Rating : T

Disclaimer : Hetalia n'est pas à moi, maiiiis je mets des sous de côtés au cas où, sur un malentendu...

Pairings : RoChu sens unique et RusAme sens unique


Marques sur le cou

Personnages : Italie du Nord (Feliciano Vargas) - Romano (Lovino Vargas) - Russie (Ivan Braginsky) - Ecosse (Allistair Kirkland) - Angleterre (Arthur Kirkland) - Chine (Yao Wang) - USA (Alfred F. Jones) - Canada (Matthew Williams [bon, là, on va dire Jones pour les liens de sang]) - Lettonie (Raivis Galante) - Estonie (Eduard von Bock) - Lituanie (Toris Laurinaitis) - Pologne (Feliks Łukasiewicz)

Personnages cités : Ukraine (Iekaterina "Katyusha" Braginskya) - Biélorussie (Natalya Arlovskaya) - Hong-Kong (Jia Long Wang) - Taiwan (Mei Xiao Wang)


Réponse review :

Kken : Merci beaucoup ! J'espère que ce chapitre ne te décevra pas !


St-Judes avait un Foyer de la par les frères Feliciano et Lovino Vargas de la Miséricorde, et entendez par frères non seulement les liens de sang mais aussi leur appartenance religieuse, ce foyer servait aux adolescents de la commune qui étaient sans parents pour quelque raison que ce soit de vivre et d'étudier. Les jeunes de la commune pouvaient suivre des cours ici, si ils le souhaitaient. Ça valait pas le collège ou le lycée, mais c'était mieux que rien. Au moins, le BAC était assuré.

Ce foyer, nommé St-Judes de la Miséricorde et surnommé Les Causes Perdues par les gens d'ici, abritait une quinzaine d'âmes sans compter les deux clercs. Parmi eux, la fratrie Braginsky-Arlovskaya. Trois enfants nés dans le froid, élevés dans le sable fin.

Iekaterina, l'aînée, avait dix-huit ans. Elle était très aimée un peu partout, mais avait des difficultés à s'exprimer et à aller vers les autres. Traumatisme d'enfance.

Natalya, la dernière-née, est née Arlovskaya avant d'être Braginsky. Taciturne, elle n'avait que treize ans et déjà le titre de la plus jolie fille du coin.

Ivan était l'enfant du milieu. Lui ? Il avait seize ans et allait vers les autres, sans problème. Il était bien gentil. Mais terrifiant. Et terriblement enfantin. Il ne se rendait pas compte de sa violence.

D'ailleurs, ces trois-là sont ici pour une triste raison : mère suicidée, père battu à mort… Par le fils. Voici pourquoi on les évitait. Ivan flottait comme une malédiction sur ses sœurs. Personne n'osait se montrer trop gentil avec elles. Et personne ne l'approchait. Après tout, cet Ivan n'était qu'un meurtrier ayant échappé à la justice à cause de son trop jeune âge et la pression exercée par l'église sur la police locale. Après tout, tout ce qu'il se passait à St-Judes restait à St-Judes.

Dans ce foyer des « Causes Perdues », il y avait aussi Yao Wang. Lui, c'était pour les études. Il avait dix-sept ans. Un frère au début du lycée et une sœur en quatrième, tous les deux dans un internat loin d'ici. Yao dirait que c'était lui l'aîné, donc à lui de se sacrifier.

Au foyer, aujourd'hui, on jasait sur l'affaire Edelstein. Ce n'était un secret pour personne qu'Elizaveta était cocue. Yao participait activement à la discussion, étant un peu commère sur les bords. Alfred racontait toutes les infos croustillantes et Francis, l'animateur, apportait tant de détails que le Frère Feliciano avait abandonné l'idée de ramener le silence dans la salle de cours et écoutait les ragots d'une oreille distraite. Tout se passait juste jusqu'à ce qu'Ivan Braginsky arriva dans le groupe.

« De quoi parlez-vous ? demanda-t-il en clignant des yeux.

Cette phrase fit passer un ange dans la salle et paniquer le clerc.

- Oh ! Oh ! De rien, mais de rien, s'exclama Alfred un sourire mauvais aux lèvres.

Il jeta un regard complice à son demi-frère Matthew qui se posta derrière le russe.

