Disclaimer: Les personnages de Shaman King appartiennent à Hiroyuki Takei, blablabla, oui, bon on a compris.

Merci pour les reviews que j'ai eu ! Ils m'ont vraiment fait plaisir, merciii! Plein de velours dans mon coeur~ J'espère que ce chapitre deux vous plaira, j'y ai rajouté plus de dialogues :) Et la suite promet d'être très intéressant !

Pour ceux qui ne l'ont pas encore compris, je publie extrêmement lentement... J'en suis vraiment désolée... :'( En plus, la fin de session a tout prit mon temps alors hein...

Anyway! Bonne lecture ! N'hésitez pas à commenter !

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« Fais un peu attention, espèce d'abruti. »

Horohoro resta immobile, le cœur battant ridiculement vite. Il était tellement proche de l'autre qu'il mit un certain temps avant de distinguer chaque détail de son visage.

Il avait les yeux magnifiques. D'une couleur indescriptible. Un mélange d'or pur et de poussière d'étoiles. Un regard intense, accentué par de longs cils noirs. Un regard si vif qu'il lui était difficile de soutenir. Pour la première fois de sa vie, il avait l'impression d'être complètement mis à nu, que toutes les carapaces qu'il tentait d'endosser à ce moment-là tombaient une à une, comme des dominos emportés par la poussée d'une chiquenaude.

Malgré les quelques pouces en moins, il lui faisait une impression très forte, presque intimidante. Ses traits durs détonaient sur son visage pâle, un peu androgyne, lui donnant un air plutôt séduisant. Ses lèvres, plus fines qu'il ne l'aurait crut, traduisaient une impatience agacée.

« Euh… Hein ?… », fit Horohoro, brusquement ramené à la réalité.

Le dénommé Ren émit un soupir, visiblement ennuyé. « Je t'ai dit de faire attention. –Il fit un pas en arrière et épousseta son tablier d'un geste sec- Au passage, tu as vraiment la tête d'un idiot.

« QUOI ? s'écria Horohoro, piqué au vif. Tu me cherches ? »

Avant qu'il puisse rajouter quoi que ce soit sur la même lancée, des pas saccadés s'approchèrent rapidement et la voix traînante de Yoh se fit entendre dans le couloir : « Boroboro, t'es mort dans les toilettes ou- Oh. »

Il s'immobilisa brusquement, les yeux allant de Horohoro à Ren, et de Ren à Horohoro. Il ne fit pas attention à l'hostilité ambiante, pourtant presque palpable, qui s'était installée. Il émit un petit rire caractéristique. « Je vois que tu as finalement fait connaissance avec notre Ren national ! »

« La ferme », répliqua sèchement celui-ci.

Horohoro avait très peu l'habitude que l'on se montre aussi peu sympathique à l'endroit de sa personne. Ce n'était pourtant jamais bien compliqué avec lui ; sa nature enjouée et démonstrative faisait en sorte qu'il aimait pratiquement tout le monde, et le contraire était tout aussi vrai. Du moins, jusqu'à aujourd'hui.
Il jeta un coup d'œil à Ren. Ce dernier avait les bras croisés, une expression suffisante sur le visage. Une expression qui, sur n'importe quel adolescent, pourrait lui donner un air arrogant. Mais pas sur le visage de Ren. Plus que de l'arrogance, c'était carrément du mépris.

Lorsque leurs regards se croisèrent à nouveau Horohoro sentit un frisson désagréable lui parcourir l'échine dorsale. Décidément, il lui faisait tout un effet. Il ne savait pas s'il aimait cela ou non.

« Mon nom est Tao Ren… fit l'autre. Ravi de faire ta connaissance… Boroboro. »

Le sourire ironique qui accompagnait son ton lourd de sarcasme le fit grincer des dents.

« C'est Horohoro, pour ton information », maugréa-t-il, les poings serrés.

Ren eut un ricanement bref. « Hmph. Quel nom ridicule. »

Sans demander son reste, il tourna les talons et s'éloigna vers l'avant du Café.

