Bonjour et merci de suivre l'histoire. Le chapitre deux me servira à vous exposer la situation du pays. Si vous ne connaissez pas du tout l'histoire de Schéhérazade par coeur, ça vous donnera une occasion d'en connaître les grandes lignes.

Malheureusement pour ceux qui utilisent google translate, je ne peux pas vous aider pour les blagues ou les expressions, c'est impossible. Mais je vais faire de mon mieux pour que le reste de l'histoire soit assez compréhensible pour vous.

Bonne lecture !


Chapitre 2 : Tyran en série

Qui ne connait pas Schariar le Magnifique à Oulad Balah ! On le voit régulièrement se promener, ou plutôt se montrer, dans les rues les plus prestigieuses de la ville, clamant sa supériorité. On disait de lui qu'à la mort de son père, il était devenu le roi le plus riche que l'Arabie n'ai jamais connu.

Il siège à Agrabah, ville réputée comme étant la Cité des Seigneurs. Autrement dit des mecs pleins aux as qui aiment montrer qu'ils ont de l'or partout autour des doigts. Pourtant on y repère les quartiers les plus pauvres du pays, où tous les gens honnêtes se font harceler pour un germe de blé. Elle est bien belle la royauté franchement.

Schéhérazade et moi avons quitté Oualad Balah pour nous rendre là-bas.

Je ne m'attendais pas à avoir un tel souk. Partout où mon Maître allait, les hommes se retournaient pour l'admirer : gardes, passants, riches, pauvres, yen a pour tous les goûts. Bon, elle a quelques qualités physiques, je ne peux pas le nier, mais sans plus. Si j'avais à la décrire, ça donnerait ça :

- Une touffe indomptable de cheveux bouclés cuivrés, les cheveux raides étant préférés de loin dans tout le royaume

- Des cors aux pieds plus protubérants que mes oreilles en pointe

- un sens de la mode extrêmement discutable

Voilà la petite liste de course de faite. Dit comme ça, ça parait navrant. Mais je vous rappelle que la totalité des hommes la regardent...

...ou alors regardent ma belle musculature ! J'ai pris l'apparence d'un catcheur de renom dont les biceps feraient des jaloux.

Je pense que si je la suivais pas sous cette forme, mon maître aurait été extrêmement abordée.

"Range-moi tout ça, tu es ridicule."

"Quoi, tu préfères le style garde du corps coincé ?" Je me mets en costume et fais semblant d'être écrasé par deux formes invisibles sur les côtés. "Ou alors l'homme de la jungle prêt à tout pour Jane. Ohiohioh !" Pas la peine de décrire mon apparence pour cette réplique.

"Contente-toi d'être ce que tu es habituellement."

Je reprends ma forme bleue. "Si je faisais ça tu partirais en courant en criant au fou."

"Je ne demande qu'à voir ça, monsieur le modeste."

"Attends, tu me prends pour un égocentrique ? Dis moi qui se pavane depuis tout à l'heure devant tout le monde ?"

"Je ne me pavane pas. Les gens m'apprécient naturellement. C'est clair qu'on ne peut pas dire la même chose de toi..."

Elle...me...rend...dingue ! Si c'était pas mon maître, je l'aurais déjà couvertes d'ordures. Je déteste son ton trop sur d'elle qui la rend lassante. D'ailleurs, en l'observant, je remarque certains traits de caractère chez elle qui montrent qu'elle se croit supérieure à tout. Elle marche le dos plus droit qu'un poteau, le menton aussi relevé qu'un mec après une décapitation, et surtout, elle ne traîne pas des pieds et marche à allure vive, comme si elle était pressée.

Si vous voulez savoir, j'ai déjà entendu parler de cette fille en ville. On raconte d'elle qu'elle tient pas en place, qu'elle est désagréable et qu'elle ne sait pas dénoyauter les olives correctement, ce dernier point étant un défaut extrême.

On arrive finalement chez elle, dans une maison qui a tout à fait l'apparence d'un château miniature. Ça ne l'empêche pas d'avoir du charme.

"C'est chez moi." Ça j'pouvais deviner.

On entre en passant des serviteurs qui nous saluent bien bas et se relèvent en partant.

