Je n'étais pas assez forte pour subir la pression après les Oscars. Je le savais depuis longtemps. J'avais besoin de respirer et prendre l'air loin. Du coup, j'ai pris des vacances, là où on ne m'attendait pas. Mes grands-parents avaient été content de me voir débarquer le samedi matin dans la voiture de location qu'Emmet conduisait. Il avait gardé le silence comme le professionnel qu'il était. Je ne m'en voulais pas d'avoir cru un jour qu'il était spécial. Si spécial que j'eusse brisé une barrière pour lui. Il avait gardé son humour indéfectible malgré tout. Mais la distance régnait entre nous, dure comme le roc. Je comptais un peu sur la petite ville de mes grands-parents pour retrouver mes esprits. Reprendre le contrôle et oublier que j'avais une conscience. Cela dit, me concentrer sur ma carrière avait pris de proportion désastreuse. Je ne pensais plus vraiment à endosser des rôles. Ce n'était pas ça qui manquait. Chaque semaine, je recevais des offres. Finalement, j'avais tourné trois films l'année précédente. Mais cette fois, j'allais entamer l'année avec une mini-série en Angleterre. Et je savais plus que tout que si je ne reprenais pas le contrôle sur ma vie, tout serait difficile plus encore qu'avant. J'avais l'impression de devoir tous mes ennuis à Emmet parce que c'était lui qui m'avait réveillé. C'était lui qui m'avait fait comprendre que je n'étais pas une marionnette. Il le savait. Il avait compris tout.
Ma grand-mère avait pris soin de me faire comprendre le passé avec sa vision à elle. Comme par exemple, l'étincelle qui avait disparu dans mes yeux. Elle avait toujours ce regard sévère et désapprobateur. Le même que lorsque j'étais une gamine insolente. Je devais jouer les naïves et lui faire croire que tout allait bien. Mais, il semblait qu'elle était plus intelligente que moi. Je ne pouvais pas jouer les imposteurs avec elle. C'était difficile de jouer un rôle avec cette dame qui me connaissait mieux que personne.
-Tu devrais te réveiller ma petite.
-Si tu essais de m'envoyer un message, c'est râpé. Je ne pige rien, grand-mère.
Elle a soupiré comme à chaque que je ne suis pas assez maligne à son goût. Mon Dieu, je savais très bien de quoi elle parlait mais je faisais la naïve à qui on devait tout apprendre de la vie. Grand-mère déposa son éponge et croisa les bras. Je ne pense l'avoir vu autant lasse par mon attitude.
-Jeune fille, tu ferais mieux de ne pas jouer à ce jeu avec moi. Ca fonctionne très bien avec tes parents mais moi, je sais qui tu es. Et une chose est certaine, tu n'es pas une idiote qui se laisse faire.
-Mais je ne me laisse pas faire…
-Ah oui ? Alors pourquoi on raconte partout que tu joues des rôles d'imbécile et que de surcroît tu es la compagne de cet homme ?
-Qui Jared ? C'était un coup de pub. Et puis, ils ne sont pas si stupides ces rôles. J'ai quand même reçue un oscar pour mon rôle d'Annie…
-Un second rôle, Rosalie. C'est tellement idiot. Je t'entendais toujours me dire qu'après cette série tu allais faire de vrai rôle.
J'ai baissé les yeux. Le passé venait de frappé à ma porte. Merci grand-mère. J'avais fait comme tout le monde. Mes projets avaient changé, ma vie avait pris un autre tournant.
-J'ai juste changer de direction. Ce n'est pas bien grave, oui ?
-Justement, ça l'est. Tu n'es pas heureuse. Et malheureusement, ça fait trop longtemps que je ne t'ai plus vu ma petite fille faire quelque chose qu'elle aimait.
-Et si je te disais que ça changeait ?
-Explique.
J'ai soupiré. Elle était tellement sévère parfois.
-Depuis quelque temps, les choses changent. J'ai compris ce que tu me dis il y a déjà quelque mois. Et depuis, je crois que je me sens enfin à ma place.
Elle m'a lancé un tel regard. Que je ne lui avais jamais vue auparavant. Comme si ma grand-mère était de nouveau cette jeune femme que j'avais vu sur des clichés. Une personne plein de malice et d'intelligence. Celle qui comprenait tout mieux que n'importe qui. Elle a pris place près de moi et placé son menton contre la paume de sa main. Elle semblait me regard plus profondément qu'avant. Elle cherchait.