Je vais lui foutre mon poing sur la gueule, ma parole
Mais Horohoro ne fit rien de tel. En fait, il ne bougea pas du tout, les poings serrés.

« Hé… Ça va ? »

La voix de Yoh semblait lui parvenir de très loin. Horohoro se retourna vers lui, cherchant une explication. Qui ne vint pas. Le serveur aux cheveux bruns haussa simplement les épaules, les traits de son visage teintés d'une douce résignation. Il s'attendait à ce que les choses se passent ainsi. C'était pareil à chaque fois.

« Faut pas t'en faire avec lui, enchaîna-t-il sans attendre la réponse de Horohoro. Il a toujours été comme ça. Ne le prends pas personnel. Ce n'est pas une mauvaise personne, je t'assure. »

Mais ce dernier, têtu, continuait à ruminer ses pensées, persistant dans son mutisme.

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« T'sais, quand j'y ai dit la première fois que je m'appelais Chocolove, y'a sorti un couteau de cuisine pour me le foutre à ça du nez ! –il brandit une cuiller à quelques centimètres du visage de Horohoro- Pis, y m'a dit –il plissa les yeux et prit une voix grave- Hmph, c'est ton vrai nom? »

Cette piètre imitation de Ren arracha un mince sourire à Horohoro qui s'affairait à étendre une généreuse couche de crème sur un caffè moka. Debout côte à côte devant la machine à expresso, Chocolove lui en avait expliqué le fonctionnement en long et en large mais, en voyant l'air distrait de son interlocuteur, il avait déduit que quelque chose ne tournait pas rond. Horohoro lui avait ensuite raconté sa rencontre avec leur « Ren national » et à quel point il l'avait trouvé « chiant et désagréable ».

« Il n'avait quand même pas à se montrer si froid avec moi, j'lui ai rien fait après tout... » marmonna Horohoro tandis que Chocolove lui agitait toujours sa cuiller sous le nez.

Le Café était plutôt tranquille en cet après-midi. Il n'y avait que deux étudiantes qui étaient assises au fond, profitant de leurs vacances pour étudier, ainsi qu'un couple, les mains soudées au dessus d'une tasse de chocolat chaud qu'ils devaient probablement partager ensemble.

De temps à autre, Yoh et Ren allaient au comptoir pour crier une commande que Chocolove exécuta habilement, tout en expliquant la façon de faire à leur nouvel employé. C'était donc un « cappucino glacé, deux fois ! » strident qui l'extirpa de ses pensées.

« J'vais te dire un truc, commença Chocolove en actionnant la machine à expresso tandis que Horohoro saupoudra une mince couche de cannelle sur un chai latté. Y paraît que Ren n'a pas eu une enfance facile… Disons que sa relation avec son père n'était pas des plus chaleureuses. C'était sa sœur qui- Ah, attention, y'en a trop là. »

« Désolé », fit Horohoro en constatant qu'il y avait même de la cannelle sur le comptoir.

« Donc, oui, voilà. C'était sa sœur qui prenait soin de lui avec l'aide d'un domestique, j'crois. Un jour, elle en a eu marre de… de tout ça, pis elle a amené son frère vivre avec elle à Tokyo, loin du paternel. Elle a rencontré un acteur chinois, avec qui elle s'est mariée, pis elle est partie vivre avec lui, en laissant Ren vivre seul. J'sais pas ce que ce mec a vécu dans sa jeunesse, mais ça n'a pas dû être bien rose tu vois… C'est pour ça que… Son attitude… Enfin, tu comprends, quoi. »

Horohoro essuya le comptoir d'un geste mécanique, une ride verticale entre les deux sourcils. Il ne savait plus vraiment quoi penser de Ren.

« … T'es renseigné dis donc… » se contenta-t-il de dire.

