Il y a les années liminaires, entre son seizième et son vingtième anniversaire, où il tente de tracer sur la glace et ailleurs, les concours de sa sexualité et de sa sensualité. Ce qui, à cet âge, ne peux que se faire dans des paradoxes et des exagérations pas toujours heureuses, mais qui, sur le moment entraînent son public.

C'est ainsi qu'il devient très rapidement le chouchou des spectateurs de patinage pouvant être attiré par les hommes et quelques autres capable de faire une exception. En le devenant, il se retrouve aussi la cible de divers paparazzis, rumeurs et suppositions. Ce n'est pas différent du reste de sa carrière et il s'en amuse beaucoup. Après tout, sa véritable expérience est limitée à des performances solitaires en compagnie de la veuve à cinq doigts. Ce n'est pas qu'il ne veut pas, c'est juste qu'il a autre chose à faire et qu'il a besoin de sommeil et que perdre sa virginité n'est pas très haut sur la liste de ses priorités parce que c'est trop d'effort et trop de temps perdu. Il est beaucoup plus intéressé par l'effet que ses tentatives sur la glaces ont sur le public et sur son image. C'est beaucoup plus simple.

Quand il perd sa virginité, il est… déçu. Il a un peu bu, il a quelques jours de repos, et une patineuse lui a fait quelques avances qu'il a accepté. Il la connaît de loin en loin, il croit qu'ils ont plaisanté ensemble quand ils étaient juniors. Elle est plus qu'une inconnue de passage et c'est suffisant pour qu'ils remontent ensemble dans sa chambre d'hôtel pour se câliner. Il n'avait pas vraiment prévu d'aller plus loin que des baisers. Elle n'est pas vierge et elle a un préservatif. Il suppose qu'elle a plus l'habitude de se genre de situation. Il suppose qu'elle l'avait prévu. Il ne lui a pas dit qu'il n'était jamais allé plus loin. C'est… rapide. Une fois qu'il a enlevé son préservatif, elle saisit ses mains et le guide jusqu'à son orgasme qui prend plus de temps et plus de directions. Il songe, dans un coin de son esprit, alors qu'il ajuste la position de ses doigts, qu'être seul demande vraiment moins d'efforts. Il se demande à quel point elle s'est rendu compte de son inexpérience. Il se demande si c'est mieux avec quelqu'un qu'on prend le temps de connaître et d'embrasser. Il se demande, alors qu'elle prend une douche si elle est satisfaite. Il a la vague impression d'avoir manqué quelque chose. Il est presque certain qu'il devrait se sentir victorieux ou plus adulte, avoir l'impression d'avoir résolu l'un des mystères de la vie, ou avoir un éclair d'imagination pour sa prochaine chorégraphie, mais il se sent juste fatigué, il a envie d'une douche et d'aérer la chambre. Il se dit que ce sera mieux la prochaine fois, qu'il sait comment faire, mais l'idée le laisse vaguement perplexe et mal à l'aise.

S'il était porté sur l'introspection, il aurait fini par penser qu'il aurait dû arrêté les choses plus tôt, mais Victor n'aime pas l'introspection quand elle ne touche par le patinage ou son image médiatique.

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La seconde fois, c'est avec un patineur qu'il connaît depuis longtemps, qui a quelques années de plus que lui, dont la carrière s'est arrêtée une saison plus tôt à cause d'une blessure à la cheville. Il est en train de se reconvertir pour être prof de sport, mais il revient souvent assister aux entraînements. Son appartement n'est pas loin de celui de Victor et ils ont l'habitude de rentrer ensemble. Il y a un moment, un soir, où ils se disent adieu et il y a un moment où Victor pense « il veut m'embrasser », un moment où il pense « pourquoi pas ? » et où ils s'embrassent.

Il prend son temps. Ou plutôt : il prend le peu de temps qu'il peut sur son emploi du temps et Alexei est assez conscient de la réalité de son emploi du temps pour ne pas en demander plus. La première fois qu'il masturbe Alexei et qu'il lui demande s'il a apprécié, il reçoit un sourire paresseux et un :

« J'ai Victor Nikivorof, l'étoile de la Russie avec moi, comment tu veux que ça aille mal ? »

Il n'est pas certain de comment le prendre. Il n'est pas certain que ce soit un compliment.

