Flop from a cop
Inconnu à la porte : - Il y a quelqu'un ?
Quelques secondes passèrent. L'inconnu frappa plus fort à la porte. Ce n'était pas Jane, ce n'était pas sa voix. Elle s'en voulut un moment mais revint à la réalité lorsque John le Rouge, toujours bien masqué, la bouscula afin qu'elle s'exprime.
Lisbon : - Oui. Mais…je ne suis pas présentable, vous m'excuserez. Puis-je vous demander de vous identifier et de me dire ce qui vous amène à cette heure de la nuit ?
Lisbon essayait de garder un ton posé, calme mais ne put s'empêcher de sentir son cœur, qui battait si fort qu'il semblait vouloir déchirer sa poitrine. Elle reprenait de l'air et ses poumons brûlaient. Elle sentait la peur, qu'elle arrivait à contrôler un instant plus tôt, maintenant qu'une occasion de se sauver se présentait :
Inconnu : - Excusez-moi, je suis l'agent Reynolds de la police de Sacramento. J'ai reçu un appel me signalant des problèmes de violence conjugale. Je vous demande donc de m'ouvrir sur-le-champ.
Lisbon : - Tout va bien, je vous assure. Je vis seule, je n'ai pas de problèmes de violence, seulement de sommeil, alors si vous le voulez bien, j'aimerais que vous me laissiez.
Ces mots, dénués de toute vérité, faisaient souffrir Lisbon, elle se mordait la lèvre pour ne pas crier au secours. Elle ne ferait que l'entraîner lui-aussi vers une mort affreusement douloureuse, la chaîne de la porte était mise et à moins, qu'il soit doté d'une force et d'une vitesse extraordinaires, il n'irait pas bien loin avant d'être descendu ou pire, ligoté pour finir torturé et tué de la plus horrible des façons. Elle ne souhaitait ce qui l'attendait à personne : elle perdait espoir...
Reynolds : - Je suis désolée, mademoiselle, mais c'est de mon devoir de vérifier de mes propres yeux que tout va bien, je ne peux pas vous laisser sans m'être assuré de votre sécurité.
Lisbon sentait l'atmosphère s'alourdir. John le Rouge réfléchissait sûrement à toutes les atrocités qu'une deuxième victime pourraient lui permettre d'accomplir et à tout le plaisir qu'il en tirerait.
John la détacha en la menaçant de son arme.
Reynolds : - Vous m'entendez ? Venez m'ouvrir ou je serai dans l'obligation de vous priver de porte pendant un moment.
John fit comprendre à Lisbon qu'à la moindre tentative d'évasion, il les abattrait à la minute, elle et lui. Il lui attacha la main d'un nœud coulant avec une corde fine et solide de sorte qu'il la tienne et s'éloigna pour sortir du champ de vision de l'agent de police. Il l'avait toujours en ligne de mire. Lisbon ouvrit doucement la porte, détachant la chaîne protectrice. Elle prit une grande inspiration et joua son rôle le mieux qu'elle le pouvait, malgré la pression, la peur, la douleur de ses membres, de ses poumons.
Lisbon : - Écoutez, tout va bien. Je suis moi-même agent du CBI. Agent Lisbon. Vous pouvez facilement apprendre que je vis seule et regardez [elle lui montra d'un geste l'intérieur de sa maison sans non plus l'inviter à y entrer], tout va bien ! Si vous avez des doutes, mes collègues se feront une joie de vous confirmer que je suis capable de me débrouiller seule la plupart du temps. Agents Cho, Rigsby et Van Pelt, ça ne vous dit rien ? Ils sont doués. Je suis leur chef, eh oui, une femme de moins de quarante ans, ça vous étonne, hein ? Si vous pouviez maintenant me laisser me recoucher, je vous en serais infiniment reconnaissante !
Reynolds : - Bon, très bien. Mais, au cas où vous vous retrouveriez dans une situation que même vous, agent Lisbon, vous ne pourriez gérer seule, voici ma carte. N'hésitez pas !