« L'information, c'est mon arme ! Pour réussir dans la vie, il faut détenir la bonne information. C'est ça qui permet de bien cerner son ennemi. »

Chocolove, dans sa lancée, brandit les deux pouces dans les airs, le visage fier. Son interlocuteur semblait ne pas comprendre.

« Autrement dit… avança Horohoro, incertain, tu ne fais que suivre les ragots, c'est ça ? »

La bouche de Chocolove s'affaissa subitement de façon presque caricaturale, la mine visiblement choquée. « Comment oses-tu… ! »

Horohoro se moqua un peu : « Sur le coup tu m'as rappelé ces collégiennes et leurs potins… Tu sais, celles qui sont toujours au courant de tout ce qui se passe autour d'elles, dans les moindres détails. »
« Pffh, fit Chocolove un rien froissé, j'essayais seulement de t'aider à comprendre le comportement de l'autre borné.»

« Mais dans tous les cas, commença Horohoro, pourquoi travaille-t-il ici, dans un Café ? J'veux dire… »

« Bah… Quand sa sœur est là, y'est moins pire j'suppose… Y fait des efforts.

« Et Jun-san ? »

« Quoi, Jun-san ? »

« Elle n'a pas de problème avec l'attitude de Ren ? »

« Bah, c'est elle, la sœur de Ren, crétin… T'avais toujours pas compris ? »

Horohoro ouvrit grand la bouche, totalement abasourdi. Dans le même mouvement, il jeta un regard circulaire à la salle, et repéra Ren presque immédiatement. Il servait un cappucino glacé et un club sandwich à une des deux étudiantes qui, de toute évidence, n'était pas indifférente à la présence du serveur asiatique. Le décolleté outrageusement à découvert, elle battait des cils et faisait des yeux de biche… devant lesquels Ren semblait y accorder autant d'importance qu'une tache de moisissure sur le plancher. Horohoro les observa pendant un moment en ricanant discrètement, mais se ravisa aussitôt car Ren venait de lui jeter un regard incendiaire.

Horohoro déglutit sa salive un peu bruyamment en le voyant s'approcher puis se planter devant lui. Et comme à chaque fois qu'un silence s'éternisait, il ressentit l'envie irrépressible de le briser avec n'importe quoi qui lui traversait l'esprit, mais Ren s'en chargea d'une manière plutôt rude, fidèle à lui-même :

« Viens avec moi. »

« Euh… Hein ? Mais où ça ? »

Horohoro se demanda pourquoi il avait les mains soudainement aussi moites.

« On doit faire des commissions », fit simplement l'autre en marchant rapidement vers le couloir.

Horohoro l'imita, un peu confus. Accompagner Ren faire des courses l'enchantait autant qu'un cours de calcul différentiel. En réprimant un soupir, Horohoro suivit son collègue jusqu'à l'arrière du café. Ils enfilèrent leurs manteaux en silence –Horohoro réalisa par le fait même qu'il partageait le même casier que Ren- et sortirent.

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Une fois dehors, Ren s'arrêta sur le bord du trottoir et sortit une feuille pliée de la poche de son manteau. Tout en appréhendant le quart d'heure qui allait suivre, Horohoro réprima un soupir fataliste et regarda par dessus l'épaule de son nouveau collègue. Il parcourut rapidement des yeux une liste de course écrite d'une plume raffinée et délicate et interrompit brusquement sa lecture. Car il y avait autre chose de « raffiné et délicat » qui lui titillait soudainement le nez. Un parfum subtil qui lui rappelait à la fois le chèvrefeuille et les pêches blanches, avec une note ambrée d'écorce de bergamote. Il ferma les yeux sans même s'en rendre compte, prolongeant son expérience olfactive.

Ce n'est que lorsqu'un très léger coup de vent balaya l'air qu'il comprit avec stupéfaction que cette odeur délectable provenait de…

« Bon, je n'ai pas toute la journée, alors dépêchons-nous. »

Ren replia soigneusement –en trois- la liste dans sa poche, puis se mit à marcher sans accorder un seul regard à Horohoro.

