23 Mai de l'an 3018 du Troisième Âge de la Terre Milieu

La nuit était tombée depuis plusieurs heures sur la Lothlórien, amenant avec elle la fraîcheur et l'obscurité. A Caras Galadhon, la capitale fortifiée, de jolies flammes vertes avaient été allumées autour de l'arbre principal. La cité avait été construite bien avant que les Nains n'aient été chassés de la Moria en l'an 1981 et elle possédait une architecture particulière. En effet, elle fut construite non seulement à l'intérieure, mais également autour des arbres, ce qui avait valu le surnom de ses habitants – les Galadhrim, aussi appelés Gens des Arbres.

Un peu plus au Sud de la ville, alors que la plupart des Elfes Sylvains regagnaient leur demeure, une jeune femme semblait ne pas vouloir faire de même. Debout devant un panneau en bois sur lequel avait été dessiné une cible, l'Elfe semblait concentrée. Même ses longs cheveux châtains venant de temps à autre lui chatouiller le visage ne semblaient pas la détourner de son but. Après un petit soupir, la jeune Elfe arma son arc et se mit en position de tire. Celui-ci était caractéristique des armes de la Lórien – mesurant près de deux mètres de long, ces arcs étaient fabriqués en bois de mellyrn et la corde avec des cheveux d'Elfes, quant aux flèches, elles étaient faites en frêne et en plume de cygne. Après plusieurs secondes, la jeune femme lâcha sa flèche.

« En plein dans le mille, pensa-t-elle en souriant. »

Doucement, elle abaissa son arc et le remit dans son carquois. Des applaudissements retentirent soudain derrière elle – Haldir, gardien de la Forêt d'Or, s'avança.

« Tu as fait d'énormes progrès, lui dit-il en souriant.

- Merci. Je m'entraîne chaque jour pour cela, lui rappela la jeune Elfe en lui rendant son sourire. »

Rapidement, elle alla récupérer ses flèches encore plantées dans la cible en bois. Lorsqu'elle retourna vers le gardien de la Lórien, la jeune femme s'aperçut bien vite que quelque chose le troublait. Elle lui demanda alors :

« Que se passe-t-il ? Je vous trouve tourmenté ces derniers jours. Aurais-je fait quelque chose qui vous ait causé du tord ?

- A vrai dire, en effet, lui répondit Haldir en relevant la tête vers elle. Mowan, il faut que l'on ait une petite discussion au sujet de ton avenir ici.

- Par quel moyen puis-je vous faire comprendre que je ne veux pas partir ? s'énerva-t-elle soudain. Ada, pourquoi tenez-vous à ce point à ce que je quitte cette Terre ?

- Parce que tu sais pertinemment qu'un jour il nous faudra traverser la Grande Mer et retourner sur la Terre de nos ancêtres, lui rappela l'Elfe. Et ...

- Mais c'est ici que je suis née et que j'ai grandi ! l'interrompit Mowan. Je connais chaque recoin de cette forêt, chaque arbre, chaque court d'eau.

- Nous n'y sommes plus en sécurité. Tu n'es pas sans savoir que l'ombre s'étend en Mordor et je ne tiens pas à ce que tu sois exposée à tout cela.

- Pourquoi m'avoir appris à me battre si ce n'est pour défendre les miens ? »

Haldir ne sut quoi répondre. A dire vrai, il se sentait complètement impuissant face au caractère entêté de sa fille. Il ne pouvait la blâmer, car c'était assurément de lui qu'elle avait hérité ce trait de personnalité. Sa femme était beaucoup plus sage et douce, malheureusement, la jeune Mowan n'avait passé que trop peu d'années en sa compagnie. Voilà plusieurs siècles qu'elle les avait quittés, victime d'une attaque d'Orques lors d'un voyage vers la forêt de Mirkwood. Sa mort avait causé beaucoup de peine à la petite Mowan et son caractère n'avait fait que s'affirmer dès lors.

« Vous me cachez quelque chose, reprit soudain l'Elfe, je le sens.

- Gildor Inglorion vient de m'apprendre qu'il comptait quitter la Terre du Milieu accompagné de plusieurs autres membres de sa cité, je veux que tu te joignes à eux, finit par avouer Haldir.

- Mais Ada...

- Ceci est non négociable, Mowan. Tu pars dès demain. Tu les rejoindras à Foncombe avant leur départ. »

Sachant qu'elle ne pouvait aller plus longtemps contre la volonté de son père, la jeune Elfe ne s'attarda pas. Elle ramassa rapidement sa cape laissée par terre et repartis vers le centre de Caras Galadhon. Intérieurement, elle espérait qu'il change d'avis, mais c'était peine perdue. Une larme dévala alors sa joue blanche et tomba sur le sol.

Haldir resta un moment près de la cible faite par sa fille. Il se doutait qu'à cet instant, elle devait lui en vouloir et c'était tout à fait légitime, mais il devait le faire. Il devait la protéger. Alors qu'il allait s'en retourner vers le Nord, des bruits de pas parvinrent jusqu'à lui – Galadriel s'approcha doucement du gardien de sa cité.

« Pensez-vous que je sois un bon père ? se demanda l'Elfe plus pour lui-même. Elle est si dure avec moi et pourtant, elle me ferait faire n'importe quelle folie.

- Vous êtes bon, Haldir. Mais croyez-vous pouvoir la protéger ainsi ? l'interrogea Galadriel. Vous savez ce que j'ai vu, vous connaissez son destin.

- Ce n'est pas inévitable, soupira-t-il.

- Votre fille a un grand rôle à jouer dans la guerre qui se prépare. Vous avez vu, tout comme moi, ses dons se développer jour après jour. »

Un silence s'installe pendant lequel Haldir repensa à ces derniers mois passés avec sa fille. Il avait effectivement remarqué que Mowan progressait chaque jour un peu plus au tir à l'arc, mais également dans la maîtrise des éléments.

« Mon cher ami, je ne crains que l'emmener loin d'ici ne soit d'aucune utilité. »

Puis sur ses mots, la Dame de Lórien s'en retourna dans sa demeure, laissant le gardien des Galadhrim à ses réflexions.