Us : Human Kind
Chapitre 2
L'obscurité était à peine perturbée par une veilleuse à l'extérieur, près de la fenêtre qui donnait dans le dortoir. Le silence était tout juste troublé par le bruit des ronflements de leurs voisins de lit. La chaleur des corps, qui rendait la pièce plus supportable malgré l'air glacé qui filtrait de l'extérieur.
Jean se tourna encore une fois, se trouvant alors sur le dos. Les yeux grands ouverts, il fixait les lattes de bois qui soutenaient les matelas au-dessus de leurs têtes. Les questions se bousculaient dans son esprit, la peur de s'être trompé le prenait déjà. Qu'allait-il leur arriver ? Etait-ce réellement ce qu'il souhaitait ? Pourquoi s'était-il mis cette idée saugrenue en tête ? Allait-il seulement être capable de passer les tests des premiers jours et accéder à l'entrainement à proprement parler ?
Il soupira doucement. A côté de lui, un petit mouvement attira son attention et il retint son souffle. Marco non plus ne dormait pas, visiblement. Un instant, il se tâta à l'appeler mais se retint quand il entendit un petit bruit, un reniflement léger et discret. Une fois, deux fois. Puis le silence de nouveau, coupé par les ronflements de Reiner qui s'en donnait à cœur joie. Marco pleurait-il ? C'étit des choses qui étaient arrivées à d'autres les nuits précédentes. Jean n'osa plus bouger, se concentrant sur les respirations qui l'entouraient. Il n'avait pas à se mêler de ça il ne connaissait pas le garçon et ce serait probablement pris pour un élan de pitié. Il n'y avait plus de bruit du côté du brun, ni de mouvement. Il n'y avait que sa respiration qui, il l'entendait, demeurait encore irrégulière. Il ferma donc les yeux pour la énième fois avec un soupir, cherchant un sommeil qui ne serait probablement pas très réparateur.
-Sérieusement, Jean, il va falloir qu'on voit comment faire… !
Jean enjambait le banc pour s'installer à table, et il leva un regard interrogateur sur Reiner qui prenait déjà son petit déjeuner avec entrain. Haussant les sourcils, il l'incita à continuer, sans trop comprendre l'air embêté et résigné du plus grand.
-Tu bouges comme un diable quand tu dors, c'est incroyable !
Il faillit s'étouffer avec un morceau de pain trop vite engloutit et toussa un moment, se frappant un peu le haut du torse pour faire passer la chose, et lui dédia un regard perplexe.
-Reiner…Tu te fiches de moi ? C'est plutôt-
Il sentit une main se poser sur son épaule et sursauta, ne s'y attendant pas le moins du monde. Levant les yeux, il aperçut un morceau du visage de Marco, visiblement tout sourire.
-Eh bien, Reiner ! Tes ronflements ont bien dû empêcher la moitié de la chambrée de dormir, cette fois ! rit le brun. Ta nuit a dû être bien agréable ?
Marco sentait le savon, remarqua Jean. Quand s'était-il levé pour se préparer ? Lorsqu'il avait ouvert les yeux –après qu'on l'eut secoué comme un prunier- il avait constaté que la place a côté de la sienne était vide et les draps déjà froids, probablement depuis un moment. Personne ne l'avait vu et personne ne s'en souciait, pas même Reiner qui partageait pourtant l'espace de sommeil depuis plusieurs jours à présent.
Sous cet angle, Jean pouvait admirer sans retenue une ligne de petites tâches qui décoraient la peau du garçon, s'extirpant du col de sa chemise. C'était quelque chose de simple et agréable à regarder, même s'il avait l'impression que son camarade avait tendance à le cacher.
Reiner les avait fixés un moment, bouche-bée et subissant déjà les moqueries de Bertold et Connie qui dormaient au-dessus d'eux dans la mezzanine. « Bah…Ouais, c'était cool…, » marmonna-t-il, un brin vexé mais préférant donner le change, l'air de rien.
Jeans entit la pression de la main disparaître, et il garda pour lui le petit regret qu'il en avait. Marco avait l'air de quelqu'un de peu tactile, et il commençait tout juste à s'approcher d'eux de lui-même. Reiner s'étira, sa cuillère encore en main.
-Déjà passé à la douche ? remarqua-t-il en haussant un sourcil, le voyant dans des affaires propres. T'es motivé, pour te lever aussi tôt ! Déjà qu'on ne traîne pas au lit…
Marco eut un petit rire gêné, sa main frottant l'arrière de son crâne. Jean en profita pour attraper son coude et tirer, avec un « Assieds-toi, tu me files un torticoli ! » et s'attaqua à son bol tandis que Marco se servait.
Reiner bâilla à s'en décrocher la mâchoire, s'attirant les moqueries de Connie qui guettait une faille.