"Ils seraient forts en limbo, tes gars."

"Tu crois ?"

Elle sait ce que c'est ? Incroyable pour un tel manque de culture ambulant.

On dit aussi que c'est la fille du vizir Isham, le bras droit du roi, le roi étant un détestable énergumène.

Quoi, vous connaissez pas l'histoire de Schariar ? Je ne peux que vous raconter les grandes lignes grâce aux commérages entre demoiselles (plus précisément chez des danseuses, je m'étais déguisé en l'une d'entre elles pendant que le proprio de la lampe les espionnait, comme n'importe quel gars espionnerait le vestiaire des filles).

C'était un roi normal quand on l'a connu pour la première fois, c'est à dire un monarque absolue qui dépense sans compter les ressources. Puis un jour il a attrapé une fièvre. Comme il avait déjà trente ans, on pensait tous qu'il allait débrancher (mais personne ne lui admettrait ouvertement). A sa guérison, il retourne voir sa femme aussi frais qu'un gardon et la retrouve dans les bras d'un autre monsieur, les deux complotant pour se partager la future fortune du roi à sa mort. Ça lui a pas trop plu évidemment. Alors il est devenu taré et a tué sa femme. Depuis l'incident, il se recase chaque jour avec quelqu'un de potable ou de pas trop laid, passe la nuit avec et fait un carnage le lendemain.

Vous appelez ça cruel ? Vous n'avez rien vu du monde.

Mais en attendant, moi, tout ce que je vois, ce sont les couloirs pleins à craquer d'estampes du Moyen-Orient. Elles doivent coûter plus de dix éléphants chacune. beaucoup de meubles sont collés aux murs et présentent divers trésors rares, souvent en or ou en argent.

Si mon maître croit m'impressionner avec tout ce qu'elle possède, elle se fiche le doigt dans l'œil jusqu'à la nuque ! On dit souvent que les plus grands trésors sont innaccessibles et le plus souvent immatériels. L'argent n'entre pas dans ces deux catégories. Je montre d'ailleurs mon ennui en baillant.

Hey, elle a l'air vexée, et tant mieux. Tout est bon pour lui rendre le calvaire où elle m'a mis.

On arrive à l'aboutissement du couloir et la miss frappe à la porte deux fois avant d'entrer. Elle nous amène dans une chambre, ou une petite enfant joue.

"Mostafar, je te présente Dinarzade, ma soeur."

Elle coure vers Shéhérazade pour la prendre dans ses bras. Elle a dix ans à tout casser, et a de magnifiques cheveux bruns et LISSES. Tout pour avoir du charme.

Elle dirige ses gros yeux vers moi. Je remarque à ce moment là quelque chose d'anormal. Son bras. Disons que si elle devait répondre de la main gauche au téléphone, l'appelant pouvait attendre longtemps.

"Pourrais-tu faire quelque chose pour son bras ?"

Je fais mine de réfléchir en la regardant avec insistance.

"Faudrait d'abord examiner la gamine. Hmm...Ouais, il y aura pas besoin de tournevis ni de scie." Je me relève en faisant de grands gestes (juste pour épater la galerie) et je finis par pointer mon index vers son épaule. Ses habits gonflent à cet endroit et sa manche laisse passer une forme pâle avec cinq doigts au bout.

La petite n'a jamais eu l'air aussi souriante ! Quand on me dit que je suis pas un bon samaritain j'ai envie de rire. Je lui ai donné un bras de premier choix tout de même.

"Qu'est-ce que Maître Schérazade demandait plus tôt ?"

"Merci !" me rit une voix enfantine.

Oh la ! Je manque de tomber, car Dini vient enrouler ses petits bras autour de moi. Elle est vraiment mignonne tout compte fait...Je lui frotte les cheveux en souriant...

...jusqu'à ce que je vois la dame m'observer en gloussant. J'arrête ma manoeuvre.

"Alors t'es un vrai homme magique ?! Tu peux tout faire ?!"

"Un peu."

"Est-ce que tu peux ramener maman ici ?"

"Ta maman ?"

"Je suis sûre que c'est possible pour toi." me dit une voix avec un accent.