Lisbon : - Merci, agent Reynolds. Bon courage et bonne nuit.
Elle referma la porte: l'espoir d'une liberté à portée de main s'était définitivement évaporé.
John : - Bien essayé ! Mais assez pathétique, il faut le dire… Le coup du : « renseignez-vous auprès de mes collègues du CBI » en lui précisant les noms, ça donne plus un effet : « je vous parle pour ne rien dire parce que je n'ai personne à qui me confier et je carbure aux anti-dépresseurs en ce moment ! » qu'un appel au secours.
Elle ne répondrait rien. Elle baissa ses yeux emplis de larmes et s'adossa à la porte quelques instants, persuadée que John le Rouge la regardait en jubilant. Elle ne lui donnerait pas d'autre occasion de prendre du plaisir, elle essuya son visage et releva les yeux pour les poser sur lui. Un regard perçant et haineux. Elle ne flancherait pas et elle se montrerait forte, malgré la douleur qui brûlait ses poumons et sa gorge et malgré le désespoir.
Il rit en tirant d'un coup sec sur la corde, ce qui la fit souffrir le martyr. Mais elle ne laissa rien transparaître. Il l'avait ligoté et reprenait sa séance de torture lorsque l'on entendit une voix qui venait du couloir menant à sa chambre.
« John le Rouge! Ravi de te revoir ! – si tu veux bien excuser mon paradoxe. Tu pourrais éviter de torturer Lisbon, la prochaine fois que tu veux me voir, tu ne crois pas ? »
Lisbon sentit un soulagement énorme la traverser.
John : - J'étais un peu dans l'obligation de le faire après ses récentes découvertes. Pas capable de t'avouer ses talents, hein ? Tu as toujours voulu être le plus fort, protéger et savoir tout avant tout le monde. Avoue tes limites et montre-toi. On pourra discuter face à face et qui sait ? peut-être aura-tu la joie de découvrir mon identité, si mon humeur s'y prête !
Jane : - Pitié, tu sais très bien que si je m'approche, tu seras trop tenté de l'égorger ou de la descendre devant moi. Et ce n'est vraiment pas ce que je souhaite.
Lisbon : - Merci de la précision, Jane ! ça fait plaisir de savoir que vous me prenez en compte. Mais vous n'avez pas amener de fleurs ? Depuis quand vous vous invitez chez une dame sans en apporter, dîtes-moi ?
Devinette des plus faciles pour Jane, dans son état habituel. Mais il n'avait apparemment rien saisi de l'allusion, mettant sans doute cette réflexion sur le compte des tortures que John le Rouge avait dû lui infliger. Non! Elle ne perdait pourtant pas la tête!
Jane : - Lisbon, ne soyez pas fâchée, vous savez très bien qu'il est armé et qu'il n'hésitera pas à tirer si je me pointe. Regardez !
La tête de Jane, se voulant clownesque, fit une brève apparition dans le cadran de la porte puis disparut à nouveau derrière le mur. John le Rouge tira plusieurs fois dans le mur du couloir en riant et Lisbon tressaillit.
Elle n'entendait plus rien. Elle se dit que tout était fini, que tout espoir était vain. Jane n'ayant bien sûr prévenu personne, elle sentait qu'elle allait bientôt y passer, elle-aussi, étant passée de la catégorie « utiles » à la classe « usés et bons à jeter » des jouets de John le Rouge.
Mais c'est à Jane qu'elle pensait le plus. Il avait joué son rôle de clown jusqu'au bout, toujours à chercher de l'humour et de la joie là où régnait le malheur et la terreur. C'était un homme bien, il avait essayé de la sauver: même s'il devait être motivé par son besoin de vengeance personnelle, il pensait peut-être un peu à elle après tout.
Elle baissa une nouvelle fois les yeux, pour ne pas voir l'horreur de la fin.
To be continued...
