Moy prima assoluta
Auteur : Angelscythe
Genre : Romance, tranche de vie
Disclaimers : Tous les personnages appartiennent à Stan Lee, Jack Kirby, Joe Simon et Don Heck (hormis les caméos mais franchement…)
PARTIE 1
Quadrille
Chapitre 1 : Aspirations et expirations
- … du Troisième Reich s'est joint au ministre des Affaires étrangères Galeazzo Ciano ainsi qu'à l'Ambassadeur japonais Saburo Kurusu. L'Axe allemand s'est trouvé un nouvel allié dans la personne de Pál Teleki en Hongrie. Jusqu'où Hit…
D'un seul coup, la voix du présentateur cessa d'émettre dans la radio et Steve leva les yeux, surpris. Il afficha un sourire en voyant son meilleur ami se tenir devant lui, une main sur la hanche, l'autre encore enfoncée sur le bouton.
- Tu devrais arrêter d'écouter ces conneries.
- Tu devrais les écouter un peu plus. Répondit son ami. Tu ne peux pas fermer les yeux…
- Pourquoi ? Le pays le fait bien. C'est de l'autre côté du monde, je ne vais pas me préoccuper de ça.
- Pourquoi ?
- Parce que je ne peux rien faire.
Bucky poussa Steve pour qu'il lui fasse de la place et il s'assit à moitié sur sa chaise. Il n'y avait personne dans le magasin. Personne qui puisse sortir le petit blond de sa triste monotonie. La radio avait été une bonne chose. Surtout parce qu'il était toujours captivé par les informations. Son père avait été un de ses êtres fantastiques qui avait donné sa vie pour le peuple !
- Tu peux faire quelque chose, Bucky…
- Fin de la discussion. Répondit immédiatement son ami.
Steve soupira.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ? On en a déjà parlé des centaines de fois.
- Tu as de la chance.
- Oui. J'en ai. En étant ici. Pas en partant là-bas sur le front pour une guerre qui n'est même pas la nôtre !
- Pourquoi ça ne la serait pas ?
Bucky soupira à son tour et se levant avant de s'éloigner dans les rayons. Le blondinet reprit la place sur l'assise.
- Peut-être que je suis inquiet pour toi, aussi.
- Je n'aime pas que tu m'utilises comme argument. Surtout quand tu ne le penses pas.
- Je le pense. Protesta Steve. Ils disent qu'il s'en prend aux juifs. Pourquoi je ne m'inquiéterais pas ?
- Je ne bougerais pas d'ici. Où veux-tu que j'aille ?
- Un jour…
Steve se leva et le rejoignit dans le rayon des bouteilles d'eau où Bucky en extirpait une.
- Un jour, je sais que tu feras le tour du Monde. Tout le monde voudra voir tes représentations.
- Et tu devras t'inquiéter.
- Exactement.
Bucky sourit puis se tourna vers lui.
- Mais tu seras dans l'armée alors je n'aurais pas à m'inquiéter, hein ?
- Exactement ! Répondit Steve.
Ils se dévisagèrent avec un sourire qui était tant factice pour l'un que pour l'autre. Ils ne croyaient pas ce qu'ils disaient. Il y aurait toujours quelque chose qui les empêcheraient de réaliser leurs rêves. Steve lançait des « tu n'as que XX ans » depuis maintenant cinq ans et Bucky savait qu'il ne rajeunissait pas. Il était déjà à la moitié de sa carrière. Il voulait pouvoir savourer d'être danseur étoile. Il voulait un grand rôle. Un jour espéré pouvoir être Siegfried dans le Lac des Cygnes… Mais ce n'était que des rêves. Et Steve savait que c'était de même de son côté. Il essayait de se muscler mais il ne parvenait même pas à soulever de la fonte pendant une minute. Et les efforts de son meilleur ami étaient vains pour l'aider à courir. Alors aller sur le front ?
Le blondinet pouvait vraiment espérer pour son camarade. Il était doué ! Il s'entraînait officiellement quatre fois par semaines, il pratiquait dès qu'il pouvait. Alors pourquoi ça n'arriverait pas ? Dans son cas, il était loin de pouvoir guérir de ses problèmes de santé d'un seul coup…
- Alors… Tu as prévu quelque chose pour ce soir ? Demanda Steve.
Bucky repartit vers le comptoir et il posa sa bouteille d'eau, s'appuyant sur le bois.
- Je crois que je vais aller danser. Il y a un salon plutôt sympa dans le Queens et je dois rejoindre Maria là-bas. Elle emmènera Emmanuelle avec elle. Tu devrais venir.
Steve eut une grimace.
Bucky leva immédiatement les mains.