-C'est aujourd'hui pour les tests d'équilibre, dit-il soudain en enfournant une dernière bouchée de pain.
Jean resta à contempler longuement le fond de son bol. Il aurait préféré oublier, ou partir en courant comme un couard, mais sa notion des responsabilités était ce qu'elle était : assumer la décision de son engagement. En priant pour ne pas être évacué aux champs à son tour.
-Eh, tu es tout blanc, Jean ! ricana Connie en s'approchant pour se jeter sur la place à côté de Reiner. Tu te fais dessus d'avance ? Je croyais que tu étais imbattable, un peu comme Eren, tu vois ?
Jean s'empourpra et emprunta aussitôt une de ses mimiques hautaines, avant de toiser le petit rasé en puisant dans ses réserves d'auto-suffisance.
-Qui se fait dessus, sale singe ? grinça-t-il en se levant. J'attends de voir de que tu vaux, tiens !
Et il les laissa en plan, enjambant le banc pour quitter la table puis la salle qui avait fini de se remplir. Marco les fixa les uns les autres, perplexe, puis il se pencha en avant, hésitant sur la marche à suivre.
-Dites, ce n'était pas gratuit, ça ? Honnêtement, je pense que personne n'est rassuré à l'idée du programme d'aujourd'hui…
Connie éclata de rire, Reiner soupirant et levant les yeux au plafond.
-Il est trop coincé, dit-il, et le voir agir comme un égoiste imbus de lui-même devient agaçant. Il faut le remettre à sa place de temps en temps ! Ca ne peut que lui faire du bien d'être traité comme un type banal.
-Oh…
Marco considéra ses camarades et eut un petit sourire. Le garçon ne lui était jamais apparu ainsi, aussi découvrir l'opinion des autres était assez étonnant. Connie grogna en s'appuyant de travers sur Reiner, le prenant pour un dossier de fortune.
-Et cet enfoiré…Si je ressemble à un singe, il a tout du canasson, lui !
Reiner haussa les sourcils et le regarda en biais.
-Tu devrais moins observer dans les douches et un peu plus en entraînement…
Il éclata de rire en voyant la mine déconfite de Connie quand celui-ci eut compris, ainsi que le visage écarlate de Marco qui ne savait pas où se mettre et se félicitait intérieurement de se préparer plus tôt que les autres.
-Merde, j'ai mal au ventre, maintenant…, couina Connie. Reiner ! C'est de ta faute !
Lorsqu'il revint au dortoir chercher son équipement comme les instructeurs l'avaient réclamé la veille, Marco tomba sur une pièce encore presque vide. La plupart de leurs camarades étaient encore soit en salle de repas, soit aux douches, et il reconnut Jean qui terminait de s'habiller. Il avait senti son regard à son entrée, et il lui dédia un petti sourire poli en retour, suite à quoi il ne récolta qu'un silence et un visage qui se détournait. Il soupira en fouillant dans ses propres affaires à son tour Jean devait bouder, c'était dans son caractère, se dit-il en souriant malgré lui.
Quelque secondes après, il se demandait s'il avait le droit de hurler de rire Jean tentait d'enfiler son harnais, sans grande conviction quant au sens à prendre et à deux doigts de créer lui-même des nœuds avec les sangles.
-Attends, arrête-toi…, lui ordonna gentiment le brun en se rapprochant.
-Ne te moque pas, ce truc est affreux…, marmonnait Jean, bougon.
-C'est difficile à mettre seul, admit Marco avec un sourire amusé, sortant doucement son camarade des lanières de cuir. Je vais t'aider…Enfin, si tu le veux bien ! ajouta-t-il précipitamment en voyant le regard renfrogné qu'il recevait déjà.
Jean soupira et écarta légèrement les bras, se résignant à ne pas être capable d'agir seul pour cette fois.
-Je t'en prie…
Marco entreprit de démêler d'abord les sangles, calmement.
-Tu es inquiet, dit-il avant de poser le dos du harnais sur son camarade.
Jean voulut tourner la tête vers lui et répliquer, mais Marco l'empêcha de le regarder. « Reste droit ! », reçut-il aussitôt. Soupirant, il se laissa faire docilement tout en bougonnant.
-Ecarte les jambes, ce sera plus facile.
-Tu ne l'es pas, toi ? retourna-t-il finalement, obéissant pour que le garçon lui sanglât une cuisse.
Marco haussa une épaule et leva les yeux furtivement sur lui.
-J'ai peur, dit-il simplement. Ah, passe ta jambe là…
Jean oéit de nouveau, observant les faits et gestes de l'adolescent, et se demanda s'il s'intéressait vraiment au sens d'enfilage. Dur à dire.
-Ca ne se voit pas vraiment, tu es toujours calme.
Marco tira un petit bout de langue.
-C'est un reproche ?
