants tribales. Il y avait quelque chose de mystique à cet endroit; une ambiance que Sasuke n'aurait jamais soupçonnée quand il avait accepté de suivre Naruto jusqu'à l'appartement de Shikamaru. Les vapeurs sucrées de la shisha chatouillaient les narines du brun alors qu'il était couché sur le dos à même le sol aux côtés de son ami pareillement allongé.
Apparemment, la fête avait battu son plein plusieurs heures avant leur arrivée, si bien qu'au moment où ils avaient franchit le pas de la porte, tout le monde était déjà soit couché sur le plancher, soit identique à l'ambiance, à savoir décontracté aux allures psychédéliques. Les salutations cordiales avaient été échangées, les boisons alcoolisées, bues, et finalement, Naruto et Sasuke avaient trouvé un petit coin par terre un peu isolé où ils s'étaient improvisé un refuge. Voilà donc où ils en étaient: couchés sur le dos, les yeux rivés sur le plafond et les bras confortablement croisés derrière leur tête.
« Naruto, je peux te poser une question ? »
Sasuke n'avait pas réellement réfléchit avant de parler, mais pour une fois, il ne s'en tint pas rigueur.
« Oui ?
- Tu n'es pas obligé de me répondre, si tu veux... Enfin, j'imagine que ça pourrait être désagréable pour toi d'en parler, je ne sais pas, mais...-
- C'est à propos de mon passé ? devina-t-il.
- Hm. »
Le brun regarda Naruto de biais et fut surpris de tomber sur un sourire amer, certes, mais surtout serein.
« Pourquoi... Pourquoi avoir dit: '' je n'ai pas tué mes parents '' ? Tu te rappelles, c'est ce que tu m'as dit quand ce Kiba t'avait traité de Nazi... »
Le blond ricana.
« C'est vrai, je t'ai dit ça... »
Sasuke ne dit rien et observa plutôt Naruto qui dégageait une de ses mains de sous sa nuque pour se la passer sur la visage avant de la laisser tomber nonchalamment sur son torse. Un temps s'écoula, le regard du blond ne quittant pas le plafond.
« Disons que je viens d'un coin assez pauvre et superstitieux. Mon père est décédé d'une maladie grave quelques mois avant ma naissance et ma mère est morte en couche. Alors voilà, je suis orphelin de naissance, et de fil en aiguilles, les gens du cartier ont commencé à dire que j'étais maudit parce que je n'avais pas de famille ni d'amis et que je parlais peu donc... On disait que c'était moi qui avait tué mes parents à cause d'une '' malédiction '' », débita-t-il.
Naruto souffla un rire jaune avant d'inspirer profondément.
« Je pense que Kiba vient du même coin, j'ai dû l'apercevoir de loin quelques fois, alors j'imagine que c'est comme ça qu'il a entendu parler de cette rumeur. »
Le blond tourna la tête vers Sasuke, guettant sa réaction.
Cependant, Sasuke ne savait quoi dire. Depuis tout le temps qu'il connaissait Naruto, jamais il n'avait pu imaginer que son ami avait vécu de telles choses; jamais il n'aurait pu concevoir qu'ils étaient si semblables comme ils étaient différents. Et pour une raison qui lui échappait, cela lui fit peur. Comment faire, maintenant qu'il savait qu'il n'était pas seul dans sa misère ? Maintenant qu'il n'avait plus de prétexte pour stagner dans sa médiocrité ?
Et plus encore: il se sentait infiniment petit à côté de son ami. Il se sentait minuscule, non, microscopique. Cet homme, couché à sa droite, avait dû vivre tant d'épreuves, des choses inimaginables, et lui, pauvre petit Sasuke, frêle et lâche, ne pouvait se résoudre à abandonner ses masques et à commencer à vivre comme Naruto le faisait. Il se trouvait lamentable.
Que diable était-il donc arrivé à son ami ? Et que dire de lui-même ?
« Tu as changé, Naruto. »
Il avait dit cette phrase sans regarder son interlocuteur, sous une impulsion.
« C'est vrai, avoua-t-il.
- Pourquoi ? » demanda honnêtement le brun tandis qu'il tournait son visage vers celui du blond.
Depuis le temps qu'il se le demandait; toute la soirée cette question l'avait chicoté et enfin il avait trouvé le courage de la lui poser.
Naruto prit un instant pour réfléchir avant de répondre. Quelques éclats de rire provenaient de l'autre côté de la salle alors qu'une douce odeur de fruits embaumait de nouveau la pièce. Les gens avaient allumé une autre shisha, mais cette fois-ci, ni Sasuke ni Naruto n'avaient l'intention d'y goûter.
« J'en ai eu marre de n'être qu'une victime. » répondit finalement le blond, sans quitter Sasuke des yeux.