Non, impossible. Ce crétin prétentieux ne peut pas sentir ça. C'est complètement ridicule.
Et pourtant, la douce fragrance s'était déjà estompée. Horohoro fixa l'horizon un moment, à la fois troublé et dubitatif, puis accéléra le pas pour rattraper Ren.

« Eh ! Attends-moi un peu ! »

Le jeune homme ralentit légèrement sa cadence. « Hmph. Ce que t'es lent », soupira-t-il, un brin agacé.

Horohoro inspira puis expira bruyamment pour garder le calme, contraint à la discrétion par le fait qu'il voulait éviter tout conflit en ce premier jour de travail. Ils marchèrent côte à côte en silence jusqu'à ce qu'il réalisa qu'il ne savait pas vraiment quelle était leur destination.

« Au fait, on va où au juste? » s'enquit-il sur un ton qui se voulait désinvolte.

« À l'épicerie du coin. Pour acheter des tomates, de la laitue, des bâtons de cannelle, du lait, des…- Mais tu ne viens pas tout juste de lire la liste? »

« Je… Je ne m'en rappelle plus. »

« Hmph. Ce que tu peux être tête en l'air. »

« Oh, ça va hein! »

Horohoro sentit le rouge lui monter aux joues. Il ne pouvait tout de même pas admettre que ce qu'il pensait être l'odeur corporelle de Ren l'avait distrait pendant un moment…

Il secoua la tête, se traitant d'idiot.

Discrètement, il détailla Ren du coin de l'oeil. Il avait une démarche régulière, assurée, le pas confiant. La lumière grise du jour accentuait les reflets pourpres sur ses cheveux foncés, lisses, parfaits. De longues mèches encadraient son visage fin à la peau diaphane, ses traits durs et son regard brillant dont les reflets dorés étaient accentués par son foulard de la même couleur.

Puis, sans crier gare, Ren s'arrêta abruptement et Horohoro, qui n'avait rien vu venir, lui rentra dedans, accrochant son épaule au passage.

« Fais attention, crétin ! » vociféra Ren, un regard assassin braqué sur le jeune homme fautif.

« Quoi ? Mais… Mais j'y peux rien si tu t'es arrêté aussi brusquement ! » s'offusqua ce dernier, une main sur son épaule endolorie.

« On est à un feu rouge, que je sache ! »

« Ouais, ben… J'l'ai pas vu ! »

« Si tu regardais devant toi en marchant au lieu de faire l'idiot, tu l'aurais vu ! Non, mais quel abruti ! Je rêve ! »

« R-Répète un peu ce que tu viens de dire… ! »

Horohoro sentit son visage s'enflammer contre son gré et évita le regard de Ren. Car il avait raison. Sur le coup, il se sentit incroyablement honteux. Il se flagella mentalement d'avoir eu un tel comportement ambigu et jura que c'était bien la dernière fois que cela arriverait. Ren replongea dans son mutisme maintenant caractéristique. Horohoro en fit de même, un tantinet soulagé qu'il n'ait rien remarqué. Ils traversèrent la rue, puis entrèrent dans la première boutique à leur gauche. Ils se retrouvèrent alors dans une petite épicerie modeste aux allures d'antan. Une petite mamie frisant les soixante-dix ans s'empressa de venir les saluer.

« Bien bonjour les jeunes ! –puis, s'adressant à Ren- Alors, c'est lui le nouveau au Café ? Ta chère sœur m'en a glissé un mot plus tôt au téléphone. »

Elle s'approcha de Horohoro, le dévisageant sans gêne. « Il est plutôt mignon, mais… il n'a pas l'air très futé » fit-elle en jetant un regard entendu, voire complice, à Ren.