Je regarde mon maître.

"Si je le fais, ça comptera comme ton deuxième voeu."

"Je n'ai rien contre."

Je me redresse en craquant des doigts.

"Ok ! Accroche-toi. T'as juste à me dire vers où elle est pour que les recherches soient plus simples. T'as une idée ? Une piste ?"

"Elle est morte."

"Quoi ?!"

Mes bras s'abaissent et je fonds un peu par surprise, stoppant net le sort que j'allais commencer.

Les jeunes et leur façon de parler ! Si elle avait dit, je sais pas moi, 'Ressuscite ma mère' purement et soume-plement, j'aurais pu lui dire nada illico ! A la place, j'ai l'air d'un imbécile avec les bras ballants. De plus je me sens d'un coup vachement mal à l'aise.

"Je...je peux pas faire ça..."

La petite Dinarzade me regarde avec ses grands yeux verts.

"Tu as dit que tu pouvais."

Non ! Commencez pas ! Déjà que j'ai du mal à pas crier pour lui avoir donné de faux espoirs...!

"Je pensais que tu voulais dire...'retrouve la et ramène la ici', et qu'elle était...encore..."

"Tu as dit que tu pouvais..."

Elle finit par baisser la tête. Elle respire comme si elle allait pleurer. Mon Dieu...que dire ?

Il n'y a une chose dont je ne vous ai pas parlé, quand je donnais la vie à des morts : le ressuscité en lui même. Quand il rebouge, il garde le même corps qu'il avait sous terre. Oui, le même corps, et tous les asticots qui vont avec et qui pullulent. Je pense que même un fan de films gores vomirait face à ses parents s'il les voyait dans cet état.

Voilà la minute 'Remballez votre quatre-heure' ! J'espère que vous n'étiez pas en train de manger. Regardez bien dans votre sandwich quand même...

"Tu sais, je peux faire beaucoup d'autres choses. Il suffit de changer de vœu...tu veux quoi, des ballons ?" Je fais en même temps apparaître les objets que j'évoque. "...ou des peluches, Dumbo, des fleurs ? Et le Taj Mahal ? Ça te plairait le Taj Mahal ?"

Je me rapproche d'elle pour la consoler et poser ma grande main bleue sur son dos. Schéhérazade arrive pour prendre le relais en retirant la mienne.

"Chh...ce n'est pas grave. Et puis maman est peut-être plus heureuse de là où elle est."

Avec elle c'est immédiat, la petite se calme, même si elle renifle encore un peu. A croire que je sais faire que des blagues stupides moi...

Eh bien je vais faire ce que je sais faire de mieux. Je rétrécies pour arriver à une taille plus humaine, c'est à dire une tête au dessus de ma propriétaire. Elle est plus grande que je le pensais... je finis par montrer un grand sourire.

"Sinon, tu peux faire un autre souhait, ce souhait pas gwave."

Elle a pas l'air de comprendre au début.

"Allez, roule pas des yeux de merlan frit, on va se fendre la poire !" Je me déguise en serveur italien et fait apparaître une table pleine de nourriture. Elle paraît émerveillée. "Je paris très chère que vous avez une faim de loup." En ouvrant un couvercle, une tête de loup tente de s'échapper. Dinarzade crie et recule. "Oups, désolé, cela ne se reproduira plus. On va pas en faire tout un fromage. Vous comptez pas filet à l'anglaise tout de même ?" Après avoir présenté crèmes dessert et quelques plats, je mime une cuisine. "Vous pouvez compter sur moi pour tous vos plats mam'zelle ! J'y veille au grain !" Elle rit de nouveau."C'est pas en racontant des salades qu'on fait long feu dans le monde de la cuisine, vous pouvez me croire."

C'est officiel, la petite Dini ne pleure plus. J'ai pas fais chou blanc.

Schéhérazade soulève la tête vers moi, totalement subjuguée. Elle n'a visiblement rien compris. Mais j'ai l'habitude de faire rire que les marmots, les adultes humains ne comprennent pas ce qu'est l'humour, le vrai.

Pendant cette petite réflexion, on entend plusieurs portes s'ouvrir successivement. On regarde tous la porte et un monsieur bleu et violet (je parle de ses habits) entre en trombe.