Quelques fois plus tard, il se rend compte de deux choses. La première, c'est que coucher avec quelqu'un est fondamentalement ridicule. Ridiculement érotique, la plupart du temps, mais plein d'ajustement, de questions maladroites, de gestes involontaires et de sons obscènes qui ont tendance à le faire rire. La seconde, c'est qu'Alexei se vexe comme un pou, même lorsqu'il explique que ce n'est pas de lui dont il rit, ce qui donne quelques disputes dont il se serait bien passé.

Ils se séparent vite. Alexei veut quelque chose de plus sérieux, et Victor a besoin d'air, d'espace, de retourner sur la glace. Il accepte les sympathies des autres patineurs et cache son soulagement. Il se promet de ne plus jamais recommencer.

La suite est largement documentée et augmentée par les médias. Il devient, par l'action de son agent et des photographes qui le mettent en scène et de certains club de fan Victor Nikivorof, Roméo en herbe, rêve érotique de ces messieurs et ces dames et des personnes ne souscrivant pas aux deux catégories précédentes. Il a vingt-et-un ans. Il a été sacré comme homme le plus sexy par une partie de la planète et que cela vient avec des attentes qu'il ne comprend pas vraiment. Il n'a pas de geste magique pour se déshabiller en étant sexy – chaussettes ou pas. Il n'a pas de dons télépathiques pour savoir si la personne aime qu'on joue avec ses tétons ou qu'on lui embrasse le cou. Il n'a pas l'option « orgasme garanti » que vendent les porno et les livres érotiques. Son sperme n'a pas miraculeusement un goût différent de celui de javel salée. Il n'a pas une endurance hors du commun ni un talent inné pour tenir des positions acrobatiques.

Il tente. Il aime plaire, il aime être à la hauteur des rêves qu'il provoque.

Mais il se demande si les gens sont conscients que l'expérience compte souvent moins que la communication. Il se demande comment les gens peuvent croire la vie romantique qu'on lui donne sans penser qu'il a besoin de deux heures de sommeil par nuit. Il se demande s'il est à la hauteur des espérances des gens qui espèrent le séduire – et regrette quand il sent que, malgré lui, il n'a pas été à la hauteur de l'expérience Nikivorof. Il se demande comment fait Chris pour exsuder cette aura de contentement après chacune de ses rencontres, s'il a un secret. Il ne lui pose pas la question : ils ne sont pas proche ainsi et il est presque certain que le Suisse le prendrait comme une victoire. Victor, lui, a l'honnêteté de dire qu'il a eu quelques fois assez splendides, une pléthore de nuits bien sympathiques mais oubliables, et de grands marasmes, dont une partie a été adoucie par les fou-rires partagée et l'autre brûle encore d'insatisfaction et de hontes informulées.

S'il était porté sur l'introspection, il se demanderait combien de fois il a accepté parce qu'il se sentait obligé de le faire après avoir beaucoup flirté et combien de fois il désirait vraiment la personne en face de lui. Heureusement, il n'est pas porté sur l'introspection, sauf pour dire que la seule personne avec qui il imagine de partager régulièrement ses draps est Makkachin.

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Avec sa crise du quart de siècle, comme finit par la surnommer Chris, ses rencontres sont de moins satisfaisantes. Les séductions, l'aura de Victor Nikivorof bourreau des cœurs, les échanges de salives et autres fluides corporels sont une mécanique usée, connue, comme son corps et ses gestes sur la glace.

Mais ses compagnes et compagnons ne font pas de commentaires. Comme sur la glace, personne ne semble se rendre compte de rien – ou personne n'ose rien dire. Comme sur la glace, son nom et son apparence sont suffisants et ses orgasmes se dissipent rapidement. Ils ont souvent un goût de cendres.

Il est Victor Nikivorof et il se demande ce qu'il a fait de la vie et de l'amour.

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Le soir du banquet fatidique, Yuri éveille un désir que Victor a du mal à comprendre. Une envie brûlante de lui, de le découvrir, une certitude étrange que c'est ça qu'il cherche, que c'est ça qui lui manque.

S'il était porté à douter de lui même, il se demanderait à quel point il a projeté sur un inconnu ses propres problèmes, mais Victor a toujours fait confiance à ses instincts.

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Il ne sait pas exactement le moment où il se rend compte que Yuri n'a strictement aucune expérience amoureuse.