-C'est depuis qu'il est entré dans ta vie, n'est-ce pas ?
Je l'ai vu jeté un œil vers la fenêtre qui donnait sur le jardin. Emmet parlait fort avec mon grand-père. A priori, couper du bois nécessitait un grand débat. Mon cœur s'est serré.
-Pour l'amour du ciel, grand-mère. Je ne vois pas en quoi Emmet aurait une incidence sur ma vie. Ce n'est que mon employé, je te ferais dire.
Elle a penché la tête. Comme pouvions-nous nous sentir plus juger à partir d'un simple regard ?
-Ne sous-estime pas l'impact que peut avoir un homme dans ta vie.
-Je ne vois pas en quoi ça à un rapport avec moi. Il doit juste me protéger.
-Ce qu'il fait plutôt bien, je crois.
Je l'ai fixé silencieusement. Elle pouvait vraiment être agaçante quand elle voulait.
-Arrêtes tout de suite.
-Pardon ?
-Pourquoi à chaque fois qu'un homme entre dans la vie d'une femme et qu'ils sont complices on doit nécessairement s'attendre à une relation sentimentale ?
-Donc tu admets que vous êtes proches ?
-Grand-mère !
Je me suis tu surprise par ma voix aigüe. Elle m'a souri encore une fois. Cette femme était trop intelligente pour la duper.
-Rosalie Ann. Je crois que tu te voile la face.
-Grand-mère tu regardes trop de feuilleton ringard. La vie n'est pas une comédie romantique.
-Certes, non. Mais en tout cas, les sentiments que tu essaies de cacher sont bien là.
Je n'ai rien répondu. Je savais qu'elle avait raison. Je savais que j'avais tort. Autant dire que rien n'était simple. Mais à quoi bon se lancer dans quelques choses ? J'avais perdu beaucoup de confiance en moi. J'avais l'impression que j'étais noyé dans une chose de trop dure à gérer. Une relation intime était difficile. Il fallait faire attention à ne pas tomber dans des sentiments qui risquaient de tout rendre intolérable. Je me suis redressée m'apprêtant à quitter la cuisine. Je me suis tournée vers la fenêtre. Emmet avait disparu.
-Tu crois que c'est dans ton intérêt de te cacher ?
-Peut-être bien. Je me protège ainsi.
Elle ne répondit pas. Que pouvait-elle bien répondre à ça. C'était à moi de changer les choses. Fallait-il encore que je le veuille. J'ai quitté la pièce comme un fantôme. Et au coin du petit couloir, je me suis retrouvé nez à nez avec Emmet. J'ai senti que je fondais comme neige au soleil. Il a reculé légèrement.
-Tout va bien ?
-Evidemment.
Il m'a dévisagé comme lui seul faisait. En montrant qu'il devinait tout. J'ai détourné la tête.
-Heu. Je comptais me promener dans la forêt.
Il a hoché la tête. Une heure plus tard, nous marchions dans l'ombre de la forêt. Je me rappelais de chaque endroit avec trop de nostalgie. Indiquant ici ou là à Emmet. Expliquant mon premier camping improvisé avec des copines. Une marque sur un vieux chêne quand je fêtais mon anniversaire autour d'un petit feu de bois.
-J'aurai aimé grandir dans un endroit pareil.
-Oh, je n'ai pas grandi ici. Je passais juste mes étés chez mes grands-parents. Mes parents voulaient partir à la côte mais comme je rechignais à y aller, ils me laissaient là. Et j'adorais ça.
Nous sommes restés en silence. Marchant sur des racines ou de vieux rochers. C'était l'endroit le plus apaisant que je connaisse. Ma vie de star était loin d'ici. J'étais tellement heureuse de me planquer ici. Il avait été si compliqué de quitter L.A. Nous sommes arrivés au milieu de la nuit en jet privé, puis dans une voiture normale, on avait rejoint la maison de mes grands-parents aux aurores. J'étais déterminée à retrouver la fille que j'étais. Je savais que le burn out n'était plus très loin. Je me suis arrêté devant un point de vue où des rochers se présentaient à perte de vue. Ils étaient dangereux mais pas seulement. Ils étaient juste la promesse de quelque chose de meilleur.
-Où allons-nous maintenant ?
-Au paradis.
J'ai senti son regard me percer.
