« Ahah ! Monsieur Potter ! Je suis ravi de pouvoir enfin vous mettre le grappin dessus. Et cette fois-ci, je peux vous assurer que vous ne vous en tirerez pas à si bon compte en allant voir le Directeur. »
Harry pensa très fort : « Maintenant qu'il a des photos compromettantes sur vous, je vois mal comment vous pourrez échapper à son pouvoir diabolique ».
Et Severus pensa très fort : « …car il n'en saura rien ».
Il imita à Harry de le suivre, et le traîna sans ménagement jusqu'à ses appartements. Lorsque la porte se referma en un bruit sourd et fit sursauter Harry, il se sentit terriblement mal. Il était coincé dans l'antre de la bête.
« Ça fait trop longtemps que vous m'échappez et que vous vous promenez librement dans les couloirs en pleine nuit. »
Harry ne put s'empêcher de regarder un peu partout autour de lui.
« Qu'y a-t-il, Potter ?
- Oh rien, je profitais juste de votre monologue pour chercher le chat blanc… Vous savez, y'en a toujours un dans les films–
- Je me demande quelle serait la punition la plus adaptée, mais je pense maintenant que... »
Snape était furieux, évidemment. Mais son discours à rallonge sur les mille et une manière de punir et torturer le Harry Potter laissa le principal concerné de marbre. Une chose étrange se produisit : il n'écoutait absolument pas.
Ce n'était pas tant un comportement suicidaire que les effets nécessaires de l'observation d'Harry. Il avait juste remarqué que les boutons du Kigurumi étaient très espacés, et qu'il pouvait apercevoir le torse digne du David de Michel Ange de son professeur. Et pour la deuxième fois de la soirée… il disjoncta.
Snape, quant à lui était très contrarié. Rien, ni des mois de retenues à récurer des chaudrons à la brosse à dents, ni même la perspective de centaines de points déduits à Gryffondor n'avaient fait réagir son élève, et pas davantage la longue liste des sévices corporels autrefois autorisés...
Il commençait à s'inquiéter. « Monsieur POTTER ! »
Harry sursauta.
« N'avez-vous rien écouté de ce que je viens de dire ? »
Harry rougit. Il ne parvint à prononcer rien de compréhensible, mais les borborygmes sortant de sa gorge auraient sans doute pu être traduis par : « En fait j'ai été pas mal distrait par un certain détail… ».
« Cessez de baragouiner ! Ou je m'infiltre dans votre petit crâne pour vous tirer les vers du nez ! vociféra Snape. »
Harry prit une teinte rouge Gryffondor. « Vous...vous n'avez pas le droit de faire ça !
- Oh, ça ne m'empêchera pas de le prendre. »
Harry était muet. Il n'arrivait plus à réfléchir…
« Très bien, vous l'aurez cherché ! »
Et Harry ne put s'empêcher de relever la tête, qu'il n'avait pas eue conscience d'avoir baissée, et de croiser un regard obsidienne. Aussitôt, il sentit la présence de son professeur dans son esprit. Celui-ci cherchait à savoir ce à quoi pensait Harry… mais Harry ne pensait pas. Son professeur s'était rapproché de lui, il était terriblement trop proche et trop détaillé maintenant que ces pensées insidieuses s'étaient glissées dans son esprit, Harry ne faisait que voir ces yeux, ces lèvres et ce torse.
Et tout à coup, la présence disparut.
Snape ne bougeait plus, c'était à son tour d'être paralysé et terriblement distrait, maintenant. « Est-ce que Potter me voit réellement comme ça ? Ce n'est pas possible, pensa-t-il. Ce doit juste être sa dernière invention pour se payer ma tête et me tourner en ridicule. »
Et Harry n'osait plus rien faire, plus bouger d'un iota, et à peine respirer. Il préférait ne pas imaginer la fureur de Snape qui allait se déchaîner sur lui dans quelques instants.
Harry n'avait jamais eu, vraiment, ce genre de pensées avant. Et Severus n'en avait plus reçues de telles depuis près de vingt ans… Si on part du postulat qu'il en avait déjà reçu un jour.