Ce qu'il sait, c'est qu'il a possiblement été un peu vite en besogne au début – comment pouvait-il imaginer que le champagne avait un tel effet sur l'autre patineur ? – et que si tout était à refaire, il n'aurait pas été si… brusque. Pas sur Eros, parce que Yuri a définitivement besoin de quelqu'un qui voit en lui ce qu'il n'est pas capable de contempler, mais sur le reste, certainement.

Ce qu'il sait, c'est qu'un jour il cesse de regretter les souvenirs du banquet, qu'il cesse de chercher le Yuri qu'il a rencontré dans les geste de l'homme devant lui, et qu'il pense : « j'ai le temps ».

C'est brusquement libérateur.

Ce qui l'est encore plus, c'est lorsqu'il se rend compte que Yuri sait faire la différence entre ses ouvertures de Nikivorof bourreau des cœurs et les siennes plus aisément que lui-même et que seules les secondes ont de la valeur à ses yeux. C'est ce qui fait que séduire Yuri est si fascinant. Il n'est jamais certain de l'effet qu'il aura : les fois où Yuri oubliera sa timidité pour redevenir l'homme qu'il a rencontré au banquet, les fois où il s'enfuira, les fois où l'ignorera sans merci. C'est la première où il doit faire autant d'effort, se poser des questions.

S'il y était superstitieux, il penserait que c'est une question de karma. Mais Victor ne l'est pas, et se contente de profiter du moment.

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« Pardon, marmonne Yuri. »

C'est la troisième ou la quatrième fois de la soirée : il doit être plus anxieux que d'habitude et s'excuse pour chacune de ses maladresses alors qu'elles n'ont aucune importance.

« Hey, finit-il par chuchoter. Tu sais que je m'en fiche ? »

Il y a un silence où, Yuri est tendu comme un arc contre son épaule.

« Cela m'énerve, finit-il par articuler avec violence. Tu devais t'attendre à mieux. Entre Eros et le banquet… »

Il réfléchit un instant en caressant son dos en espérant le relaxer.

« Yuri. Dès que je m'attends à quelque chose de ta part, tu parviens à le transformer entièrement et le résultat est toujours… quelque chose que je n'étais pas capable d'imaginer.

-Tu veux dire, la profondeur de mon inexpérience ? »

Ouch. Pour être capable de formuler les choses aussi clairement, son anxiété doit être plus importante qu'il ne l'avait deviné. Il sait qu'il ne pas le raisonner ce soir, parce que cela ne fonctionne jamais. À la place, il oblige Yuri à se mettre sur le dos et se penche au-dessus de lui. Il regrette, un instant, ses cheveux longs.

« C'est vrai, répond-il. J'ai eu des amants plus expérimentés que toi. Des personnes capables de faire passer tes maladresses pour un geste volontaire. Et pourtant, Yuri, tu es le seul avec qui j'ai envie de rester. »

Crois en moi plus que je n'en suis capable moi-même. Il espère que ça va marcher. Yuri déglutit, évite son regard.

« Un orgasme est juste un orgasme, continue-t-il. Si je ne voulais que cela, je serais bien mieux loti seul.

-Mais… tu dois être frustré, marmonne Yuri. »

Ils s'approchent du cœur du problème.

« Non. »

Il a mis toute la fermeté possible dans ce mot. Yuri soupire.

« Okay. D'accord, finit-il par murmurer. »

C'est ce qu'il dit lorsqu'il ne comprend pas comment Victor est capable de penser ce qu'il dit, mais qu'il lui fait confiance pour vraiment le penser. Il se rallongé à côté de lui. Le reste attendra un autre jour – ils ont le temps. Ils ont tout leur temps.


A/N : Cette fic a eu le triple de mise en favoris par rapport aux reviews reçues.

Je considère généralement qu'un texte qui a ce ratio est un texte correct, mais pas assez fort ni prenant pour que les gens fassent l'effort de laisser un mot.

Là où ça me frustre, c'est que je voulais faire l'inverse avec ces deux OS, casser les codes de l'érotisme, parler de cul et d'intimité et non de fantasme. Provoquer, un peu. À ce jour, je ne sais pas si j'ai loupé mon but, ou si ce que j'ai fait est trop… intime… justement pour que vous osiez laisser un mot.

Je serai donc reconnaissante à toutes les personnes qui prendront le temps de me laisser une review.

Merci d'avance.