Le Manoir Malefoy se dressait dans la campagne, protégé par nombre de sortilèges contre les moldus fouineurs ou les promeneurs curieux. Ses nombreuses tours et tourelles se découpaient contre la nuit à peine étoilée de ce décembre glacial. Comme une menace.

Hermione Granger frissonna malgré elle. Moins à cause du froid qui mordait sa peau délicatement révélée par sa robe de soirée que à cause de la demeure impressionnante et sombre. Elle venait de transplaner devant le portail en fer forgé, ouvragé pour donner l'illusion d'optique qu'il était composé de serpents se glissant contre la nuit. Un majestueux M, signifiant Malefoy, était gravé depuis des décennies dans la pierre lissée par le temps et les intempéries au-dessus du portail.

Elle se trouvait devant le sanctuaire du Mal, le temple de la magie noire. Elle ne pouvait qu'y trouver la mort. Mais elle était un membre éminent de l'Ordre du Phénix, et elle risquait tout autant que les autres.

Elle leva les yeux sur le petit groupe autour d'elle. Les jumeaux Weasley et les jumelles Patil, Ron, Luna, Ginny et Lavande ainsi que Dean et Seamus. Ils avaient transplané du Square Grimmaurd en même temps.

Luna resserra son châle bleu ciel autour de ses bras frêles et eut un sourire mystérieux.

-Nous devons y aller, dit-elle tranquillement. Sinon, notre retard jouera en notre défaveur.

-Sommes-nous les premiers ?

-Non, Seamus, répondit Padma Patil. Le groupe de Kingsley a transplané en premier.

-Maintenant, plaisanta George, nous n'avons plus qu'à croiser les doigts pour ne pas se faire décapiter à peine arrivés dans l'entrée.

Neville hocha faiblement la tête, offrit son bras à Luna et ils ouvrirent la marche. Hermione s'appuya sur Ron. Ils traversèrent le portail comme si celui-ci eut été un rideau de fumée, et entamèrent la longue marche vers le Manoir. La nuit était étrangement silencieuse, comme si les étoiles retenaient leur souffle en attendant un drame qui ne manquerait pas de se produire. Un paon albinos se pavanait en haut d'une haie, comme la réplique fantomatique d'un oiseau de malheur.

Hermione caressa inconsciemment le porte jarretelle noir sous sa robe rouge sang, tâtant le bois spiralé de sa baguette magique, comme si celle-ci pouvait à elle seule éloigner tous les malheurs qui ne manqueraient pas de leur tomber dessus cette nuit. Peut-être allaient-ils tous mourir.

Elle se souvint de la réaction violente de Harry en apprenant la nouvelle. Le bal, et son interdiction d'y aller. Mais ce serait de la folie. Le Survivant ne pouvait évidemment pas aller manger des petits-fours dans une maison de Mangemorts, en offrant une danse à Bellatrix ou en plaisantant avec Dolohov. Déjà que la scène était irréelle...

Ils arrivèrent finalement devant la grande porte double faite d'ébène et renforcée d'acier. Une chose était certaine, pour pénétrer dans la demeure des Malefoy par la force, mieux valait oublier l'entrée principale. Neville tendit une main hésitante, quelque peu tremblante, et abattit son poing sur la porte, bien qu'il doute que quiconque de l'autre côté puisse les entendre.

Pourtant, la porte s'ouvrit presque aussitôt, en grand, des deux battants. On put distinguer une entrée immense, faite de pierre et de marbre, illuminée de mille chandelles pour l'occasion, et un elfe de maison penché devant eux, son nez aplati frôlant le sol impeccable, comme pour démontrer une fois de plus que les elfes sont peut-être dépourvus de colonne vertébrale. La créature se releva et couina d'une voix tremblotante,

-Pinky vous souhaite la bienvenue au nom de ses maîtres au sein du Manoir Malefoy. Si vous voulez suivre Pinky...

L'elfe se détourna en trottinant et les invités de force prirent une goulée d'air commune avant de rentrer silencieusement dans le Manoir à sa suite.

