Voilà donc le premier chapitre, à proprement parler. On y retrouve Peeta dans le décor du District Treize. Je reconnais avoir quelques difficultés à me mettre dans la peau du personnage. Du fait qu'il est foncièrement gentil, par conséquent il en devient particulièrement complexe à interpréter. Ce chapitre introduit la situation actuelle, le texte est énormément centré sur les sentiments de Peeta et la façon dont-il perçoit les choses de façon à comprendre tous les enjeux. Il n'est pas dans le même état d'esprit que Katniss dans le bouquin, ne vit pas les choses de la même façon. Il est désorienté, souffre de quelques troubles de l'attention, il s'adapte à la vie dans le Treize et doit surmonter la mort de ses proches. Pour ne rien arranger, les rebelles le tiennent dans l'ignorance depuis son sauvetage de l'arène, ce qui laisse de nombreuses questions sans réponses. J'espère être resté assez fidèle aux personnages. En espérant que vous apprécierez, bonne lecture. Les commentaires sont toujours les bienvenues! =).
Chapitre1:
J'éprouve quelques difficultés à quitter le compartiment 309, auquel on m'a gracieusement affecté. Le souvenir de cette nuit cauchemardesque bien trop vivace, je ne trouve plus la force d'espérer que ces images s'effaceront de mon esprit au bout de quelques heures. Les bras crispés, j'emploie un temps précieux à lisser les draps de ma couchette, de façon à ce qu'aucun pli ne puisse être visible, puis j'entreprends exactement la même manœuvre avec la couverture. Cela a le mérite de m'occuper l'esprit au moins un instant. C'est presque « thérapeutique » pour moi, tout comme cet exercice qui veut que l'on parte des certitudes les plus simples, pour aller vers le plus compliqué, un conseil des médecins. 7 h : Petit-déjeuner, il doit être près de huit heures. Plateau en main, je reçois ma portion de bouillis de céréales, de purée, ainsi qu'une simple pomme. Le fruit bascule dangereusement d'un côté, puis de l'autre, tandis que je traverse la faible distance qui me sépare encore de ma table. La main munie d'une cuillère, j'entame rapidement ma purée. L'appétit n'est pas une chose qui me manque. Pas seulement parce qu'ici le gaspillage tendrait presque à être considéré comme un crime. Mais parce que je sais que prendre des forces, est une chose qui me sera nécessaire.
Une certaine agitation règne dans le réfectoire. Il n'y a rien de surprenant à cela. Comme si chacune de mes apparitions devait inévitablement provoquer le même trouble. On s'y fait avec le temps, on s'y habitue. Il n'y a pas d'hostilité manifeste, simplement de la curiosité. Un intérêt vif pour ces étrangers du district Douze, qui du jour au lendemain sont débarqués par centaines chez eux, s'immisçant dans leur quotidien. De sorte que le fait d'être un tribut vainqueur, rescapé de l'édition Expiation, ne risquait pas de m'aider. L'atmosphère paraît pourtant particulièrement tendue, ce matin. Si bien que personne ne semble relever ma présence, qui passe tout à fait inaperçue. Si je ne suis pas à l'origine de ce malaise, je ne peux m'empêcher de me demander ce qui en est la cause. J'attaque ma bouillie de céréales, quand je remarque deux hommes, dont les regards convergent dans ma direction. Aussitôt, ceux-ci baissent la tête, non sans poursuivre leur conversation, qui me paraît tout à coup particulièrement intéressante.
Il y a fort à parier qu'ils parlent de moi. Certainement pour débattre de mon état mental, comme la plupart des gens ici. Il faut dire que le bracelet que je porte encore au bras droit, ne passe pas tout à fait inaperçu. Sans crainte de manquer d'objectivité, la grande majorité de ces personnes prétend pouvoir avancer que je n'ai plus toute ma tête, ou tout du moins que je suis désorienté. Après tout, le propre de l'homme est bien de commérer. Même s'il ne pourrait bien s'agir que de cela, le sujet de leur discussion pourrait également être tout autre. Alors je prête l'oreille, mais de là où je suis, je ne perçois que quelques bribes de conversation, trop peu pour avoir une idée précise de la situation, mais bien assez pour m'en donner un aperçu.