Bizzarement, j'le connais pas, mais il m'inspire déjà pas confiance.

"Père !"

Ah, c'est pour ça !

Mon maitre cours dans les bras de l'homme que je devine être le vizir.

"Schéhérazade ! Tu vas bien. Quel soulagement. On m'a dit que tu t'es faite attaquée dans les bazars."

"Je vais bien grâce à lui." Elle dirige une main vers moi.

"Qui est donc ce champion de lutte ?"

Je sais pas, je me sens bien sous la forme d'un catcheur.

"C'est Mostafar. Un génie que j'ai trouvé par hasard dans les ruelles."

Dinarzade s'approche de lui et tend les bras.

"Regarde ce qu'il a fait ! Il m'a redonné mon bras."

Le papa parait choqué, mais s'incline en ma direction.

"Je vous remercie du fond du coeur. Comment vous exprimer toute ma gratitude ?"

"Hum...je n'ai fais que répondre à un voeu, rien d'extraordinaire."

"On dit que la retenue et l'humilité sont les plus grandes des sagesses."

J'ai pas compris un mot de ce qu'il vient de dire. "A la tienne, et toi aussi."

Il me regarde bizarrement une seconde pour se tourner vers sa plus grande fille.

"Schéhérazade, je te cherchais pour te le dire : l'heure est grave."

"Que se passe-t-il ?"

"Le roi Schariar veut trouver une femme en âge de se marier ! Mais il n'y a plus aucune famille dans laquelle on ne s'est pas déjà servi aux alentours d'Agrabah ! Il menace de te prendre toi !"

Aïe. Finir dans le plumard de Schariar pour une femme signifiait la mort assurée le lendemain. Je ne pense pas que mon maître soit d'accord.

Contrairement à Schéhérazade, le vizir a une réputation de lèche-botte. Tout le monde se demande comment il a atterri dans le milieu. Il n'empêche aucun débordement du roi et au contraire aide sa majesté impétueuse à commettre des actes immoraux en trouvant les filles et en s'arrangeant pour qu'elles soient mortes à 07h00 tapantes.

Mais ce n'est pas mon problème à moi. Je regarde la conversation.

"Le roi ne m'aura pas." C'est Schéhérazade qui reprend la parole.

"Mais..."

"Père, je vais trouver une idée, tu verras. En attendant fais le attendre."

"Je ne pense pas pouvoir tenir plus de deux jours !"

"Papa. Si tu ne fais pas ça ils me prendront. Ensuite ils prendront Dinarzade quand elle sera plus grande. Et entre nous deux, ils prendront toutes les femmes du royaume. C'est ça que tu veux ?"

"...je vais faire patienter le roi..."

"Bonne chance."

Le père nous laisse là après avoir embrassé ses deux filles.

Le temps file rapidement. Depuis une heure, Schéhérazade fait les cent pas au milieu du couloir. Je la regarde un peu perplexe.

"C'est un type immonde ! Une crapule ! Un fils de chien !"

Puis elle finit par s'asseoir par terre et regarder dans le vide, se frottant le menton de la main gauche.

"Qu'est-ce que tu fais ?"

"Ça ne se voit pas ?! Je réfléchis ! A un moyen pour botter les fesses de ce...mufle !"

Les habitants ont raison. Elle est effrayante quand elle est énervée. Chaque juron qui sort de sa bouche parait valoir un million de fois les mots les plus grossiers que le monde n'ai jamais connu.

"Si seulement on pouvait s'en débarrasser...Tu ne peux pas le tuer, toi ?"

"Moi ? Hum...non..."

"Comment ça non ?"

"Règle numéro UN ! Un génie ne peut pas tuer. J'peux rien faire pour toi."

"Et l'enfermer dans un tonneau plein de pierre et le jeter dans la mer, tu peux ?"

"Ça tue indirectement."

Elle grogne en me tournant le dos.

"De toute façon tu ne sais rien faire."

"Tu n'as qu'à demander quelque chose du genre...euh... 'Génie, envoie le roi en prison'."

"Ça serait inutile. On le délivrerait parce que ça serait le roi."