- Chopez-le les gars ! beugla le blondinet à lunettes une fois que son jumeau tienne fermement Ivan.

- Désolé », murmura Matthew à la victime de son frère.

Francis refusa d'agir. Arthur, le deuxième animateur, suivit l'exemple de son collègue. Yao détourna le regard. Toris, un ado du foyer qu'Ivan terrifiait, s'y donna à cœur joie, entraînant son ami-voire-sans-doute-plus Feliks et sa bande, c'est-à-dire Eduard et Raivis. Dans la bagarre s'engagea aussi le troisième animateur, le titanesque Allistair, grand frère d'Arthur, qui n'aimait pas franchement Ivan. Il a fallu que Frère Feliciano pousse un cri suraigu, alertant Frère Lovino et Ludwig Beilschmidt, le représentant, laïc, du foyer au sein du conseil municipal.

« QU'EST-CE QU'IL SE PASSE ICI ?! hurla Beilschmidt, visiblement courroucé.

Tout le monde s'arrêta et reprit le rôle de la charmante petite classe des pupilles de la commune.

- C'est genre totalement pas nous, papillonna des yeux Feliks en arrangeant ses cheveux. N'est-ce pas, Liet ?

- Ou-oui, parfaitement, approuva Toris. Il a raison, non, Raivis ?

- C'est vrai-ai-ai… On y est pour rien, tremblota Raivis. Eduard peut le confirmer.

- C'est la vérité, fit Eduard.

- J'ai rien vu aru, souffla Yao.

- Je galochais Arthur, rit Francis en posant sa main sur l'épaule de l'anglais.

-Shut up, bloody frog !

- J'suis innocent, m'sieur le juge, jura Allistair.

Ludwig se massa les tempes. L'élément perturbateur, en la personne d'un blondinet hyperactif, se taisait sciemment. Il se rapprocha de Frère Feliciano, d'une manière qui fit ricaner les élèves qui se doutaient de quelque chose entre ces deux-là et pester Frère Lovino qui, pour occuper les adolescents, leur fit réciter les Dix Commandements.

- Felic… Mon Frère, êtes-vous au courant de quelque chose ?

Le religieux s'apprêta à ouvrir la bouche, mais devant les yeux d'Alfred qui semblait dire « On sait tous que tu te tapes Beilschmidt, p'tit pédé, alors ferme-là ou on tape un scandale », baissa la tête et articula :

- Ve… J'a-j'ai rien v-vu… »

Ça ne convainquit en rien le représentant, qui haussa les épaules et foudroya du regard l'assemblée.

« Je ferme les yeux cette fois encore, mais la prochaine ça ne passera plus ! »

Et tourna les talons, emportant le Frère Lovino avec lui. Toujours le même discours, et toujours Ivan subissait cela. En vengeance des coups qu'il donnait sans s'en rendre compte.

Frère Feliciano, tremblant, dit du bout des lèvres :

« Ya-Yao… Mon enfant, v-veux-tu bien accompagner ce cher Ivan à l'in-infirm-merie ?

- Très bien, mon Frère, soupira Yao en se levant péniblement.

Il aida le géant à se relever et lui prit la main, comme d'habitude. Ce n'était pas la première fois qu'il l'accompagnait, et à force des petites manies commençaient à apparaître.

- Au r'voir aru » lança-t-il désinvolte en passant le pas de la porte.

Le Foyer leur était connu à tous les deux, dans ses moindre détails. Ses murs jaunâtres décorés à la va-vite des dessins des collégiens et d'images saintes sentaient l'oignon en direction des cuisines, la bétadine en direction du pôle médical. Ils prirent à droite, puis entrèrent dans une pièce spacieuse avec le nécessaire pour se soigner. L'infirmière n'étant pas là avant midi moins le quart, Yao aida Ivan à s'asseoir sur le lit et se mit face à lui.

« Alfred est un connard, aru ! S'exclama désespéré l'asiatique.

- Da. Mais tu ne fais rien pour me défendre, tu sais.

- Mais je peux pas ! Imagine aru ! Avoir tout le monde con… Non, laisse tomber, tu vies déjà ça aru.

Affectueusement, Yao enlaça le russe.