Ce dernier repensa au court texte que son ami avait écrit au sujet du livre de Camus et répondit instantanément:
« Alors, tu as choisi le rocher, finalement. »
Les lèvres du blond s'étirèrent en un fin sourire.
« Et toi ? »
Sasuke rit; s'il y avait au moins une chose chez Naruto qui n'avait pas changé, c'était son sens de la répartie.
« Je ne connais rien qui ressemble à une '' rédemption '' ou je ne sais trop », sourit-il, moqueur.
Naruto imita l'expression de son ami et, lentement mais surement, son faciès se fana pour ne laisser pour seul souvenir qu'un faible sourire mélancolique.
« Es-tu malheureux, Sasuke ? »
Le brun fut saisit de cours. Pourquoi la conversation devait-elle déboucher sur un terrain si personnel ?
« Je n'ai jamais dit ça », répondit-il alors que son visage se fermait.
Pourtant, Naruto ne lâcha pas prise.
« Ce n'était pas ma question. Alors, l'es-tu? »
Sasuke soupira d'agacement et haussa le ton malgré lui.
« Qui a dit que le bonheur était une fin en soi !
- Encore une fois, ce n'est pas ce que je t'ai demandé.
- Et pourquoi est-ce que je devrais répondre à une telle question ? »
Le brun inspira profondément pour calmer ses ardeurs et retourna à sa contemplation du plafond. Il ne voulait pas non plus attirer l'attention de toute la veillée sur lui.
« Pourquoi pas, c'est si difficile à dire ?
- Que voudrais-tu que je te dise, exactement ?
- La vérité. »
Sasuke rit nerveusement.
« Quelle importance, dit-il à voix basse.
- Si je te demande, c'est que j'y trouve une importance, non ?
- Et bien tu te trompes. »
Un court silence prit place. Soudain, Naruto se redressa et s'appuya sur son coude afin d'intercepter le regard de son ami.
« Il n'y a rien de mal à être malheureux, tu sais », dit-il.
Sasuke fusilla le blond des yeux. Mais pour qui se prenait-il, à lui faire la leçon ? Comme si en une semaine il était devenu le bien incarné !
Pourtant, au fond de lui, le brun savait que Naruto n'était pas mal intentionné. Sauf qu'il n'y avait rien à faire: l'orgueil de l'Uchiwa était toujours plus fort que tout, aussi nobles fussent les intentions de son ami.
« C'est bon, mère Teresa ? T'as fini de prêcher la bonne parole ? » lança-t-il, acide.
Naruto rit de bon cœur, frustrant encore plus le brun qui s'empressa de se redresser pour s'asseoir convenablement, les coudes appuyés sur ses genoux pliés.
« Ce que tu peux être de mauvaise foi ! Sans jeu de mots. » répondit le blond tandis qu'il copiait la position de Sasuke.
Ce dernier foudroya son ami du regard et l'ignora superbement.
« T'es impossible Sasuke, tu l'sais ça ?
- Moi ? C'est toi qui est impossible. »
Naruto laissa passer un cours moment avant de taquiner Sasuke d'un coup d'épaule. Ce dernier bougea imperceptiblement et continua de bouder son ami. Attendant une réaction de la part du brun, Naruto réitéra son geste, plus fort cette fois, jusqu'à ce que Sasuke se retourna vers lui d'un air menaçant:
« T'as finis oui ?
- Tu me fais la gueule ! Incroyable, Uchiwa Sasuke me fait la gueule ! s'esclaffa le blond en donnant un autre coup d'épaule à son ami.
- Je ne te fais pas la gueule ! se fâchait-il.
- Mais si ! Regardes-toi, tu boudes ! Un vrai gamin ! le nargua-t-il.
- Insupportable, dit-il pour lui-même pour ne pas perdre son sang froid.
- Allons, Sasuke ! Tu te fâches vraiment parce que je te demandes si t'es malheureux ? »
L'interpellé se retourna finalement vers Naruto, interloqué. Comment s'était-il frustré à ce point ? Il n'aurait sut dire. Était-ce parce qu'il ressentait toujours un profond malaise quand il était question de parler de ces sentiments ? Probablement. Et probablement que ça avait aussi à voir avec sa patience que Naruto éprouvait énormément.
« Non, je suis fâché parce que tu me harcèles !
- Je ne te harcèle pas, tu exagères.
- Vraiment ? Alors arrête de me poser des questions aussi personnelles !
- Toi tu ne t'en prives pas, pourtant. »
Sasuke allait ouvrir la bouche pour répliquer mais aucun son ne sortit. Naruto avait raison: lui n'avait pas hésité à lui poser une question tout à fait intime.
« Rien ne te forçait à y répondre, dit-il à voix basse, incertain d'assumer sa réponse.
- Je sais. »
Un silence s'installa.
« Tu sais pourquoi j'ai décidé de changer ? demanda Naruto.