"Ou alors faire en sorte que tout le monde le déteste ?"

"Tout le monde le déteste déjà."

"Ça va, j'essaie juste de trouver des idées !"

"Eh bien toutes tes idées sont mauvaises !"

Et elle me tourne le dos, comme ça ! J'ai juste essayé d'être gentil moi ! Et aussi d'accélérer la cadence pour les voeux afin de m'enfuir d'elle...

Si c'est ça, qu'elle se débrouille ! Moi je rentre dormir un peu. J'en ai marre de me faire crier dessus pour rien.

...

Après quelques heures de sommeil, je risque un oeil hors de ma lampe. On est en pleine nuit.

Chez nous, le ciel est bien dégagé, et quand le soleil s'en va, des millions de petites étoiles montrent le bout de leur nez. C'est comme un spectacle.

Schéhérazade est assise dans la même position et au même endroit où je l'ai laissée. Elle regarde au loin des terres de sable, de la ville et des oasis les plus proches. La lumière des flambeaux se reflète dans ses yeux, et ses cheveux de cuivre deviennent plus gris face à la lumière du croissant de lune. Voilà une vue d'elle qui en ferait rougir plus d'un si ce 'plus d'un' est idiot.

Me dites pas qu'elle réfléchit encore cette folle dingue ? Un vœu c'est pas bien compliqué, surtout si on le fait avec le coeur. Enfin je crois...

Elle vient de remarquer que je suis là et m'observe.

"Tu as de la chance de pouvoir dormir tranquille, toi. Tu n'auras pas à mourir."

A vrai dire, depuis le bazar, dès qu'elle parle je décroche un peu. Je préfère rester dans mes pensées.

Elle est la fille du vizir, la seule jeune qui reste dans Oualad Balah sans compter les gosses. Il est normal que certains voient une injustice dans cette histoire ! Le vizir balance tout le monde mais oublis de balancer sa fille. Pourquoi elle ne mourrait pas, elle ? Avec ça, avoir des ennemis comme les six mecs du bazar parait banal dans la vie de tous les jours. Bon, je dis ça en partie parce que je ne la supporte pas.

La vérité, c'est que je ne peux pas comprendre comment on peut vivre dans le luxe et la joie avec la mort d'un million de femmes sur la conscience.

Schéhérazade change de position et s'assoit face à moi. Vu la taille de ses cernes, elle n'a pas dormi.

"Le principal est que le roi arrête de tuer pendant un temps le plus long possible. Si je ne m'en tiens qu'à cela, il y a bien un moyen d'empêcher le roi de tuer."

"T'as une idée finalement ! A la bonne heure ! Alors, qu'est-ce que je dois faire ?"

"Rien du tout. Tout le travail sera pour mon père. Je conserve mes deux voeux."

Je sens que ça va vraiment durer mille ans cette affaire ! Pourquoi ne pas m'utiliser moi ?

Elle part dans les couloirs à sa recherche. On le croise au tournant.

"Père, j'ai une idée pour gagner un peu de temps. Tu vas foncer voir le roi, lui dire que tu vas chercher une épouse dans d'autres provinces et partir de Oualad Balah."

"Comment ?"

"Il ne faut surtout pas que tu sois vu ou suivis. Avec un peu d'argent, tu vas habiter loin, et envoyer des lettres au roi, lui disant au début que tu ne trouve pas. Ensuite, tu lui diras que tu as trouvé, mais que tu auras eu des complications pour rentrer. D'accord ?"

Le vizir considère la demande et affiche un sourire paternel.

"J'ai toujours dis que tu ressemblais beaucoup à ta mère."

Il se tourne vers d'autres esclaves.

"Préparez mes bagages, serviteurs !"

Il est tellement joyeux de pouvoir faire quelque chose qu'il en oublit de remettre son turban en place en partant.

Je regarde mon maître sceptiquement.

"En gros, ton idée est de faire patienter le roi..."

"Exactement."

"...pour trouver une autre idée ?"

"Mostafar...le but est de trouver des combines et des stratégies pour l'empêcher de tuer."