-Une véritable bombe, je te l'assure, soutient l'homme à la barbe grisonnante.
-Il fallait s'y attendre, près d'un mois que la soixante-quinzième édition des Hunger Games a été interrompue. On se demandait tous ce qu'il attendait…
-Eh bien, on peut considérer qu'il est finalement passé à l'action. Reste à savoir ce que va entreprendre la présidente.
La présidente du Treize, ou Alma Coin… Je ne sais que très peu de choses à son sujet, hormis le fait qu'elle ne m'inspire aucune confiance.
-Oui, enfin maintenant on sait enfin ce qu'il est advenu de… Enfin ce n'était pas un fait avéré.
Le plus jeune marque une pause, je le sens posé les yeux sur moi. Le nez dans mon bol, celui-ci semble soudain me conter une histoire au combien merveilleuse. S'il a remarqué que je tentais de suivre le fil de leur conversation, il n'en laisse rien paraître. Cependant, son acolyte le suit du regard, tous deux me fixent le temps d'un instant, avant de se retourner.
-Tu crois qu'il sait ?
Figé sur place, ma main retombe mollement sur mon genou, intrigué.
-Je ne crois pas non, lui répond le plus âgé. Auquel cas, je ne crois pas que…
-Attends…
Son voisin vient de l'interrompre brusquement, une main plaqué sur sa bouche. Je m'aperçois alors que j'ai relevé la tête, instinctivement. Et cette fois, ils n'ont pas manqué de le remarquer. Nous avons beau être séparé par plusieurs tables, je sens comme un profond malaise. Dans les minutes qui suivent Ils s'empressent d'avaler leur restant de purée, manquant s'étouffer à plusieurs reprises. Puis deux plateaux viennent s'ajouter à la pile déjà imposante. Eux, disparaissent sans perdre une seconde. Comme si s'attarder un instant de plus ici , leur était devenu insupportable.
Je reste interdit face à cet échange, dont l'issue n'a fait que me troubler davantage. Qu'entendaient-ils par "une véritable bombe" ? De qui parlaient-ils, en faisant référence à ce fameux passage à l'action ? Je retourne ces mots dans un sens puis dans l'autre, sans parvenir à comprendre. Et cela me rend fou. Comme si mon cerveau refusait catégoriquement de coopérer, aujourd'hui. La rébellion, le Capitole, Snow… Je ne parviens pas à me concentrer, un point semble toujours m'échapper. Mes doigts s'emmêlent d'eux-mêmes entre mes boucles blondes. Je me surprends à désirer la présence de Delly plus que toute autre chose. Elle, serait en mesure de m'aider à éclaircir mes idées, à émettre un raisonnement qui tiendrait la route. Mais elle n'est pas là, elle doit déjà se trouver au centre d'éducation, afin de suivre le cours d'histoire nucléaire. Frustré, j'avale tout le contenu de mon plateau. Jusqu'à ce que le trognon de ma pomme n'atterrisse dans le bol ayant servi à accueillir la bouillie de céréales.
Suspicieux, un homme m'arrête à la porte, afin de s'assurer que je ne cherche pas à faire passer de la nourriture en dehors du réfectoire. Il finit par me laisser passer sans même un regard. La porte claque après mon passage.
-Peeta !
Dans un sursaut je me retourne, Gale est là, bras croisés. Il ne souffle mot, me toise de tout mon long, comme s'il me jaugeait, m'examinait, peut-être bien les deux. Je sens son regard insistant posé sur moi. Alors je fais de même, je l'étudie, je soutiens son regard, et nous restons ainsi, sans bouger, sans oser briser le silence. Une certaine gêne, un embarras est palpable, d'un côté comme de l'autre. Il ne m'apprécie pas, j'en ai toujours eu parfaitement conscience. J'aimerais qu'il en soit de même de mon côté, pouvoir ressentir la même amertume à son égard, être en mesure d'éprouver ce mépris qu'il a pour moi. De sorte que nous pourrions nous détester, sans culpabilité aucune. Ce serait tellement plus facile ainsi. Mais j'en suis bien incapable. Et pourtant, je l'ai jalousé pendant longtemps, principalement parce qu'il tenait dans la vie de Katniss, une place que je lui enviais. Une place à laquelle je ne pourrai jamais prétendre.