Le regard de Hermione erra sur l'immense escalier de pierre en fer à cheval, le sol de marbre noir, les murs de pierre recouverts de tapisseries représentant des serpents de toute sorte, et s'arrêta sur les trois domestiques en livrée près d'une autre grande porte sur leur gauche. Pinky s'arrêta près d'eux.

-Si vous voulez vous dévêtir, annonça l'elfe, veuillez confier vos manteaux et vos baguettes aux domestiques. Vous les retrouverez en partant.

-Poser nos manteaux, s'affola Lavande, il fait un froid glacial ici !

-Il fait meilleur dans la salle de bal, Miss, répondit l'elfe en s'inclinant.

A contrecœur, le groupe tendit les manteaux en grelottant et Pinky rappela.

-Vos baguettes !

Personne ne répondit. Ils se contentèrent de foudroyer l'elfe du regard. Elfe qui ne s'en formalisa pas, et claqua des doigts. Un instant plus tard, toutes les baguettes se trouvèrent entre ses mains et d'un nouveau claquement, disparurent.

-Hey, s'exclama Ron. Rends-nous nos baguettes !

-Ron, l'avertit doucement Hermione.

-Mione, je t'adore, tu le sais, mais ce n'est pas l'heure de faire de la publicité pour la sale, rétorqua le rouquin.

-C'est la S.A.L.E, Ron, et non pas la sale, tu devrais...

Mais Ron s'était déjà tourné vers l'elfe qui assurait :

-Personne n'a sa baguette ce soir.

-Mes fesses, grogna Fred et une rumeur d'accord s'éleva du groupe.

Privée de sa baguette, Hermione caressa le petit poignard en argent dissimulé également sous sa robe. Elle ne mourrait pas sans combat...

Pinky alla ensuite ouvrir la porte de la salle de bal et ils restèrent un instant sans voix.

La pièce était immense, bien plus que la Grande Salle de Poudlard. Le sol était de marbre et la piste de danse aménagée pour l'occasion en son centre était faite de lattes de bois sombre. Des tables croulant de victuailles faisaient le tour de la pièce, sauf devant les issues qui devaient mener vers les couloirs domestiques ou des boudoirs pour assurer la tranquillité. Au plafond, des lustres de cristal jetaient leurs feux enchantés sur la salle, l'illuminant mieux que la Galerie des Glaces de Versailles.

Sur le mur de gauche, des fenêtres immenses donnaient vue sur la plus belle et fleurie part des jardins, munie de fontaines et d'un labyrinthe à taille humaine. Il y avait des bancs blancs, des bosquets, et encore des paons. Le jardin semblait briller de lumières intimes, tamisées. Il y avait une terrasse couverte avec des sièges douillets, des bergères et des ottomans. De même, la salle de bal offrait des couchettes aux damas pourpres. Le tout, d'or, de bois et de marbre, dégageait une impression de lourde magnificence. Hermione n'était pas étonnée, mais elle était tout de même impressionnée.

Le groupe ayant transplané avant eux était déjà là, toisant les Mangemorts. Les Mangemorts les toisaient d'ailleurs en retour. Il fallait dire que les ambassadeurs de l'union n'étaient pas encore arrivés. Lucius Malefoy, l'air fort noble dans une robe de soirée blanche cousue d'or, tenait à son bras une Narcissa resplendissante en lamé argent. Hermione soupira et dit aux autres,

-Nous devons aller...saluer notre hôte, j'imagine.

Elle s'accrocha un peu plus au bras de Ron et ils fendirent la foule qui les regardait de travers pour arriver jusqu'à Lucius et Narcissa. Celle-ci était une femme d'une beauté froide, mais son air d'avoir une bouse de dragon collée sous le nez s'intensifia en voyant Hermione. Elle ne devait pas considérer que l'union était une menace assez grave pour accueillir des nés-moldus, des traîtres à leur sang et autre vermine sous son toit pour autre chose que les tuer. Lucius, en revanche, posa sur Hermione un regard à faire froid dans le dos. Un regard carnassier. Comme si elle était un morceau de viande particulièrement juteux. À en sentir la main de Ron se serrer légèrement sur son bras, elle se rendit compte qu'elle n'était pas la seule à l'avoir remarqué.