- Je suis désolé. Maria m'a demandé je me voyais très mal lui dire « d'accord, mais seulement si c'est toi qui sors avec mon petit Stevie. ». Si tu veux tout savoir, elle avait d'abord demandé à Marg…
Le blondinet soupira et secoua la tête, l'interrompant.
- Non, ce n'est pas ça. Je ne sais même pas qui elles sont…
- Maria c'est Sugar Plum Fairy et Emmanuelle est une des fleurs. Elle voulait inviter Ludmilla, une des danseuses russes mais elle ne parle même pas la langue.
Steve acquiesça doucement.
- Quoi ? Demanda Bucky. Ça ne te dit rien ? Tu veux qu'on trouve quelqu'un d'autre ?
- Ce n'est pas ça…
- Arrête de penser à la guerre, je t'en conjure.
Ce n'était pas aussi facile que ça. Le blondinet voulait aussi se vider le cerveau comme pouvait le faire son meilleur ami. Il savait qu'il ne pensait pas qu'à s'amuser mais il le cachait très bien.
Puis il continuait de détester son corps. Il ne supportait pas de sortir avec le brun. Il paraissait encore plus minable à côté de lui. De toutes ses tentatives, il n'avait jamais réussi à charmer la moindre demoiselle. Il y en avait bien eu une, il y avait trois ans… Une sordide histoire où il s'était trompé de vestiaire pour rejoindre Bucky quand il jouait Pulcellina, juste un petit rôle. Il avait alors vu cette fille presque cadavérique, le visage couvert de boutons. Il ne la repoussait pas exactement parce qu'elle était moche mais aussi parce qu'ils n'avaient aucun intérêt similaires. Elle, elle ne parlait que de danses et de marionnettes, lui, il avait beau essayé de s'intéressé, il s'ennuyait mortellement.
Et finalement, Bucky avait dû le sortir de ce mauvais pas aussi…
S'il allait à la guerre, ce serait Bucky qui devrait venir le protéger. Il n'avait rien à faire sur le champ de bataille mais il en mourrait tellement d'envie. Il aurait voulu avoir un rêve qu'il pouvait atteindre.
- Steve…
- Je ne pense pas à la guerre !
Il se redressa en souriant.
- C'est soixante centimes pour ta bouteille.
- Ah oui.
Bucky pêcha des pièces dans sa poche et les donna à son meilleur ami en lui laissant la différence. En gage de pourboire.
- Il y a des jeunes femmes qui regardent ta moto. Prévint Steve.
- Tu veux sortir avec l'une d'elle ?
- Bucky… On sait comment la soirée va se finir alors je préfère que tu choisisses ma cavalière.
Rogers se laissa retomber sur son siège et se retint de croiser les jambes. Même quand il choisissait lui-même son rendez-vous, elle finissait indéniablement par choisir le bel éphèbe au sourire parfait et aux cheveux bruns.
- Tu sais quoi ? On annule. Ce soir, tu viens à la maison et on ira se promener au parc. On trottinera. On fera des échauffements.
- Mais tu voulais… Commença Steve.
- Je préfère faire ça !
- Très bien. Mais je veux que quand on sera échauffé, tu me montres des mouvements de danses.
- Marché conclu !
Bucky donna un coup sur l'épaule de son ami et s'éloigna.
- Je dois y aller. Mais ne te mets pas la pression, Steve. Ton travail est très bien. Tu peux vivre et c'est déjà bien.
- Oui.
Le danseur se dirigea vers la porte.
- Tu crois que trouver une femme est un rêve plus accessible ?
- Bien sûr. La femme qui sortira avec toi sera une femme comblée. Lui assura-t-il.
Il poussa le battant et lui fit un signe avant de se diriger vers la moto. Les demoiselles qui se tenaient autour le saluèrent avec respect et il leur sourit de toutes ses dents étincelantes avant de grimper sur la selle. Il adressa un dernier geste vers son meilleur ami, enfermé derrière sa caisse. Lequel y répondit, le regarda partir et ralluma la radio…
Moscou, Russie
En ces temps de guerre, même si Adolf Hitler et Mikhaïl Kalinine avait signé un traité de non-agression, ce n'était pas compliqué d'avoir des orphelins. Encore moins des orphelines ou tout comme. Certaines, comme elle, étaient ici depuis si longtemps qu'on ne se souvenait de rien. D'autres venaient au fil des mois. Remplaçant celles qui avaient succombés…
Ivan avait assez d'affection pour elle pour qu'elle croie pouvoir s'en sortir. Elle pensait qu'il ne lui ferait pas de mal. Pourquoi penserait-elle seulement l'inverse ? En douze ans, il avait peut-être été un instructeur sévère mais il n'avait jamais été celui qui levait la main sur elle pour rien.