C'est finalement Gale qui se décide à combler le silence, d'un geste de la main il m'invite à le suivre.
-Tu es attendu au centre de commandement, me dit-il.
Perplexe, je reporte mon attention sur le programme du jour inscrit sur mon poignet, plus tôt dans la journée. Il en est ainsi chaque matin, mon bras se retrouve marqué par un dispositif mural, qui trace lettre par lettre mon emploi du temps du jour, il est impossible d'y échapper. Rien n'indique 8h30 : Centre de Commandement.
-Tu en sûr ? Parce que…
Je n'ai pas même le temps de relever mon poignet, qu'il me coupe d'un ton sec.
-Oui, maintenant allons-y !
C'est alors que je comprends, il est là pour moi, il est venue me chercher. Et ce n'était certainement pas à son initiative. Cependant, je lui emboîte le pas et il se retourne sans ne rien ajouter. Nous marchons côte à côte. Je n'entends plus que le chuintement produit par le contact de mes semelles sur le sol. Je me risque à jeter un regard de son côté, Gale arbore un air grave, celui que je lui connais depuis mon arrivée dans le Treize. Il m'en veut, je le sais. Tout comme moi, c'est Katniss qu'il préférerait voir à cette même place. J'aimerais le lui dire, mais à quoi bon ? Un millier de sentiments contradictoires me tiraillent. Dans un même temps que des dizaines de questions me trottent dans la tête. Principalement face à l'incompréhension que cette convocation provoque en moi.
Depuis ma sortie de l'hôpital, pas une seule fois le haut commandement, ou les rebelles n'ont cherché à me voir. Jusque-là, j'ai toujours soigneusement été éloigné de chaque réunion, si bien que j'ignore tout à fait ce qui peut s'y dire. Pourquoi cherche-t-on soudainement à m'y inclure ? Un débat fait rage depuis mon arrivée ici, en premier lieu parce qu'il manque une pièce maîtresse, depuis le début. Pour la présidente du district Treize, l'exfiltration des tributs de l'arène, il y a de cela un mois, s'est révélé être un franc succès. En revanche, pour les rebelles du Capitole, les opinions sont tout autres. Katniss, c'est bien elle, qu'ils espéraient sortir en priorité de l'arène, non moi. En seraient-ils finalement parvenus à un accord ? Ou bien est-ce lié à ce que deux hommes du réfectoire qualifiaient de "bombe". Ce silence me pèse et soudain je n'y tiens plus, je prends la parole.
-Pourquoi suis-je convoqué ?
Pas de réponse… Gale continue d'avancer, manifestant ostensiblement son désir de garder le silence.
-Est-ce que… Est-ce que ça a un rapport avec ce qui vient de se produire, ce qu'il a fait.
En employant ce "il ", j'ignore tout à fait de quoi et de qui je parle. Ou même encore ce qui vient de se passer et qui provoque un tel malaise au sein du Treize. Mais cela, Gale l'ignore. Il se fige sur place, puis se retourne, visiblement surpris que j'en sache autant. Ma remarque a obtenu l'effet escompté, le bluff est un allié de chaque instant.
-Tu le sauras bien assez tôt.
Il ne cédera donc pas. Je n'obtiendrai rien de lui, il est déjà bien trop impliqué. Comme en témoigne ce bracelet transmetteur qu'il porte à son bras, symbole de son statut « privilégier ». Il a sauvé bon nombre d'habitants du Douze, lors de son bombardement. Ce qui lui vaut cette distinction toute particulière. La seule personne qui serait surement capable de m'éclairer, ne s'est plus montré. Ce qui se révèle préférable, je suis bien loin de ressentir le besoin d'aller trouver Haymitch, où qu'il soit d'ailleurs. On dit qu'il tente de s'acclimater au Treize et à son fonctionnement. Autrement dit, il lui faut se sevrer, se passer de sa consommation quotidienne d'alcool. Haymitch nous a trahis, Katniss et moi. Si j'ai bien un regret, c'est celui de lui avoir fait confiance. Qu'il demeure en cellule de dégrisement le plus longtemps possible, la compassion n'est plus le genre de sentiment qu'il m'inspire.