- Pourquoi tu ne ripostes jamais, aru ? Un œil au beurre noir calmerait l'amerloque !

- Mais… Si je fais ça… Ce sera pire !

Ivan avait pris cette petite voix effrayée, et cachait le bas de son visage dans son écharpe.

- J'me débrouillerais avec Beilschmidt pour qu'il soit puni aru ! Je te le jure !

- Et si je ne m'arrête pas ?

- Ça lui fera les pieds, aru.

- Et si il saigne ?

- Ce sera pas une grande perte, aru.

- ET SI JE LE TUE ?! s'angoissa-t-il.

- …Ne dis pas des choses si effrayantes, aru ! réagit l'autre.

La tension retomba.

- Yao-yao, dit Ivan plus calme. Ça va mieux avec tes parents ?

- Oh, ils préfèrent toujours Jia Long et Mei Xiao, et me détestent toujours autant. Ils me condamnent à faire le fils qu'on jette au moindre faux pas. Mais bon…

- Tu dois toujours travailler à la blanchisserie, alors ?

- Le dit pas comme ça aru ! Un chinetock qui bosse dans une blanchisserie familiale, c'est cliché ça aru.

- Tu voudrais faire quoi, plus tard ?

- Cuisinier, aru. C'est mon rêve !

- Tu serais doué. Da, da… Tu serais un excellent cuisinier.

Puis, sur le ton de la plaisanterie :

- Tu cuisines, tu laves le linge, tu fais le ménage, tu aimes les choses mignonnes… Une parfaite femme au foyer, da.

- Connard, aru. J'veux pas m'enfermer dans un mariage…

Et Yao lui glissa à l'oreille :

- Sauf si c'est avec toi, le mariage.

- Niet ! Niet, niet, niet… rougit Ivan, embarrassé.

L'asiatique se mit à rire et retomba couché sur les genoux de son compère.

- Avoue que si j'étais une meuf bien roulée, t'aurais pas été contre, aru ! Ouais, comme la cousine de Bonnefoy, la Madeleine, aru !

- En fait, il y a un truc que je voudrais t'avouer..

- Azy, dis aru. On est encore dans un pays libre, aru.

- Je cr-crois qu-que…

Yao leva un sourcil, déconcerté.

- Tu crois que ?

- … Qu-que j'ai-j'aime l-les…

- Que tu aimes les ?

Yao se redressa, mettant une main sur la joue de son ami pour calmer ses tremblements. Ivan se tourna face lui, et enfouit sa tête dans le coup de son interlocuteur.

- Que j'aime les garçons !

Un ange passa.

- Quoi ? S'exclama Yao, médusé.

- C'est pour ça que j'ose pas frapper Alfred… J'me me suis bizarre que je le vois… Da, bizarre. Le cœur qui s'affole, le cerveau qui part en couille et l'estomac retourné.

- Ça peut être n'importe quoi, aru ! De la haine, aru, par exemple… C'est très semblable à l'amour, aru.

- Niet. Katyusha me l'a dit. C'est pas de la haine, pleurnicha-t-il.

Il y avait des jours où Yao s'étonnait encore de la naïveté et de la manière de penser et d'agir enfantine de son ami. Il sentait des larmes sur le qipao masculin rouge et noir tout bête tout simple que lui avait donné, ou plutôt jeté au visage, son père.

- , Ivan… Tu pleurerais pas…

Pas de réponse.

- Allez, Ivan…

- Veux mes sœurs.

- Ne fais pas le bébé, aru ! Natalya est en cours et que Iekaterina se pr… bosse dans le quartier !

Non, Ivan n'était pas encore prêt à apprendre que sa grande sœur vendait son corps pour aider sa fratrie à améliorer leur ordinaire et à vivre de son côté.

- Wooo. Calmes-toi, aru. J'entends déjà Frère Lovino te sermonner. Lui qui jure comme un charretier, il est complètement timbré pour nous engueuler à chaque truc de travers aru !

Yao le prit dans ses bras et caressa son dos.

- Allons, Ivan… Calmes-toi aru… Là, là… Respires, aru

- Je suis un monstre, je suis détestable…

- Calmes-toi, aru… Je suis bien bisexuel, et je suis totalement normal aru !

