Une route et de la poussière

Le soleil frappait durement sur la tête de Ramsay, et comme sa casquette avait servie de repas à un coyote, il devait se contenter de sa main comme visière. À ses pieds s'étendaient ses bagages, posés entre le goudron éclaté et le sable. Sa tente était percée à plusieurs endroits, la toile, de mauvaise qualité, n'avait pas fait long feu. Son grand sac à dos montrait lui aussi des signes de fatigues, il entendait régulièrement de petits craquements quand il le portait et une des lanières était déjà arrachée. Quand à ce qu'il contenait, mieux ne valait pas en parler. La dernière nuit avait été féroce, et il devait à tous prix arriver à la ville la plus proche. Seulement cette dernière se trouvait à plus de cinquante kilomètre, c'était infaisable en une journée. Il patientait donc comme le dernier des cons en plein milieu du désert, le pouce tendu en l'air. Plusieurs voitures était déjà passées mais aucune n'avait daigné s'arrêter. Peut-être son look faisait-il peur ?

Même sans miroir il visualisait à quoi il ressemblait : les cheveux sales et en batailles, les fringues froissées et déchirées, des cernes qui devait lui arriver jusqu'aux joues... oui, il n'avait définitivement pas l'air de quelqu'un de respectable.

Il devait être midi vu la chaleur, comment en savoir plus ? Sa montre était arrêtée... Soudain, il entendit au grondement sourd et lointain. Une Mustang noire métallisée surgit de l'horizon à toute vitesse. Par réflexe, Ramsay tendit le pouce mais se fit la réflexion que cette personne ne s'arrêterait pas pour un bouseux dans son genre. La voiture passa dans un rugissement qui souleva beaucoup de poussière, étouffant l'auto-stoppeur.

Et la voiture s'arrêta.

Encore aveuglé, Il se frotta les yeux comme si il avait vu des éléphants roses danser sur des ballons. La portière passager s'ouvrit et le moteur arrêta son vrombissement.

Ramsay attrapa ses affaires à toute vitesse et courut jusqu'à la Mustang, le sourire aux lèvres.

Une expression qui laissa place à une surprise totale quand il vit qui était assis derrière le volant. Une jeune fille, de 19 ans peut-être un peu moins, vêtue d'un débardeur blanc et d'un jean troué. Ses bras étaient entièrement tatoué de motifs divers et des loup d'argents étaient pendus à ses oreilles. Elle avait une coupe de cheveux courte et un visage un peu long qui n'était pas sans charme.

-Quoi ? J'ai de la salade entre les dents ? Demanda-t-elle.

-Euh...Non c'est juste que, je... ne m'attendait pas à ce qu'une aussi charmante jeune fille conduise une bagnole comme ça.

-Si t'es pas content tu peux toujours attendre une autre voiture. Dit-elle sur un ton agressif, visiblement énervée par le commentaire.

-Je voulais pas vous vexer, c'est juste que... t'a tellement la classe que j'ai peur d'avoir une hallucination.

La conductrice haussa un sourcil.

-T'es quoi toi ? Un mec tellement en chien qu'il drague toute les filles qu'il croise ?

-Non sans déconner t'es magnifique et puis, ça fait plusieurs fois qu'on ne s'arrête pas et que je reste planté comme un abruti à me prendre du sable dans la figure. Donc j'ai un peu du mal à croire ce qui m'arrive.

-Arrête de parler et pose ton cul, j'ai pas envie que ma voiture fonde sous ce soleil. Met tes affaires sur la banquette arrière.

Obéissant docilement, il se dépêcha de faire ce qu'elle lui disait en songeant que cette fille n'était vraiment pas comme les autres.

Une fois installé, il se présenta.

-Je m'appelle Ramsay, enchanté.

-Arya, Arya Stark. lâcha -t-elle. Et surtout, ne vouvoie plus, j'ai l'impression d'être une vieille bourgeoise à un dîner de charité.

Elle démarra et bien vite, le vent s'engouffra par les fenêtres ouvertes. « Le paysage était beaucoup plus agréable à regarder quand on n'est pas les pieds dans le sable » se dit Ramsay. Il n'osait pas commencer une discussion, la jeune femme l'intimidait trop. Dans ce petit corps semblait se cacher de la dynamite à deux doigts d'exploser.

-Bon si tu me disais ce que tu foutais en plein milieu du désert avec l'air d'être passé sous un camion.

Ramsay aurait presque sursauté quand elle avait dit ces mots. Sa façon de rompre le silence avait été... rentre-dedans ?

-Tu connais le film Into The Wild ? Demanda-t-il.

Elle eût une sorte de grimace. Sans doute pour dire « soit direct fait pas chier ».