Alors que nous passons le seuil de la salle de réunions, je sens tous les regards rivés sur moi, pour autant je ne me laisse pas démonter. Gale s'éloigne, pour se faufiler un peu plus loin, au côté d'un homme à la stature imposante dont j'ignore le nom. Il me semble qu'il s'agit là de l'homme de confiance de la présidente Coin. Je les dévisage tour à tour, sans doute à la recherche d'un visage familier sur lequel me concentrer. La silhouette de Plutarch Heavensbee se distingue du reste du groupe, j'attends à présent que l'on m'exprime la raison de ma venue. Je me sens gagné par un sentiment étrange, de la gêne, une gêne sans nom, l'impression d'être une bête de foire au beau milieu d'une foule. Je me demande alors si l'on s'attend à ce que j'entame la conversation. Plutarch échange un bref regard avec Coin, puis il brise finalement le silence.
-Peeta, je suis ravie de te revoir sur tes deux jambes, mon garçon, dit-il, avant de plaquer une main sur sa bouche, l'air horrifié.
Quelqu'un se racle la gorge et je crois comprendre. Sans doute trouve-t-il cette remarque maladroite, à cause de ma prothèse. Cela ne m'a pourtant pas heurté. Il s'empresse de se reprendre.
-N'y allez pas par quatre chemins, Heavensbee, montrez-lui, tranche sèchement la présidente du Treize.
Une fois de plus, son regard s'arrête sur Coin. Nerveux, je me racle la gorge, et cet écho soudain semble les ramener à une certaine réalité. Car voilà que Plutarch esquisse un mouvement en direction d'une console sortie de nulle part. Il pose à présent les yeux sur moi, et je crois lire une certaine hésitation dans son regard. Au bout de quelques secondes pourtant, celui-ci abaisse sa main droite, dans un même temps qu'il détourne le regard. J'en conclus qu'il s'apprête à me montrer quelque chose de potentiellement désagréable. Le large écran se tenant dans son dos, prend soudainement vie sans que je ne m'y attende. Apparaît le sceau du Capitole, je me vois désorienté, alors que les premières images défilent sous mes yeux, j'ouvre la bouche dans un rictus d'incompréhension. Casear Flickerman se glisse dans le champ de la caméra, son costume d'un bleu nuit scintillant se détache parfaitement du reste du plateau. Fidèle à lui-même, son engouement est en tout point égal, à celui dont il a toujours fait preuve par le passé. Il annonce alors une intervention spéciale du président Snow, mentionnant la présence à venir d'un invité de marque.
Le plan s'élargit finalement, jusqu'à ce que deux silhouettes soient désormais visibles. Immédiatement je suis figée sur place. Ses cheveux bruns lui retombent sur les épaules, soyeux, égalisés. Sa chevelure est débarrassée de ses mèches brûlées par le brouillard d'acide de l'arène. Sa peau parfaitement lisse, la moindre petite imperfection en a été effacée. Elle semble éclatante de santé, dans une robe d'un blanc immaculé. Je ne peux m'empêcher d'y voir, la petite touche personnelle apportée par le président Snow, qui se tient à ses côtés en personne. Je ne rêve pas, ce sont bien les traits de Katniss qui se dessinent derrière cet écran. J'en reste muet. Ces yeux gris fixent la caméra avec insistance, je cherche à y déceler le moindre signe de détresse, mentale ou physique. Mes oreilles sifflent, mon sang bouillit dans mes tempes. Sans que je n'en prenne vraiment conscience, je me rapproche instinctivement de l'écran. Mon corps est traversé par une série de spasmes, j'essaye tant bien que mal d'en reprendre le contrôle et de stopper les tremblements.
-Peuple de Panem, je vous demande de bien vouloir accueillir Katniss Everdeen, la fille du feu, lance Casear Flickerman dans un tonnerre d'applaudissements.