Il passa ses mains dans les cheveux clairs d'Ivan.

- Voyons, y'aura que Frère Lovino qui froncera les sourcils aru ! Encore que… Ses relations avec le mec qui apporte les tomates sont troubles, n'est-ce pas aru ? Frère Feliciano se taira, on le sait tous qu'il draguait les filles et est passé du côté religieux pour cacher son orientation sexuelle et la romance entre lui et Beilschmidt, aru.

- Il est amoureux de monsieur Beilschmidt, Frère Feliciano ?

- Tu n'avais pas vu aru comme ils se mangent des yeux ? C'est mignon, aru !

Le russe avait relevé la tête. Yao posa ses phalanges tièdes sur ses joues, pour en effacer les larmes.

- Tu n'es pas mignon quand tu pleures, aru.

Il jeta un coup d'œil à l'horloge digitale « satanique » d'après le Frère Lovino. Elle affichait onze heure et demi.

- L'infirmière va pas tarder, aru. Redresse-toi, je t'aide à te déshabiller, aru.

Le brun retira lentement l'écharpe du grand blond et la posa cérémonieusement sur le tabouret près du lit. Il récupéra le pull épais, puis le t-shirt que lui tendit son ami. Ces vêtements rejoignirent le sol. Yao ne put s'empêcher de regarder le corps d'Ivan. Des cicatrices, des hématomes. Et il semblait malingre malgré sa musculature.

- J'ai l'impression d'être faible, quand tu me regardes comme ça, Yao-yao, souffla le russe d'une voix agacé. J'ai horreur de ça, tu sais.

Yao détourna le regard.

- Pardon.

Les deux mains du russe se posèrent sur les épaules du brun.

- J'ai mal entendu. Répète-moi ça, Yao-yao ?

- Je suis désolé.

Elles glissèrent sur son cou.

- Je ne comprends pas, continua le plus grand d'une voix un peu menaçante. Redis ça, s'il-te-plait mon Yao-yao ? Je te fais pitié, da ?

- Je t'ai dit que je m'excuse !

- Et insolent, maintenant !

Les doigts du géant enserrèrent la nuque, lui coupant la respiration. Jamais ils n'ont paru aussi glacés.

Note pour lui-même : toujours être gentil avec Ivan, ne jamais lui répondre. Il le saurait à l'avenir.

Maintenant, ils étaient debout sur le carrelage froid de l'infirmerie, et Ivan soulevait Yao qui gigotait désespérément pour se libérer.

- Ar-arrête, aru ! Tu m'ét-étouffes ! Je suis désolé ! Je suis désolé ! Je suis désoléééééééé…

Quand il fut inerte, les grandes mains le lâchèrent d'un coup. Le blond, affolé par cet accès de violence, se précipita vers son ami, s'étant mis à quatre pattes pour reprendre son souffle.

- Yao-yao ?

Yao cligna des yeux, toussa un peu avant de respirer en hoquetant.

- T'inquiète, aru… Ça va… Ça va… Assieds-toi sur le lit, aru, l'infirmière va arriver.

- Je suis désolé, désolé, désolé ! J'aurais jamais du ! Tu me détestes ! Da, tu dois me détester maintenant !

L'asiatique le gifla vite et fort.

- Ne pleure pas, aru. Je t'en veux pas et jamais j'arriverais à te détester. Faut que j'aille aux chiottes, on se retrouve ici, aru ».

Sans attendre de réponses, il se précipita dehors en retenant ses larmes, avant de s'enfermer dans la troisième cabine des toilettes des garçons. Du troisième étage, on pouvait voir la chaussée grise et triste de la petite fenêtre du bout du couloir.

Yao verrouilla la porte verte en plastique opaque, et se laissa tomber en pleurant dos à celle-ci.

« J'ai pas mal au cou, Ivan. T'as étouffé mon cœur aru. T'as planté le robinet de chez les filles et la pelle du croque-mort dans les sentiments que j'avais pour toi. Bordel, pourquoi ce connard d'Alfred... »

Au moins, songea-t-il amèrement, il pourrait faire passer les marques de strangulation d'Ivan pour les doigts de sa mère. La dernière fois, n'a-t-elle pas essayé de lui tordre le cou ?