Le jeune homme retroussa ses lèvres en un sourire moqueur que Horohoro décida d'ignorer. Décidément, ils se sont tous envoyé le mot pour se payer ma tête aujourd'hui…

Sans plus tarder, Ren sortit de nouveau la liste de courses et Horohoro le suivit sans enthousiasme d'une rangée à l'autre où, à défaut de prendre un panier d'épicerie, Ren chargea les bras de son collègue jusqu'à ce que ce dernier échappe malencontreusement le sac de bâtons de cannelle.

« T'avais qu'à prendre un panier d'abord ! Et puis, si ça t'emmerdes tant de partager le même air que moi, t'avais qu'à ne pas m'demander de t'accompagner ! » se défendit Horohoro lorsqu'il vit Ren lever les yeux au ciel, l'air exaspéré.

« Ne va pas t'imaginer n'importe quoi, idiot ! » rétorqua ce dernier.

« Quoi encore ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« C'est…- »

Ren détourna le regard, mais Horohoro eut le temps d'apercevoir une drôle d'expression sur son visage.

« C'est… Jun-nee-san qui a tenu à ce que tu m'accompagnes. Pour que tu te familiarises avec les magasins et que tu puisses éventuellement faire les commissions par toi-même. »

Bien que Horohoro fût au courant de leur lien de parenté, l'entendre de la bouche de Ren était tout autre chose. Non seulement sa voix s'était imperceptiblement adoucie, mais pendant un très court instant, une légère teinte rosée avait coloré ses joues avant de s'effacer aussitôt. Il en fut si troublé qu'il ne réussit qu'à bafouiller un « Qu-Quoi ? » incertain, en se demandant subconsciemment comment un changement aussi subtil sur son visage habituellement de glace avait réussi à capter son attention.

Ren paya sans dire un mot, évitant le regard de son collègue. Il prit les sacs et sortit en un coup de vent. Horohoro salua rapidement la vieille dame, puis sortit à son tour. Après avoir rattrapé le jeune homme aux cheveux foncés, il ne put résister à l'idée de le taquiner un peu.

« C'était mignon ça… » commença Horohoro, un sourire moqueur étirant ses lèvres.

« De quoi je me mêle ? » grogna Ren en accélérant sa cadence.

« Jun-nee-san, hein… »

« Et alors quoi ? »

« Oh, mais rien du tout ! Je te croyais simplement incapable de témoigner du respect à qui que ce soit ! »

« C'est ma sœur, sombre abruti ! »

« J'avais compris, figure-toi ! Remarque, j'ai eu du mal à le croire, vu comment toi t'es chiant ! »

« Je te préviens, si tu entretiens quelconques pensées déplacées à son égard, je te tue de mes propres mains. »

« Qu-Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? »

« Ne fais pas l'innocent. Penses-tu sérieusement que je n'ai rien vu? Tu es tellement transparent ! »

« Je… Je la trouve simplement jolie ! Autrement dit, rien à voir avec ton attitude ! »

« Tu me cherches, connard ? »

« Ce que t'es désagréable ! »

« Tu n'as qu'à foutre le camp alors ! »

« Pour ta satisfaction personnelle ? Il n'en est pas question ! »

« Hmph ! »

Dans un geste simultané, ils saisirent violemment le collet de l'autre et se dévisagèrent avec une hostilité réciproque. À cet instant précis, le son familier du carillon retentit timidement et on s'empressa de venir séparer les deux jeunes hommes. Ils reconnurent la voix de Chocolove avant même de le voir vraiment.

« Eh, ça suffit vous deux ! » Le serveur à la boule afro s'était interposé entre eux, tentant de les éloigner l'un de l'autre malgré leurs protestations. « Vous n'allez quand même pas sérieusement vous battre devant le Café... ! »

Les deux serveurs se lâchèrent, sans toutefois cesser de se lorgner avec un certain mépris.

« Il est hors de question que je travaille avec cet imbécile borné ! » lança Horohoro en arrangeant le col froissé de sa chemise.

« Tu n'as qu'à partir alors, l'imbécile borné ne te retiens pas ! » fit Ren sur le même ton avant de se diriger vers le Café d'un pas présomptueux.