« Je… Rentrez dans votre dortoir, Potter, on en reparlera demain… Après les cours. »
Et Harry se retrouva à la porte des appartements de son professeur. Il rentra à son dortoir par pur automatisme et s'endormit aussitôt qu'il fut sans son lit. Le lendemain, il ne réussit définitivement pas à être attentif en cours. Il ne fut même pas attentif à son déjeuner : Hermione dut presque le forcer à avaler deux ou trois bouchées de nourriture.
Il ne comprenait pas pourquoi, mais son esprit refusait de lui obéir et de cesser de divaguer sans cesse. Il ne comprenait pas pourquoi il n'arrivait pas à se concentrer sur son sortilège de métamorphose. Il finissait toujours par en revenir à cette image de Severus Snape, ne portant en tout et pour tout qu'un simple Kigurumi. Harry était distrait à un point tel que le manche de sa casserole se métamorphosa en une trompe d'éléphant, barrissant, alors même qu'il était censé obtenir un petit papillon….
Le dernier cours de la journée arriva enfin, et pour la première fois depuis un petit paquet d'année, Harry ne maugréa pas durant tout le trajet menant aux cachots. Il ne fut même pas en retard, et salua même Snape en entrant dans la pièce.
Et ses deux amis se demandèrent sérieusement s'il ne fallait pas définitivement l'interner, d'être presque joyeux d'assister aux cours de potions.
Finalement, le cours se passa plutôt bien. Enfin, disons simplement que pour une fois, Gryffondor ne perdit aucun point et que personne ne se fit rabaisser. Donc c'était plutôt à Snape de se faire interner, ce comportement ne lui ressemblait définitivement pas.
Pour une fois, tout le monde réussit sa potion. Neville ne fit pas exploser son chaudron, Ron ne s'endormit pas, Hermione et Draco ne furent pas les seuls à avoir la bonne couleur et Harry ne se retrouva pas avec une espèce de boue brunâtre. Une vraie première !
Harry traîna un peu à la fin du cours, ou du moins il ne fila pas à toute vitesse comme à son habitude. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer son professeur, qui était resté si froid et rigide durant tout le cours, en train de porter un Kigurumi éléphant. Le lien était vraiment ardu à faire.
Il s'apprêtait à sortir bon dernier lorsque son professeur l'interpella. « Potter ! Retenue ! Ce soir, à 20 heures dans mes appartements. Vous savez très bien pourquoi.
- Très bien, Monsieur. »
.oOo.
À 19h58, Harry se retrouva donc à la même place que la veille, harcelé par ses doutes : « Est-ce que j'y vais, ou est-ce que n'y vais pas ? De toute façon, si je fuis, je vais devoir affronter sa rage… Et je suis un Gryffondor, je ne peux pas fuir. Mais pourquoi il m'a demandé de venir ici ? »
Mais Harry devait penser bien trop lentement, car le portrait de Salazar s'ouvrit soudainement et que Snape cria « Potter ! Vous n'allez pas rester planter dans ce couloir pendant trois quarts d'heure, tout de même ! »
Harry sursauta et se dépêcha de rentrer. Son professeur était confortablement installé dans un fauteuil, face à la cheminée, avec un livre devant lui et un verre de whiskey-pur-feu posé sur une table basse.
« Asseyez-vous. Il y a bien trop longtemps que vous n'avez pas reçu de leçon d'Occlumancie. C'est pourquoi vous allez passer l'heure à essayer de faire le vide dans votre esprit. De temps à autre, je vous testerai. Il y a un livre de potion ici. Asseyez-vous et lisez-le. Je ne dois rien savoir de toutes les notes griffonnées sur les pages. »
Harry obéit. C'était étrange, tout de même. Pour une fois, lui et Snape n'étaient pas en train de s'entre-tuer. Il commença sa lecture. Il le reconnaissait ce manuel de potion, c'était celui du Prince de Sang-Mêlé. Et il reconnaissait le chapitre sélectionné, malheureusement, Snape le leur avait imposé comme lecture obligatoire trois semaines plus tôt, et n'en avait plus fait mention depuis.
Il fit particulièrement attention aux passages mis en évidence. Il se concentrait sur sa tâche et rien d'autre, si bien qu'il avait réussi à totalement vider son esprit. Il ne restait plus que ces phrases et les commentaires de son professeur, flottant dans son esprit.