-C'est l'histoire d'un gars qui lâche tout, sa vie, sa famille et qui part sur les routes, à la recherche du sens de la vie. Il y a deux mois j'ai fais la même chose. J'étais comptable dans une entreprise de merde où je me faisais continuellement botter le cul pour les conneries de mes supérieurs. Après une énième engueulade j'ai éclaté la tête de mon patron contre un mur et je me suis taillé. J'ai pris mes économies, vendu presque tout ce que j'avais, acheté du matos et des bouquins et je suis partis.

-En gros t'es un clochard c'est ça ?

-Les gens doivent me voir comme ça. Répondit-il en riant.

Arya resta silencieuse et ne bougea pas son regard de la route. Elle semblait réfléchir. Ramsay lui, se dit qu'elle allait probablement le virer de sa bagnole dans une centaine de mètre, le prenant pour un gros taré. Mais vu qu'elle l'avait déjà invité à monter se serait un peu contradictoire. Pourtant, Arya Stark semblait bien plus folle que lui.

-Y'a un truc qui cloche dans ton histoire. T'étais comptable ? C'est quoi ce job de merde ?

-Mes parents voulaient que j'ai un taf stable. Et j'ai pas eu le courage de les affronter.

-T'a quel âge sérieux ? Tu parles comme un vieux de 40 ans et tu as les couilles d'un gamin de 6 piges.

-J'ai 24 ans. Et au lieu de te moquer dis moi plutôt, qu'est-ce que tu fous là ? Une fille qui à l'air à peine majeur et qui conduit un bagnole comme ça ? Si tu étais une gosse de riche je comprendrais, mais t'a l'air à un espace-temps de ce genre de fille.

-J'ai volé cette caisse, justement à un gosse de riche qui me draguait lourdement.

Ramsay mit un peu de temps à comprendre la portée de cette phrase. Mais quand ça monta dans son crâne, il eût le sentiment indéfectible d'être profondément dans la merde.

-OK donc, je suis à côté d'une voleuse qui a probablement les flics au cul et vu leur QI je vais me faire coffrer parce qu'ils vont croire que je suis complice... J'ai oublié un détail.

-Calmos y'aura aucun flic, je roule depuis une semaine sans aucun souci, il me retrouveront pas, et puis je vu ta situation, je pense pas que tu feras la fine bouche sur la qualité du chauffeur.

-Admettons, mais pourquoi tu m'a pris alors ?

-Je te l'ai dit, je roule depuis une semaine, j'ai besoin de discuter avec quelqu'un. Et puis, c'est pas dans mes habitudes de laisser un beau gosse sur le bas côté.

Ramsay resta muet, lui qui n'avait jamais eu de succès avec les filles à cause de son côté « intello » ne savait pas comment réagir à ce genre de déclaration. Comme elle l'avait dit, il parlais comme un vieux et pensait comme un enfant. Dans ce cas présent, il se sentais plus comme un adolescent boutonneux qui faisait une montée d'hormones. Il avait chaud et ne savait pas vraiment comment réagir. Lui qui pensait avoir commencé à apprendre à vivre, il se rendait compte qu'au contraire, il s'enfonçait dans l'ignorance.

-Ben...

-Arrête de bafouiller et parle franchement. Le coupa Arya. Tu veux te la jouer aventurier, alors comporte-toi comme un aventurier. Je suis pas en meilleur position que toi, tout ce que je fais c'est rouler sans but. Alors trouve nous une destination et on y vas.

-« On » ?

-Oui, à partir de maintenant on est compagnons de route, pas question que je te laisse seul, tu serais capable d'y passer. Et puis, t'es l'un des rares êtres humains avec qui je peux discuter sans avoir envie de me tailler les veines. C'est un privilège rare.

Cette proposition semblait raccord avec le caractère fonceur de la jeune fille, ça avait un côté un peu poétique, je vais là où me porte cette route et le diable si ça rate. Ramsay était pris par ce charisme presque punk, Arya dégageait cette énergie animale, sans limite qui donnait, quand on prenait le temps de l'apprécier, une envie irrépressible de la suivre au bout du monde. Il se dit que ça ne pouvait pas être autre chose qu'un signe du destin.

-Je marche. Dit-il. Allons défier ce monde de merde.

Pour toute réponse, Arya sourit et mit la gomme.

Et voici. Un OS étrange sur un couple tout aussi étrange, je n'ai jamais vu de Ramsay/Arya donc je pars un peu de rien. En ce qui concerne Ramsay, je l'ai fait avec un caractère très différends de celui de la série. Il se rapproche plus du personnage de Simon dans Misfits, joué par le même acteur. J'aime trop ce personnage pour le faire mauvais ou sadique. Sincèrement, à l'heure où j'écris ces lignes, je doute de la qualité de cet OS. Si il vous à déplut j'en suis désolé, dites moi ce que vous voudriez changer. Mais j'ai eu envie d'essayer un truc un peu différend de mes précédentes fanfics. J'espère néanmoins que ça a pût vous plaire et à bientôt pour la suite.