- Tu l'as dit tout à l'heure, non ?
- Je t'ai dit une partie de la vérité. Veux-tu connaître l'autre ? »
Le brun regarda son ami, à la fois curieux et incertain. Voulait-il savoir ? Il rit intérieurement. Il fallait être réaliste: plus le temps passait, moins il était de choses à propos de Naruto que Sasuke ne voulait pas savoir. Question stupide. Évidemment qu'il voulait savoir, le problème n'était pas là: Il avait peur de vouloir changer à son tour; de se rendre à l'évidence qu'il était bel et bien malheureux. Qu'il voulait avancer.
Néanmoins, il hocha positivement la tête. Sa curiosité avait toujours été plus forte que sa peur.
« Si j'ai fait ce choix, c'est parce que je n'avais rien à t'offrir. » avoua-t-il sans broncher.
Le cœur du brun rata un battement. Il ne s'était pas attendu à une telle déclaration, si bien qu'il ne sut quoi répondre.
« Comment est-ce que je pouvais espérer être ne serait-ce que ton ami en étant aussi lamentablement vide ? Je voulais et veut être quelqu'un capable de t'apporter quelque chose. Sinon quelle est l'utilité d'être ensemble en ce moment, hier ou demain ? Quel serait le but de notre relation, quelle qu'elle soit ? » poursuivit le blond.
Sasuke ne dit toujours rien, absorbé par les mots de Naruto.
« Avant de te rencontrer, je ne savais pas ce que ça faisait d'avoir un ami et la seule chose ressemblant à une relation amoureuse que j'avais eu dans ma vie était ce que j'avais avec Orochimaru, alors tu peux t'imaginer combien je ne connaissait rien aux rapports humains, du moins ceux qu'on dit '' sains ''. Enfin, j'ai finit par te percevoir comme mon égal et pour ce que tu es et non comme une chose inaccessible ou haïssable, et finalement je me suis dit: '' c'est ça, se sentir humain ? '' »
Naruto rit faiblement et passa sa main dans ses cheveux. Comment en étaient-ils arrivés à se dire ces choses ?
« Mais vois-tu, si moi, qui me suis fait battre pendant toute mon enfance, qui a haï l'univers en entier, qui a méprisé de toutes mes forces; moi qui connais tout à une solitude qui m'a rendu malade, et moi dont le rapport à toute chose à été perverti avec les années; enfin, si moi aujourd'hui je suis un fou enragé en réhabilitation... »
Le blond prit une pause et captura le regard de Sasuke en se penchant légèrement vers lui.
« ... Je me demande quel est le poids qui doit peser sur tes épaules, si tu dois débattre intérieurement à propos de tes ancêtres quand tu as simplement envie d'embrasser quelqu'un. »
Sasuke écarquilla les yeux. Quoi ?
Il n'arrivait pas à réagir. Il était encore en une espèce de transe dans laquelle le récit de Naruto l'avait mit, certes, mais surtout, il n'avait rien à dire. Parce que si le blond ne connaissait rien à ce qui se passait dans la tête de l'Uchiwa, il avait visé juste. Il se rappela à quel point il avait dû débattre intérieurement avant d'oser se pencher sur les lèvres de son ami, comme s'il n'en avait pas eu le droit. Naruto avait raison. Il y avait indubitablement un poids sur ses épaules.
Le blond soupira.
« Je ne veux pas t'insulter Sasuke, tu sais. Je veux juste que tu saches que je suis là pour rester. Je ne te laisserai pas tomber. C'est vrai que ce n'est pas plus important que ça que je sache ou non si tu es malheureux, ce que je veux c'est que toi tu le saches. Et si tu ne veux plus l'être, je suis là pour qu'on s'aide à se sortir de notre merde. C'est tout. J'imagine que c'est ça qu'on appelle la solidarité, débita Naruto alors que Sasuke revenait sur terre.
- Attends, comment peux-tu supposer que je débattait avec mes ancêtres ? s'impatientait-il.
- C'est ce que tu as dit juste avant de me sauter dessus.
- Je n'ai jamais dit ça ! se défendait-il, prit de cours, alors qu'il se souvenait de la scène et tentait de ne pas penser à la sensation inexorablement exquise des lèvres du blond contre les siennes.
- Je n'ai pas à te prouver ce que tu as dit, j'imagine que ça ne change rien à la situation de toute façon, que tu l'avoues ou non. »
Le brun ne savait plus sur quel pied danser: la colère ou l'acceptation ? Il n'avait jamais laissé entrevoir la possibilité de se laisser percer à jour, ni avec Naruto, ni avec qui que ce fut d'autre. Alors pourquoi se posait-il la question ?
« Tu ne sais rien de ce qui se passe dans ma tête, dit-il sèchement.
- Je ne prétends pas le contraire.
- Arrête, c'est précisément ce que tu fais !