Katniss est là, bien vivante, j'en ai la preuve formelle à présent. Je ne peux la quitter du regard. Mon cœur s'emballe, et je crois d'abord ressentir une certaine forme de joie, de la joie mêlée à une pointe de soulagement. Mais rapidement d'autres sentiments contradictoires prennent le pas sur cet emballement passager. Je frissonne, mes poings se serrent. L'effroi, la peur, la colère, je ne parviens pas à mettre le doigt dessus. Snow entonne un discours à la gloire de Panem. Katniss garde les yeux rivés au sol, tantôt elle acquiesce d'un signe de tête, comme si elle cherchait à montrer son approbation face à cet exposé. Il vante son système, ne manque pas d'évoquer le passé sanglant de Panem. En parfaite spectatrice de ce petit manège, Katniss soutient désormais le regard de l'auditoire. Sont alors diffusés des vues aériennes du District Douze, dévasté, se consumant encore par endroits, dans un nuage de fumée constant, son sol jonché de cadavres, comme un avertissement. Je retiens un haut-le-cœur. C'est la première fois que je suis témoin des dégâts. Katniss n'en semble pourtant pas affectée, un masque d'impassibilité sur le visage. En a-t-elle seulement été informée ?
Elle agit comme un automate, dans une mécanique bien huilée, en parfaite adéquation avec son voisin. On lui attribue finalement un temps de parole, mais ce n'est que pour venir appuyer les arguments déjà évoqués par le président Snow. La nécessité absolue de mettre un terme à ce conflit, qui nous mènera tous à notre perte etc… Furtivement, je crois la voir interroger Snow du regard, comme si elle le sondait, étudiait ses réactions. S'assure-t-elle d'avoir répondu à leurs attentes, craint-elle des représailles ? Cet échange n'a semblé duré qu'une fraction de seconde, si bien qu'il pourrait s'agir de ma propre imagination. Le sceau du Capitole vient sceller l'émission, et l'écran s'éteint presque aussitôt.
Je retiens mon souffle. Katniss est vivante, ce constat vient une nouvelle fois me frapper de plein fouet. Elle est bien vivante et paraît en bonne santé. Une partie de moi s'en réjouit, n'en espérait pas tant. Je devrais exploser de joie en cette heure, afficher un large sourire, m'enfuir dans le couloir, m'enfermer dans mon compartiment faisant fi du programme du jour. Au lieu de cela je tremble toujours, ma mâchoire se crispe, et je sens des gouttes de sueur perler tout le long de mon front. Un gémissement étranglé sort de ma bouche. L'horreur de la situation me tétanise. Oui Katniss est vivante. Mais elle est entre les mains du Capitole, de Snow, qui ne demandait que cela. Elle est abandonnée à un endroit pire que la mort. Je me sens défaillir, il me faut prendre appui sur la table rectangulaire, qui trône au beau milieu de la pièce. Je sens une main compatissante se poser sur mon épaule, et instinctivement je tressaute, je frémis d'horreur, ce contact me brûle. Alors seulement, je prends conscience que l'on m'observe. Plutarch se dégage prestement.
-Tu te sens bien, mon garçon ?
Je l'entends murmurer, je crois. Je n'en suis pas sûr, car déjà je m'éloigne à grandes enjambées. Pour la première fois depuis mon arrivée dans le Treize, j'ai l'impression de suffoquer sous toutes ces couches de terre. Je me fraye un chemin par la force de mes bras. Quelques vagues de mécontentement me parviennent encore alors que j'atteins enfin la porte. Ma vision se trouble, recouvert par un rideau pourpre, le décor autour de moi change du tout au tout. Il prend à présent les aspects d'un champ de ruines fumantes, cette fois ce n'est plus sous l'effet de la morphine.
-J'espère que le garçon sera en mesure de se reprendre, à présent que nous ne pouvons plus compter sur le geai moqueur, s'exclame Coin plus haut que les autres, afin de se faire entendre.
C'est là, la dernière chose que je perçois, avant de m'enfoncer plus profondément dans le couloir, ou plus exactement dans les décombres du district Douze, et de sombrer dans l'hystérie.