-Je ne crois pas…, hésita Jean en analysant la chose. Prends-le juste comme ça vient…
-Alors ce sera un compliment.
Pendant un moment, Jean dut se débattre pour ne pas rougir et se sentit idiot. Il n'y avait aucun sous-entendu bizarre dans ses propos, et pourtant Marco avait une façon bien à lui de prononcer toutes ses phrases, qui le fascinait. Malgré lui et sans y penser, Jean tendit la main, posant le bout de l'index sur le nez du brun accroupi devant lui. Les petites taches brunes traversaient son visage à la manière d'un nuage et il sourit en se souvenant de ses épaules et son dos. Marco fronça les sourcils et dégagea sa main gentiment.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Rien. Tu en as partout comme ça. C'est de naissance ?
Marco tira sur une sangle, serrant brusquement et trop fort, s'attirant un petit cri surpris et douloureux, et il remonta ses mains sur la taille de Jean pour ajuster le harnais, vérifiant de temps en temps qu'il ne se trompait pas.
-Marco… !
-Navré, j'ai trop serré ?
Jean nota le ton un peu sec et l'expression, plus gênée qu'en colère, qu'avait Marco en continuant malgré tout à l'aider. Le brun pinçait les lèvres en reprenant son calme, perturbé de s'être emporté, même juste un peu. Réalisant que Jean se laissait décidément complètement prendre en main, il tira sur les sangles trop serrées pour les défaire et libérer la cuisse. Il devinait la petite marque qui devait avoir déjà un peu marbré la peau sous le pantalon et murmura un petit « Désolé… » contrit, réglant les lanières correctement et plus doucement.
-Je saurais que c'est un sujet sensible, dit Jean en haussant les épaules.
Il ne s'aventura pas plus loin sur le sujet, même si l'envie ne lui manquait pas. Sous ses airs de ne pas y toucher, Marco avait une certaine force et savait s'en servir, il venait de le découvrir à ses dépens. Marco se redressa et regarda un moment l'assemblage de lanières de cuir qui sanglait le corps fin de Jean.
-C'est bon, dit-il en se détournant, attrapant son propre harnais qu'il défit sans trop mélanger les différentes parties.
La seule raison pour laquelle il avait réussi, c'était sa mémoire. L'une des premières choses qui leur avaient été montrées consistait à enfiler ce satané harnais, avec force démonstration sur de jeunes soldats en fin de camp d'entraînement. Il ignorait combien d'entre eux avaient été attentifs, mais Jean ne devait certainement pas en faire partie.
-Un coup de main ? tenta Jean en tâtant celui qu'il avait sur lui.
-Juste pour le passer, ca suffira ! pouffa Marco en imaginant d'avance.
Jean fit une moue contrariée et attendit les instructions, essayant de lui faciliter la tâche autant que possible. Les bras d'abord, puis glisser les jambes dans le savant enchevêtrement de sangles. Marco s'appuyait sur lui d'une main pas si assurée que ça, le guidant pour faire passer les lanières souples. Tandis qu'il fermait le haut, Jean serrait la partie des cuisses et il le rejoignit en s'occupant de la deuxième. Perturbé un court instant par la proximité du visage de son camarade, il ne fit pas assez attention et ce qui devait arriver arriva : mal assuré sur ses jambes, il perdit l'équilibre quand Jean tira malencontreusement un peu sur sa cuisse et tomba sur lui sans crier gare, les précipitant sur le sol. La surprise passée, Jean redressa la tête, coincé sous le corps de Marco et grimaça.
-Aïe…Ca va ?
Marco hocha la tête et fit un mouvement pour se redresser, et finalement ne pas décoller, retombant lourdement à la même place, la tête presque sur le ventre de Jean.
-Qu'est-ce que tu fais ? marmonna Jean, un peu inquiet.
-C'est… Coincé…, bégaya Marco en réessayant, plus doucement.
Se maintenant autant que possible en hauteur, Marco glissa une main sous son torse pour chercher d'où venait le problème et tâtonna du bout des doigts en récoltant un petit cri.
-Qu'est-ce que tu fous ? siffla Jean.
-Attends, les boucles se sont accrochées, en fait…
-Touche pas là, putain… !
Un gloussement les coupa et ils tournèrent tous deux les yeux dans la même direction : à deux mètres à peine, Connie les fixait, son harnais balancé en travers de l'épaule.
-Sérieux les gars, Reiner va m'appeler Miss Potin dans pas longtemps…, ricana-t-il en tournant les talons. Amusez-vous bien !
Ils ouvrirent de grands yeux, l'un effaré et l'autre sans comprendre le sens de ses sous-entendus, et Marco saisit enfin la position qu'ils avaient. Forcément, avec le haut de son harnais coincé sur le bassin de Jean et sa main…
Ah, sa main qui tripotait son entrejambe ?
…Merde.