- Je t'ai vexé ? »
Sasuke inspira profondément.
« Tu t'ingères dans quelque chose qui ne te regarde pas.
- T'en as pas marre de t'isoler de tout ? demanda Naruto en perdant un peu patience.
- Non, au contraire. C'est très reposant, rétorqua le brun en jouant la carte de l'indifférence, malheureusement trahie par la raideur dans sa voix.
- Bon sang, Sasuke ! Pourquoi est-ce que c'est si difficile de me faire confiance ? Est-ce que j'ai fait quoi que ce soit qui peut te laisser croire que je ne suis pas ton ami ? »
Le brun ne dit rien. C'était le contraire, en fait. Naruto, bien loin de ne pas être digne de confiance, était la seule personne qu'il lui avait réellement prouvé son amitié et sa loyauté. D'un coup, il se sentait lâche à nouveau de ne pas pouvoir lui rendre la pareille.
« Je ne suis pas l'ami que tu veux avoir, Naruto. »
Ce dernier sourit en coin.
« Et voilà que c'est toi maintenant qui t'ingères. »
Sasuke souffla un rire jaune.
« Je savais qu'en voulant me lier d'amitié avec toi ce serait difficile, j'y suis déjà mentalement préparé, avoua Naruto.
- Alors pourquoi insistes-tu si tu sais déjà que je ne céderai pas comme ça ? »
Naruto sourit, tendit une main vers le brun et s'arrêta pour caresser une mèche lui encadrant le visage.
« Parce que je voulais revoir ton masque tomber.
- ...Revoir ? articula-t-il faiblement, surpris par la proximité et la chaleur des doigts de son ami.
- Juste avant que tu m'embrasses, c'était comme si un voile avait couvert tes traits en permanence et que lorsque tu t'étais approché de mes lèvres il s'était envolé. J'ai eu l'impression de voir ton visage pour la première fois pendant quelques secondes. »
Les joues du brun s'empourprèrent alors que son cerveau courrait dans tous les sens à la recherche d'une interprétation plausible à ce qu'il venait d'entendre. Il y avait une charme romantique dans les paroles du blond, des paroles pleines d'amour qui arrachait au cœur du brun des battements douloureux. Qu'était-ce donc cette sensation de chaleur qui explosait dans son ventre ? Et sa tête bouillante qui lui donnait l'impression d'avoir le cuir chevelu emboucané ne l'aidait pas à réfléchir. Puis soudain, il fut foudroyé d'une hypothèse folle:
Naruto était-il amoureux de lui ?
Il détourna le visage pour cacher ses joues pourpres et fuir la douceur des doigts du blond. Si son ami était amoureux de lui, qu'est-ce qui allait se produire dans l'avenir ?
Sasuke n'avait jamais vécu une telle situation - ou alors il n'avait jamais été aussi incertain de la fin d'une telle démonstration d'amour. Parce qu'en fait, il avait déjà entendu des déclarations passionnées et des crises de larmes; oui, il en avait brisé des cœurs. Mais jamais quand une personne lui avait dit l'aimer son propre cœur n'avait battu en retour. Jamais il n'avait expérimenté l'amour, et pour la première fois, il ne savait pas si ce qui se passait dans sa poitrine était témoin d'un tel sentiment.
Il réitéra sa question: comment les choses étaient-elles sensées se dérouler dans l'avenir ?
Tout à coups, alors qu'il sentait la main du blond s'éloigner de sa peau, il eut la vive impression que Naruto penchait son visage vers lui.
« Et bien, si j'avais su qu'il ne fallait que ça pour te revoir perdre le contrôle, je ne me serait pas donné tant de mal avec tout le reste de la discussion », lança le blond, d'une voix douce mais moqueuse.
À l'entente de ces mots, Sasuke détourna d'avantage son visage pivoine, rendant la situation d'autant plus risible:
« Qu'est-ce qu'il faut pas entendre ! baragouina-t-il inutilement.
- Allez, ne te cache pas comme ça !
- Je me cache si je veux. »
Naruto s'esclaffa et continua d'insister, alors que le brun répondait en se recroquevillant toujours un peu plus, le cœur cognant à tout rompre dans sa poitrine à chaque fois que son ami se rapprochait de lui.
« Qu'est-ce qui m'arrive...» pensa-t-il alors que tout son corps était en proie à une fièvre inconnue.
À Suivre...
Alors, que dites-vous du POV Sasuke ? Et le déroulement de l'histoire ?
J'aimerais m'excuser pour le délai, parce que vraiment c'était incroyablement long (trois mois à peu près ? Un peu plus ?), mais avec les travaux d'école, la vie de couple, appartement etc. c'est un peu dur de pondre une partie de 24,000 mots !
Bref, j'attends vos reviews avec impatience, et merci de me lire !
Affectueusement,
Hily-chan