C'était plutôt les autres.
Surtout les femmes.
Celles qui leur apprenaient à la fois à danser et à tuer.
En ces temps de guerre, ce n'était pas compliqué d'avoir des orphelins. Il y en avait toujours des nouveaux. Des enfants dont on se débarrassait parce qu'on ne pourrait les nourrir ou qu'on vendait pour quelques maigres piécettes. Des filles qu'on arrachait à la rue et une vie minable pour leur offrir ce qui semblait le Paradis. Et qui aurait craché dessus ?
Même elle ne le faisait pas…
En ces temps de guerre, ce n'était pas compliqué d'avoir des orphelins. Des gens mourraient constamment que ce soit pour leur pays ou parce que l'anarchie prenait place dans trop de cœur.
Elle ne se souvenait pas de sa mère et ne savait même pas si elle avait un père. Elle croyait juste Ivan lorsqu'il lui disait qu'elle descendait de la famille royale des Romanov ! Ça lui aurait fait tellement plaisir. Elle aurait tellement voulu porté une magnifique robe et virevolter au bras d'un prince plutôt que d'être là, sur le cadavre d'une femme dont le sang lui avait explosé sur le visage.
En ces temps de guerre, ce n'était pas compliqué d'avoir des orphelins. Elle en créait constamment… Juste parce qu'on le lui demandait. C'était ça ou être enfermée dans une chambre rouge pendant un temps indéterminé. Il n'y avait que du rouge, partout… Et ça pouvait vite rendre fou. Surtout lorsqu'on n'avait pas à manger, à boire et rien pour se soulager d'une façon ou d'une autre.
Elle sentit une main sur son épaule.
- Natalia.
Elle leva les yeux vers l'homme qui se penchait sur elle. Bien sûr, il portait un gant noir. Elle se redressa et se jeta sur lui pour qu'il la serre contre lui.
- Natalia. Tu as douze ans. Lui rappela-t-il avec acidité.
Elle baissa le regard, la honte courant dans son corps.
- Je ne veux pas voir ce genre d'expression. Tu dois rester forte en toute situation. Tu t'en moquais bien d'avoir tué cette femme. N'est-ce pas ?
- Oui. Dit-elle.
- Alors je ne veux pas que tu t'en fasses pour ce que les gens pensent de toi. Continua-t-il.
- Mais Iv… Instructeur, se reprit-elle en voyant son regard glacé, je veux juste…
- Il suffit !
Lyudmila Kudrin.
Natalia ne l'aimait vraiment pas mais elle s'efforçait de ne pas le montrer malgré ses lèvres qui tressautaient.
Elle venait à peine d'avoir douze ans, malgré un entraînement intensif malgré le fait que ce cadavre était en fait le septième qu'elle avait sur les bras, elle pouvait bien avoir un semblant d'émotion, non ?
Non.
C'était ce que lui prouvait la baffe violente sur sa joue avant qu'on ne l'attrape par les cheveux pour la tirer à sa suite.
- S'il vous plaît…
- Un soldat ou un espion ne supplie pas. Pourquoi est-ce que tu ferais ça ? Si tu es faible, l'ennemi saura qu'il peut t'arracher des informations.
Lyudmila la guida vers la salle rouge. Natalia écarquilla les yeux mais essaya ensuite de ravaler ses expressions dans l'espoir qu'on lui épargne cette torture.
Mais la porte s'ouvrit.
- Tu n'en ressortiras que plus forte. Lui cracha la femme avant de la jeter dans la petite pièce.
Natalia se recroquevilla immédiatement. Elle pouvait à peine y tenait assise. Pas question de s'y allonger pour se reposer. Les murs étaient durs. Pas question de vraiment se reposer.
Elle savait comment ça se déroulait.
Lyudmila trouvait toujours une excuse pour l'envoyer ici.
Dans un ou deux jours, on se souviendrait qu'elle était là, Ivan la prendrait même peut-être dans ses bras et elle devrait rattraper son retard sur les autres. S'entraîner nuit et jour, ne presque pas dormir…
Ce n'était pas une vie.
Elle savait qu'elle méritait plus que ça. Tellement plus…
Des fois, elle se demandait pourquoi Ivan l'avait emmenée ici. Est-ce qu'il était son père et qu'il voulait la garder auprès de lui ? Est-ce qu'un père agirait comme ça ? Mais comment il l'avait trouvée sinon ?
Le sang se coagulait sur sa peau et c'était extrêmement désagréable. Elle se frotta le visage et attendit, fermant les yeux pour ne pas voir le rouge. Du rouge tellement étendu qu'il y en avait même sur son corps…