-L'endroit que je souhaite retrouver est très spéciale. Je l'ai trouvé avec mon grand-père quand j'avais treize ans. Mais pour y aller, il faut passer par des passages assez dangereux…
-Je suis partant.
J'ai souris sans décoller mon regard de la vue.
-Allons-y alors.
J'ai contourné un arbre près des rochers et je me suis penchée pour descendre sur le minuscule passage. J'ai regardé Emmet qui semblait comprendre que ce ne serait pas facile.
-Fait gaffe, Rosalie.
-Moi, ça va. Mais c'est toi qui doit faire attention. C'est pas adapté pour les géant comme toi.
Il a esquissé un sourire. Puis j'ai commencé à avancer dans le passage tandis qu'Emmet descendait à son tour. On mit une heure à escalader et traversé des passages pentus. Quand on retrouva un passage plus agréable, Emmet était tout transpirant. Je n'étais guère plus présentable. Autant dire que mon short était un peu déchiré et mangé par la boue. Mes chaussures claires de marches avaient viré au brun foncé et mon chignon n'en était plus vraiment un.
-On y est ?
-Presque. On doit encore passer ce rocher-là.
Quand on passa le dit point, il s'arrêta net. Il semblait abasourdi par le spectacle. Un magnifique lac brillait de mille feu devant nous sous le soleil déclinant. Je soupirais soulagé. Je venais de retrouver mon endroit préféré au monde. Le lac était bordé par des petits galets et on pouvait entendre le bruit d'un petit ruisseau autour de nous. Plus loin, les oiseaux chantaient. C'était tellement beaux. J'ai avancé vers la rive, lâchant mon sac sur le sol. Je me suis mise à retirer mes chaussures, chaussettes. Puis, j'ai soulevé mon t-shirt et bientôt mon short se retrouva en tas désordonné.
-Qu'est-ce que tu fous ?
Je tournais la tête vers Emmet visiblement gêné.
-On n'a pas fait tout ce chemin pour admirer le paysage. Une petite baignade s'impose. Ce serait trop bête de ne pas en profiter.
Puis j'ai couru et je me suis jetée dans l'eau glaciale. Ça faisait trop de bien. Je me suis laissée flotter nageant vaguement. Je n'avais plus fait ça depuis des années. Je me suis alors redressée pour voir Emmet toujours debout en train de me regarder.
-Allez viens Emmet. Tu ne vas pas le regretter, promis.
-Je n'ai pas de maillot.
-On s'en tape. En caleçon, c'est le même.
Il a froncé les sourcils.
-Emmet, j'ai déjà vu des hommes en sous-vêtements. Et même nu si tu veux tout savoir.
Il secoua la tête mais finalement, retira son sac de son dos. Une à une ses chaussures vola. Quand il retira son t-shirt j'admets être resté un peu vaseuse. Il était très beau. Je n'étais pas dénué d'hormones non plus. J'ai serré la mâchoire en voyant mon garde du corps en boxer. Après tout, n'était-ce pas mal de l'incité à avoir ce genre de comportement avec lui. L'inciter à se dénuder. Se baigner avec moi. Faire semblant qu'il ne m'attirait pas. Dieu sait comme grand-mère avait des airs de prêtresse à cet instant. Toutes ses paroles qui avaient maintenant l'effet de vérité. Je détestais ça. Et pourtant, je n'étais qu'un être humain. J'étais capable de ressentir. Ressentir trop de chose. J'allais survivre. Ou pas. Il s'engouffra maladroitement dans l'eau. Regardant autour de lui avec trop de méfiance. Ce qui eut l'effet de me faire rire. J'ai regardé le géant s'approcher de moi. Autant dire que mon estomac était retourné. Il s'arrêta à un mètre de moi et me regarda.
-On fait quoi maintenant ?
-On profite du silence.
Il semblait septique. Je tentais de l'oublier et me laissais couler délicatement. C'était un délice.
-Rosalie, pourquoi tu ne viens pas plus souvent ici ? Surtout si tu aimes cet endroit ?
C'était sans doute une question que je me posais chaque jour sans jamais trouver de réponse satisfaisante.
-Je me suis laissée étouffé dans une vie de star. Où je suis devenue une marionnette. Et quand on est une marionnette, on ne fait pas tout ce qu'on veut.
-Je ne suis pas d'accord.
Je lui ai jeté un regard acide.
-Qu'en sais-tu ?
