« Bien, maintenant on ne bouge plus... »

Il faisait déjà sombre dans la forêt près de Nantes, en effet, en cette période d'automne, le soir avait tendance à arriver plus tôt. Un homme était allongé dans les feuilles mortes, et s'arrangeait pour ne pas trop bouger afin d'éviter de faire du bruit. La couleur de ses vêtements s'accordait parfaitement à celle de l'environnement, et il était pour ainsi dire, caché des éventuels yeux indiscrets qui pourraient traîner. Devant lui, un fusil MAS 36, arme souvent utilisée par les résistants français à l'époque. La crosse calée contre son épaule, le doigt à proximité de la gâchette, il retenait son souffle pendant qu'il observait le soldat allemand qui patrouillait seul. D'ailleurs pourquoi seul ? Ah oui, l'autre était parti exécuter un besoin naturel... Celui qui les observait n'avait pas l'intention de les descendre, en effet, il attendait juste qu'ils s'en aille pour pouvoir continuer sa route vers le point de rendez-vous qui ne devait plus être si loin que ça. Donc, sauf cas d'extrême urgence, il n'aurait pas besoin de se servir de son fusil, en tout cas pas avant le moment de descendre cet officier. Ce serait une mission facile et sans problème si tout se passait comme prévu. Enfin, en général rien ne se passe jamais comme prévu, alors...

Enfin, les deux allemands reprirent leur route vers la ville après s'être soulagés dans les buissons. Quelle classe l'armée fritz vraiment, c'en était stupéfiant ! Bon, à présent qu'ils étaient hors de sa vue, l'homme pouvait bouger sans risque d'être découvert. Dire qu'à deux secondes près, il était bon pour être transformé en passoire par ces deux lourdauds ! Ou pire que ça, arrêté pour être torturé par la gestapo ! Mais heureusement, la Sainte Vierge était avec lui.

Il se redressa tout en restant prudent, on ne savait jamais, prit son fusil en main et avança dans les bois en étant toujours attentif aux sons et autres bruits bizarres. Il savait qu'il approchait de son lieu de rendez-vous, et se devait d'être tout aussi vigilant, voir plus. Il serait idiot que les boches ne ramènent leur miches et ne viennent par la même occasion faire tout foirer. Enfin, après une bonne demi-heure de marche lente et réfléchie, il arriva devant une vieille ferme de campagne, abandonnée peu avant l'arrivée des allemands sur Paris. C'était là qu'ils avaient rendez-vous, lui, son frère, Tyrus le chef de la résistance locale et ses acolytes. Tout le monde devait arriver en décalé, histoire d'éviter de se faire surprendre. C'est ainsi que lui, devait arriver à cette heure précise, soit 19 heures.

Toujours avec autant de prudence dans ses déplacements, il s'avança en étant accroupi le long du muret qui délimitait la propriété, et passa au dessus en s'assurant d'être dans un angle mort vis à vis des fenêtres de la maison, puis il entra par la porte de derrière. Il balaya la salle avec son fusil, s'assurant ainsi qu'il n'y avait personne, avant de rejoindre les escaliers. Fusil devant lui, prêt à tirer en cas d'urgence, il monta les marches une à une en faisant attention de ne pas les faire grincer.

Bientôt, il arriva devant une porte, et en dessous de celle-ci, un rayon de lumière s'échappait et laissait voir des ombres se déplacer à l'intérieur. Également, on pouvait entendre des voix qui chuchotaient. L'inconnu tendit l'oreille et les écouta quelques instants. Les gens à l'intérieur parlaient bel et bien en français. Il toqua trois coups, puis entendit les voix s'éteindre à l'intérieur. Puis quelqu'un sembla s'adresser à lui depuis derrière la porte.

_'La saison est belle...'

C'était le début du mot de passe, car sans ça, impossible d'assister ne serait-ce qu'à une réunion avec les résistants.

_'Les jonquilles le sont encore plus.' Termina le nouvel arrivant, attendant qu'on ne daigne lui ouvrir.

Ce qui ne tarda pas, puisqu'on entendit le verrou cliqueter, puis la porte s'ouvrit lentement. Dans l'entrebâillement, un visage apparu, et parut soulagé quand il vit à qui il avait affaire.

_'Alphonse ! Te voilà enfin, on commençait à se demander si tu n'avais pas été attrapé !' Lui chuchota l'homme derrière la porte tout en le laissant entrer.

_'Oui, j'ai dut faire quelques détours avant d'arriver, j'ai failli me faire prendre. Heureusement que je sais me cacher quand il faut !' Répondit le nouveau en souriant. 'Ah oui au fait, tu devrais calfeutrer le dessous de la porte, on voit la lumière dans le couloir.' Conseilla Al' en tapotant l'épaule du gars.

_'Ah ! Okay merci !'

Al' lui adressa un sourire puis s'avança dans la salle. Là, il y'avait déjà Tyrus et Edward autour d'une caisse qui faisait office de table. Dessus, et par terre également, il y'avait cartes, papiers falsifiés, photos diverses, coupures de presses, bref, un vrai fouillis.

_'Alors c'est quoi le plan ? Et on fait ça quand ?' Demanda Alphonse en venant s'assoir près de son frère.

_'Le plan, c'est que nous allons nous occuper d'attirer la plupart des hommes de la milices loin du centre ville afin que Tyrus puisse opérer sans avoir besoin de trop s'occuper des gardes.

Le Tyrus en question, c'était le portrait craché de Jean Havoc. En fait, lui aussi s'appelait Jean. Tyrus était un nom de code destiné aux réseaux de résistance, chaque chef de a un pseudonyme, et lui seul connait le véritable nom de ses membres.

Puis, le véritable plan fut exposé dans sa totalité. Ca prit la plus grande partie de la nuit, de le peaufiner, de régler certains détails, comme par exemple de quelle manière Al et Ed allaient devoir attirer les miliciens assez loin du centre de Nantes, ou d'autres choses du genre. Un plan comme ça, qui visait à tuer un officier ne se préparait pas en quelques minutes montre en main. Non, il fallait un minimum de réflexion quand à son déroulement, et toutes les variantes qui pourraient avoir lieu etc. Sans être vraiment parfait, il fallait avouer que le plan était bon, et surtout ambitieux. En même temps que l'officier serait éliminé, il y'avait une réserve de munition à détruire à l'autre bout de la ville. Puis, un point de rendez-vous autre que l'actuel serait déterminé pour environ deux jours plus tard, dans un petit village abandonné par ses habitants selon les dernières informations.