Voila le chapitre 2 c'est rapide puisque je ne fais que recopier pour l'instant ^^. Merci Pika de ta lecture et de ton review, pour une fois je ne te fais pas attendre !

C'est assez petit et ça ne me ressemble pas, mais j'ai préféré faire la coupure ici, la suite risque d'être un peu plus longue...

Enjoy it ! **


Chapitre 2

Junsu

Les rires allaient plutôt bon train, en particulier lorsque le débat revenait sur la qualité du plat de Yunho. Avec cette ambiance inchangée et joyeuse, personne n'aurait pu croire à la tempête qui nous avait agités. Je retrouvais avec plaisir cette atmosphère d'avant la guerre, quand nos voix florissaient encore et que les scènes s'ouvraient sous nos pas. Avec le début de la guerre, certaines entreprises continuaient à penser que tout serait court et vite oublié, que l'économie échapperait à la destruction. La SM faisait partie de celles-là. Mais à présent, alors que la population était de plus en plus plongée dans l'ignorance, que les agissements des politiques se faisaient obscurs, que toute distinction entre le bien et le mal devenait impossible, il était devenu difficile pour nous de savoir pour qui et où chanter. Je faisais partie, moi-aussi, de ceux qui ne pensaient qu'à la fin de l'averse. Retourner sur scène, chanter, chanter encore.

Je n'avais pas très faim, et très vite mon attention se reporta sur Yoochun. Les yeux pétillants, le sourire aussi éclatant que si rien ne s'était passé, il enfournait la pâté de Yunho avec un appétit enthousiaste. Il sembla se rendre compte de mon regard, et m'adressa un sourire amusé alors que je rougissais instantanément, gêné.

Cinq grands coups furent frappés à la porte.

- Police ! Ouvrez immédiatement !

Alors qu'une peur horrible me renversait l'estomac, Yunho avait bondi de sa chaise tandis que Changmin s'était jeté sur moi, se cramponnant de toutes ses forces à mon bras – je n'étais pourtant pas plus rassuré. Jae' posa ses couverts et murmura :

- Merde.

Trois nouveaux coups firent sursauter le groupe, balayant sans pitié mes espoirs d'une improbable hallucination collective. Yoochun s'était levé, aussi, son premier réflexe ayant été de regarder par la fenêtre opposée.

- OUVREZ !

Yunho tourna la clé et la porte s'ouvrit avec violence sur quatre gardes miliciens, armés de fusils et de matraques. Habillés de rouge et de noir, ils avaient tout des couleurs de la guerre. Le leader eut un mouvement de recul. Pâle, il s'adressa à eux d'une voix qui se voulait ferme :

- Mais enfin, qu'est-ce que vous…

- Pas un geste ! Gardez les mains hautes et à la vue de tous !

- Nous sommes des hommes libres, riposta Yunho, complètement égaré, dites-nous quel est le problème !

- Vous êtes en état d'arrestation.

Le chef de la milice semblait manifestement s'amuser. Sur le pas de la porte, il gonflait la poitrine et se languissait de notre terreur muette. La pression sur mon bras me faisait moins mal que les jointures de mes doigts crispés de panique.

- Et pourquoi ? La voix de Yunho puisait en lui la force de celui qui se sait innocent. Mais c'était sans compter que la justice n'existait plus.

- Pour homosexualité. Le milicien sourit de nouveau. Tous les cinq.

Ma surprise fus si énorme, si écrasante, que je répétais, presque pour moi-même :

- … Pour homosexualité ?

Mais déjà Jae' avait bougé, plus rapide qu'une ombre. Il bondit, attrapa l'épaule de Yunho, la tira violemment en arrière et se jeta de tout son poids sur la porte, la fermant à clé. La milice, sur le palier, n'avait rien vu venir.

- Fuyez ! Partez tous !

Sa voix était enrouée de terreur.

J'entendis le chargement de leurs fusils. J'eus à peine le temps de me lever que Yoochun m'empoigna et courut vers la fenêtre. J'aperçus du coin de l'œil Yunho qui entrainait Changmin et Jaejoong vers une sortie adjacente. Un bruit de détonation m'arracha un cri de terreur. Je réalisais qu'ils venaient de faire sauter la serrure.

- Saute !

La fenêtre entrouverte offrait une vue sur les toits… quelques huit mètres plus bas.

- Non Yoochun ! Je m'agrippais à son bras, épouvanté. Je ne peux pas sauter ça ! On pourrait…

J'entendis la porte s'ouvrir par-dessus les mugissements du vent. Yoochun m'empoigna sans ménagement, me poussa sur le rebord.

A peine étais-je stabilisé qu'il m'avait déjà, par une pression dans le dos, livré au vide.


Yoochun

- Poursuivez ces trois imbéciles ! Ils ne me rouleront pas comme ça !

Alors que les trois miliciens s'élançaient dans le couloir, le chef de la milice s'était tourné vers nous -en tout cas, c'est ce qu'il espérait -, et son air de totale incompréhension m'arracha un petit rire.

- Mais… ?

- Il s'est envolé. Il fait ça très bien, vous savez.

A son expression, je sus immédiatement que je l'avais énervé. Il semblait avoir un sens de l'honneur et du nombrilisme assez disproportionné, et je pensais avec amusement que la disparition de quatre de ses proies devait lui en porter gravement atteinte.

Quatre de ses proies.

Il ne restait plus que moi.

Je louchais avec inquiétude sur le canon de la mitraillette qu'il avait placé, d'un geste très professionnel, à quelques cinq centimètres de mon front.

- Ecoute-moi bien, petit con. Tu me files tes mains ou tu finis en gruyère, et je te promets que tu auras autant de trous que tu l'espères.

Sans bouger, je l'observais sortir de sa poche une paire de menottes.

Il eut l'air particulièrement fier de sa remarque. Je ne pus, pour ma part, résister à l'envie de répliquer et de fermer sa grande gueule. J'avais toujours été imprudent de nature, mais je dépassais cette fois-là tous mes records :

- De toute façon, mon colonel, vous avez beau vous forcer à faire semblant, je sais que vous ne tirerez pas.

Alors que j'affirmais ceci à l'aveuglette, la lueur étonnée qui prit naissance dans ces yeux me confirma, à ma grande surprise, mon hypothèse. Une fois encore, ma langue œuvra sensiblement plus vite que ma raison, et je poursuivais d'un ton moralisateur :

- En réalité, vous êtes ici pour autre chose. Non pas parce que nous sommes tous des homos – mais vous le savez très bien – mais parce que nous sommes des artistes. Et que nous avons, pour ainsi dire, une certaine influence sur une certaine partie de la population coréenne et même japonaise. Et ça, ça ne vous plait pas.

Sans le faire exprès, je dus toucher en plein dans le mille. Alors que je faisais mes prières avec une dernière pensée à tous ceux que j'avais aimés, le milicien fit preuve d'une hésitation qui me fut favorable. Je m'esquivais souplement, écartant d'une main son arme alors que l'autre allait percuter, d'un bruit pas très avenant, sa mâchoire carrée de militaire. Vraiment héroïque.

Sauf qu'il en fallait sûrement plus pour le mettre hors service, et que mon poignet n'avait pas l'air prêt à subir une autre offensive de ce genre. Alors, sans un regard pour la masse gémissante du milicien, je sautais sur le rebord de la fenêtre et m'envolais vers Junsu.