-Tu n'es pas la première personne célèbre que j'ai rencontrée. Et, la plupart, sont plus malin pour obliger les gens à les respecter.
-On croirait entendre grand-mère.
-Elle a raison ta grand-mère. Tu es plus intelligente que tous ces gens. Pourquoi tu ne veux pas leur rappeler qui tu es ?
J'avais l'impression d'être blâmer pour un crime que je n'avais pas commis. Pourtant, c'était réel.
-Je ne sais pas. Je suis faible.
Il me vrilla comme jamais avant de s'approcher de moi. Trop prêt.
-Tu as tort. Rosalie, tu es la femme la plus forte que je connaisse.
-Je ne vois pas où tu as bien pu trouver ça ?
Ma voix tremblait sous l'effet du malaise que j'avais à le sentir si près.
-En t'observant mais aussi en croisant ton regard.
Regard qui plongea encore en moi. J'étais perturbée par tant de proximité.
-Dès le premier regard qu'on a échangé, j'ai compris une chose sur toi.
-Laquelle ?
-Tu es plus solide que le roc. Plus forte que tu ne le pense.
Mon cœur pouvait-il explosé après d'aussi belle parole ?
-Ce n'est pas bien Emmet, de dire ça à une fille.
-Pourquoi ?
-Ce n'est pas bien de croire que je ne vais tomber amoureuse de toi en t'entendant me parler comme ça.
Je me suis stoppée. Venais-je vraiment de dire cela ? J'avais laissé quelque chose de coupant sortir. J'avais fait un aveu, j'avais été honnête. Emmet ne semblait pas sur le point de rire ou de s'enfuir. Il ne me lâche pas une seule seconde du regard.
-Ce n'est pas bien de croire que je ne suis pas amoureux de toi, Rosalie.
Je suffoquais. La surprise mêlée à au choc venait de me frapper comme jamais. Etait-ce juste une question de sentiments ? Dire je suis amoureuse ou bien quelque chose de bien plus fort en faisait partie ? Je ne pouvais pas répondre en parole alors je me suis laissé aller. J'ai approché mon visage et je l'ai embrassé sans rien attendre. Je ne voyais que ça pour non pas conclure ses paroles mais pour poursuivre. Il m'a rapproché plus près encore. Le baiser s'intensifia. J'aurai pu jurer que pour une fois dans ma vie, je faisais ce que j'avais vraiment envie de faire. Je voulais Emmet. Il me souleva pris dans un tourbillon de désir que deux corps devaient assouvir à moins de mourir consumer. Quand on se décala, aucune parole n'aurait pu décrire ce qui se passait dans notre poitrine, décrire comment nos cœurs explosaient de bonheur. On a rejoint la rive où on se coucha doucement. Ses mains sur moi avaient l'effet de me rendre plus fébrile plus excité encore.
-Tu ?
Il me regarda droit dans les yeux. Je hochais la tête certaine de vouloir continuer. On fit ce que nos corps réclamaient. L'amour. Le mot passion était trop faible pour décrire la tension qui nous anima à chaque caresse ou baiser. Je n'avais jamais vécu un moment pareil. J'aurai aimé l'enfermé dans une petite boîte et la garder pour moi seule. Je m'étais rabattu contre lui. On ne bougea que lorsque la faim fut plus forte que notre désir de rester coucher l'un contre l'autre.
-Ce n'est pas bizarre, n'est-ce pas ?
-D'aimer son garde du corps ? Non. C'est à la mode, je crois.
Il sourit tandis que je lui frappais gentiment l'épaule.
-Non, si tu le souhaite, on peut garder ça pour nous et après, on verra ?
Je songeais à ce que serait mon quotidien. Ce serait impossible mais ma vie personnelle ne regardait que moi.
-Je crois qu'il est temps que je change d'orientation. Je vais arrêter de jouer à la star. J'ai besoin d'être moi. Et, depuis mon oscar, j'ai de nouvelles options qui s'offre à moi.
-Je serai là pour toi. Toujours.
J'ai souris.
-Tu as piqué cette réplique à mon dernier film, non ?
-Oups, droit d'auteur, j'avais oublié.
-Mais j'apprécie quand même.
-Ne t'en fait pas pour la suite. Tout ira bien.
-Oui, tout ira bien. Tant que je suis moi-même.
-Et que je suis là.
Il esquissa un grand sourire que je lui rendis en lui prenant la main.
-Et que tu es là.
(FIN)