Ils s'arrêtèrent en face de Lucius et Narcissa et comme Ron se contenta de regarder le couple Malefoy avec une hostilité latente, Hermione se lança.

-Madame, Monsieur, c'est un honneur pour nous d'être reçus ce soir sous votre toit.

Le ton était tranchant et sans équivoque, et Narcissa la détailla avec un dégoût non feint.

-Ce n'est rien de le dire, rétorqua-t-elle d'ailleurs avec dédain.

-Allons, allons, Cissy, dit froidement Lucius en lui tapotant la main. Je ne doute pas que Miss Granger et ses amis n'ont pas l'habitude d'un tel luxe, mais ne soyons pas mauvais hôtes, je vous prie.

Il saisit la main de Hermione et se pencha sans la quitter des yeux pour la baiser avec sans doute plus de passion que la bienséance l'eut exigé, et elle frémit en rencontrant son sourire carnassier. Ce sourire lui disait clairement « je n'en ai pas fini avec toi ». Hermione retira sa main un peu trop vivement pour paraître naturelle, et le sourire de Lucius s'agrandit.

-Je vous souhaite de passer une excellente soirée, Miss Granger.

Elle déglutit avec difficulté tandis que le couple se tournait vers Ron. Lucius paraissait alors beaucoup moins intéressé.

-Monsieur Weasley, dit-il froidement, bonsoir.

Ron se contenta d'un hochement de tête glacial avant de tirer Hermione loin du couple Malefoy alors que ceux-ci se tournaient vers Luna et Neville.

-Je ne veux pas que Lucius Malefoy m'approche, murmura la brune. Il avait un regard étrange...

Ron lui déposa un baiser sur la joue.

-Je suis là, Mione. Je suis là.

Elle retourna le baiser sur ses lèvres.

-Je t'aime, Ron.

-Moi aussi, chérie.

Ils furent rejoints par les autres alors que le dernier groupe de l'Ordre, accompagné par les ambassadeurs, entraient dans la salle. En voyant les envoyés de l'union, l'atmosphère se fit hypocritement moins pesante.

.

Drago Malefoy finit de nouer sa cravate devant son miroir et s'en détourna pour regarder son petit groupe d'amis. Quoi que, amis, voilà bien un grand mot. Chiens, plutôt. Esclaves. Crabbe et Goyle, debout, bras ballants, entourant la porte de l'immense chambre de l'héritier. Blaise Zabini, le plus proche ami du blond, négligemment couché sur le lit alors que Daphné Greengrass lui massait les épaules avec amour. Astoria, sur les genoux de Théodore Nott, l'embrassant doucement. Et Pansy Parkinson qui tapait du pied, visiblement frustrée, ressemblant à une pièce montée avec meringue et chantilly dans sa robe robe à volants. Drago haussa un sourcil narquois en songeant qu'elle était pressée d'aller montrer sa laideur au monde.

Drago Malefoy était un homme en pleine ascension au cœur des fidèles des ténèbres. À vingt ans, il était la fierté de son père d'être déjà du cercle privé de Voldemort, poursuivant avidement le pouvoir, étant ambitieux de nature, courant après un but qu'il était seul à connaître. C'était un homme dangereux, d'une beauté supérieure et glaciale, à peine humaine. D'une intelligence redoutable aussi, et d'une prestance naturelle. Moqueur, narquois, étincelant de noirceur. Mortel.

-Prêt à aller tuer du poisson livré à domicile, plaisanta Blaise.

Drago eut un petit sourire en coin.

-N'oubliez pas ce que je vous ai déjà dit, répondit-il en ouvrant la marche. Faites ce que vous voulez de qui vous voulez. Mais Granger m'appartient.

Si ses esclaves consentants se demandaient pourquoi, aucun n'était assez stupide pour demander au Prince de Serpentard pourquoi et en quoi Granger était sienne.

De toute manière, ils allaient trop s'amuser ce soir pour s'en soucier.