"Tu oublies un truc, Maitre. Le roi est pas idiot et surtout très impatient. Je donne pas une semaine pour qu'il vienne te chercher."

"Si ça se passe comme ça..." Elle s'approche de moi avec une allure bizarre. Elle pose une main sur mon épaule. "...tu seras là."

"Ah ouais ? Compte pas sur moi pour t'aider gratuitement cette fois !"

J'avais raison. Dix jours sont passés, deux lettres ont été envoyées, et le Maitre n'a toujours pas d'idée potable à formuler. En même temps ça m'étonne pas, ce roi est le plus puissant prince d'Arabie, et sans doute du monde. Carnets d'adresses pleins, poches pleines et sans doute des centaines de serviteurs et gardes à bout de bras.

Enfin, je pense qu'elle continuera à réfléchir pour trouver un cas de figure sans l'intervention obligatoire de mes pouvoirs cosmiques phénoménaux.

Cinq jours de plus s'écoulent et la situation ne change pas. On n'a aucune suite. Schéhérazade passe ses journées à tourner en rond dans les couloirs, soupirer dans les jardins et manquer les repas, toujours sans parler. Mes journées se limitent à m'ennuyer, dormir, prendre un bain, m'ennuyer.

Sincèrement, même moi j'espérais que la femme la plus savante d'Arabie fasse un exploit.

Elle manquait aussi de sommeil. J'ai toujours du mal à la convaincre d'aller dormir sans être grondé.

Une nuit, alors qu'on dormait gentiment (moi dans ma lampe posée sur la commode), on entend du bruit par la fenêtre. Alarmé, je la réveille.

Ou du moins je la bouscule. Petite vengeance pour les jours désagréables qu'elle me fait passer à ses côtés.

Elle finit par se lever et regarder la personne ayant tapé l'incruste dans sa chambre.

"Père ?"

"Ne me pose pas de question Schérazade ! Il faut que tu quittes les alentours d'Agrabah !"

"Mais père, je t'ai dis que je trouverais le moyen de-"

"Le roi veut t'enlever demain ! Il me l'a écrit, et rien ne l'en empêchera si tu restes là !"

Elle n'est pas décidée à bouger. Je regarde la petite dispute familiale en prenant un air très sérieux.

"Mais enfin, écoute-moi Benti. Je ne veux pas que cet homme vous fasse du mal."

"Et moi je ne veux plus que cet homme fasse du mal à autrui."

Elle lui pose deux mains sur les épaules.

"Il faut que tu me fasses confiance. Et puis le génie pourra me protéger."

"Tu dois avoir raison."

Comment cet homme irresponsable et naïf a pu devenir vizir ?! Bah, sûrement de la même manière qu'un homme cinglé et moche est devenu roi.

"Hum, excusez moi. Eh oh ?"

Ils se retournent vers moi qui prend une apparence de psychologue.

"Je pense que vous devriez laisser de côté vos querelles affectives et vous concentrer sur le moment présent...pour échapper aux gardes qui arrivent." Je pointe la fenêtre du doigt. Au loin, on voyait les ombres de centaines de gens armés, levant les sabres luisant au clair de lune et vêtus des habits de la garde royale.

Tout ça pour l'autre type et Schéhérazade ? Prenez la volontier ! J'en veux pas !

"Père, enfuis toi avant qu'ils ne te voient !"

"Je ne vais pas vous laisser ici !"

L'heure est grave pour eux, on entend le bruit des cornes, ce qui signifie que la garde royale arrive. Pas dur de deviner pour qui.

"Va t'en !"

Schéhérazade le plaque et le pousse vers la fenêtre d'où il est entré.

"Je vous jure que je reviendrais !"

Le vizir descend le long de la corde qui l'a permis de monter là haut. Mauvaise idée de se montrer autant en évidence aux gardes. Ils rappliquent plus vite en le voyant. Arrive le moment où les toits d'Agrabah nous empêchent de voir la scène. Mon maître est terrifiée et le cherche des yeux. Elle espère probablement qu'il a réussi à s'enfuir. Mais ses espoirs vont être réduits à néant.

Le lendemain, mon maître reçoit une lettre du roi. Le grand vizir a été fait prisonnier aux cachots.