Chocolove passa une main dans ses cheveux, visiblement découragé. « Il va falloir vous y faire, les gars. Je ne pense pas que Jun-san ait l'intention de modifier l'horaire de travail… »

Ren se retourna avec précipitation, les sourcils froncés, les yeux flamboyants. « Tu veux dire que… ? »

« Bah oui, c'est... c'est logique après tout, fit Chocolove avec circonspection. Enfin... Je veux dire... Horohoro prend les heures de travail du dernier employé... Tu sais, celui qui a démissionné parce que tu-»

« Inutile de me le rappeler, abruti ! »

« Enfin, comme dirait Yoh, si vous vous disputez dès le premier jour, ça veut seulement dire que vous vous entendez bien ! »

« Toi, la ferme ! » La porte claqua si fort que le carillon manqua de se briser.

Horohoro laissa échapper le soupir fataliste qu'il gardait en lui depuis le début. La semaine allait être longue, très longue.

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Au moment où Horohoro, épuisé, mit le pied dans son appartement, il reçut un message texte de Lyserg lui informant de son absence pour la soirée. Il était avec un « ami » et ne reviendrait que le lendemain matin. Il lui souhaitait également de passer une bonne soirée. Ayant l'habitude de correspondre avec son colocataire dans la langue maternelle de ce dernier, Horohoro se demanda si cet « ami » ne serait pas en fait cette jeune fille aux cheveux argentés avec qui il l'avait vu quelques fois. Il se souvint qu'il n'avait pas à s'en mêler davantage et lui texta donc simplement de passer une agréable soirée lui aussi.

Bien que petit, l'appartement semblait bien vide sans la présence de Lyserg et l'arôme de Earl Grey qui l'accompagnait si souvent. Horohoro prit une douche rapide et se changea pour se mettre confortable dans son pyjama. Il prit un sac de croustilles et s'installa devant le téléviseur. Tout en zappant sans trop porter attention au contenu des chaînes, il réfléchit. Le reste de la journée ne s'était guère mieux passé que le début. Ren avait continué à se montrer ingrat, rendant les quarts d'heures de plus en plus pénibles. En réalité, il ignorait pourquoi il se laissait tant affecter par cette histoire, par « ce crétin prétentieux », par son comportement, par son lien de sang avec Jun-san. Ils sont frère et sœur, et alors ? Qu'il y avait-il de si surprenant ? Le parfait contraste entre Jun dont la gentillesse n'avait d'égale que sa beauté et Ren, aussi chaleureux qu'une porte de prison ? Peut-être bien…

Et puis, c'était quoi ce drôle de sentiment à chaque fois qu'il se trouvait à proximité de Ren ? Seulement de la surprise, réussit-il à se convaincre. Bien sûr que c'était de la surprise, c'était bien la première fois que l'on se montrait aussi antipathique envers lui sans qu'il n'ait cherché noise.

Et si j'ai bien compris, c'est son père qui serait l'origine de toute cette hostilité ? Il a fait quoi, le vieux, au juste ? Le battait-il ?…

Au milieu de ses réflexions, Horohoro s'immobilisa. Il n'avait franchement aucune idée de ce qui pouvait engendrer une telle haine chez un individu, mais n'empêche… Ren devait se sentir bien seul, s'il éloignait systématiquement tous ceux qui tentaient de l'approcher…

Horohoro secoua la tête, comme si cela allait lui permettre de se changer les idées instantanément. Plutôt que de s'en faire avec Ren, il ferait tout aussi bien de se donner à fond dans son nouvel emploi. De toute façon, s'il a toujours été comme ça, ce n'est pas comme si je pouvais faire quoi que ce soit pour lui… Sur ces pensées positives, il inséra un jeu dans sa console et joua jusqu'aux petites heures.