Quelques minutes ou quelques heures passèrent et puis Snape effectua sa première attaque. Harry pouvait sentir cette présence frôler son esprit, s'en rapprocher de plus en plus et essayer de pénétrer ses défenses. Harry ne parvenait pas à maintenir ses défenses bien longtemps, mais c'était mieux que ça avait pu être.
Alors que Snape s'introduisait en lui, Harry essayait de lui montrer les lettres d'imprimerie des paragraphes classique du manuel, mais il est bien plus facile de se souvenir des dizaines de petites notes qui recouvraient les marges…
Petit à petit, au fil du temps et des tentatives diverses et variées de chacun, ce petit manège prit des allures de partie d'échec.
Harry arrivait à la fin du chapitre. La retenue atteignait le bout de ses heures. Les esprits atteignaient la lie de leur énergie.
C'était le dernier mouvement.
Snape effectua son approche habituelle, il frôla l'esprit de Harry, encore et encore. Et plus il attendait pour s'en approcher véritablement, plus Harry était à cran. Et soudain, il disparut.
Harry ne sentait plus aucune présence autour de lui. Mais quelques instants plus tard, Snape était en plein milieu de son esprit, à fouiller dans tous les sens avec une efficacité terrifiante, pour retrouver les passages que Harry lui cachait.
Harry se sentait perdre. Il ne pouvait pas se défendre contre cette attaque, Snape était bien trop puissant pour lui. Réfugié dans la minuscule zone de ses pensées protégées, il essayait de mettre en place une stratégie. « La meilleure défense, c'est l'attaque, pensa-t-il. » Il avait une idée.
Il pouvait sentir que Snape était à un cheveu de réussir, il ne lui faudrait qu'un instant pour l'atteindre, lui, et le percer à jour. Harry passa donc à l'attaque, il se concentra sur ses souvenirs les plus puissants, peu importe lesquels, et se concentra dessus de toute sa force. Il essayait de changer souvent en souvenir, pour déboussoler Snape.
Et celui-ci vit la mort de Sirius, celle de Cédric, l'image de la famille Potter dans le miroir de Rised. Il vit la joie de voler sur un balai pour la première fois, de chevaucher un Hippogriffe.
Harry sentait que ce n'était pas suffisant, Snape allait reprendre le dessus. Il lui montra donc ses cauchemars, la solitude dans son lit la nuit, ses pleurs, et puis ses pérégrinations nocturnes dans les couloirs du château. Il lui montra cette vision surréelle de Snape vêtu de ce Kigurumi.
Harry attaquait sans penser à ce que cette victoire lui coûterait. Il repensa à la vue de ce torse magnifique, de ces lèvres et de ces yeux, ce qu'il avait ressenti, et ressentait encore en observant cet homme face à lui, qui le fixait de ses yeux sombres, et ses cheveux qui encadraient son visage. Il réalisa soudain, alors que tous les sceaux sautaient un à un, que ces sentiments ne venaient pas d'une réalisation soudaine, mais qu'ils avaient toujours été là, soigneusement cachés au plus profond de lui.
Cette déferlante de sentiments puissants et violents frappa l'esprit de Snape de plein fouet. Il était totalement focalisé sur ce qui lui était montré, au point d'en oublier sa tâche.
Échec.
Snape brisa la déferlante de visions et de sentiments comme on brise une vitre, il put atteindre la zone protégée de Harry, où étaient cachées les informations sur les passages surlignés.
Échec et mat.
« L'exercice est terminé ! déclara immédiatement Snape. Vous vous en êtes bien tiré, Monsieur Potter. Vos défenses tiennent assez bien et vous arrivez à bien protéger… vos informations, lors d'une intrusion. Il existe encore de trop nombreuses failles, mais vous avez réussi à mener une contre-attaque plutôt brillante. » Snape détourna le regard en prononçant ce mot. « Il est tard, mais je ne pense pas que ce détail vous empêche de rentrer à votre dortoir ? »
Harry se leva et prêt à partir, mais Snape ajouta. « Et vous pourrez revenir demain soir, si vous le souhaitez. »