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Le jeune homme aux cheveux bleus fixa le plafond, les mains croisées sur son ventre, ses jambes renversées par dessus le dossier du divan dans lequel il était vautré. Sa tête balançait à moitié dans le vide, là où ses cuisses auraient dû être. Autrement dit, il était assis à l'envers, et le sang qui lui montait au visage commençait à le déranger un peu.

« En quelque sorte, il a décidé de me foutre sur sa liste noire pour aucune raison valable. » Il fit une petite moue caractéristique en se tournant vers Lyserg qui préparait du thé.

Horohoro s'était réveillé ce matin là en entendant son colocataire rentrer. Il avait ramené des croissants chauds et des viennoiseries, à son grand bonheur puisqu'il ne restait plus grand chose à se mettre sous la dent. Tout en mangeant avec appétit, il lui avait partagé l'expérience de sa première journée de travail, puis s'était attardé sur le cas de Ren. Ils avaient ensuite continué leur conversation au salon.

Lyserg déposa une théière brûlante ainsi que deux tasses sur la table basse, puis s'assit en tailleur sur le sol, le dos appuyé contre le bas du divan. Horohoro releva une fragrance d'eau de Cologne, ce qui le surprit un moment.

« Quel drôle de personnage… » commenta l'Anglais en versant le thé. Une légère odeur de citron et gingembre émana de la tasse. « Mais tu ne m'as pas dit qu'il faisait des efforts quand Jun-san est là ? –Et de grâce, assis-toi convenablement, je n'arrive pas à te parler sérieusement. »

Après une série de mouvements désordonnés, Horohoro finit par s'installer par terre à côté de Lyserg qui lui tendit une tasse.

« Justement, comme il n'y avait pas beaucoup de clients hier au Café, elle est partie plus tôt. De toute façon, il paraît qu'elle n'est pas là très souvent. Alors du coup, l'autre tête pointue ne s'est pas gêné pour me montrer qu'il me déteste au plus haut point et qu'il ne supporte pas l'idée de partager le même air que moi. »

Il se passa rapidement les deux mains dans les cheveux, comme pour se remettre les idées en place. « Putain, fait chier ! »

Lyserg observa son ami un bref moment. S'il y avait une chose qu'il appréciait chez lui, c'était bien sa simplicité d'esprit. De nombreuses personnes le croyait naïf, voire stupide, mais l'Anglais y voyait la nuance. Horohoro était quelqu'un d'authentique et honnête, envers lui-même et envers les autres. Et c'était probablement cela qui rendait sa personnalité si attachante.

« Qu'est-ce que t'as à ricaner comme ça ?... »

Lyserg ne put s'empêcher de rire pour de bon. « Rien, rien ! Je me disais juste que… Ça a plutôt l'air de te préoccuper, dis-moi. »

Pris au dépourvu, Horohoro sentit ses joues s'empourprer, mais préféra ne pas se demander pourquoi il en était ainsi. « Mais pas du tout ! Je me fiche complètement de ce crétin prétentieux ! »

« À te voir, on ne dirait pas, répondit simplement Lyserg en souriant. Je peux te lire comme un livre ouvert, tu sais... »

Horohoro se prit la tête à deux mains, l'air dépassé. « Ne dis pas ça toi aussi ! Je suis vraiment si transparent que ça ? »

« Eh, je ne disais pas ça méchamment, mais c'est vrai que tu l'es un peu. » Lyserg mit une main son épaule. « Ceci dit, je pense que tu devrais lui laisser une chance à Ren-kun. Il a peut-être simplement eu une mauvaise journée. »

« Je ne sais pas... Yoh et Chocolove m'ont quand même dit qu'il était toujours comme ça... »

« N'empêche, ça arrive à tout le monde d'être plus irritable de temps en temps. Je suis persuadé qu'il n'est pas aussi abject que tu me le décris. »

Devant le sourire encourageant de son ami, Horohoro ne put faire autrement que croire naïvement en ses paroles.

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Joyeux temps des fêtes! J'essaierai de publier plus vite pour le chapitre trois, promis! (Tiens, bonne idée comme résolution de l'année, ça...)